‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 51 sur 83 · FORME DANS LES JUGEMENTS CRIMINELS · texte numérisé non relu

FORME DANS LES JUGEMENTS CRIMINELS

dent de la part du roi , ou plutôt de la part de Dieu. A votre avis , mes pères, est-ce par grimace et par feinte que les juges chrétiens ont établi ce règlement? et ne Font-ils pas fait pour proportionner les lois civiles à celles de l'Évangile, de peur que la pratique extérieure de la justice ne fût contraire aux sentiments intérieurs que des chrétiens doivent avoir? On voit assez combien ce commencement des voies de la justice vous confond ; mais le reste vous accablera.

Supposez donc , mes pères , que ces personnes publiques demandent la mort de celui qui a commis tous ces crimes ; que fera-t-on là-dessus? Lui portera-t-on incontinent le poignard dans le sein? Non , mes pères; la vie des hommes est trop importante ; on y agit avec plus de respect : les lois ne l'ont pas soumise à toutes sortes de personnes, mais seulement aux juges dont on a examiné la probité et la naissance. Et croyez-vous qu'un seul sufBse pour condamner un homme à mort? Il en faut sept pour le moins, mes pères. Il faut que de ces sept il n'y en ait aucun qui ait été offensé par le criminel , de peur que la passion n'altère ou ne corrompe son jugement. Et vous savez , mes pères, qu'afin que leur esprit soit aussi plus pur, on observe encore de donner les heures du matin à ces fonctions : tant on apporte de soin pour les préparer à une action si grande, où ils tiennent la place de Dieu, dont ils sont les ministres , pour ne condamner que ceux qu-il condamne lui-même.

Et c'est pourquoi , afin d'y agir comme fidèles dispensateurs de cette puissance divine, d*6ler la vie aux hommes , ils n'ont la liberté de juger que selon les dépositions des témoins, et selon toutes les autres for-

mes qui leur sont prescrites ; ensuite desquelles ils ne peuvent en conscience prononcer que selon les lois , ni juger dignes de mort que ceux que les lois y condamnent. Et alors , mes pères , si Tordre de Dieu les oblige d'abandonner au supplice le corps de ces misérables , le même ordre de Dieu les oblige de prendre soin de leurs âmes criminelles ; et c'est même parce qu'elles sont criminelles qu'ils sont plus obligés à en prendre soin ; de sorte qu'on ne les envoie à la mort qu'après leur avoir, donné moyen de pourvoir à leur conscience. Tout cela est bien pur et bien innocent; et néanmoins l'Église abhorre tellement le sang, qu'elle juge encore incapables du ministère de ses autels ceux qui auraient assisté à un arrêt de mort, quoique accompagné de toutes ces circonstances si religieuses : par où il est aisé de concevoir quelle idée l'Église a de l'homicide.

Voilà, mes pères, de quelle sorte, dans l'ordre de la justice, on dispose de la vie des hommes : voyons maintenant comment vous en disposez. Dans vos nouvelles lois il n'y a qu'un juge, et ce juge est celui-là même qui est offensé. Il est tout ensemble le juge, la partie et le bourreau. Il se demande à lui-même la mort de son ennemi, il l'ordonne, il l'exécute sur-lechamp ; et, sans respect ni du corps ni de l'âme de son frère , il tue et damne celui pour qui Jésus-Christ est mort , et tout cela pour éviter un soufflet , ou une médisance, ou une parole outrageuse, ou d'autres offenses semblables, pour lesquelles un juge, qui a l'autorité légitime, serait criminel d'avoir condamné à la mort ceux qui les auraient commises, parce que les lois sont trèséloignées de les y condamner. Et enfin , pour comble

