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CALOMNIES DES JÉS. CONTRE PORT-ROYAL

missemenls pour vous en obtenir pardon , je me sens obligé, moi, qui n’ai point de part à celte injure, de vous en faire rougir àlaface de toute l'Église, pourvous procurer cette confusion salutaire dont parle l'Écriture, qui est presque Tunique remède d’un endurcissement tel que le vôtre : Impie fades eorum ignominia , et quœrent nomen tuum , Domine.

Il faut arrêter cette insolence , qui n’épargne point les lieux les plus saints. Car qui pourra être en sûreté après une calomnie de cette nature? Quoi ! mes pères, afficher vous* mêmes dans Paris un livre si scandaleux, avec le nom de votre père Meynier h la tête, et sous cet infâme titre : « Le Port -Royal et Genève « d’intelligence contre le très saint sacrement de Tau- « tel , » où vous accusez de cette apostasie non-seulement M. Tabbé de Saint-Cyran et M. Arnauld, mais aussi la mère Agnès sa sœur, et toutes les religieuses de ce monastère , dont vous dites , p. 96 , « que leur « foi est aussi suspecte louchant Teucharislie , que « celle de M. Arnauld, » lequel vous soutenez, p. 4, être € effectivement calviniste ! » Je demande la-dessus à tout le monde s’il y a dans l’Église des personnes sur qui vous puissiez faire tomber un si abominable reproche avec moins de vraisemblance. Car, ditcsmoi, mes pères, si ces religieuses et leurs directeurs étaient * d’intelligence avec Genève contre le très- < saint sacremen\ de l’autel > ( ce qui est horrible à penser), pourquoi auraient-elles pris pour le principal objet de leur piété ce sacrement qu’elles auraient en abomination? Pourquoi auraient-elles joint à leur règle Tinstitulion du Saint-Sacrement? Pourquoi auraient-elles pris Thabit du Saint-Sacrement, pris le

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nom de tilles Ju Saint-Sacrement, appelé leur église l’Église du Saint-Sacrement? Pourquoi auraient-elles demandé et obtenu de Rome la confirmation de cette institution, et le pouvoir de dire tous les jeudis l’office du saint sacrement, où la foi de l’Église est si parfaitement exprimée, si elles avaient conjuré avec Genève d’abolir cette foi de l’Église? Pourquoi se seraient-elles obligées , par une dévotion particulière, approuvée aussi par le pape, d’avoir sanstîesse, nuit et jour, des religieuses en présence de cette sainte hostie, pour réparer, par leurs adorations perpétuelles envers ce sacrifice perpétuel , l’impiété de l’hérésie qui l’a voulu anéantir? Dites-moi donc, mes pères, si vous le pouvez, pourquoi de tous les mystères de notre religion elles auraient laissé ceux qu’elles croient, pour choisir celui qu’elles ne croient pas ; et pourquoi elles se seraient dévouées d’une manière si pleine et si entière à ce mystère de notre foi , si elles le prenaient, comme les hérétiques, pour le mystère d’iniquité? Que répondrez-vous, mes pères, à des témoignages si évidents, non pas seulement de parolés, mais d’actions ; et non pas de quelques actions particulières, mais de toute la suite d’une vie entièrement consacrée à l’adoration de JÉsus-CnRisr résidant sur nos autels? Que répondrez-vous de même aux livres que vous appelez de Port-Royal , qiîi sont tous remplis des termes les plus précis dont les Pères et les conciles se soienV servis pour marquer l’essence de ce mystère? C’est une chose ridicule , mais horrible, de vous y voir répondre dans tout votre libelle en cette sorte ; M. Arnauld, dites-vous, parle bien de transsubstantiation, mais il entend peut-être une tramsub-

CALOMNIES DES JÉS. CONTRE PORT-ROYAL. 507 ftantiation significative. Il témoigne bien croire lapré* sence réelle; mais qui nous a dit qu’il ne l’entend pas d\me figure vraie et réelle? Où en sommes-nous, mes pères? et qui ne ferez-vous point passer pour calviniste quand il vous plaira, si on vous laisse la licence de corrompre les expressions les plus canoniques et les plus saintes par les malicieuses subtilités de vos nouvelles équivoques? Car qui s’est jamais servi d'autres termes que de ceux-là, et surtout dans de simples discours de piété, où il ne s’agit point de controverses? Et cependant l’amour et le respect qu’ils ont pour ce saint mystère leur en a tellement fait remplir tous leurs écrits, que je vous défie , mes pères , quelque artificieux que vous soyez , d’y trouver ni la moindre apparence d’ambiguïté , ni la moindre convenance avec les sentiments de Genève, Tout le monde sait, mes pères, que Fhérésie de Genève consiste essentiellement, comme vous le rapportez vous-mêmes , à croire que Jésus-Christ n’est point enfermé dans ce sacrement; qu’il est impossible qu’il soit en plusieurs lieux ; qu il n’est vraiment que dans le ciel, et que ce n'est que là où on le doit adorer, et non pas sur l’autel ; que la substance du pain demeure ; que le corps de Jésus-Christ n'entre point dans la bouche ni dans la poitrine ; qu’il n’est mangé que par la foi, et qu’ainsi les méchants ne le mangent point; et que la messe n'est point un sacrifice, mais une abomination. Écoutez donc, mes pères, de quelle manière f Port-Royal est d’intelligence avec Genève € dans leurs livres. > On y lit, à votre confusion, que € la chair et le sang de Jésus-Çhrist sont conte- « nus sous les espèces du pain et du vin, » 2® Lettre de M. Arnauld , p. 259 ; que t le saint des saints est

