‹ Les Provinciales ou Lettres de Louis de MontalteChapitre 10 sur 18 · DE L^HOMICIDE · texte numérisé non relu

DE L^HOMICIDE

41 tant cette injure , et même à coups dVpée : <« etiam cum gladio. » Nous sommes si. éloignés <le souffrir qu'on ait le dessein de se venger de ses ennemis , que nos pères ne veulent pas seulement qu'on leur souhaite la mort par un mouvement de haine. Voyez notre père Escobar , tr. 5 , ex. 5 , n. i\S» « Si votre ennemi est n disposé à vous nuire , vous ne devez pas sou- R haiter sa mort par un mouvement de haine »

ce mais vous le pouvez bien faire pour éviter «< votre dommage. i> Car cela est tellement légitime avec cette intention , que notre grand Hurtado de Mendoza dit : a Qu*on peut prier m Dieu de faire promptement mourir ceux qui «I se disposent à nous persécuter , si on ne le n peut éviter autrement. i> C'est au liv. de Spe^ yol. a , d. i5 , scct. 4 » (• 4^*

Mon révérend père, lui dis -je, l'église a bien oublié de mettre une oraison à cette in* tention dans ses prières. On n'y a pas mis , me ^ dit -il y tout ce qu'on peut demander à Dieu. Outre que cela ne se pouvoit pas ; car cette opi* nion-là est plus nouvelle que le bréviaire : vous n'ôtes pas bon chi'onologiste. Mais , sans sortir de ce sujet , écoutez encore ce passage de notre père Gaspar Hurtado y de Sub» pecc, diff. 9 , cité par Diana ^ pag. 5, tr. 14 y r. 99. C'est i'un des vingt -quatre pères d'Escobar. « Un

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a bénéficier peut , sans aucun péché mortel y « désirer la mort de celui qui a une pension «> suj.' son bénéfice ; et un fils celle de son père , « et se réjouir quand elle arrive , pourru que « ce ne soit que pour le bien qui lui en re- <t vient y et non pas par une haine person- « nelle. »

O mon père , lui dis- je , voilà un beau fruit de la direction d^intention ! Je vois bien qu'elle est de grande étendue. Mais néanmoins il y a de certains cas dont la résolution seroit encore difficile ) quoique fort nécessaire pour les gentilshommes. Proposez- les pour voir , dit le père. Montrez-moi > lui dis-je, avec toute cette direction d'intention , qu'il soit permis de se batti*e en duel. Notre grand Hurtado de Mendoza y dit le père , vous y satisfera sur l'heure y dans ce passage que Diana rapporte , pag. 5 , tr. 14 f r. 99. n Si un gentilhomme qui est apft pelle en duel, est connu pour n'être pas dé« n vot , et que les péchés qu'on lui voit comci mettre à toute heure sans scrupule , fassent CI aisément juger que y s'il refuse le duel , ce n n'est pas par la crainte de Dieu , mais par « timidité ; et qu'ainsi on dise de lui que c'est a une poule et non pas un homme , gaUina et ce non vir$ il peut , pour conserver son hon* « neur , se trouyer au lieu assigué , non pas yé*

DUEL P£RMI8« 129

«t rîtablement avec l'intention expresse de se tt battre en duel , mais seulement avec celle de «I se défendre , si celui qui Ta appelle l'y vient «I attaquer injustement. Et son action sera toute et indilTérente d'elle-même. Car quel mal y a- «I t-il d'aller dans un champ , de s'y promener <k en attendant un homme , et de s'y défendre « si on l'y vient attaquer? Et ainsi il ne pèche a en aucune manière , puisque ce n'est point « du tout accepter un duel , ayant l'intention « dirigée à d'autres circonstances. Car l'accep- « tation du duel consiste en l'intention expresse « de se battre , laquelle celui-ci n'a pas. »

Vous ne m'avez pas tenu parole y mon pcre.

