‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 63 sur 95 · DE LE TUER · texte numérisé non relu

DE LE TUER

Qui vous a donc donné le pouvoir de dire, comme fontMolina, Reginaldus, Filiutius, Escobar, Lessius, et les autres : « 11 est permis de tuer celui qui vient

* pour nous frapper? » Et ailleurs : « Il est permis de « tuer celui qui veut vous faire un affront , selon l’avis « de tous les casuistes, ex sententia omnium, » comme dit Lessius , n. 74? Par quelle autorité , vous , qui n èles que des particuliers, donnez-vous ce pouvoir

de tuer aux particuliers et aux religieux mêmes? Et comment osez-vous usurper ce droit de vie et de mort qui n’appartient essentiellement qu’à Dieu, et qui est la^ plus glorieuse marque de la puissance souveraine? C’est sur cela qu'il fallait répondre; et vous pensez y avoir satisfait en disant simplement , dans votre treizième imposture, « que la valeur pour lar quelle Molina permet de tuer un voleur qui s’enfuit c sans nous faire aucune violence , n’est pas aussi pe- € tite D que j’ai dit , et qu’il i faut qu’elle soit plus € grande que six ducats. » Que cela est faible , mes pères ! Où voulez-vous la déterminer? à quinze ou seize ducats? Je ne vous en ferai pas moins de reproches. Au moins vous ne sauriez dire qu’elle passe la valeur d’un cheval ; car Lessius , 1. 2, c. 9, n. 74, décide nettement qu’il est a permis de tuer un voleur qui s’enfuit avec notre cheval ; » mais je vous dis de plus que, selon Molina , cette valeur est déterminée à six ducats, comme je l’ai rapporté, et, si vous n’en voulez pas^ demeurer d’accord, prenons un arbitre que vous ne puissiez refuser. Je choisis donc pour cela votre père Reginaldus , qui , expliquant ce même lieu deMolin?

1. 21 , n. 68, déclare que « Molina y détermine la va- € leur pour laquelle il n’est pas permis de tuer, à trois, € OU quatre, ou cinq ducats. » et ainsi, mes pères, je n’aurai pas seulement Molina, mais encore Reginaldus.

Il ne me sera pas moins facile de réfuter votre quatorzième imposture , touchant la permission t de tuer « uirvoleur qui nous veut ôter un écu , > selon Molina. Cela est si constant, qu’Escobar vous le témoignera, tr. 1 , ex. 7, n. 44 , où il dit que t Molina détermine

€ régulièrement la valeur pour laquelle on peut tuer, € à un écu. > Aussi vous me reprochez seulement, dans la quatorzième imposture , que j’ai supprimé les dernières paroles de ce passage : que « l’on doit gar- € der en cela la modération d’une juste défense. » Que ne vous plaignez- vous donc aussi de ce qu’Escobar ne les a point exprimées ? Mais que vous êtes peu fins ! Vous croyez qu’on n’entend pas ce que c’est, selon vous , que se défendre. Ne savons-nous pas que c’est user d’une défense meurtrière? Y ous> voudriez faire entendre que Molina a voulu dire par là que, quand on se trouve en péril de la vie en gardant son écu , alors on peut tuer, puisque c’est pour défendre sa vie. Si cela était vrai , mes pères , pourquoi Molina dirait-il ani même lieu , qu’il est contraire en cela à Carreras et àBald, qui permettent de tuer pour sauver sa vie? Je vous déclare donc qu’il entend simplement que, si l’on peut sauver son écu sans tuer le voleur, on ne doit pas le tuer; mais que, si l’on ne peut le sauver qu’en tuant , encore même qu’on ne coure nul risque de la vie , comme si le voleur n’a point d’armes , qu’il est permis d’en prendre et de le tuer pour sauver son écu ; et qu’en cela on ne sort point, selon lui , de la modération d’une juste défense. Et , pour vous le mon trer, laissez-le s’expliquer lui-même, t. 4, tr. 3, d. 11, n. 5 : <1 On ne laisse pas de demeurer dans la modé- « ration d’une juste défense, quoiqu’on prenne des € armes contre ceux qui n’en ont point , ou qu’on en f prenne de plus avantageuses qu’eux. Je sais qu’il € y en a qui sont d’un sentiment contraire; mais je € n’approuve point leur opinion, même dans le tri- • bunal extérieur. »

Aussi , mes pères , il est constant que vos auteurs permettent de tuer pour la défense de son bien et de son honnecr, sans qu’on soit en aucun péril de sa vie. Et c’est par ce même principe qu’ils autorisent les duels , comme je Tai fait voir par tant de passages sur lesquels vous n’avez rien répondu. Vous n’attaquez dans vos écrits qu’un seul passage de votre pèreLayman , qui le permet , « lorsque autrement on serait € en péri! de perdre sa fortune ou son honneur; » et vous dites que j’ai supprimé ce qu’il ajoute, que ce cas-là est fort rare. Je vous admire , mes pères ; voilà de plaisantes impostures que vous me reprochez. Il est bien question de savoir si ce cas-là est rare! il s’agit de savoir si le duel y est permis. Ce sont deux questions séparées. Layman, en qualité de casuiste, doit juger si le duel y est permis, et il déclare que oui. Nous jugerons bien sans lui si ce cas-là est rare , et nous lui déclarerons qu’il est fort ordinaire. Et si vous aimez mieux en croire votre bon ami Diana , il vous dira qu’i7 est fort commun , part. 5, tract. \ 4, mise. 2, resol. 99. Mais qu’il soit rare ou non , et que Layman suive en cela Navarre, comme vous le faites tant valoir, n’est-ce pas une chose abominable qu’il consente à cette opinion : que , pour conserver un faux honneur, il soit permis en conscience d’accepter un duel , contre les édits des États chrétiens, et contre tous les canons de l’Église , sans que vous ayez encore ici , pour autoriser toutes ces maximes diaboliques , ni lois , ni canons , ni autorités de l’Écriture ou des Père% ni exemple d’aucun saint, mais seulement ce raisonnement impie : € J/honneur est plus cher que la vie. Or il est t permis de tuer pour défendre sa vie Donc il est per-

€ mis de tue^ pour défendre son honneur, d Quoi! mes pères, parce que le dérèglement des hommes leur a fait aimer ce faux honneur plus que la vie que Dieu leur a donnée pour le servir, il leur sera permis de tuer pour le conserver 1 C’est cela même qui est un mal horrible , d’aimer cet honneur-là plus que la vie. Et cependant cette attache vicieuse , qui serait capable de souiller les actions tes plus saintes, si on les rapportait à cette fin, sera capable de justifier les plus criminelles, parce qu’on les rapporte à cette fin.