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f présent dans le sanctuaire, et qu’on l’y doit ado- € rer; » ihid,, p. 243; que t Jésus-Christ habite \ dans les pécheurs qui communient, par la présence i réelle et véritable de son corps dans leur poitrine , f quoique non par la présence de son esprit dans leur cœur, » Fréq. comm. , 3® part., c. 16; que € les cendres mortes des corps des saints tirent leur € principale dignité de cette semence de vie qui leur € reste de l’attouchement de la chair immortelle et € vivifiante de Jésus-Christ, » l’^® part. , c. 40; que € ce n’est par aucune puissance naturelle, mais par c la toute-puissance de Dieu , à laquelle rien n’est € impossible, que le corps de Jésus-Christ est en- € fermé sous l’hostie, et sous la moindre partie de cha- € que hostie, » Théolog. fam,^ leç. 15; que « la vertu c divine est présente pour produire l’effet que les pac rôles de la consécration signifient , » ibid, ; que € Jésus-Christ, qui est rabaissé et couché sur l’autel, t est en même temps élevé dans sa gloire ; qu’il est, par € lui-même et par sa puissance ordinaire, en divers f lieux en même temps, au milieu de l’Église triom- € phante , et au milieu de l’Église militante et voyaf gère, J De la suspension, rais. 21 ; que « les espèces € sacramentales demeurent suspendues , et subsist tent extraordinairement sans être appuyées d’aucun t sujet; et que le corps de Jésus -Christ est aussi € suspendu sous les espèces ; qu’il ne dépend point € d’elles , comme les substances dépendent des acci-

• dents , » ibid, , 23 ; que t la substance du pain se

• change en laissant les accidents immuables, * jEfewres, dans la prose du Saint-Sacrement; que c Jésusf Christ repose dans l’eucharistie avec la même gloire

tül DE PORT-ROYAL SUR L’EÜCHARISÏiE. S09

€ qu’il a dans le ciel, » Lettres de M. de Saint-Cyran, tr. i , let. 93; que f son humanité glorieuse réside f dans les tabernacles de l’Église, sous les espèces € du pain qui le couvrent visiblement ; et que , saf chant que nous sommes grossiers , il nous conduit € ainsi à l’adoration de sa divinité présente en tous € lieux, par celle de son humanité présente en un lieu € particulier, » ibid,; que « nous recevons le corps c de JÉsüs-CiirxisT sur la langue, et qu’il la sanctilie € par son divin allouchement, > Lettre 32; < qu’il c entre dans la bouche du prêtre, » Lettre 72 ; qu , f quoique Jésus-Christ se soit rendu accessible dans c le saint sacrement , par un effet de son amour et € de sa clémence , il ne laisse pas d’y conserver son c inaccessibilité comme une condition inséparable de € sa nature divine ; parce que, encore que le seul corps € et le seul sang y soit par la vertu des paroles, vi verc borum, comme parle l’école, cela n’empêche pas que € toute sa divinité, aussi bien que toute son humanité, « n’y soit par une conjonction nécessaire, » Défense du chapelet du saint sacrement, p. 217 ; et enfin que f l’eucharistie est tout ensemble sacrement et sacrit fice, » Théol. fam. , leç. 15; <r et qu’encore que ce < sacrifice soit une commémoration de celui de la croix, € toutefois il y a cette dilîérence que celui de la messe € n’est offert que pour l’Église seule, et pour les fi- € dèles qui sont dans sa communion ; au heu que celui € de la croix a été offert pour tout le monde, comm € l’Écriture parle, » ibid., p. 153. Cela suffit, mes pères, pour faire voir clairement qu’il n’y eut peut-être jamais une plus grande impudence que la vôtre. Mais je veux encore vous faire prononcer cet arrêt à vous

mêmes contre Yous-mêmes. Car que demandez-vous, afin d’ôter toute apparence qu’un homme soit d’intelligence avec Genève? « Si M. Arnauld, dit votre père « Meynier, p. 83, eût dit qu’en cet adorable mystère € il n’y a aucune subtance du pain sous les espèces , < mais seulement la chair et le sang de Jésus-Christ, « j’eusse avoué qu'il se serait déclaré entièrement € contre Genève. > Avouez-le donc, imposteurs, et faites-lui une réparation publique de cette injure publique. Combien de fois l’avez-vous vu dans les passages que je viens de citer! Mais, de plus, la Théologie familière de M. de Saint-Cyran étant approuvée par M. Arnauld, elle contient les sentiments de l’un et de l’autre. Lisez donc toute la leçon 15 , et surtout l’article second, et vous y trouverez les paroles que vous demandez, encore plus formellement que vousmêmes ne les exprimez. <r Y a-t-il du pain dans l’hosc tie, et du vin dans le calice? Non; car toute la subt stance du pain et celle du vin sont ôtées pour faire 4 place à celle du corps et du sang de Jésus -Christ, > laquelle y demeure seule couverte des qualités et € des espèces du pain et du vin. »

Eh bien 1 mes pères , direz-vous encore que le Port- Royal n’enseigne rien que Genève ne reçoive, et que M. Arnauld n’a rien dit, dans sa seconde lettre, qui ne pût être dit par un ministre de Charenton? Faites donc parler Mestrezat comme parle M. Arnauld dans cette lettre, p. 237 et suiv. ; faites-lui dire t que c’est t un mensonge infâme de l’accuser de nier la trans- € substantiation ; qu’il prend pour fondement de ses « livres la vérité de la présence réelle du Fils de Dieu, « opposée à l’hérésie des calvinistes; qu’il se tient

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