Ce n'^st pas-là proprement permettre le duel. Au contraire, il le croit tellement défendu , que y pour le rendre permis y il évite de dire que c'en soit un. Ho! ho ! dit le père, vous corn- . Biencez k pénétrer, j'en suis ravi. Je pourrois dire néanmoins qu'il permet en cela tout ce que demandent ceux qui se battent en duel. Mais , puisqu'il faut vous répondre juste , notre père . Layman le fera pour moi , en permettant le duel ^en mots propres , pourvu qu'on dirige son intention à l'accepter seulement pour conserver son honneur ou sa fortune. C'est au liv. 3, pag. 3 , c. 3 , n. a et 3, « Si un soldat à l'armée , ou m un gentilhomme ù la cour , se trouve en état

l3o 8£PTI£MJÇ LETTRE.

« de perdre son honneur ou sa fortune , s'il «t n'accepte un duel, je ne yois pas que Von «I puisse condamner celui qui le reçoit pour se « défendre. *> Petrus Hurtado dit la même chose an rapport de notre célèbre Escobar , au tr. i ^ ex. 7, n. 96 et 98 , il ajoute ces paroles de Hurtado : n Qu'on peut se battre en duel pour défen- «I dre môme son bien y s'il n'y a que' ce moyen <t de le conserrer ; parce que chacun a le droit «I de défendre son bien , et même par la mort n de ses ennemis, tx J'admirai sur ces passages de Yoir que la piété du roi emploie sa puissance à défendre et à abolir le duel dans ses états ; et que la piété des jésuites occupe leur subtilité à le permettre et à l'autoriser dans l'église. Mais le bon père étoit si en train , qu'on lui eût fait tort de l'arrêter, de sorte qu'il poursuivit ainsi : Enfin , dit -il , Sanchcz ( voyez un peu quelles gens je vous cite ! ) passe outre. Car il permet non-seulement de recevoir, mais encore d'offrir le duel , en dirigeant bien son in* tention. Et notre Escobar le suit en cela au même lieu , n. 97. Mon père , lui dis-je , je le quitte si cela est; mais je ne croirai jamais qu'il l'ait écrit , si je ne le vois. Lisez-le donc vous^ même , me dit-il ; et je lus en effet ces mots dans la Théologie morale de Sanchez , liv. s j. G. 39 , n. 7 : «I II est bien raisonnable de dire

OtTEt PERMIS. ]3l

«t qu*un homme peut se battre en duel pour «1 sauver sa rie , son honneur ou son bien en «t une quantité considérable , lorsquUl est cons- « tant qu'on les lui veut rayir injustement par « des procès et des chicaneries , et qu'il n'y a « que ce seul moyen de les conserver. Et Na- Cl varrus dit fort bien qu*en cette occasion il « est permis d*eccepter et d^ofl'rir le duel : licet a acceptare et offerre duellum. Et aussi qu'on «I peut tuer en cachette son ennemi. Et même « en ces rencontres - là on ne doit point user «I de la voie du duel , si on peut tuer en caa chette son homme y et sortir par-là d'affaire. «I Car par ce moyen on évitera tout ensemble ^ «I et d'exposer sa vie dans un combat, et de «r participer an péché que notre ennemi corn- «« mettroit par un dnel. »

Voilà , mon père , lui dis-je ,'un pieux gnetappens : mais quoique pieux, il demeuré toujours guet*appens , puisqu'il est permis de tuer son ennemi en trahison. Yousai-je dit, répliqua le père , qu'on peut tuer en trahison 1 Dieu m'en garde. Je vous dis qu'on peut tuer en cachette , et delà vous concluez qu'on peut tuer en trahison , comme si c'étoit la même chose. Apprenez d'Escobar, tr. 6, ex. 4 > n. a6 , ce que c'est qne tuer en trahison , et puis vous parlerez. «I On appelle tuer en trahison , quand oa

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a tue celui qui ne s'en défie en aucune ma- <i nîere. Et c'est pourquoi celui qui tue sou «■ ennemi , n'est pas dit le tuer en trahison ^ cr quoique ce soit par derrière f ou dans une Cl embûche : licet per insidias, aut a tergoper* Ci cutiat» Et au même traité , n. 56 : Celui qui ff> tue son ennemi avec lequel il s'étoit récon« « cilié 9 sous promesse de ne plus attenter à sa « vie , n'est pas absolument dit le tuer en trace hison , à moins qu'il n'y eût entre eux une « amitié bien étroite : arctior amicitia, »