Quel renversement , mes pères ! et qui ne voit à quels excès il peut conduire? Car enfin il est visible qu’il portera jusqu’à tuer pour les moindres choses , quand on mettra son honneur à les conserver; je dis même jusqu’à tuer pour une pomme I Vous vous plaindriez de moi , mes pères , et vous diriez que je tire de votre doctrine des conséquences malicieuses , si je n’étais appuyé sur l’autorité du grave Lessius, qui parle ainsi, n. 68 : c II n’est pas permis de tuer pour conc server une chose de petite valeur, comme pour un € écu , ou POUR UNE POMME , üut pro pomo , si ce n’est f qu’il nous fût honteux de la perdre. Car alors on € peut la reprendre , et même tuer, s’il est nécessaire, (T pour la ravoir : et si opus est , occidere ; parce que € ce n’est pas tant défendre son bien que son hont neur. i» Cela est net, mes pères. Et , pour finir votre doctrine par une maxime qui comprend toutes les autres, écoutez celle-ci de votre père Hereau , qui l’avait prise de Lessius : t Le droit de se défendre s’étend à f tout ce qui est nécessaire pour nous garder de toute f injure. »

Que d’étranges suites sont renfermées dans ce pria-

cipe inhumain ! et combien tout le monde est-il obligé de s’y opposer, et surtout les personnes publiques! Ce n’est pas seulement Tintérêt général qui les y engage, mais encore le leur propre, puisque vos casuistes cités dans mes lettres étendent leurs permissions de tuer jusqu’à eux. Et ainsi les factieux qui craindront la punition de leurs attentats , lesquels ne leur paraissent jamais injustes , se persuadant aisément qu’on les opprime par violence, croiront en même temps que « le droit de se défendre s’étend à tout ce qui leur est « nécessaire pour se garder de toute injure. » Ils n’auront plus à vaincre les remords de la conscience, qui arrêtent la plupart des crimes dans leur naissance, et ils ne penseront plus qu’à surmonter les obstacles du dehors.

Je n’en parlerai point ici , mes pères , non plus que des autres meurtres que vous avez permis , qui sont encore plus abominables et plus importants aux États que tous ceux-ci , dont Lessius traite si ouvertement dans les Doutes quatre et dix, aussi bien que tant d’autres de vos auteurs. Il serait à désirer que ces horribles maximes ne fussent jamais sorties de l’enfer, et que le diable , qui en est le premier auteur, n’eût jamais trouvé des hommes assez dévoués à ses ordres pour les publier parmi les chrétiens.

Il est aisé de juger par tout ce que j’ai dit jusqu’ici combien le relâchement de vos opinions est contraire à la sévérité des lois civiles, et même païennes. Que sera-ce donc si m les compare avec les lois ecclésiastiques, qui doivent être incomparablement plus saintes, puisqu’il n’y a que l’Église qui connaisse et qui possède la véritable sainteté? Aussi cette chaste épouse

du Fils de Dieu, qui, à rimitation de son époux, sait bien répandre son sang pour les autres , mais non pas répandre pour elle celui des autres , a pour le meurtre une horreur toute particulière, et proportionnée aux lumières particulières que Dieu lui a communiquées. Elle considère les hommes non-seulement comme hommes , mais comme images du Dieu qu’elle adore. Elle a pour chacun d’eux un saint respect qui les lui rend tous vénérables, comme rachetés d’un prix infini, pour être faits les temples du Dieu vivant. Et ainsi elle croit que la mort d’un homme que Ton tue sans Tordre de son Dieu n’est pas seulement un homicide, mais un sacrilège qui la prive d’un de ses membres: puisque , soit qu’il soit fidèle , soit qu’il ne le soit pas, elle le considère toujours , ou comme étant Tun de ses enfants, ou comme étant capable de l’être.

Ce s*ont , mes pères, ces raisons toutes saintes qui , depuis que Dieu s’est fait homme pour le salut des hommes, ont rendu leur condition si considérable à l’Église , qu’elle a toujours puni l’homicide qui les détruit, comme un des plus grands attentats qu’on puisse commettre contre Dieu. Je vous en rapporterai quelques exemples, non pas dans la pensée que toutes ces sévérités doivent être gardées (je sais que TÉglise peut disposer diversement de cette discipline extérieure ) , mais pour faire entendre quel est son esprit immuable sur ce sujet. Car les pénitences qu’ellf ordonne pour le meurtre peuvent être différentes seloi la diversité des temps ; mais Thorreur quelle a pou le meurtre ne peut jamais changer par le change* ment des temps.

L’Église a été longtemps à ne réconcilier qu’à la

mort ceux qui étaient coupables d’un homicide volontaire, tels que sont ceux que vous permettez. Le célèbre concile d’Ancyre les soumet à la pénitence durant toute leur vie; et l’Église a cru depuis être assez indulgente envers eux en réduisant ce temps à un très-grand nombre d’années. Mais, pour détourner encore davantage les chrétiens des homicides volon taires, elle a puni très -sévèrement ceux mêmes qui étaient arrivés par imprudence , comme on peut voir dans saint Basile, dans saint Grégoire de Nysse, dans les décrets du pape Zacharie et d’Alexandre II. Les canons rapportés par Isaac, évêque de Langres, tr. 2, c. 13, ordonnent ( sept ans de pénitence pour avoir c tué en se défendant. » Et on voit que saint Hildebert , évêque du Mans , répondit à Yves de Chartres : qu’il a « eu raison d’interdire un prêtre pour toute « sa vie , qui , pour se défendre , avait tué un voleur € d’un coup de pierre. »

N’ayez donc plus la hardiesse de dire que vos décisions sont conformes à l’esprit et aux canons de l’Église. On vous défie d’en montrer aucun qui permette de tuer pour défendre son bien seulement ; car je ne parle pas des occasions où l’on aurait à défendre aussi sa vie , se suaque liherando : vos propres auteurs confessent qu’il n’y en a point, comme entre autres votre père Lamy, tr. 5 , disp. 36 , num. 136 : « Il n’y a , dit-il , aucun droit divin ni humain « qui permette expressément de tuer un voleur qui ne € se défend pas. » Et c’est néanmoins ce que vous permettez expressément. On vous défie d’en montrer aucun qui permette de tuer pour l’honneur, peur un soufflet, pour une injure et une médisance. On vous défie

d^en montrer aucun qui permette de tuer les témoins, les juges et les magistrats, quelque injustice qu’on en appréhende. L’esprit de l’Église est entièrement éloigné de ces maximes séditieuses qui ouvrent la porte aux soulèvements auxquels les peuples sont si naturellement portés. Elle a toujours enseigné k ses enfants qu’on ne doit point rendre le ma! pour le mal ; qu’il faut céder à la colère; ne point résister à la violence; rendre à chacun ce qu’on lui doit, honneur, tribut , soumission ; obéir aux magistrats et aux supérieurs , même injustes ; parce qu’on doit toujours respecter en eux la puissance de Dieu , qui les a établis sur nous. Elle leur défend encore plus fortement que les lois civiles de se faire justice à eux-mêmes ; et c’est par son esprit que les rois chrétiens ne se la font pas dans les crimesmêmes delèse-majesté au premier chef, et qu’ils remettent les criminels entre les mains des juges pour les faire punir selon les lois et dans les formes de la justice, qui sont si contraires a votre conduite, que l’opposition qui s’y trouve vous fera rougir. Car, puisque ce discours m’y porte, je vous prie de suivre cette comparaison entre la manière dont on peut tuer ses ennemis, selon vous, et celle dont les juges font mourir les criminels.

