LETTRE AU P. ANNAT
en quoi messieurs de Port^Royal sont hérétiques ? Est-ce parce qu'ils ne reçoivent pas la consti^ntiofi du pape Innocent X^ et qu'ils ne condamnent pas les cinq propositions qu'il a condamnées ? Si cela est, je les tiens pour hérétiques. Mais, mon révérend père , comment puis-je croire cela d'eux, puisqu'ils disent et écrivent clairement qu'ils reçoivent cette constitution^ et qu^ils condamnent ce que le pape a condanmé ?
Direz-vous qu'ils la reçoivent extérieurement^ mais que dans leur coeur ils n'y croient pas? Je vous prie^ mon révérend père , ne faites point la guerre à leurs pensées ^ contentez-vous de la faire à leurs paroles et à leurs écrits; car cette façon d'agir est injuste , et marque une animoâté étrange et qui n'est point chrétienne; et sien la souffre^ il n'y aura personne qu'on ne puisse (aire hérétique^ et même mahométan, si l'on veut, en disant qu'on ne croit dans le cœur aucun des mys^ tères de la reUgioo chréliame.
En quoi sont-ils dope hérétiques? EsWee piurce qu'ils ne veulent pas reccmnattre que ces cinq proponlions soient dans le Hvre de Jansénius? Mais je vous soutiens, mon révérend père , que ce ne Ait jamais et jamais ne sera matière d'hérésie, de savoir si des pr(q[)ositi(»s condamnées sont dans un livK ou non. Par exenrq>le , quiconque dit que t'attrition , tdle que l'a décrite le sacré concile de Trente, est mauvaise^ et qu'elle est péché, il est hérétique; mais si quelqu'un douUdt que celte proposttoi oomlamiiée fttt dans Luther ou Calvin, il ne sendt pas pour cela hérétique. De même eeluqut soutiendrait comme catholiques les dnq propositions condamnées par le pape serai! hérétique ; mais qu'elles soient dans Jansénius ou non, n'est point matière de foi, quoiqu'il ne Mie pas pour eda 9e diviser ni fiùre schisme» Ajoutons, mon révérend père, que vos adversaires ont déclaré qu'ils ne se mettaient pas en peine si ces propositions étaient ou n'étaient pas dans Jansénius, et qu'en quelques livres qu'elles soient, ils les condamnent. Où est donc leur hérésie, pour dire et r^ter avec tant de hardiesse qu'ils sont hérétiquea 1
Ne me répondez pas, je vous prie, que le pape et les évéques disant qu'elles sont dans Jansénius, c'est hérésie de le nier:
StJR LA BONNE FOI tES JANSÉNISTES. 3^7
Car je maintiens que ce peut bien être péché de le mep^ si Ton n'est assuré du contraire. Je dis plus : ce serait schisme de se diviser d^avec eux pour ce sujets mais ce ne peut jamais être hérésie. Que si quelqu'un qui a des yeux pour Bre ne les y a point trouvées^ il peut dire : Je ne les y ai pas lues; sans que pour cda Ton puisse l'appeler hérétique.
Que direz-vous donc, mon révérend père , poujr prouver que vos adversaires sont hérétiques? Vous direz sans doute que M. Amauid, en sa seconde Lettre, a renouvelé une des cinq propositions. Mais qui le dit? Quelques docteurs delà Faculté, divisés sur cela d'avec leurs frères. Et sur quoi se sont-ils fondés pour le dire? Non pas sur ses paroles, car elles sont de saint Chrysostonie et de saint Augustin, mais sràr un sens qu'ils prétendent avoir été dans l'esprit de M. Amauld, et que M. Arnauld nie avoir jamms eu. Or, je crois que la charité oblige tout le monde à croire un prêtre et un docteuir qui rend raison de ce qui est caché dans son esprit, et qui n'est connu que dé Dieu. Mais d'ailleurs, mon révérend père, la Faculté, non pas divisée, maïs unie, a si souvent condamné vos auteurs, et même votre Société tout entière, que vtms avez trop d'intérêt de ne pas vouloir qu'on regarde comtne des hérétiques tous ceux qu'elle condamne.
Je ne trouve donc point en quoi et comment ces personnes que vous appelez Jansénistes sont hérétiques. Cependant, mon révérend père , si dire à son frère qu'il est fou, c'est se rendre coupable de la géhenne du feu, selon le témoignage de Jésus- Chrtst dans son Évangile ; lui dire sans preuve et sans raison qu'il est hérétique est bien un plus grand crime , et qui mérite de plus grands châtiments. Toutes ces accusations d'hérésie; qui ne vous co(Hent rien qu'à les avancer hardiment, ne sont bonnes qu'à faire peur aux ignorants et à étonner des femmes : mais sachez que des hommes d'esprit veulent savoir oà est cette hérésie. Quoi! mon révérend père, Lessius sera à couvert quand il aura pour auteurs et pour garants de ée qu'il dit Victoria et Navarre ; et M. Amauld ne le sera pas quand il parlera comme ont parlé saint Augustin, saint Ghrysostcmie, saint Hilaire, saint Thomas et toute son école? Et depuis quel