de ces excès , on ne contracte ni péché, ni irrégularité , en tuant de cette sorte sans autorité et contre les lois , quoiqu'on soit religieux , et même prêtre. Où en sommes-nous, mes pères? Sont-ce des religieux et des prêtres qui parlent de cette sorte? Sont-ce des chrétiens? Sont-ce des Turcs? Sont-ce des hommes? Sontce des démons ? Et sont-ce là des mystères révélés par V Agneau à ceux de sa société , ou des abominations suggérées par le Dragon à ceux qui suivent son parti? Car enfin , mes pères , pour qui' voulez-vous qu'on vous prenne? pour des enfants de l'Évangile , ou pour des ennemis de l'Évangile? On ne peut être que d'un parti ou de Fautre, il n'y a point de milieu. « Qui n'est « point avec Jésus-Christ est contre lui. » Ces deux genres d'hommes partagent tous les hommes. Il y a deux peuples et deux mondes répandus sur toute la terre , selon saint Augustin : le monde des enfants de Dieu , qui forme un corps , dont Jésus-Christ est le chef et le roi ; et le monde ennemi de Dieu , dont le diable est le chef et le roi. Et c'est pourquoi Jésus- Christ «st appelé le roi et le dieu du monde, parce qu il a partout des sujets et des adorateurs , et que le diable est aussi appelé dans l'Écriture le prince du monde et le dieu de ce siècle , parce qu'il a partout des suppôts et des esclaves. Jésus-Christ a mis dans l'Église, qui est son empire, les lois qu'il lui a plu, selon sa sagesse éternelle; et le diable a mis dans le monde, qui est son royaume, les lois qu'il a voulu y établir. Jésus-Christ a mis l'honneur k souffrir; le diable à ne point souffrir. Jésus-Christ a dit k ceux qui reçoivent un soufflet de tendre l'autre joue ; et le diable a dit k ceux k qui on veut donner un soufQet de

tuer cenx qui voudront leur faire cette injure. Jésas* Christ déclare heureux ceux qui participent à son ignominie , et le diable déclare malheureux ceux qui sont dans rignominie. Jésus-Christ dit : Malheur à vous quand les hommes diront du bien de vous ! et le diable dit : Malheur à ceux dont le monde ne parle pas avec estime I

Voyez donc maintenant, mes pères, duquel de ces deux royaumes vous êtes. Vous avez ouï le langage delà ville de paix/ qui s'appelle la Jérusalem mystique, et vous avez ouï le langage de la ville de (rouble, que rËcriture appelle la spirituelle Sodome : lequel de ces deux langages entendez-vous? lequel parlezvous? Ceux qui sont à Jésus-Christ ont les mêmes seur timents que Jésus-Christ , selon saint Paul ; et ceux qui sont enfants du diable, ex pâtre diabolo , qui a été homicide dès le commencement du monde , suivent les maximes du diable, selon la parole de Jésus-Christ. Ëcoutons donc le langage de votre école , et demandons à vos auteurs : Quand on nous donne un soufflet, doit-on Tendurer plutôt que de tuer celui qui le veut donner? ou bien est-il permis de tuer pour éviter cet affront? Il est permis , disent Lessitts , Molina , Esco-» bar , Reginaldus , Filiutius , Baldellus et autres jé« suites, de tuer celui qui veut nous donner un soufflet. Est-ce là le langage de Jésus*Christ? Répondez-nous encore. Serait-on sans honneur en souffrant un soufflet, sans tuer celui qui Ta donné? « N*est-il pas vé- « ritable, dit Escobar, que, tandis qu*un homme « laisse vivre celui qui lui a donné un soufflet, il de- « meure sans honneur? d Oui, mes pères, sans cet honneur que le diable a transmis de son esprit su-

perbe en celui de ses superbes enfants. C'est cet honneur qui a toujours été Tidole des hommes possédés par Tesprit du monde. C*est pour se conserver cette gloire, dont le démon est le véritable distributeur, qu'ils lui sacrifient leur vie par la fureur des duels à laquelle ils s'abandonnent , leur honneur par Tignominie des supplices auxquels ils s'exposent , et leur salut par le péril de la damnation auquel ils s'engagent , et qui les a fait priver de la sépulture même par les canons ecclésiastiques. Mais on doit louer Dieu de ce qu'il a éclairé l'esprit du roi par des lumières plus pures que celles de votre théologie. Ses édits si sévères sur ce sujet n'ont pas fait que le duel- fût un crime; ils n'ont fait que punir le crime qui est inséparable du duel. Il a arrêté , par la crainte de la rigueur de sa justice , ceux qui n'étaient pas arrêtés par la crainte de la justice de Dieu; et sa piété lui a fait connaître que Thonneur des chrétiens consiste dans l'observation des ordres de Dieu et des règles du christianisme, et non pas dans ce fantôme d'honneur que vous prétendez , tout vain qu'il soit , être une excuse légitime pour Jes meurtres. Ainsi vos décisions meurtrières sont maintenant en aversion à tout le monde, et vous seriez mieux conseillés de changer de sentiments, si ce n'est par principe de religion , au moins par maxime de politique. Prévenez, mes pères, par une condamnation volontaire de ces opinions inhumaines, les mauvais effets qui en pourraient naître , et dont vous seriez responsables. Et pour concevoir plus d'horreur de l'homicide , souvenez-vous que le premier crime des hommes corrompus a été un homicide en la personne du premier juste ; que leur plus grand crime a été un