Tout le monde sait, mes pères-, qu’il n’est jamais permis aux particuliers de demander la mort de personne; et que quand un homme nous aurait ruinés, estropiés , brûlé nos maisons , tué notre père , et qu’il se disposerait encore à nous assassiner et à nous perdre d’honneur , on n’écouteraR point en justice la demande que nous ferions de sa mort : de sorte qu’il a fallu établir des personnes publiques qui la deman-

FORME DANS LES JUGEMENTS CRIMINELS. 275 dent de la part du roi , ou plutôt de la pan de Dieu. A votre avis , mes pères, est-ce par grimace et par feinte que les juges chrétiens ont établi ce règlement? et ne l’ont-ils pas fait pour proportionner les lois civiles à celles de l’Évangile, de peur que la pratique extérieure de la justice ne fût contraire aux sentiments intérieurs que des chrétiens doivent avoir? On voit assez combien ce commencement des voies de la justice vous confond; mais le reste vous accablera.

Supposez donc , mes pères , que ces personnes publiques demandent la mort de celui qui a commis tous ces crimes; que fera-t-on là-dessus? Lui portera-t-on incoatinent le poignard dans le sein? Non , mes pères; la vie des hommes est trop importante ; on y agit avec plus de respect : les lois ne l’ont pas soumise à toutes sortes de personnes, mais seulement aux juges dont on a examiné la probité et la naissance. Et croyez-vous qu’un seul suffise pour condamner un homme à mort? Il en faut sept pour le moins, mes pères. Il faut que de ces sept il n’y en ait aucun qui ait été ofl'ensé par le criminel , de peur que la passion n’altère ou ne corrompe son jugement. Et vous savez, mes pères, qu’afin que leur esprit soit aussi plus pur, on observe encore de donner les heures du malin à ces fonctions : tant on apporte de soin pour les préparer à une action si grande, où ils tiennent la place de Dieu, dont ils sont les ministres , pour ne condamner que ceux qu’il condamne lui-même.

Et c’est pourquoi , afin d’y agir comme fidèles dispensateurs de cette puissance divine, d’ôter la vie aux hommes , ils n’ont la liberté déjuger que selon les dépositions des témoins, et selon toutes les autres for-

mes qui leur sout prescrites ; ensuite desquelles ils ne peuvent en conscience prononcer que selon les lois , ni juger dignes de mort que ceux que les lois y condamnent. Et alors , mes pères , si l’ordre de Dieu les oblige d’abandonner au supplice le corps de ces misérables , le même ordre de Dieu les oblige de prendre soin de leurs âmes criminelles ; et c’est même parce qu’elles sont criminelles qu’ils sont plus obligés à en prendre soin ; de sorte qu’on ne les envoie à la mort qu’après leur avoir donné moyen de pourvoir à leur conscience. Tout cela est bien pur et bien innocent; et néanmoins l’Église abhorre tellement le sang, qu’elle juge encore incapables du ministère de ses autels ceux qui auraient assisté à un arrêt de mort , quoique accompagné de toutes ces circonstances si religieuses : par où il est aisé de concevoir quelle idée l’Église a de l’homicide.

Voilà, mes pères, de quelle sorte, dans l’ordre de la justice , on dispose de la vie des hommes : voyons maintenant comment vous en disposez. Dans vos nouvelles lois il n’y a qu’un juge, et ce juge est celui-là même qui est offensé. Il est tout ensemble le juge , la partie et le bourreau. 11 se demande à lui-même la mort de son ennemi, il l’ordonne, il l’exécute sur-lechamp ; et, sans respect ni du corps ni de l’âme de son frère , il tue et damne celui pour qui Jésus-Christ est mort , et tout cela pour éviter un soufBet , ou une médisance, ou une parole outrageuse, ou d’autres offenses semblables, pour lesquelles un juge, qui a l’autorité légitime, serait criminel d’avoir condamné à la mort ceux qui les auraient commises, parce que les lois sont trèséloignées de les y condamner. Et enfin , pour comble

SENTIMENTS DES JÉSUITES SUR L’HOMICIDE. 277 de ces excès , on ne contracte ni péché, ni irrégularité , en tuant de cette sorte sans autorité et contre les lois , quoiqu’on soit religieux , et même prêtre. Où en sommes-nous, mes pères? Sont-ce des religieux et des prêtres qui parlent de cette sorte? Sont-ce des chrétiens? Sont-ce des Turcs? Sont-ce des hommes? Sontce des démons? Et sont-ce là des mystères révélés par V Agneau à ceux de sa société y ou des abominations suggérées par le Dragon à ceux qui suivent son parti?

Car enfin , mes pères , pour qui voulez-vous qu’on vous prenne? pour des enfants de TÉvangile , ou pour des ennemis de l’Évangile? On ne peut être que d’un parti ou de l’autre, il n’y a poiut de milieu. « Qui n’est « point avec Jésus-Christ est contre lui. » Ces deux genres d'hommes partagent tous les hommes. Il y a deux peuples et deux mondes répandus sur toute la terre, selon saint Augustin : le monde des enfants de Dieu , qui forme un corps , dont Jésus-Christ est le chef et le roi ; et le monde ennemi de Dieu , dont le diable est le chef et le roi. Et c’est pourquoi Jésus- Christ est appelé le roi et le dieu du monde , parce qu’il a partout des sujets et des adorateurs , et que le iiable est aussi appelé dans TÉcriture le prince ^u inonde et le dieu de ce siècle , parce qu’il a partout des suppôts et des esclaves. Jésus-Christ a mis dans /Église, qui est son empire, les lois qu’il lui a plu, selon ca sagesse éternelle; et le diable a mis dans le monde, qui est son royaume, les lois qu’il a voulu y établir. Jésus-Christ a mis l’honneur à souffrir; le diable à ne point souffrir. Jésus-Christ a dit à ceux qui reçoivent un soufflet de tendre l’autre joue; et le diable a Hit à ceux à qui on veut donner un soufflet de

tuer ceux qui voudront leur faire celle injure, Jésus- Christ déclare heureux ceux qui participent à son ignominie , et le diable déclare malheureux ceux qui sont dans rignominie. Jésus-Christ dit : Malheur à vous quand les hommes diront du bien de vous ! et le diable dit : Malheur k ceux dont le monde ne parle pas avec estime !

Voyez donc maintenant, mes pères, duquel de ces deux royaumes vous êtes Vous avez ouï le langage de la ville de paix, qui s’appelle la Jérusalem mystique, et vous avez ouï le langage de la ville de trouble, que l’Écriture appelle la spirituelle Sodome : lequel de ces deux langages entendez-vous? lequel parlezvous? Ceux qui sont à Jésus-Christ ont les mêmes sentiments que Jésus-Christ, selon saint Paul; et ceux qui sont enfants du diable , ex pâtre diabolo , qui a été homicide dès le commencement du monde , suivent les maximes du diable, selon la parole de Jésus-Christ. Écoutons donc le langage de votre école , et demandons à vos auteurs : Quand on nous donne un soufflet, doit-on l’endurer plutôt que de tuer celui qui le veut donner ? ou bien est-il permis de tuer pour éviter cet affront? Il est permis , disent Lessius , Molina, Escobar , Reginaldus , Filiutius , Baldellus et autres jésuites, de tuer celui qui veut nous donner un soufflet. Est-ce la le langage de Jésus-Christ? Répondez-nous encore. Serait-on sans honneur en souffrant un soufflet, sans tuer celui qui l’a donné? « N’est-il pas vé- « ritable dit Escobar, que, tandis qu’un homme « laisse vivre celui qui lui a donné un soufflet , il demeure sans honneur? » Oui, mes pères , sans cet honneur que le diable a transmis de son esprit su-

