DE L’HOMICIDE
rinîenlion ; et ainsi nous corrigeons le vice du moyen par la pureté de la fin.
Voila par où nos pères ont trouvé moyen de permettre les violences qu’on pratique en défendant son honneur. Car il n y a qu’à détourner son intention du désir de vengeance, qui est criminel, pour la porter au désir de défendre son honneur, qui est i)ermis selon nos pères. El c’est ainsi qu'ils accomplissent tous leurs devoirs envers Dieu et envers les hommes : car ils contentent le monde en permettant les actions; et ils satisfont à l’Évangile en purifiant les intentions. Voilà ce que les anciens n’ont point connu ; voilà ce qu’on doit à nos pères. Le comprenez-vous maintenant? Fort bien, lui dis-je. Vous accordez aux hommes l’effet extérieur et matériel de l’action , et vous donnez à Dieu ce mouvemeut intérieur et spirituel de l’intention ; et , par cet équitable partage, vous alliez les lois humaines avec les divines. Mais, mon père, poui vous dire la vérité, je me défie un peu de vos promesses , et je doute que vos auteurs en disent autant que vous. Vous me faites tort , dit le père; je n’avance rien que je ne prouve , et par tant de passages , que leur nombre, leur autorité et leurs raisons vous rempliront d’admiration.
Car, pour vous faire voir l’alliance que nos pères ont faite des maximes de l’Évangile avec celles du monde, par cette direction d’intention, écoulez notre père lleginaldus, inPraxi, 1. 21 , n. 62, p. 260 : « Il est • défendu aux particuliers de se venger ; car saint Paul « dit aux Rom., ch. 12 : Ne rendez à personne le mal « pour le mal; et l’Eccl. , ch. 28 : Celui qui veut se t venger attirera sur soi la vengeance de Dieu, et ses
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« péchés ne seront point oubliés. Outre tout ce qui est « dit dans l’Évangile, du pardon des offenses, comme « dans les chapitres 6 et 18 de saint Matthieu. » Certes, mon père, si après cela il dit autre chose que ce qui est dans l’Écriture , ce ne sera pas manque de la savoir. Que conclut-il donc enfin? Le voici , dit-il : « De toutes ces choses, il paraît qu’un homme de guerre « peut sur l’heure même poursuivre celui qui l’a bles- « sé ; non pas , h. la vérité, avec l’intention de rendre « le mal pour le mal, mais avec celle de conserver son « honneur : Non ut malum pro malo reddat , sed ut « conservet honorem. »
Voyez-vous comment ils ont soin de défendre d’avoir l’intention de rendre lemal pour le mal, parce que l’Écriture le condamne? Ils ne l’ont jamais souffert. Voyez Lessius , De just., liv. 2 , c. 9 , d. 12, n. 79. « Celui
< qui a reçu un soufflet ne peut pas avoir l’intention
* de s’en venger ; mais il peut bien avoir celle d’évit ter l’infamie, et pour cela de repousser à l’instant « cette injure , et même à coups d’épée : etiam cum f gladio. » Nous sommes si éloignés de souffrir qu’on ait le dessein de se venger de ses ennemis , que nos pères ne veulent pas seulement qu’on leur souhaite la mort par un mouvement de haine. Voyez notre père Escobar, tr. 5, ex. 5, n. 145 ; « Si votre ennemi est
* disposé à vous nuire, vous ne devez pas souhaiter sa c mort par un mouvement de haine, mais vous lepou-
< vez bien faire pour éviter votre dommage. > Car cela est tellement légitime avec cette intention , que notre grand Hurtado de Mendoza dit qu’on peut « prier Dieu « de faire promptement mourir ceux qui se disposent € k nous persécuter, si on ne le peut éviter autre-