Vous voyez par- là que vous ne savez pas seulement ce que les termes signifient, et cependant vous parlez comme un docteur. J*avoue ^ lui dis-)e, que cela m'est nouveau ; et j'apprends de cette définition y qu'on n'a peut-être jamais tué personne en trahison. Car on ne s'avise guère d'assassiner que ses ennemis. Mais^ quoi qu'il en soit , on peut donc y selon Sanchez^ tuer hardiment, je ne dis plus en trahison, mais seulement par derrière , ou dans une embûche, un calomniateur qui nous poursuit en justice? Oui, dit le père, mais en dirigeant bien l'intention ; vous oubliez toujours le principal. Et c'est ce que Molina soutient aussi , tom. 4 9 tf* 3> disp. la. Et même , selon notre docte Heginaldus , liv. 21 , cap. 5, n. 67 : n On n peut tuer aussi les faux témoins qu'il suscite

. DVBI. PEKMIS. l33

« contre nous, u Et enfin , selon nos grands et célèbres pères Tanneras et Emmanuel Sa , on peut de même tuer et les faux témoins ^ et le )uge, s*il est de leur intelligence. Voici ses mots , tr. 3 , disp. 4 9 quest. 8 , n. 83 : « Sotns y «I dit- il , et Lessius disent qu'il n*est pas per- <t mis de tuer les faux témoins et le juge qui a conspirent à faire mourir un innocent; maia « Emmanuel Sa , et d'autres auteurs , ont rai* « son d'improuver ce sentiment-là , au moins <i pour ce qui touche la conscience. » Et il confirme encore, au même lieu, qu'on peut tuer et témoins et juge.

Mon père, lui dis-je, j'entends maintenant assez bien votre principe de la direction d'intention ; mais }'en yeux bien entendre aussi 1«8 conséquences , et tous les cas où cette méthode donne le pouvoir de tuer. Reprenons ceux que vous m'avez dits , de peur de méprise ; car l'équivoque seroit ici dangereuse. Il ne faut tuer que bien à propos, et sur bonne opinion probable. Vous m'avez donc assuré qu'en dirigeant bien son intention , on peut , selon yos pères , pour conserver son honneur , et même son bien , accepter un duel , l'offrir quelquefois, tuer en cachette un faux accusateur, et ses témoins avec lui, et encore le juge corrompu qui les favorise •, et vous m'avez dit aussi

l34 8EPTX£M£ LfiTT&S.

que celui qui a reçu un soufflet, peut , sans S0 renger , le réparer à coups d'ëpée. Mais , moii père , tous ne m'avez pas dit ayec quelle me» sure. 'On ne s*y peut guère tromper , dit le pe« re; car on peut aller jusqu'à le tuer. Cest ce que prouve fort bien notre savant Henriquez^ 1. 14» c. 10 y n. 3y et d^autres de nos pères rapportés par Escobar , tr. 1 , ex. 7, n. 48 , en ces mots : « On peut tuer celui qui a donné un M soufflet y quoiqu'il s'enfuie y pourvu qu'on « évite de le faire par haine ou par vengeance ^ M et que pa^-là on ne donne pas lieu à des menr« €t très excessifs et nuisibles à l'état. Bt la rain son en est , qu'on peut ainsi courir après son M honneur , comme après du bien dérobé. Car «c encore que votre honneur ne soit pas entre tt les mains de votre ennemi , comme seroient M des liardes qu'il vous auroit volées ; on peut «c néanmoins le recouvrer en la même manière, M en donnant des marques de grandeur et d'au- « torité, et s'acqnérant par-là l'estime des hom- « mes. Et en effet y n'est-il pas véritable que « celui qui a reçu un soufflet , est réputé sans « honneur , jusques à ce qu*il ait tué son en- M nemi ? » Gela me parut si horrible , que j'eus peine à me retenir ; mais , pour savoir le res« te , je le laissai continuer ainsi. Et même , dit« il I on peut y pour prévenir un soufflet , tuer