homicide en la personne da chef de tous les justes: et que rhomicide est le seul crime qui détruit tout ensemble TÊtat, TËglise , la nature et la piété.

P, S. Je viens de voir la réponse de votre apologiste à ma treizième lettre. Mais sïl ne répond pas mieux à celle-ci, qui satisfait à la plupart de ses difficultés , il ne méritera pas de réplique. Je le plains de le voir sortir à toute heure hors du sujet , pour s'étendre en des calomnies et des injures contre les vivants et contre les morts. Mais , pour donner créance aux mémoires que vous lui fournissez , vous ne deviez pas lui faire désavouer publiquement une chose aussi publique qu'est le soufflet de Compiègne. Il est constant, mes pères , par Taveu de l'offensé , qu'il a reçu sur sa joue un coup de la main d'un jésuite ; et tout ce qu'ont pu faire vos amis a été de mettre en doute s'il Ta reçu de Tavant-main ou de l'arrière-main , et d'agiter la question si un coup de revers de la main sur la joue doit être appelé soufflet ou non. Je ne sais à qui il appartient d'en décider; mais je croirais cependant que c'est au moins un soufflet probable. Cela me met en sûreté de conscience.

Que les jésuites ôtent la pâlomnie du nombre des crimes , et qu'ils ne font point de scrupule de s'en servir pour décrier leurs ennemis.

Du Vi novembre 4666.

Mes révérends péres, Puisque vos impostures croissent tous les jours , et que vous vous en servez pour outrager si cruellement

toutes les personnes de piété qui sont contraires à vos erreurs , je me sens obligé , pour leur intérêt et pour celui de TÉglise, de découvrir un mystère de votre conduite, que j'ai promis il y a longtemps , afin qu'on puisse reconnaître par vos propres maximes quelle foi Ton doit ajouter à vos accusations et à vos injures.

Je sais que ceux qui ne vous connaissent pas assez ont peine à se déterminer sur ce sujet , parce qu'ils se trouvent dans la nécessité ou de croire les crimes incroyables dont vous accusez vos ennemis , ou de vous tenir pour des imposteurs, ce qui leur paraît aussi incroyable. Quoi! disent-ils, si ces choses-là n'étaient, des religieux les publieraient-ils, et voudraient-ils renoncer à leur conscience , et se danmer par ces calomnies (i]? Voilà la manière dont ils raisonnent : et ainsi les preuves visibles par lesquelles on ruine vos faussetés rencontrant l'opinion qu'ils ont de votre sincérité, leur esprit demeure en suspens entre l'évidence et la vérité qu'ils ne peuvent démentir, et le devoir de la charité qu'ils appréhendent de blesser. De sorte que comme la seule chose qui les empêche de rejeter vos médisances est l'estime qu'ils ont dé vous , si on leur fait entendre que vous n'avez pas de la calomnie l'idée qu'ils s'imaginent que vous en avez, et que vous croyez pouvoir faire votre salut en calom-

(4) Ces odieuses doctrines sur r homicide, que Pascal avait presque ménagée», en ne les couvrant que de mépris, il les attaque corps à corps avec toute la puissancA d'une dialectique inexorable, comme un crime contre t'État, l'Église, la nature et la piété. Sa véhémence semble s'accroître, en poursuivant un antre déUt trop commun dans les temps de division et de partis , la calomnie , cet assassinat moral, dont ses adversaires avaient fait et on fréquent usage et nne naïve apologie, deox choses qui se corrigent Tune l'autre, mais ne se rachètent pas. Villemaln, Mélanges historiques et Httéralres. Paris, 4880, 1. 1*', p. 864.

niant vas ennemis, il est sans doute que le poids de la vérité les déterminera incontinent à ne plus croire vos impostures. Ce sera donc, mes pères, le sujet de cette lettre.

