RÉPONSE DU P. VALËRIEN AUX CALOMNIES
Voilà ce qu’il dit, mes pères, et il finit ainsi : « Ces « gens-là , dont on sait les histoires par tout le monde, «t sont si évidemment injustes et si insolents dans leur « impunité, qu’il faudrait que j’eusse renoncé à Jésus- « Christ et à son Église, si je ne détestais leur conduite, « et même publiquement, autant pour me justifier que « pour empêcher les simples d’en être séduits. »
Mes révérends pères , il n’y a plus moyen de reculer (1 ). Il faut passer pour des calomniateurs convaincus, et recourir à votre maxime, que celte sorte de calomnie n est pas un crime. Ce père a trouvé le secret de vous fermer la bouche : c’est ainsi qu’il faut faire toutes les fois que vous accusez les gens sans preuves On n’a qu’à répondre à chacun de vous vomme le père capucin, Mentiris impudentissime. Car que répondrait-on autre chose , quand votre père Brisacier dit , par exemple , que ceux contre qui il écrit « sont des portes d’enfer, des pontifes du diable, « des gens déchus de la foi, de l’espérance et de la « charité, qui bâtissent le trésor de l’Antéchrist? Ce « que je ne dis pas, ajoute-t-il, par forme d’injure, <i mais par la force de la vérité. » S’amuserait-on à
il) On conçoit que SOUS le coup de celte moquerie sanglante, de cet enjouement appuyé du glaive, un auteur jésuite (Pirol), qui voulut alors répondre à Pascal ( yàpologie pour les casuistes... ), se soit échappé à cet aveu ingénu, à cette grimace irrésistible de la douleur : t Les plus cruels supplices ne sont pas toujours ceux que l’on endure dans les bannissements, sur les gibets et sur les roues. Le supplice qu’on a fait souffrir à des martyrs que l’on frottait de miel pour après les exposer aux piqûres des guêpes et des bourdons, a été plus cruel que beaucoup d’autres qui semblent plus horribles et qui font plus de compassion. La persécution qu'ont soufferte les jésuites par les bouffonneries de PortrRoyal a quelque chose de semblable; leurs tyrans ont fait l’instrument ae leur supplice des douceurs empoisonnées d’un enjouement cruel, et on les a abandonnés et laissés exposés aux piqûres sanglantes de la calomnie. » Sainte-Beuve, Port-Royal, t. III, p. 81, note 2.
SOO QUINZIEME LETTRE.
prouver qu’on n’est pas « porte d’enfèr , et qu’on ne « bâtit pas le trésor de l’Antéchrist? »
Que doit-on répondre de même à tous les discours vagues de cette sorte, qui sont dans vos livres et dans vos avertissements sur mes Lettres? par exemple : « Qu’on s’applique les restitutions, en réduisant les « créanciers dans la pauvreté ; qu’on a offert des sacs « d’argent à de savants religieux , qui les ont refusés; • qu’on donne des bénéfices pour faire semer des hé- < résies contre la foi ; qu’on a des pensionnaires parmi « les plus illustres ecclésiastiques et dans les cours « souveraines; que je suis aussi pensionnaire de Port- € Royal , et que je faisais des romans avant mes Letf très » , moi qui n’en ai jamais lu aucun , et qui ne sais pas seulement le nom de ceux qu’a faits votre apologiste ! Qu’y a-t-il à dire à tout cela , mes pères , sinon ; Mentiris impudentissime , si vous ne marquez toutes ces personnes, leurs paroles, le temps, le lieu? Car il faut se taire ou rapporter et prouver toutes les circonstances , comme je fais quand je vous conte les histoires du père Alby et de Jean d’Alba. Autrement, vous ne ferez que vous nuire â vous-mêmes. Toutes vos fables pouvaient peut-être vous servir avant qu’on sût vos principes; mais à présent que tout est découvert , quand vous penserez dire à l’oreille « qu’un € homme d’honneur, qui désire cacher son nom, vous « a appris de terribles choses de ces gens-là » , on vous fera souvenir incontinent du Mentiris impudentissime du bon père capucin. Il n’y a que trop longtemps que vous trompez le monde, et que vous abusez de la créance qu’on avait en vos impostures. Il est temps de rendre la réputation à tant de personnes calom-
CAl.OMNIES DES JES. CONTUE PORT-ROYAL. 301 niées. Car quelle innocence peut être si généralement reconnue, qu’elle ne souffre quelque atteinte par les impostures si hardies d’une compagnie répandue par toute la terre , et qui , sous des habits religieux , couvre des âmes si irréligieuses , qu’ils commettent des crimes tels que la calomnie, non pas contre leurs maximes , mais selon leurs propres maximes ? Ainsi Ton ne me blâmera point d’avoir détruit la créance qu’on pourrait avoir en vous, puisqu'il tst bien plus juste de conserver à tant de personnes que vous avez décriées la réputation de piété qu’ils ne méritent pas de perdre , que de vous laisser la réputation de sincérité que vous ne méritez pas d’avoir. Et comme l’un ne se pouvait faire sans l’autre, combien était-il important de faire entendre qui vous êtes ! C’est ce que j’ai commencé de faire ici ; mais il faut bien du temps pour achever. On le verra, mes pères, et toute votre politique ne vous en peut garantir , puisque les efforts que vous pourriez faire pour l’empêcher ne serviraient qu’à faire connaître aux moins clairvoyants que vous avez eu peur, et que, votre conscience vous reprochant ce que j’avais à vous dire, vous avez tout mis en usage pour le prévenir.
Calomnies horribles des jésuites contre de pieux ecclésiastiques et de saintes religieuses.
Du 4 décembre 1656.
Mes révérends pères,
Voici la suite de vos calomnies, où je répondrai d’abord à celles qui restent de vos Avertissements. Mais
comme tous vos autres livres en sont également remplis , ils me fourniront assez de matière pour vous entretenir sur ce sujet autant que je le jugerai nécessaire. . Je vous dirai donc en un mot, sur cette fable que vous avez semée dans tous vos écrits contre M. d’Ypres, que vous abusez malicieusement de quelques paroles ambiguës d’une de ses lettres , qui , étant capables d’un bon sens, doivent être prises en bonne part , selon l’esprit de l’Église, et ne peuvent être prises autrement que selon l’esprit de votre société. Car pourquoi voulez-vous qu’en disant à son ami : « Ne vous « mettez pas tant en peine de votre neveu ; je lui fourc nirai ce qui est nécessaire de l’argent qui est entre « mes mains » , il ait voulu dire par là, qu’il prenait cet argent pour ne le point rendre , et non pas qu’il l’avançait seulement pour le remplacer? Mais ne fautil pas que vous soyez bien imprudents d’avoir fourni vous-mêmes la conviction de votre mensonge par les autres lettres de M. d’Ypres que vous avez imprimées, qui marquent visiblement que ce n’était en effet que des avances devait remplacer ! C’est ce qui paraît dans celle que vous rapportez , du 30 juillet 1 61 9, en ces termes qui vous confondent : • Ne vous souciez » pas DES avances; il ne lui manquera rien tant qu i’/ t sera ici. » Et par celle du 6 janvier 1620 , où il dit •
« Vous avez trop de hâte; et quand il serait question « de rendre compte , le peu de crédit que j’ai ici me « ferait trouver de l’argent au besoin. »
Vous êtes donc des imposteurs, mes pères, aussi bien sur ce sujet que sur votre conte ridicule du tronc de Saint-Merri. Car quel avantage pouvez-vous tirer de l’accusation qu’un de vos bons amis suscita à cet