CALOMNIES DES JÉS. CONTUE M. ARNAULD
Christ n’est pas en reucharislie dans l’étendue ordinaire des corps en leur lieu , néanmoins ce terme a été reçu par quelques nouveaux auteurs de controverse, parce qu’ils entendent seulement par là que le corps de Jésus-Christ est vraiment sous les espèces, lesquelles étant en un lieu particulier, le corps de Jésus- Christ y est aussi. Et en ce sens M. Arnauld ne fera point de difficulté de l’admettre, puisque M. deSaint- Cyran et lui ont déclaré tant de fois que Jésus-Christ, dans l’eucharistie, est véritablement en un lieu particulier, et miraculeusement en plusieurs lieux à la fois. Ainsi tous vos raffinements tombent par terre, et vous n’avez pu donner la moindre apparence à une accusation qu’il n’eût été permis d’avancer qu’avec des preuves invincibles.
Mais à quoi sert, mes pères, d’opposer leur innocence à vos calomnies? Vous ne leur attribuez pas ces erreurs dans la créance qu’ils les soutiennent, mais dans la créance qu’ils vous nuisent. C’en est assez , selon votre théologie , pour les calomnier sans crime, et vous pouvez, sans confession ni pénitence, dire la messe en même temps que vous imputez à des prêtres qui la disent tous les jours de croire que c’est une pure idôlatrie : ce qui serait un si horrible sacrilège, que vous-mêmes avez fait pendre en effigie votre propre père Jarrige (1), sur ce qu’il avait dit la messe au temps où il était d'intelligence avec Genève^
(1) Jésuile fameux qui se fit huguenot, et qui publia dans s n apostasie un livra intitulé Le jésuite sur V échafaud, où il reproche aux jésuites les faits les pius odieux.
Je m’étonne donc , non pas de ce que vous leur imposez avec si peu de scrupule des crimes si grands et si faux , mais de ce que vous leur imposez avec si peu de prudence des crimes si peu vraisemblables. Car vous disposez bien des péchés à votre gré; mais pensez-vous disposer de même de la créance des hommes? En vérité, mes pères, s’il fallait que le soupçon de calvinisme tombât sur eux ou vous , je vous trouverais en mauvais termes. Leurs discours sont aussi catholiques que les vôtres ; mais leur conduite confirme leur foi , et la vôtre la dément. Car si vous croyez aussi bien qu’eux que ce pain est réellement changé au corps de Jésus-Christ , pourquoi ne demandez-vous pas comme eux que le cœur de pierre et de glace de ceux à qui vous conseillez de s’en approcher soit sincèrement changé en un cœur de chair et d’amour? Si vous croyez que Jésus-Christ y est dans un état de mort, pour apprendre à ceux qui s’en cipprochent à mourir au monde , au péché et à euxmemes , pourquoi portez-vous à en approcher ceux en qui les vices et les passions criminelles sont encore toutes vivantes? Et comment jugez-vous dignes de manger le pain du ciel ceux qui ne le seraient pas de maiiger celui de la terre?
O grands vénérateurs de ce saint mystère , dont le zèle s’emploie à persécuter ceux qui l’honorent par tant de communions saintes, et à flatter ceux qui le déshonorent par tant de communions sacrilèges! Qu’il est digne de ces défenseurs d’un si pur et si adorable sacrifice de faire environner la table de Jésus-Christ de pécheurs envieillis tout sortant de leurs infamies, et de placer au milieu d’eux un prêtre que son confes*