‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 70 sur 95 · CALOMNIES DES JES. CONTRE M. ARNAL'LD · texte numérisé non relu

CALOMNIES DES JES. CONTRE M. ARNAL'LD

la gène et pousser à bout de tels imposteurs. Votre silence ià-dessus sera une pleine et entière conviction de cette calomnie diabolique. Les plus aveugles de vos amis seront contraints d’avouer que € ce ne sera point un effet de votre vertu, mais de votre impuissance et d’admirer que vous ayez été si méchants que de rétendre jusqu’aux religieuses de Port-Royal; et de dire, comme vous faites, pag. 14, que le Chapelet secret du saint sacrement , composé par Tune d’elles , a été le premier fruit de cette conspiration contre Jésus-Christ; et dans la page 95, qu’on « leur a inspiré f toutes les détestables maximes de cet écrit, > qui est, selon vous, une instruction de déisme. On a déjà ruiné invinciblement vos impostures sur cet écrit, dans la défense de la censure de feu M. l’archevêque de Paris contre votre père Brisacier. Vous n’avez rien à y repartir, et vous ne laissez pas d’en abuser encore d’une manière plus honteuse que jamais , pour attribuer à des filles d’une piété connue de tout le monde le comble de l’impiété. Cruels et lâches persécuteurs, faut-il donc que les cloîtres le's plus retirés ne soient pas des asiles contre vos calomnies! Pendant que ces saintes vierges adorent nuit et jour Jésüs-Christ au saint sacrement , selon leur institution , vous ne cessez nuit et jour de publier qu’elles ne croient pas qu’il soit ni dans l’eucharistie , ni même à la droite de son Père, et vous les retranchez publiquement de l’Église, pendant qu’elles prient dans le secret pour vous et pour toute l’Église. Vous calomniez celles qui n’ont point d’oreilles pour vous ouïr, ni de bouche pour vous répondre. Mais Jésus-Christ, en qui elles sont cachées pour ne paraître qu’un jour avec lui , vous

écoute et répond pour elles. On l’entend aujourd nui cette voix sainte et terrible , qui étonne la nature et qui console l’Église (1). Et je crains, mes pères , que ceux qui endurcissent leurs cœurs, et qui refusent avec opiniâtreté de l’ouïr quand il parle en Dieu , ne soient forcés de l’ouïr avec effroi quand il leur parlera en juge.

Car enfin, mes pères, quel compte lui pourrez-vous rendre de tant de calomnies , lorsqu’il les examinera ,

(1) Cexte njoix sainte et terrible, qui en ce moment étonne la nature et console V Église, qu’est-ce autre chose que le miracle dont Part-Royal était alors témoin et sujet, le miracle de la sainte épine auquel Pascal croyait, auquel une très-grande partie du public croyait autour de lui, et qu’il nous faut admettre absolument en idée, sous peine de manquer l’à-propos et l’énergie foudroyante du trait. Sainte-Beuve, Port-Roy ali t- H*» P- 84. — La sainte épine, qui provenait, dit-on, de la couronne que le Christ portait sur le Calvaire, avait été donnée à Pori-Royal par M. Leroi de la Poterie, prêtre. Le miracle dont il s’agit eut lieu le vendredi de la Samaritaine de l’année 1656, le jour où l’on chante à la messe ces paroles du psaume 85, t ac mecum signum in bonûni, faites un miracle en ma faveur. Voici comment la mère Angélique raconte le fait. Lettre, t. III, p. 228-232 : c Nos sœurs de Paris la reçurent (la sainte épine ) avec grande révérence, et. Payant mise au milieu du chœur, l’adorèrent l’une après l’autre? Coiume ce vint aux pensionnaires, leur maîtresse, qui les conduisait, prit le reliquaire, de peur qu’elles ne le fissent tomber ; et comme une petite de dix ans s’approcha, qui avoit un ulcère lacrymal si grand qu’il lui avoit pourri l’os du nez..., il vint à celte religieuse (la maltresse) une pensée de dire à cette enfant : « Ma fille, priez pour votre œil »; et faisant toucher la relique au même moment, elle fut guérie. A quoi on ne pensa point pour tout à P heures chacune n’étant attentive qu'à la dévotion de la relique. Après (la cérémonie), cette enfant dit à une de ses petites sœurs : c Je pense que je suis guerie >, ce qui se trouva si vrai, qu’on ne pouvait reconnaître auquel de ses yeux avait été le mal. > Ce miracle, attesté par un grand nombre de personnes considérables, authentiqué pai l’autorité ecclésiastique, accepté par la cour, fut le grand événement de l’annéé 1656. Les jésuites eux-mêmes, dit M. Sainte-Beuve, f ensèrent à l’interpréter plutôt qu’à le nier, et ils en furent quittes, en définitive, pour dire que c’était le démon qui l’avait fait. En 1728, le pape Benoit XIII le laissa citer sous ses yeux, dans ses propres OEuvres (dans la continuation de ses homélies sur l’Exode), pour prouver que les miracles n’ont point cessé dans l’Église. Quant à Pascal, tout nous atteste l’impression profonde et vraiment souveraine que produisit sur lui l'événement à la fois solennel et domestique. On a dit spirituellement qu’il ne put s’empêcher de le considérer comme une attention de Dieu pour lui. Ce fut seulement alors, et non pas auparavant comme je l’avais cru, qu’il changea son cachet, et y mit pour armes non pas un siel (on s’y est trompé), mais, ce qui est un peu moins beau, un œil au milieu d'une couronne d’épines. Voir sur toute cette affaire, Sainte-Beuve, Port-Royal, t. UI, p. 105 à 1 19.

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