PERMIS PB TUER EN CÀCR« l35 celui qui le veut donner y 8*il n*y a que ce moyen ^de l'éviter. Cela est commun dans nos pères* Par exemple , Azor y Inst, mor, part. 3 , p. io5» ( C'est encore Tun des 24 veillards, ) « Est -il «c permis à un homme d'honneur de tuer celui n qui lui veut donner un soufflet y ou un coup ce de bâton ) Les uns disent que non ; et leur fc raison est que la vie du prochain est plus pré* et cieuse que notre honneur : outre qu'il y a de « la cruauté à tuer un homme y pour éviter « seulement un soufflet. Mais les autres disent «c que cela est permis \ et certainement je le •c trouve probable , quand on ne peut l'éviter n autrement. Car sans cela l'honneur des in- <c nocens seroit sans cesse exposé à la malice n des insolens. » Notre grand Filiutius , de même , to. d ) tr. 29 , c. 5 y n. 5o ; et le P. Héreau ^ in a , 2 , dans ses écrits de l'Homicide ; Hurfado de Mendoza^ disp. 170 , sect. 16 » $. 187; et Bécan , Som. tom. 1 ^ q. 64 » de Homicid. Et nos pères Flahant et Le Court^ dans leurs écrits que l'université , dans sa 3*. requête , a rapportés tout au long pour les décrier , mais elle n'y a pas réussi , et Escobar , au même lieu » n. 48 ^ disent tous les mêmes choses. Enfin cela est si généralement soutenu y que Lessius le décide comme une chose qui n'est contestée d'aucun casuiste^ 1. a, c. 9, n. 76. Car il en apporte un

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grand nombre qui sont de cette opinion , et aucun qui soit contraire ; et même il allègue ^ n. 77, Pierre Nayarre , qui , parlant généralement des ai&onts , dont il n'y en a point de plus sensible qu*un soufflet , déclare que ^ selon le consentement de tous les casuistes y ex senten^ tia omnium licet conlumeîioswn occidere j si aliter ea injuria arceri nequit. En youlez-yous davantage 1

Je l'en remerciai , car je n'en avois que trop entendu. Mais pour voir jusqu'où iroit une si damnable doctrine , je lui dis : Mais , mon père , ne sera-t-il point permis de tuer pour un. peu moins? Ne sauroit-on diriger son inten* tion y en sorte qu'on puisse tuer pour un démenti % Oui , dit le père , et selon notre père Baldelle , liv. 3, disp. 24 y "• ^4 y 'rapporté par Escobar au même lieu , n. 49 : « H ^st permis <f de tuer celui qui vous dit , Vous avez menti , « si on ne peut le réprimer autrement. » Et on peut tuer de la même sorte pour des médisances y selon nos pères. Car Lessius , que le père Héreau entre autres suit mot à mot, dit, au lieu déjà cité : a Si vous tâchez de ruiner ma repufc tation par des calomnies <leyant les personc< nés d'honneur , et que je ne puisse l'éviter ce autrement qu'en yous tuant , le puis- je faire? u Oui , selon des auteurs modernes j et même

»OUB. VN AFFAONt. 187

5K encore que le crime que tous publiez soit yé» «c ritable y si toutefois il est secret , en sorte «c que vous ne puissiez le découvrir selon les «c voies de la justice. Et en voici la preuve. Si «c vous me voulez ravir Thonneur en me donce nant un soufflet , je puis l'empêcher par la «« force des armes : donc la même défense est ce permise , quand vous me voulez faire la mê • «c me injure avec la langue. De plus on peut c< empêcher les af&onts : donc on peut empê- « cher les médisances. Enfin Thonneur est plus 41 cher que la vie. Or on peut tuer pour défende dre sa vie : donc on peut tuer pour défendre «c son honneur. »