SENTIMENTS DES JÉSUITES SUR L’HOMÎCIDE. m

perbe en celui de ses superbes enfants. C’est cet honneur qui a toujours été l’idole des hommes possédés par l’esprit du monde. C’est pour se conserver cette gloire , dont le démon est le véritable distributeur, qu’ils lui sacrifient leur vie par la fureur des duels à laquelle ils s’abandonnent , leur honneur par l’ignominie des supplices auxquels ils s’exposent , et leur salut par le péril de la damnation auquel ils s’engagent , et qui les a fait priver de la sépulture même par les canons ecclésiastiques. Mais on doit louer Dieu de ce qu’il a éclairé l’esprit du roi par des lumières plus pures que celles de votre théologie. Ses édits si sévères sur ce sujet n’ont pas fait que le duel fût un crime; ils n’ont fait que punir le crime qui est inséparable du duel. 11 a arrêté , par la crainte de la rigueur de sa justice , ceux qui n’étaient pas arrêtés par la crainte de Injustice de Dieu; et sa piété lui a fait connaître que l’honneur des chrétiens consiste dans l’observation des ordres de Dieu et des règles du christianisme , et non pas dans ce fantôme d’honneur que vous prétendez , tout vain qu’il soit , être une excuser légitime pour le& meurtres. Ainsi vos décisions meurtrières sont maintenant en aversion à tout le monde, et vous seriez mieux conseillés de changer de sentiments, si ce n’est par principe de religion , au moins par maxime de politique. Prévenez, mes pères, par une condamnation volontaire de ces opinions inhumaines , les mauvais effets qui en pourraient naître , et dont vous seriez responsables. Et pour concevoir plus d’horruar de l’homicide , souvenez-vous que le premier crime des hommes corrompus a été un homicide en la personne du premier juste ; que leur plus grand crime a été un

homicide en la personne du chef de tous les justes; et que l’homicide est le seul crime qui détruit tout ensemble l’État, l’Église , la nature et la piété.

P. S. Je viens de voir la réponse de votre apologiste à ma treizième lettre. Mais s il ne répond pas mieux à celle-ci, qui satisfait à la plupart de ses difficultés , il ne méritera pas de réplique. Je le plains de le voir sortir à toute heure hors du sujet , pour s étendre en des calomnies et des injures contre les vivants et contre les morts. Mais , pour donner créance aux mémoires que vous lui fournissez , vous ne deviez pas lui faire désavouer publiquement une chose aussi publique qu’est le soufflet de Compiègne. Il est constant, mes pères , par l’aveu de l’offensé , qu’il a reçu sur sa joue un coup de la main d’un jésuite ; et tout ce qu’ont pu faire vos amis a été de mettre en doute s il l’a reçu de l’avant-main ou de l’arrière-main , et d’a- ' giter la question si un coup de revers de la main sur la joue doit être appelé soufflet ou non Je ne sais à | qui il appartient d’en décider; mais je croirais cepen- 1 dant que c’est au moins un soufflet probable. Cela me | met en sûreté de conscience. I

Que les jésuites ôtent la calomnie du nombre des crimes, et qu’ils ne font point de scrupule de s’en servir pour décrier leurs ennemis. !

Du 25 novembre |

Mes RÉVÉRENDS PÈRES, |

Puisque vos impostures croissent tous les jours , et^

que vous vous en servez pour outrage» si cruellement

SENTIM. DES JÉSUITES SUR LA GALOMiME. 28i

toutes les personnes de piété qui sont contraires à vos erreurs , je me sens obligé , pour leur intérêt et pour celui de l’Église, de découvrir un mystère de votre conduite, que j’ai promis il y a longtemps , afin qu’on puisse reconnaître par vos propres maximes quelle foi l’on doit ajouter à vos accusations et à vos injures.

Je sais que ceux qui ne vous connaissent pas assez ont peine h se déterminer sur ce sujet , parce qu’ils se trouvent dans la nécessité ou de croire les crimes incroyables dont vous accusez vos ennemis , ou de vous tenir pour des imposteurs, ce qui leur paraît aussi incroyable. Quoi! disent- ils, si ces choses-là n’étaient, des religieux les publieraient-ils, et voudraient-ils renoncer à leur conscience , et se damner par ces calomnies (1)? Voilà la manière dont ils raisonnent : et ainsi les preuves visibles par lesquelles on ruine vos faussetés rencontrant l’opinion qu’ils ont de votre sincérité, leur esprit demeure en suspens entre l’évidence et la vérité qu’ils ne peuvent démentir, et le devoir de la charité qu’ils appréhendent de blesser. De sorte que comme la seule chose qui les empêche de rejeter vos médisances est l’estime qu’ils ont de vous , si on leur fait entendre que vous n’avez pas de la calomnie l’idée qu’ils s’imaginent que vous en avez, et que vous croyez pouvoir faire votre salut en calom-

(i) Ces odieuses doctrines sur l’homicide, que Pascal avait presque ménagées, en ne les couvrant que de mépris, il les attaque corps à corps avec toute la puissance d’une dialectique inexorable, comme un crime contre ['État, l'Église, la nature ét la piété. Sa véhémence semble s’accroître, en [oursuivant un autre délit trop commun dans les temps de division et de partis , la calomnie , cet assassinat moral , dont ses adversaires avaient fait et un fréquent usage et une naïve apo’ogie, deux choses qui se corrigent l’une l’autre, mais ne se rachètent pas Villemain, Mélangée historiques et littéraires, Paris, 1830, l. K*’, p. 364.

niant vos ennemis, il est sans doute que le poids de la

vérité les déterminera incontinent à ne plus croire vos

impostures. Ce sera donc, mes pères, le sujet de cette

lettre.

Je ne ferai pas voir seulement que vos écrits sont remplis de calomnies, je veux passer plus avant. On peut bien dire des choses fausses en les croyant véritables , mais la qualité de menteur enferme l’intention de mentir. Je ferai donc voir, mes pères, que votre intention est de mentir et de calomnier, et que c’est avec connaissance et avec dessein que vous imposez à vos ennemis des crimes dont vous savez qu’ils sont innocents, parce que vous croyez le pouvoir faire sans déchoir de l’état de grâce. Et quoique vous sachiez aussi bien que moi ce point de votre morale , je ne laisserai pas de vous le dire, mes pères, afin que personne n’en puisse douter, en voyant que je m’adresse à vous pour vous le soutenir à vous-mêmes, sans que vous puissiez avoir l’assurance de le nier, qu’en confirmant par ce désaveu même le reproche que je vous en fais. Car c’est une doctrine si commune dans vos écoles , que vous l’avez soutenue non-seulement dans vos livres , mais encore dans vos thèses publiques, ce qui est de la dernière hardiesse; comme entre autres dans vos thèses de Louvain de l’année 4645, en ces termes : « Ce n’est qu’un péché véniel de « calomnier et d’imposer de faux crimes pour ruiner de « créance ceux qui parlent mal de nous. Quidni non t nisi veniale sit, detrahentis auctoritatcm magnam, « tibi noxiam, falso crimine elidere? » Et cette doctrine est si constante parmi vous , que quiconque l’ose attaquer, vous le traitez d’ignorant et de téméraire.

