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IHS

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appelle des filles impénitentes , asacramentaires , incommuniantes, des vierges folles , fantastiques , calaganes , désespérées , et tout ce qu’il tous plaira, et qu’il les noircit par tant d’autres médisances, qui ont mérité la censure de fe* M. l’Archevêque de Paris; quand il calomnie des prêtres, dont les mœurs sont irréprochables, jusqu’à dire, part. 1, p. 22, « qu’ils pratiquent des nouveautés dans les confessions, « pour attraper les belles <st les innocentes, et qu’il aurait « horreur de rapporter les crimes abominables qu’ils corn- <r mettent ». N’est— ce pas une témérité insupportable d’avancer des impostures si noires, non seulement sans preuve, mais sans la moindre ombre et sans la moindre apparence? Je ne m’étendrai pas davantage sur ce sujet, et je remets à vous en parler plus au long une autre fois, car j’ai à vous entretenir sur cette matière, et ce que j’ai dit suffit pour' faire voir combien vous péchez contre la vérité et la discrétion tout ensemble.

Mais on dira peut-être que vous ne péchez pas au moins contre la dernière règle, qui oblige d’avoir le désir du salut de ceux qu’on décrie, et qu’on ne saurait vous en accuser sans violer le secret de votre cœur, qui n’est connu que de Dieu seul. C’est une chose étrange, mes Pères, qu’on ait néanmoins de quoi vous en convaincre, que votre haine contre vos adversaires ayant été jusqu’à souhaiter leur perte éternelle, votre aveuglement ait été jusqu’à découvrir un souhait si abominable ; que, bien loin de former en secret des désirs de leur salut, vous ayez fait en public des vœux pour leur damnation ; et qu’après avoir produit ce malheureux souhait dans la ville de Caen avec le scandale de toute l’Église, vous ayez osé depuis soutenir encore à Paris, dans vos livres imprimés, une action si diabolique ! Il ne se peut rien ajouter à ces excès contre la piété'. Railler et parler indignement des choses les plus sacrées, calomnier les

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vierges et les prêtres faussement et scandaleusement, et enfin former des désirs et des vœux pour leur damnation ! Je ne sais, mes Pères, si vous n’êtes point confus, et comment vous avez pu avoir la pensée de m’accuser d’avoir manqué de charité, moi qui n’ai parlé qu’avec tant de vérité et de retenue, sans faire de réflexion sur les horribles violements de la charité que vous faites vous-mêmes par de si déplorables excès.

Enfin, mes Pères, pour conclure par un autre reproche que vous me faites, de ce qu’entre un si grand nombre de vos maximes que je rapporte il y en a quelques-unes qu’on vous avait déjà. objectées, sur quoi vous vous plaignez de ce que je redis contre vous ce qui avait déjà été dit , je réponds que c’est au contraire parce que vous n’avez pas profité de ce qu’on vous l’a déjà dit que je vous le redis encore. Car quel fruit a-t-il paru de ce que de savants docteurs et l’Université entière vous en ont repris par tant de livres? Qu’ont fait vos Pères Annat, Gaussin, Pintereau et le Moine, dans les réponses qu’ils y ont faites, sinon de couvrir d’injures ceux qui leur avaient donné ces avis si salutaires? Avez-vous supprimé les livres où ces méchantes maximes sont enseignées ? En avez-vous réprimé les auteurs ? En êtes-vous devenus plus circonspects ? Et n’est-ce pas depuis ce temps-là qu’Escobar a tant été imprimé de fois en France et aux Pays-Bas, et que vos Pères Cellot, Bagot, Bauny, L’Amy, le Moine et les autres ne cessent de publier tous les jours les mêmes choses, et de nouvelles encore aussi licencieuses que jamais? Ne vous plaignez donc plus, mes Pères, ni de ce que je vous ai reproché des maximes que vous n’avez point quittées, ni de ce que je vous en ai objecté de nouvelles, ni de ce que j’ai ri de toutes. Vous n’avez qu’à les considérer pour y trouver votre confusion et ma défense. Qui pourra voir sans en rire la décision du P.