Voilà des argumens en focme. Ce n^est pas là discourir y c'est prouver. Et enfin ce grand Lessius montre au même endroit , n. 78 , qu'on peut tuer même pour un simple geste , ou un signe de mépris, n On peut , dit-il , attaquer <K et 6ter l'honneur en plusieurs manières , dans ce lesquelles la défense paroît bien juste ; com- «I me si on veut donner un conp de bâton y on «( un soulHet , ou si on veut nous faire af&ont <c par des paroles ou par des signes : siue per m signa* u

O mon père 9 lui dis- je , voilà tout ce qu'on peut souhaiter pour mettre l'honneur à cou« Tert ; mais la vie est bien exposée , si, pour de

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simples médisances y ou des gestes désobU« geans , on peut tuer le monde en conscience.

Cela est Trai , me dit-il *, mais comme nos pères sont fort circonspects, ils ont trouvé à propos de défendre de mettre cette doctrine en usage en ces petites occasions. Car ils disent au moins , « qu'à peine doit-on la pratiquer tpracn tice vix probari jpotest, » Et ce n*a pas été sans raison , la voici. Je la sais bien , lui dis- je ; c*est parce que la loi de Dieu défend de tuer. Ils ne le prennent pas par-là , me dit le père : ils le trouvent permis en conscience , et en ne regardant que la vérité en elle-même. Et pourquoi le défendent-ils donc? Écoutez- le ^ dit-i]« C'est parce qu'on dépeupleroit un état en moins de rien , si on en tuoit tous les médisans. Ap« prenez-le de notre Reginaldus , liv. 21 , n. 63 ^ pag. 260 : a Encore que cette opinion qu'on «I peut tuer pour une médisance , ne soit pas a sans probabilité dans la théorie , il faut sai- 4t vre le contraire dans la pratique. Car il faut a toujours éviter le dommage de l'état dans la « manière de se défendre. Or, il est visible « qu'en tuant le monde de cette sorte , il se « feroit un trop grand nombre de meurtres, a» Lessius en parle de même au lieu déjà cité. <t II « fdut prendre garde que l'usage de cette ma- « xime ne soit nuisible à l'état; car alors il ne

POVR t)ES CALOMNIES. iSç

il tant pas le permettre : tuncenimnon estper^ « mittendus. »

Quoi f mon père , ce n^est donc ici qu'une défense de politique ^ et non pas de religion I Peu de gens s'y arrêteront , et sur-tout dans U colère. Car il pourroit être assez probable qu'on ne feit point de tort à l'état de le purger d'un méchant homme. Aussi , dit-il, notre père Filiutius joint à cette ràison-là une autre bien considérable , tr. 39 , c. 3 , n. 5i m C'est qu'on a seroit puni en justice, en tuant le monde «I pour ce sujet. » Je tous le disois bien , mon père , que vous ne feriez jamais rien qui vaille y tant que vous n'auriez point les juges de yotre côté. Les juges , dit le père , qui ne pénètrent pas dans les consciences , ne jugent que par le dehors de l'action , au lieu que nous regardons principalement à l'intention. Et de4à vient que nos maximes sont quelquefois un peu différentes des leurs. Quoi qu'il en soit , mon père , il se conclut fort bien des vôtres , qu'en évitant les dommages de l'état , on peut tuer les médisans en sûreté de conscience , pourvu que ce soit en sûreté de sa personne.

' Mais , mon père , après avoir si bien pourvu à l'honneur , n'avez- vous rien fait pour le bien ? Je sais qu'il est de moindre considération , mais U n'importe. Il me semble qu'on peut bien

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diriger son întentioii à tuer pour le conserrer. Oui 9 dit le père , et je tous en ai tonché quel* qne chose qui yons a pu donner cette onvertare. Tons nos casuistes s'y accordent y et même on le permet y <c encore que l'on ne craigne a pins aucune yiolence de ceux qui nous ôtent <K notre bien , comme quand ils s'enfuient. » Azor f de notre Société y le prouye pag. 3 , 1. a, c. 1 y q. 90.