SOURCE DE LA CALOMNIE DES JÉSUITES. 285 C'est ce qu’a éprouvé depuis peu le père Quiroga , rapucin allemand , lorsqu’il voulut s’y opposer. Car votre père Dicastillus l’entreprit incontinent, et il parle de cette dispute en ces termes, De just. , 1. 2, tr. 2, disp. 12, n. 404 : c Un certain religieux grave, f pieds nus et encapuchonné , ciicullatus gymnopo- € du, que je ne nomme point, eut la témérité de déc crier cette opinion pr/mi des femmes et des ignoc rants, et de dire qu’elle était pernicieuse et scanf daleuse contre les bonnes mœurs , contre la paix € des États et des sociétés, et enfin contraire nonf seulement à tous les docteurs catholiques , mais à c tous ceux qui peuvent être catholiques. Mais je lui c ai soutenu , comme je le soutiens encore , que la ca- « lomnie, lorsqu’on en use contre un calomniateur, \ quoiqu’elle soit un mensonge, n’est point néanmoins f un péché mortel , ni contre la justice, ni contre la f charité ; et, pour le prouver, je lui ai fourni en foule f nos pères et les universités entières qui en sont < composées, que j’ai tous consultés, et, entre aut très, le révérend père Jean Gans, confesseur de f l’empereur ; le révérend père Daniel Bastèle , cont fesseur de l’archiduc Léopold; le père Henri, qui f a été précepteur de ces deux princes ; tous les pro- ’ fesseurs publics et ordinaires de Tuniversité de '( Vienne (toute composée de jésuites); tous les pro- « fesseurs de runiversité de Gratz (toute de jésuites); (( tous les professeurs de luniversité de Prague (dont « les jésuites sont les maîtres) : de tous lesquels j’ai « en main les approbations de mon opinion, écrites « et signées de leur main : outre que j’ai encore pour « moi le père de Pennalossa, jésuite, prédicateur de

€ Tempercur el du roi d’Espagne ; le père Pillicerolli,

€ jésuite, el bien d’autres qui avaient tous jugé celte € opinion probable avant notre dispute. » Vous voyez bien, mes pères, qu’il y a peu d’opinions que vous ayez pris si à tâche d’établir, comme il y en avait peu dont vous eussiez tant de besoin. Et c’est pourquoi vous l’avez tellement autorisée, que les casuistes s’en servent comme d’un principe indubitable. € Il est conc slant, dit Caramuel, n. 1151 , que c’est une opinion € probable qu’il n’y a point de péché mortel à calomf nier faussement pour conserver son honneur ; car € elle est soutenue par plus de vingt docteurs graves, f par Gaspard Hurtado et Dicastillus, jésuites, etc.; f de sorte que, si cette doctrine n’était probable, à f peine y en aurail-iJ aucune qui le fût en toute la j € théologie. » j

O théologie abominable et si corrompue en tous ! ses chefs, que si, selon ses maximes, il n’était probable et sûr en conscience qu’on peut calomnier sans crime pour conserver son honneur, a peine y auraitil aucune de ces décisions qui fût sûre ! Qu’il est vraisemblable, mes pères, que ceux qui tiennent ce principe le mettent quelquefois en pratique! L’inclination corrompue des hommes s’y porte d’elle-même avec; tant d’impétuosité, qu’il est incroyable qu’en levantl’obstacle de la conscience, elle ne se répande avec toute sa véhémence naturelle. En voulez-vous un exemple? Caramuel vous le donnera au même lieu.

« Cette maxime, dit-il, du père Dicastillus jésuite,

« touchant la calomnie , ayant été enseignée par une « comtesse d’Allemagne aux filles de l’impératrice, t la créance qu’elles eurent de ne pécher au plus que

SOURCE DE LA CALOMNIE DES JÉSUITES. i85

f véniellement par des calomnies en fil tant naître en « peu de lours, et tant de médisances, et tant de faux « rapports, que cela mit toute la cour en combustion et « en alarmes; car il est aisé de s’imaginer l’usage qu’el- « les en surent faire : de sorte que, pour apaiser ce tu- * multe, on fut obligé d’appeler un bon père capucin « d’une vie exemplaire, nommé le père Quiroga (et « ce fut sur quoi le père Dicastillus le querella tant ) , « qui vint leur déclarer que cette maxime était très- « pernicieuse, principalement parmi les femmes; et « il eut un soin particulier de faire que l’impératrice « en abolît tout à fait l’usage. » On ne doit pas être surpris des mauvais effets que causa cette doctrine. Il faudrait admirer au contraire qu’elle ne produisît pas celte licence. L’amour-propre nous persuade toujours assez que c’est avec injustice qu’on nous attaque; et à vous principalement , mes pères , que la vanité aveugle de telle sorte , que vous voulez faire croire en tous vos écrits que c’est blesser l’honneur de l’Église que de blesser celui de votre société. Et ainsi, mes pères, il y aurait lieu de trouver étrange que vous ne missiez pas cette maxime en pratique. Car il ne faut plus dire de vous comme font ceux qui ne vous connaissent pas : Comment ces bons pères voudraient-ils calomnier leurs ennemis, puisqu’ils ne le pourraient faire que par la perte de leur salut? Mais il faut dire au contraire : Comment ces bons pères voudraient-ils perdre l’avantage de décrier leurs ennemis, puisqu’ils le peuvent faire sans hasarder leur salut? Qu’on ne s’étonne donc plus de voir les jésuites calomniateurs: ils le sont en sûreté de conscience , et rien ne les en peut empêcher ; puisque, par le crédit qu’ils ont dans

le monde, ils peuvent calomnier sans craindre la justice des hommes, et que, par celui qu’ils se sont donné sur les cas de conscience, ils ont établi des maximes pour le pouvoir faire sans craindre la justice de Dieu.

Voilà, mes pères, la source d’oü naissent tant de noires impostures. Voilà ce qui en a fait répandre à votre père Bjisacier, jusqu’à s’attirer la censure de feu M. l’archevêque de Paris. Voilà ce qui a porté votre père d’Anjou à décrier en pleine chaire, dans l’église de Saint-Benoît, à Paris, le 8 mars 1655, les personnes de qualité qui recevaient les aumônes pour les pauvres de Picardie et de Champagne, auxquelles ils contribuaient tant eux-mêmes; et à dire, par un mensonge horrible et capable de faire tarir ces charités , si ont eût eu quelque créance en vos impostures , « qu’il savait de science certaine que ces per- « sonnes avaient détourné cet argent pour l’employer « contre l’Église et contre l’État : » ce qui obligea le curé de cette paroisse , qui est un docteur de Sorbonne , de monter le lendemain en chaire pour démentir ces calomnies. C’est par ce même principe que votre père Crasset a tant prêché d’impostures dans Orléans, qu’il a fallu que M. l’évêque d’Orléans l’ait interdit comme un imposteur public, par son mandement du 9 septembre dernier, où il déclare « qu’il défend à frère Jean Crasset, prêtre de la com- « pagnie de Jésus , de prêcher dans son diocèse ; et à « toui son peuple de l’ouïr, sous peine de se rendre « coupable d’une désobéissance mortelle, sur ce qu’il c( a appris que ledit Crasset avait fait un discours en « chaire rempli de faussetés et de calomnies contre

DËMÉLÉ ENTRE M. PUYS ET LE P. AJR\. 287 ^ If, S ecclésiastiques de cette ville, leur imposant laus- « semeut et malicieusement qu’ils soutenaient ces pro- « positions hérétiques et impies : Que les commande- « ments de Dieu sont impossibles ; que jamais on ne « résiste à la grâce intérieure ; et que Jésus-Christ « n’est pas mort pour tous les hommes; et autres « semblables, condamnées par Innocent X. » Car c’est là, mes pères, votre imposture ordinaire, et la première que vous reprochez à tous ceux qu’il vous est important de décrier. Et, quoiqu’il vous soit aussi impossible de le prouver de qui que ce soit, qu"à votre père Crasset de ces ecclésiastiques d’Orléans, votre conscience néanmoins demeure en repos, parce que vous croyez que « cette manière de calomnier ceux « qui vous attaquent est si certainement permise , » que vous ne craignez point de le déclarer publiquement et à la vue de toute une ville.

