SUR LA CENSURE DE M. AHNAULD
ils chercheront ensuite quelque nouveau moyen de subsister. Ils vivent au jour la journée. C’est de cette sorte qu’ils se sont maintenus jusqu’à présent , tantôt par un catéchisme où un enfant condan>ne leurs adversaires , tantôt par une procession où la grâce suffisante mène l’efficace en triomphe , tantôt par une comédie où les diables emportent Jansénius; une autre fois par un almanach , maintenant par cette censure.
En vérité , lui dis-je , je trouvais tantôt à redire au procédé des molinistes; mais, après ce que vous m’avez dit, j’admire leur prudence et leur politique. Je vois bien qu’ils ne pouvaient rien faire de plus judicieux ni de plus sûr. Vous l’entendez , me dit-il : leur plus sûr parti a toujours été de se taire. Et c’est ce qui a fait dire à un savant théologien « que les plus habiles « d’entre eux sont ceux qui intriguent beaucoup , qui « parlent peu , et qui n’écrivent point. »
C’est dans cet esprit que , dès le commencement des assemblées , ils avaient prudemment ordonné que , si M. Arnauld venait en Sorbonne , ce ne fût que pour y exposer simplement ce qu’il croyait , et non pas pour y entrer en lice contre personne. Les examinateurs s’étant voulu un peu écarter de cette méthode , ils ne s’en sont pas bien trouvés. Ils se sont vus trop fortement (1 ) réfutés par son second apologétique.
C’est dans ce même esprit qu’ils ont trouvé cette rare et toute nouvelle invention de la demi-heure et du sable. Ils se sont délivrés par là de l’importunité de ces fâcheux docteurs qui entreprenaient de réfuter toutes leurs raisons , de produire les livres pour les con-
HJ V«r. vertement . édit, de 1C57.
TROISIEME LETTRE, vaincre de fausseté , de les sommer de rejiondre , et de les réduire à ne pouvoir répliquer.
Ce n’est pas qu’ils n’aient bien vu que ce manquement de liberté, qui avait porté un si grand nombre de docteurs à se retirer des assemblées , ne ferait pas de bien à leur censure ; et que l’acte de protestation de nullité qu’en avait fait M. Arnauld , dès avant qu’elle fût conclue serait un mauvais préambule pour la faire recevoir favorablement. Ils croient assez que ceux qui ne sont pas préoccupés considèrent pour le moins autant le jugement de soixante et dÎA docteurs qui n’avaient rien à gagner en défendant M. Arnauld, que celui d’une centaine d’autres qui n’avaient rien à perdre en le condamnant.
Mais , après tout , ils ont pensé que c’était toujours beaucoup d’avoir une censure, quoiqu’elle ne soit que d’une partie de la Sorbonne, et non pas de tout le corps; quoiqu’elle soit faite avec peu ou point de liberté , et obtenue par beaucoup de menus moyens qui ne sont pas des plus réguliers; quoiqu’elle n’explique rien de ce qui pouvait être en dispute; quoiqu’elle ne marque point en quoi consiste cette hérésie , et qu’on y parle peu , de crainte de se méprendre. Ce silence même est un mystère pour les simples ; et la censure en tirera cet avantage singulier, que les plus critiques et les plus subtils théologiens n’y pourront trouver aucune mau-’ vaise raison.
Mettez-vous donc l’esprit en repos , et ne craignez point d’être hérétique en vous servant de la proposition condamnée. Elle n’est mauvaise que dans la seconde lettre de M. Arnauld. Ne vous en voulez-vous pas fier à ma parole? croyez-en M. le Moine , le plus