CALOMNIES DES JÉS. CONTRE PORT-ROYAL
ecclésiastique que vous voulez déchirer? Doit-on conclure qu’un homme est coupable parce qu’il est accusé? Non , mes pères : des gens de piété comme lui pourront toujours être accusés tant qu’il y aura au monde des calomniateurs comme vous. Ce n’est donc pas par l’accusation , mais par l’arrêt , qu’il en faut juger. Or l’arrêt qui en fut rendu , le 23 février 1656, le justifie pleinement; outre que celui qui s’était engage témérairement dans cette injuste procédure fut désavoué par ses collègues, et forcé lui-même à la rétracter. Et quanta ce que vous dites au même lieu de ce f fameux directeur qui se fit riche en un moment c de neuf cent mille livres , il suffit de vous renvoyer à MM. les curés de Saint-Roch et de Saint-Paul, qui rendront témoignage à tout Paris de son parfait désintéressement dans cette affaire, et de votre malice inexcusable dans cette imposture.
En voilà assez pour des faussetés si vaines. Ce ne sont là que les coups d’essai de vos novices, et non pas les coups d’importance de vos grands profès. J’y viens donc, mes pères; je viens à cette calomnie , l’une des plus noires qui soient sorties de votre esprit. Je parle de cette audace , insupportable avec laquelle vous avez osé imputer à de saintes religieuses et à leurs directeurs « de ne pas croire le mystère de fia transsubstantiation, ni la présence réelle de f Jésüs-Christ dans l’eucharistie. > Voilà, mes pères, une imposture digne de vous; voilà un crime que Dieu seul est capable de punir, comme vous seuls êtes capables de le commettre. Il faut être aussi humble que ces humbles calomniées, pour le souffrir avec patience : et il faut être aussi méchants que de si mé-
SEIZIÈME LETïriE.
chànts calomaiateurs pour le croire. Je u’eotreprends donc pas de les en justifier; elles n’en sont point suspectes. Si elles avaient besoin de défenseurs, elles en auraient de meilleurs que moi. Ce que j’en dirai ici ne sera pas pour montrer leur innocence, mais pour montrer votre malice. Je veux seulement vous en faire horreur à vous-mêmes , et faire entendre à tout le monde qu’après cela il n’y a rien dont vous ne soyez capables.
Vous ne manquerez pas néanmoins de dire que le suis de Port-Royal ; car c’est la première chose que vous dites à quiconque combat vos excès ; comme si on ne trouvait qu’à Port-Royal des gens qui eussent assez de zèle pour défendre contre vous la pureté de la morale chrétienne. Je sais, mes pères, le mérite de ces pieux solitaires qui s’y étaient retirés , et combien l’Église est redevable à leurs ouvrages si édifiants et si solides. Je sais combien ils ont de piété et de lumières ; car encore que je n’aie jamais eu d’établissement avec eux , comme vous le voulez faire croire sans que vous sachiez qui je suis , je ne laisse pas d’en connaître quelques-uns, et d’honorer la vertu de tous. Mais Dieu n’a pas renfermé dans ce nombre seul tous ceux qu’il veut opposer à vos désordres. J’espère avec son secours , mes pères , de vous le faire sentir ; et , s’il me fait la grâce de me soutenir dans le dessein qn’il me donne d’employer pour lui tout ce que j’ai reçu de lui , je vous parlerai de telle sorte que je vous ferai peut-être regretter de n’avoir pas affaire à un homme de Port-Royal. Et pour vous le témoigner, mes pères, c’est qu’au lieu que ceux que vous outragez par celte insigne calomnie se contentent d’olfrir à Dieu leurs gé-