‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 20 sur 95 · DE LA DIREGTIOIN D’INTENTION · texte numérisé non relu

DE LA DIREGTIOIN D’INTENTION

trouver des expédients qui tempérassent les choses avec tant de justesse, qu’on pût maintenir et réparer son honneur par les moyens dont on se sert ordinairement dans le monde, sans blesser néanmoins sa conscience; afin de conserver tout ensemble deux choses aussi opposées en apparence que la piété et l’honneur.

Mais autant que ce dessein était utile, autant Texécution en était pénible ; car je crois que vous voyez assez la grandeur et la difficulté de cette entreprise. Elle m’étonne, lui dis-je assez froidement. Elle vous étonne? me dit-il. Je le crois, elle en étonnerait bien d’awtres. Ignorez-vous que d’une part la loi de l’Évangile ordonne « de ne point rendre le mal pour le mal , et « d’en laisser la vengeance à Dieu? » Et que de l’autre les lois du monde défendent de souffrir les injures, sans en tirer raison soi-même, et souvent par la mort de ses ennemis? Avez-vous jamais rien vu qui paraisse plus contraire? Et cependant, quand je vous dis que nos pères ont accordé ces choses , vous me dites simplement que cela vous étonne. Je ne m’expliquais pas assez, mon père. Je tiendrais la chose impossible, si, après ce que j’ai vu de vos pères, je ne savais qu’ils peuvent faire facilement ce qui est impossible aux autres hommes. C’est ce qui me fait croire qu’ils en ont bien trouvé quelque moyen, que j’admire sans le connaître, et que je vous prie de me déclarer.

Puisque vous le prenez ainsi , me dit-il , je ne puis vous le refuser. Sachez donc que ce pt-incipe merveilleux esi noire grande méthode de diriger Vintention^ dont l’importance est telle dans notre morale, que j’oserais quasi la comparer à la doctrine de la probabilité.

SEPTIÈME LEÏTHE.

Vous en avez vu quelques traits en passant, dans de certaines maximes que je vous ai dites. Car, lorsque je vous ai fait entendre comment les valets peuvent faire en conscience de certains messages fâcheux, n*a vez-vous pas pris garde que c’était seu’ement en détournant leur intention du mal dont ils sont les entremetteurs, pour la porter au gain qui leur en revient? Voilà ce que c’est que diriger Vintention. Et vous avez vu de même que ceux qui donnent de l’argent pour des bénéfices seraient de véritables simoniaques sans une pareille diversion. Mais je veux maintenant vous faire voir cette grande méthode dans tout son lustre sur le sujet de l’homicide, qu’elle justifie en mille rencontres , afin que vous jugiez par un tel effet tout ce qu’elle est capable de produire. Je vois déjà, lui dis-je, que par là tout sera permis, rien n’en échappera. Vous allez toujours d’une extrémité à l’autre , répondit le père; corrigez-vous de cela. Car, pour vous témoigner que nous ne permettons pas tout, sachez que, par exemple, nous ne souffrons jamais d’avoir l’intention formelle de pécher pour le seul dessein de pécher; et que quiconque s’obstine à n’avoir point d’autre fin dans le mal que le mal même, nous rompons avec lui; cela est diabolique : voilà qui est sans exception d’âge, de sexe , de qualité. Mais quand on n’est pas dans cette malheureuse disposition , alors nous essayons de mettre en pratique notre méthode de diriger Vintention, qui consiste à se proposer pour fin de ses actions un objet permis. Ce n’est pas qu’autant qu’il ^ est en notre pouvoir , nous ne détournions les hom- ^ mes des choses détendues; mais quand nous ne pou-'^i^ vons pas empêcher l’action , nous purifions au moins -

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