‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 6 sur 83 · DES PÉCHÉS D'IGNORANCE · texte numérisé non relu

DES PÉCHÉS D'IGNORANCE

sacrés nous assurent avoir élé « abandonnés dans les « ténèbres et dans l'ombre de la mort, i <*Ne vous suffit-il pas , pour entendre Terreur de votre principe , de voir que saint Paul se dit le premier des pécheurs, pour un péché qu'il déclare avoir commis par ignorance , et avec zèle?

Ne suffit-il pas de voir par TÉvangile que ceux qui crucifiaient Jésus -Christ avaient besoin du pardon qu'il demandait pour eux, quoiqu'ils ne connussent point la malice de leur action , et qu'ils ne l'eussent jamais faite , selon saint Paul , s'ils en eussent eu la connaissance ?

Ne suffit -il pas que Jésus -Christ nous avertisse qu'il y aura des persécuteurs de l'Église qui croiront rendre service à Dieu en s'efforçantde la ruiner, pour nous faire entendre que ce péché, qui est le plus grand de tous selon l'apôtre , peut être commis par ceux qui sont si éloignés de savoir qu'ils pèchent, qu'ils croiraient pécher en ne le faisant pas? Et enfin ne suffit-il pas que Jésus-Christ lui-même nous ait appris qu'il y a deux sortes de pécheurs, dont les uns pèchent avec connaissance, et les autres sans connaissance; et qu'ils seront tous châtiés , quoiqu'à la vérité différemment?

Le bon père, pressé par tant de témoignages de l'Écriture , à laquelle il avait eu recours , commença à lâcher le pied ; et laissant pécher les impies sans inspiration , il nous dit : Au moins vous ne nierez pas que les justes ne pèchent jamais sans que Dieu leur donne.... Vous reculez, lui dis-jeen l'interrompant, vous reculez, mon père : vous abandonnez le principe général ; et, voyant qu'il ne vaut plus rien à l'égard

des pécheurs, vous voudriez entrer en composition, et le faire au moins subsister pour les justes. Mais cela étant , j'en vois l'usage bien raccourci ; car il ne servira plus k guère de gens ; et ce n'est quasi pas la peine de vous le disputer.

Mais mon second, qui avait, à ce que je crois, étudié toute cette question le matin même , tant il était prêt sur tout , lui répondit : Voilà , mon père , le dernier retranchement où se retirent ceux de votre parti qui ont voulu entrer en dispute. Mais vous y êtes aussi peu en assurance. L'exemple des justes ne vous est pas plus favorable. Qui doute qu'ils ne tombent souvent dans des péchés de surprime sans qu'ils s'en aperçoivent? N'apprenons-nous pas des saints mêmes combien la concupiscence leur tend de pièges secrets, et combien il arrive ordinairement que , quelque sobres qu'ils soient , ils donnent k la volupté ce qu'ils pensent donner à la seule nécessité , comme saint Augustin le dit de soi-même dans ses Confessions ?

Combien est-il ordinaire de voir les plus zélés s'emporter dans la dispute à des mouvements d'aigreur pour leur propre intérêt, sans que leur conscience leur rende sur l'heure d'autre témoignage, sinon qu'ils agissent de la sorte pour le seul intérêt de la vérité , et sans qu'ils s'en aperçoivent quelquefois que longtemps après !

Mais que dira-t-on de ceux qui se portent avec ardeur à des choses effectivement mauvaises, parce qu'ils les croient effectivement bonnes , comme l'histoire ecclésiastique en donne des exemples ; ce qui n'empêche pas , selon les Pères , qu'ils n'aient péché dans ces occasions ?

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