En voici un insigne témoignage dans le démêlé que vous eûtes avec M. Puys, curé de Saint-Nizier, à Lyon : et comme cette histoire marque parfaitement votre esprit, j’en rapporterai les principales circonstances.

Vous savez, mes pères, qu’en 1 649, M . Puys traduisit en français un excellent livre d’un autre père capucin, touchant « le devoir des chrétiens à leur paroisse « contre ceux qui les en détournent, » sans user d’aucune invective , et sans désigner aucun religieux ni aucun ordre en particulier. Vos pères néanmoins prirent cela pour eux ; et, sans avoir aucun respect pour un ancien pasteur, juge en la primatie de France et honoré de toute la ville, votre père Àlby fil un livre sanglant contre lui, que vous vendites vous-mêmes dans votre propre église le jour de l’Assomption, où

il l’accusait de plusieurs choses , et entre autres ilc « s’être rendu scandaleux par ses galanteries , et « d'être suspect d’impiété, d’être hérétique, excom- « munié, et enfin- digne du feu. » A cela M. Puys répondit , et le père Alby soutint , par un second livre , ses premières accusations. N’est-il donc pas vrai, mes pères, ou que vous étiez des calomniateurs, ou que vous croyiez tout cela de ce bon prêtre ; et qu’ainsi il fallait que vous le vissiez hors de ses erreurs pour le juger digne de votre amitié? Écoutez donc ce qui se passa dans l’accommodement qui fut fait en présence d’un grand nombre des premières personnes de la ville, dont les noms sont au bas de cette page (1), comme ils sont marqués dans l’acte qui en fut dressé le 25 septembre 1 650. Ce fut en présence de tout ce monde que M. Puys ne fit autre chose que < déclarer € que ce qu’il avait écrit ne s’adressait point aux pères * jésuites ; qu’il avait parlé en général contre ceux < qui éloignent les fidèles des paroisses, sans avoir « pensé en cela attaquer la société, et qu’au contraire « il l’honorait avec amour. > Par ces seules paroles, il revint de son apostasie , de ses scandales et de son excommunication , sans rétractation et sans absolution ; et le père Alby lui dit ensuite ces paroles : € Monsieur, la créance que j’ai eue que vous atta-

(1) M. de Ville, vicaire général de M. le cardinal de Lyon; M. Scarron, chanoine et curé de Saint-Paul; M. Margat, chantre; MM. Bouvaud, Sève, Aubert et Dervieu, chanoines de Saint-Nizier ; M. du Gué, président des trésoriers de France; M. Groslier, prévôt des marchands ; M. de Fléchère, président et lieutenant général ; MM. de Boissat, de Saint-Romain et de Bartoly, gentilshommes; M Bourgeois, premier avocat du roi au bureau des trésoriers de France ; MM. de Gotton père et fils ; M. Boniel; <|ui ont tous signé à l'original de la déclaration, avec fil. Puys et le père Alby.

c quiez la compagnie dont j’ai l’honneur delre, m’a c fait prendre la plume pour y répondre; et j’ai cru € que la manière dont j’ai usé m’était permise. Mais, € connaissant mieux votre intention , je viens vous € déclarer qu’il n’y a plus rien qui me puisse empêc cher de vous tenir pour un homme d’esprit, très- € éclairé, de doctrine profonde et orthodoxe, de mœurs t irrépréhensibles, et, en un mot, pour digne pasteur € de votre Église. C’est une déclaration que je fais avec c joie, et je prie ces messieurs de s’en souvenir. »

Ils s’en sont souvenus , mes pères ; et on fut plus scandalisé de la réconciliation que de la querelle. Car qui n’admirerait ce discours du père Alby! Il ne dit pas qu’il vient se rétracter, parce qu’il a appris le changement des mœurs et de la doctrine de M. Puys ; mais seulement parce que , « connaissant que son intention « n’a pas été d’attaquer votre compagnie, il n’y a plus « rien qui l’empêche de le tenir pour catholique. » Il no croyait donc pas qu’il fût hérétique en effet : et néanmoins , après l’en avoir accusé contre sa connaissance , il ne déclare pas qu’il a failli; mais il ose dire, au contraire, qu’il croit que « la manière dont il en a « usé lui était permise. »

A quoi songez-vous , mes pères , de témoigner ainsi publiquement que vous ne mesurez la foi et la vertu des hommes que par les sentiments qu’ils ont pour votre société? comment n’avez-vous point appréhendé de vous faire passer vous-mêmes, et par votre propre aveu, pour des imposteurs et des calomniateurs? Quoi, mes pères , un même homme , sans qu’il se passe aucun changement en lui , selon que vous croyez qu’il honore ou qu’il attaque votre compagnie, sera ^ pieux

« OM impie, irrépréhensible ou excommunié, digne « pasteur de l’Église ou digne d’être mis au feu , et « enfin catholique ou hérétique? » C’est donc une même chose, dans votre langage, d’attaquer votre société, et d’être hérétique? Voilà une plaisante hérésie , mes pères ; et ainsi , quand on voit dans vos écrits que tant de personnes catholiques y sont appelées hérétiques , cela ne veut dire autre chose , sinon que « vous croyez qu’ils vous attaquent. » Il est bon , mes pères , qu'on entende cet étrange langage , selon lequel il est sans doute que je suis un grand hérétique. Aussi c’est en ce sens que vous me donnez si souvent ce nom. Vous ne me retranchez de l’Église que parce que vous croyez que mes lettres vous font tort : et ainsi il ne me reste, pour devenir catholique, ou que d’approuver les excès de votre morale, ce que je ; ne pourrais faire sans renoncer à tout sentiment de piété, ou de vous persuader que je ne recherche en ' cela que votre véritable bien ; et il faudrait que vous i fussiez bien revenus de vos égarements pour lerecon naître. De sorte que je me trouve étrangement engagé dans l’hérésie , puisque , la pureté de ma foi étant inu- , tile pour me retirer de cette sorte d’erreur, je n’en , puis sortir, ou qu’en trahissant ma conscience, ou i qu’en réformant la vôtre. Jusque-là je serai toujours \ un méchant et un imposteur ; et , quelque fidèle que ; j’aie été à rapporter vos passages , vous irez crier partout qu’il faut être « organe du démon pour vous im- « puter des choses dont il n’y a ni marque ni vestige « dans vos livres; » et vous ne ferez rien en cela que de conforme à votre maxime et à votre pratique ordinaire , tant le privilège que vous avez de mentir a d’é-

tendue. Souffrez que je vous en donne un exemple que je choisis à dessein , parce que je répondrai en même temps à la neuvième de vos impostures ; aussi bien elles ne méritent d’être réfutées qu’en passant.