Mais^mon père, combien fiiut-il que la chose Taille pour nous porter à cette extrémité? « Il « faut y selon Reginaldns , 1. 21 , c. 5 y n. 66 y a et Tanneras, in aa, disp. 4yq* 89 d. 4>n.69y <■ que la chose soit de grand prix au jugement €1 d'un homme prudent. » £t Layman et Filîutins en parlent de même. Ce n'est rien dire , mon père : où ira-t-on chercher un homme prudent y dont la rencontre est si rare , pour faire cette estimation? Que ne déterminent- ils exactement la somme ? Gomment y dit le père , éroitil si facile y à yotre avis y de comparer la yie d'un homme et d'un chrétien à de l'argent?

C'est ici oà je yeux yous faire sentir la nécessité de nos casuistes. Cherchez-moi , dans tous les anciens pères , pour combien d'argent il est - permis de tuer un homme. Que yous diront-ils , sinon, Non occides : <t Vous ne tuerez point? 1» £t qui a donc osé déterminer cette somme ,. ré-

'I^OUR SES CÀLOMKIES* l4l

pondîs'jcl C'est, me dit-il , notre grand et incomparable Molina, la gloire de notre Société > qui, par sa prudence inimitable, Va estimée r< à ce six ou sept ducats, pour lesquels il assure «c qu'il est permis de tuer, encore que celui <t qui les emporte sVnfuie. » C'est en son t. 4> tr. 3 , disp. 16 , d. 6. Et il dit de plus au même 'endroit : <« Qu'il n^oseroit condamner d'aucun Cl péché un homme qui tue celui qui lui yeut €* ôter une chose de la valeur d'un écu , ou « moins : Uniua aurei, vel minoris adhuc va^ n lorié» w Ce qui a porté Escobar à établir cette règle générale , n. 44 y ^ V^^ régulière- *t ment on peut tuer un homme pour la yaleur €t d'un écil selon Molina.»

O mon père ! d'où Molina a-t-il pu être éclairé pour déterminer une chose de cette importance, sans aucun secours de l'écriture, des conciles, ni des pères IJe yois bien qu'il a eu des lumières bien particulières et bien éloignées de saint Augustin sur l'homicide , aussi hien que sur la grâce. Me yoici bien sarant sur ce chapitre ; et je connois parfaitement qu'il n'y a plus que les gens d'église qui s'abstiendront de tuer ceux qui leur feront tort en leur honneur, ou en leur bien. Que voulezvous dire , répliqua le peret Cela seroit-il raiionnable à votre ayî8 , que ceux qu'on doit lo

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pins respecter dans le monde , fassent seulf exposés à Tinsolence des méchans? Nos pères ont prévenu ce désordre. Car Tanneras , tom.

9^ d. 4 y q* 8 y d. 4 » n. 76 9 dit : <c Qu'il est per- <K mis aux ecclésiastiques, et aux religieux mé« «I mes y de tuer , pour défendre non- seulement « leur vie , mais aussi leur bien y ou celui de m leur communauté. » Molina qu'Escobar rapporte, n. 4'^ ; Bécan, in a, a, t. 2, q. 7, ^« Hom* concl. a , n. ^ ; Reginaldus ,1. 21 , c. 5f n. 68 ; Layman > !• 3 , tr. 3 , p. 3 , c. 3 , n* 4 r Lessius , 1. 2 , c. 9, d. 11 , n. 72; et les autres te servent tous des mêmes paroles.

Et même selon notre célèbre P. Lamy , il est permis aux prêtres et aux religieux de prévenir ceux qui les veulent noircir par des médisances, en les tuant pour les en empêcher. Mais c'est toujours en dirigeant bien l'intention* Voici ses termes , t. 5 , disp. 36 , n. 1 18. « Il m est permis à un ecclésiastique , ou à un reli- (c gieux, de tuer un calomniateur, qui me* <f nace de publier des crimes scandaleux de sa tt communauté , ou de lui • même , quand il . c( n'y a que ce seul moyen de l*en empêcher , ffc comme s'il est prêt à répandre ses médisance ces , si on ne le tue promptement. Car en ce ce cas, comme il.seroit permis à ce religieux « de tuer celui qui lui voudroit ùter la vie ; il

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