Je ne ferai pas voir seulement que vos écrits sont remplis de caldlnnies, je veux passer plus avant. On peut bien dire des choses fausses en les croyant véritables , mais la qualité de menteur enferme l'intention de mentir. Je ferai donc voir, mes pères, que votre intention est de mentir et de calomnier, et que c'est avec connaissance et avec dessein que vous imposez à vos ennemis des crimes dont vous savez qu'ils sont innocents, parce que vous croyez le pouvoir faire sans déchoir de Tétat de grâce. Et quoique vous sachiez aussi bien que moi ce point de votre morale , je ne laisserai pas de vous le dire , mes pères, afin que personne n*en puisse douter, en voyant que je m'adresse à vous pour vous le soutenir à vous-mêmes, sans que vous puissiez avoir l'assurance de le nier, qu'en confirmant par ce désavou même le reproche que je vous en fais. Car c'est une doctrine si commune dans vos écoles , que vous l'avez soutenue non-seulement dans vos livres , mais encore dans vos thèses publiques, ce qui est de la dernière hardiesse; comme entre autres dans vos thèses de Louvain de Tannée 4645, en ces termes : « Ce n'est qu'un péché véniel de a calomnier et d'imposer de faux crimes pour ruiner de a créance ceux qui parlent mal de nous. Quidni non € nisi veniale sit, detrakentis auctoritatem magnam, « tibi noxiam, falso crimine elidere? » Et cette doctrine est si constante parmi vous , que quiconque l'ose attaquer, vous le traitez d'ignorant et de téméraire.

C'est ce qu'a éprouvé depuis peu le père Quiroga , capuciu allemand , lorsqu'il voulut s'y opposer. Car votre père Dicastillus l'entreprit incontinent, et il parle de cette dispute en ces termes , De jmL , L 2, tr. 2, disp. i2, n. 404 : c Un certain religieux grave, pieds nus et encapuchonné , cucuUatm gymnopada, que je ne nomme point, eut la témérité de décrier cette opinion parmi des femmes et des ignorants , et de dire qu'elle était pernicieuse et scandaleuse contre les bonnes mœurs , contre la paix des Ëtats et des sociétés, et enfin contraire nonseulement à tous les docteurs catholiques, mais à tous ceux qui peuvent être catholiques. Mais je lui ai soutenu , comme je le soutiens encore , que la calomnie , lorsqu'on en use contre un calomniateur, quoiqu'elle soiiun mensonge, n'est point néanmoins un péché mortel , ni contre la justice, ni contre la charité ; et, pour le prouver, je lui ai fourni en foule nos pères et les universités entières qui en sont composées, que j'ai tous consultés, et, entre autres, le révérend père Jean Gans, confesseur de l'empereur ; le révérend père Daniel Bastèle , confesseur de l'archiduc Léopold ; le père Henri , qui a été précepteur de ces deux princes ; tous les pror fesseurs publics et ordinaires de l'université de <c Vienne (toute composée de jésuites); tous les pro- « fesseurs de l'université de Gratz (toute de jésuites); tf tous les professeurs de l'université de Prague (dont « les jésuites sont les maîtres) : de tous lesquels j'ai « en main les approbations de mon opinion, écrites « et signées de leur main : outre que j'ai encore pour « moi le père de Pennalossa, jésuite, prédicateur de

t Fempereur et du roi d'Espagne ; le père PilHcerolIi, c jésuite , et bien d'autres qui avaient tous jugé cette c opinion probable avant notre dispute. » Vous voyez bien, mes pères, qu'il y a peu d'opinions que vous ayez pris si à tâche d'établir, comme il y en avait peu dont vous eussiez tant de besoin. Et c'est pourquoi vous l'avez tellement autorisée, que les casuistes s'en servent comme d'un principe indubitable, c II est conff stant, dit Caramuel, n. 4454 , que c'est une opinion c probable qu'il n'y a point de péché mortel à calomc nier faussement pour conserver son honneur ; car c elle est soutenue par plus de vingt docteurs graves, f par Gaspard Hurtado et Dicastillus, jésuites, etc. ; c de sorte que, si cette doctrine n'était probable, à c peine y en aurait-il aucune qui le fût en toute la c théologie. »