II y a dix à douze ans qu’on vous reprocha cette maxime du père Bauny : Qu’il est « permis de recher- « cher directement , primo et per se , une occasion (( prochaine de pécher pour le bien spirituel ou tem- « porel de nous ou de notre prochain, » tr. 4, q. 14, dont il apporte pour exemple : Qu’il est « permis à cha- « cun d’aller en des lieux publics pour convertir des « femmes perdues , encore qu’il soit vraisemblable qu’on y péchera, pour avoir déjà expérimenté sou- « vent qu’on est accoutumé de se laisser aller au péché « par les caresses de ces femmes. » Que répondit à cela votre père Caussin , en 1644, dans son Apologie pour la compagnie de Jésus, p. 128? « Qu’on voie « l’endroit du père Bauny, qu’on lise la page, les mar- « ges, les avant-propos, les suites, tout le reste, et « même tout le livre, on n’y trouvera pas un seul ves- « tige de cette sentence , qui ne pourrait tomber que « dans l’âme d’un homme extrêmement perdu de con- « science , et qui semble ne pouvoir être supposée que « par l’organe du démon ! » Et votre père Pintereau , en même style, première partie , p. 23 : « Il faut être « bien perdu de conscience pour enseigner une si dé- « testable doctrine ; mais il faut être pire qu’un dé- « mon pour l’attribuer au père Bauny. Lecteur, il n’y « en a ni marque ni vestige dans tout son livre. » Qui ne croirait que des gens qui parlent de ce ton-là eusseni sujet de se plaindre, et qu’on aurait en effet imposé au père Bauny? Avez-vous rien assuré contre

moi en de plus forts termes? Et comment oserait-on s’imaginer qu’un passage fût en mots propres au lieu même où l’on le cite, quand on dit qu’il n’y en a ni marque ni vestige dans tout le livre?

En vérité, mes pères , voilà le moyen de vous faire croire jusqu’à ce qu’on vous réponde; mais c’est aussi le moyen de faire qu’on ne vous croie jamais plus, après qu’on vous aura répondu. Car il est si vrai que vous mentiez alors, que vous ne faites aujourd’hui aucune difficulté de reconnaître , dans vos réponses , que cette maxime est dans le père Bauny, au lieu même qu’on avait cité : et, ce qui est admirable, c’est qu’au lieu qu’elle était détestable il y a douze ans, elle est maintenant si innocente, que, dans votre neuvième imposture, p. 10, vous m’accusez « d’ignorance et de « malice, de quereller le père Bauny sur une opinion « qui n’est point rejetée dans l’école. )) Qu’il est avantageux , mes pères , d’avoir affaire à ces gens qui disent le pour et le contre ! Je n’ai besoin que de vousmêmes pour vous confondre. Car je n’ai à montrer que deux choses : l’une que cette maxime ne vaut rien ; l’autre , qu’elle est du père Bauny; et je prouverai l’une et l’autre par votre propre confession. En 1 644 , vous avez reconnu qu’elle est détestable , et , en 1656, vous avouez qu’elle est du père Bauny : cette double reconnaissance me justifie assez, mes pères; mais elle fait plus , elle découvre l’esprit de votre politique. Car, dites-moi , je vous prie , quel est le but que vous vous proposez dans vos écrits? Est-ce de parler avec sincérité? Non , mes pères, puisque vos réponses s’entre-détruisent. Est-ce de suivre la vérité de la foi ? Aussi peu , puisque vous autorisez une

DES CALOMNIES DES JÉSUITES, maxime qui est détestable selon vous-mêmeS' Mais considérons que, quand vous avez dit que cette maxime est détestable, vous avez nié en même temps qu’elle fût du père Bauny ; et ainsi il était innocent ; et quand vous avouez qu’elle est de lui , vous soutenez en même temps qu’elle est bonne , et ainsi il est innocent encore. De sorte que, Tinnocence de ce père étant la seule chose commune à vos deux réponses , il est visible que c’est aussi la seule chose que vous y recherchez , et que vous n’avez pour objet que la défense de vos pères , en disant d’une même maxime qu’elle est dans vos livres et qu’elle n’y est pas ; qu’elle est bonne et qu’elle est mauvaise ; non pas selon la vérité, qui ne change jamais, mais selon votre intérêt, qui change à toute heure. Que ne pourrais-je vous dire la-dessus? car vous voyez bien que cela est convaincant. Cependant rien ne vous est plus ordinaire , et , pour en omettre une infinité d’exemples, je crois que vous vous contenterez que je vous en rapporte encore un.

On vous a reproché en divers temps une autre proposition du même père Bauny, tr. 4, quest. 22, p. 1 00 : « On ne doit dénier ni différer l’absolution à ceux qui « sont dans les habitudes de crimes contre la loi de « Dieu, de nature et de l’Église, encore qu’on n’y « voie aucune espérance d’amendement : etsi emenda- « tionis futuræ spes nulla appareat. » Je vous prie ^ur cela , mes pères, de me dire lequel y a le mieux répondu , selon votre goût, ou de votre père Pintereau, ou de voire père Brisacier, qui défendent le père Bauny en vos deux manières : l’un en condamnant cette proposition, mais en désavouant aussi qu’elle soit du père Bauny; l’autre, en avouant qu’elle est du père

Bauay, mais eu la justifiant en même temps. Écoutez

les don J discourir. Voici le père Pintereau> p. 18 ;

€ Qu’appelle-t-oû franchir les bornes de toute pudeur,

« et passer au delà de toute impudence , sinon d’im- « poser au père Bauny, comme une chose avérée, une

< si damnable doctrine ? Jugez , lecteur, de l’indignité

< de cette calomnie , et voyez à qui les jésuites ont « affaire , et si l’auteur d’une si noire supposition ne « doit pas passer désormais pour le truchement du « père des mensonges? » Et voici maintenant votre père Brisacier, 4® part., pag. 21 : < En effet, le père € Bauny dit ce que vous rapportez. (C’est démentir le père Pintereau bien nettement. ) « Mais » ajoutet-il pour justifier le père Bauny, « vous qui reprenez « cela, attendez quand un pénitent sera à vos pieds,

€ que son ange gardien hypothèque tous les droits « qu’il a au ciel pour être sa caution : attendez que

* Dieu le père jure par son chef que David a menti,

€ quand il a dit , par le Saint-Esprit, que tout homme « est menteur, trompeur et fragile ; et que ce péni- « tent ne soit plus menteur, fiagile, changeant ni pé- « cheur comme les autres ; et vous n’appliquerez le

* sang de Jésos-Christ sur personne. »

Que vous semble-t-il , mes pères , de ces expressions extravagantes et impies , que , s’il fallait attendre qu’il y eût quelque espérance d’amendement dans les pécheurs pour les absoudre, il faudrait attendre que^ Dieu le père jurât par son chef qu’ils ne tomberaient jamais plus? Quoi I mes pères, n’y a-t-il point de différence entre l’espérance et la certitude ? Quelle injure est-ce faire à la grâce de Jésus-Christ de dire qu’il est si peu possible que les chrétiens sortent jamais des

crimes contre la loi de Dieu , de nature et de TÉglise , qu on ne pourrait Tespérer sans que le Saini-Esprit eût menti: de sorte que, selon vous , si on ne donnait l’absolution à ceux dont on n espère aucun amendement, le sang de Jésus-Christ demeurerait inutile, et on ue rappliquerait jamais sur personnel k quel état, mes pères, vous réduit le désir immodéré de conserver la gloire de vos auteurs , puisque vous ne trouvez que deux voies pour les justifier, l’imposture ou l’impiété; et qu’ainsi la plus innocente manière de vous défendre est de désavouer hardiment les choses les plus évidentes.

De là vient que vous en usez si souvent. Mais ce n’est pas encore là tout ce que vous savez faire. Vous forgez des écrits pour rendre vos ennemis odieux , comme la Lettre d*un ministre à M. Àrnauld, que vous débitâtes dans tout Paris , pour faire croire que le livre de la Fréquente communion, approuvé par tant d’évêques et tant de docteurs, mais qui, à la vérité , vous était un peu contraire , avait été fait par une intelligence secrète avec les ministres deCharenton. Vous attribuez d’autres fois à vos adversaires des écrits pleins d’impiété, comme la Lettre circulaire des jansénistes f dont le style impertinent rend cette fourbe trop grossière , et découvre trop clairement la malice ridicule de votre père Meynier, qui ose s’en servir, pag. 28, pour appuyer ses plus noires impostures. Vous citez quelquefois des li'^r^s qui nf, furent jamaia au monde , ^omme les Constitutions du saint sacrement, d’où vous rapportez des passages que vous fabriquez à plaisir et qui font dresser les cheveux à la tête des simples , qui ne savent pas quelle est votre

hardiesse à inventer et publier les mensonges : car il n’y a sorte ee calomnie que vous n’ayez mise en usage. Jamais la maxime qui l’excuse ne pouvait être en meilleure main.

Mais celles-là sont trop aisées à détruire; et c’est pourquoi vous en avez de plus subtiles , où vous ce particularisez rien , afin d’ôter toute prise et tout moyen d’y répondre; comme quand le père Brisacier dit « que ses ennemis commettent des crimes abomina- « blés, mais qu’il ne les veut pas rapporter. » Ne semble-t-il pas qu’on ne peut convaincre d’imposture un reproche si indéterminé? Un habile homme néanmoins en a trouvé le secret, et c’est encore un capucin , mes pères. Vous êtes aujourd’hui malheureux en capucins, et je prévois qu’une autre fois vous le pourriez bien être en bénédictins. Ce capucin s’appelle le père Valérien, delà maison des comtes de Magnis. Vous apprendrez par cette petite histoire comment il répondit à vos calomnies. Il avait heureusement réussi à la conversion du prince Ernest, landgrave de Hessc- Rheinsfelt (1). Mais vos pères, comme s’ils eussent eu quelque peine de voir convertir un prince souverain sans les y appeler , firent incontinent un livre contre lui (car vous persécutez les gens de bien partout), où, falsifiant un de ses passages, ils lui imputent une doctrine hérétique. Ils firent aussi courir une lettre contre lui, où ils lui disaient : « Ohl que nous avons de « choses à découvrir , sans dire quoi , dont vous serez

(4) Il y avait, dans les premières éditions, du landgrave de Darmstadt; mais c’est une faute II faut le landgrave de Hesse-Rheinsfelt ; car le prince Ernest , landgrave de Hesse, de la conversion duquel il s’agit ici, n’était pas de la maison d« Hesse-Darmstadt, mais fils du prince Maurice, landgrave de Hesse.

RÉPONSE DU P. VALÉRIEN AUX CALOMNIES. 297 « bien affligé! Car, si vous ii’y donnez ordre, nousse- « rons obligés d’en avertir le pape et les cardinaux. » Cela n’est pas maladroit; et je ne doute point, mes pères, que vous ne leur parliez ainsi de moi : mais prenez garde de quelle sorte il y répond dans son livre imprimé à Prague Tannée dernière, pag. 112 et suiv. « Que ferai-je , dit-il , contre ces injures vagues « et indéterminées? Comment convaincrai-je des re- « proches qu’on n’explique point? En voici néanmoins « le moyen. C’est que je déclare hautement et publia quement à ceux qui me menacent , que ce sont des « imposteurs insignes, et de très-habiles et très-im- « pudents menteurs , s’ils ne découvrent ces crimes à « toute la terre. Paraissez donc, mes accusateurs, et « publiez ces choses sur les toits, au lieu que vous les « avez dites à Toreille, et que vous avez menti en as- « surance en les disant à Toreille. Il y en a qui s’ima- « ginent que ces disputes sont scandaleuses. Il est vrai « que c’est exciter un scandale horrible que de m’im- « puter un crime tel que l’hérésie et de me rendre « suspect de plusieurs autres. Mais je ne fais que reméa dier à ce scandale en soutenant mon innocence. » En vérité, mes pères, vous voila malmenés, et jamais homme n’a été mieux justifié. Car il a fallu que les moindres apparences de crime vous aient manqué contre lui, puisque vous n’avez point répondu à un tel défi. Vous avez quelquefois de fâcheuses rencontres à essuyer, mais cela ne vous rend pas plus sages. Car, quelque temps après , vous l’attaquâtes encore de la même sorte sur un autre sujet, et il se défendit aussi de même, pag. 151 , en ces termes : « Ce genre ^d’hommes, qui se rend insupportable à toute la

QUlNZiEMS LETTRE

« chrctienlé, aspire, sous le prétexte des^ bonnes œu-

* vres, aux grandeurs et à la domination, en détour- « nant à leurs lins presque toutes les lois divines, hu- « maincs, positivos et naturelles. Ils attirent, ou par « leur doctrine,, ou par crainte, ou par espérance, « tous les grands de la terre , de l’autorité desquels « ils abusent pour faire réussir leurs détestables intri- « gués. Mais leurs attentats , quoique si criminels, ne « sont ni punis ni arrêtés : ils sont récompensés au « contraire , et ils les commettent avec la même har- « diesse que s’ils rendaient un service à Dieu. Tout le « monde le reconnaît , tout le monde en parle avec « exécration ; mais il y en a peu qui soient capables « de s’opposer à une si puissante tyrannie. C’est ce « que j’ai fait néanmoins. J’ai arrêté leur impudence, « et je l’arrêterai encore par le même moyen. Je dé- « clare donc qu’ils ont menti très-impudemment, « MENTiRis iMPüDENTissiME. Si les choses qu’ils m’ont « reprochées sont véritables , qu’ils les prouvent , ou « qu’ils passent pour convaincus d’un mensonge plein « d’impudence. Leur procédé sur cela découvrira qui « a raison. Je prie tout le monde de l’observer, et de « remarquer cependant que ce genre d'hommes , qui « ne souffrent pas la moindre des injures qu’ils peu- « vent repousser , font semblant de souffrir très-pa- « tiemment celles dont ils ne se peuvent défendre, et « couvrent d’une fausse vertu leur véritable impuis- « sance. C’est pourquoi j’ai voulu irriter plus vivement « leur pudeur , afin que les plus grossiers reconnais- <1 sent que , s’ils se taisent , leur patience ne sera pas « un effet de leur douceur, mais du trouble de leur

• conscience. »

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