0 théologie abominable et si corrompue en tous ses chefs , que si , selon ses maximes , il n'était probable et sûr en conscience qu'on peut calomnier sans crime pour conserver son honneur, à peine y auraitil aucune de ces décisions qui fût sûre I Qu'il est vraisemblable, mes pères, que ceux qui tiennent ce principe le mettent quelquefois en pratique I L'inclination corrompue des hommes s'y porte d'elle-même avec tant d'impétuosité , qu'il est incroyable qu'en levant l'obstacle de la conscience , elle ne se répande avec toute sa véhémence naturelle. En voulez -vous un exemple? Caramuel vous le donnera au même lieu, a Cette maxime, dit-il, du père Dicastillus, jésuite, « touchant la calomnie , ayant été enseignée par une « comtesse d'Allemagne aux filles de Timpératrice, « la créance qu'elles eurent de ne pécher au plus que

< véniellement par des calomnies en fit tant uattre en « peu de jours, et tant de médisances, et tant de faux a rapports, que cela mit toute la cour en combustion et « en alarmes ; car il est aisé de s'imaginer l'usage qu'el- « les en surent faire : de sorte que, pour apaiser ce tu- « multe, on fut obligé d'appeler un bon père capucin « d'une vie exemplaire, nommé le père Quiroga (et « ce/ut sur quoi le père Dicastillus le querella tant ) , « qui vint leur déclarer que celte maxime était trèsa pernicieuse, principalement parmi les femmes; et « il eut un soin particulier de faire que l'impératrice « en abolit tout à fait l'usage. » On ne doit pas être surpris des mauvais effets que causa cette doctrine. Il faudrait admirer au contraire qu'elle ne produisit pas cette licence. L'amour-propre nous persuade toujours assez que c'est avec injustice qu'on nous attaque; et k vous principalement , mes pères , que la vanité aveugle de telle sorte , que vous voulez faire croire en tous vos écrits que c'est blesser l'honneur de l'Église que de blesser celui de votre société. Et ainsi , mes pères, il y aurait lieu de trouver étrange que vous ne missiez pas cette maxime en pratique? Car il ne faut plus dire de vous comme font ceux qui ne vous connaissent pas : Comment ces bons pères voudraient-ils calomnier leurs ennemis , puisqu'ils ne le pourraient faire que par la perte de leur salut? Mais il faut dire au contraire.; Comment ce3 bons pères voudraient-ils perdre l'avantage de décrier leurs ennemis, puisqu'ils le peuvent faire sans hasarder leur salut? Qu'on ne s'étonne donc plus de voir les jésuites calomniateurs : ils le sont en sûreté de conscience , et rien ne les en peut empêcher ; puisque, par le crédit qu'ils ont dans

le monde, ils peuvent calomnier sans craindre la justice des hommes , et que , par celui qu'ils se sont donné sur les cas de conscience , ils ont établi des maximes pour le pouvoir faire sans craindre la justice de Dieu.

Voilà, mes pères, la source d*oii naissent tant de noires impostures. Voilà ce qui eu a fait répandre à votre père Brisacier, jusqu'à s'attirer la censure de feu M. l'archevêque de Paris. Voilà ce qui a porté votre père d'Anjou à décrier en pleine chaire, dans l'église de Saint-Benott , à Paris, le 8 mars 4655, les personnes de qualité qui recevaient les aumônes pour les pauvres de Picardie et de Champagne, auxquelles ils contribuaient tant eux-mêmes; et à dire, par un mensonge horrible et capable de faire tarir ces charités, si ont eût eu quelque créance en vos impostures , « qu'il savait de science certaine que ces per- « sonhes avaient détourné cet argent pour l'employer € contre l'Ëglise et contre l'Ëtat : » ce qui obligea le curé de cette paroisse, qui est un docteur de Sorbonne , de monter le lendemain en chaire pour démentir ces calomnies. C'est par ce même principe que votre père Crasset a tant prêché d'impostures dans Orléans, qu'il a fallu que M. Tévêque d'Orléans l'ait interdit comme un in^posteur public, par son mandement du 9 septembre dernier, où il déclare « qu'il défend à frère Jean Crasset, prêtre de la com- « pagnie de Jésus , de prêcher dans son diocèse ; et à « tout son peuple de l'ouïr, sous peine de se rendre « coupable d'une désobéissance mortelle, sur ce qu'il « a appris que ledit Crasset avait fait un discours en « chaire rempli de faussetés et de calomnies contre

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