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Bauny pour celui qui fait brûler une grange? celle du P; Cellot pour la restitution? le règlement de Sanchez en faveur des sorciers ? la manière dont Hurtado fait éviter le péché du duel en se promenant dans un champ et y attendant un homme ? les compliments du P. Bauny pour éviter l’usure? la manière d’éviter la simonie par un détour d’intention, et celle d’éviter le mensonge en parlant tantôt haut, tantôt bas’? et le reste des opinions de vos docteurs les plus graves ? En faut-il davantage, mes Pères, pour me justifier, et y a-t-il rien de mieux dû à la vanité ei à la faiblesse de ces opinions que la risée , selon Tertullien ? Mais, mes Pères, la corruption des mœurs que vos maximes apportent est digne d’une autre considération, et nous pouvons bien faire cette demande avec le même Tertullien r c Faut-il rire de leur folie, ou « déplorer leur aveuglement ? Rideam vanitfitem , an expro- « brem cæcitatem » ? Je crois, mes Pères, qu’on peut en rire et en pleurer à son choix : Hæc tolerabilius vel ridehtur vel flentur , dit Saint Augustin. Reconnaissez donc qu'il y a un temps de rire et un temps de pleurer , selon l’Écriture. Et je souhaite, mes Pères, que je n’éprouve pas en vous la vérité de ces paroles des Proverbes, « qu’il y a des personnes si <c peu raisonnables qu’on n’en peut avoir de satisfaction, de « quelque manière qu’on agisse avec eux, soit qu’on rie, soit « qu’on se mette en colère ».

En achevant cette lettre, j’ai vu un écrit que vous avez publié, où vous m’accusez d’imposture sur le sujet de six de vos maximes que j’ai rapportées, et d’intelligence avec les hérétiques : j’espère que vous y verrez une réponse exacte, et dans peu de temps, mes Pères,, ensuite de laquelle je crois que vous n’aurez pas envie de continuer cette sorte d'accusation.

DOUZIÈME LETTRE

ÉCRITE PAR L’AUTEUR

DES LETTRES AU PROVINCIAL

AUX RÉVÉRENDS PÈRES JÉSUITES

Du 9 septembre 1656.

Mes Révérends Pères,

Tétais prêt à vous écrire sur le sujet des injures que vous me dites depuis si longtemps dans vos écrits, où vous m’appelez impie , bouffon , ignorant , farceur , imposteur , calomniateur , fourbe , hérétique , calviniste déguisé , disciple de Du Moulin , possédé d'une légion de diables , et tout ce qu’il vous plaît. Je voulais faire entendre au monde pourquoi vous me traitez de la sorte, car je serais fâché qu’on crût tout cela de moi, et j’avais résolu de me plaindre de vos calomnies et de vos impostures, lorsque j’ai vu vos réponses ou vous m'en accusez moi-même. Vous m’avèz obligé par là de changer mon dessein, et néanmoins, mes Pères, je ne laisserai pas de le continuer en quelque sorte, puisque j’espère, en me défendant, vous convaincre de plus d’impostures véritables que vous ne m’en avez imputé de fausses. En vérité, mes Pères, vous en êtes plus suspects que moi. Car il n’est pas

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vraisemblable qu’étant seul, comme je suis, sans force et sans aucun appui humain, contre un si grand corps, et n’étant soutenu que par la vérité et la sincérité, je me sois exposé à tout perdre en m’exposant à être convaincu d’imposture. Il est trop aisé de découvrir les faussetés dans les questions de fait comme celles-ci. Je ne manquerais pas de gens pour m’en accuser, et la justice ne leur en serait pas refusée. Pous vous, mes Pères, vous n’êtes pas en ces termes, et vous pouvez dire contre moi ce que vous voulez, sans que je trouve à qui m’en plaindre. Dans cette différence de nos conditions, je ne dois pas être peu retenu, quand d’autres considérations ne m’y engageraient pas. Cependant vous me traitez comme un imposteur insigne, et ainsi vous me forcez à repartir ; mais vous savez que cela ne se peut faire sans exposer de nouveau et même sans découvrir plus à fond les points de votre morale; en quoi je doute que vous soyez bons politiques. La guerre se fait chez vous et à vos dépens, et, quoique vous ayez pensé qu’en embrouillant les questions par des termes d’école, les réponses en seraient si longues, si obscures et si épineuses qu’on en perdrait le goût, cela ne sera peut-être pas tout à fait ainsi, car j’essayerai de vous ennuyer le moins qu’il se peut en ce genre d’écrire. Vos maximes ont je ne sais quoi de divertissant qui réjouit toujours le monde. Souvenez-vous au moins que c’est vous qui m’engagez d’entrer dans cet éclaircissement, et voyons qui se défendra le mieux.

La première de vos impostures est sur Y opinion de Vasquez touchant V aumône. Souffrez donc que je l’explique nettement pour ôter toute obscurité de nos disputes. C’est une chose assez connue, mes Pères, que, selon l’esprit de l’Église, il y a deux préceptes touchant l’aumône : « l’un de « donner de son superflu dans les nécessités ordinaires des « pauvres ; l’autre, de donner même de ce qui est nécessaire

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« selon sa condition dans les nécessités extrêmes ». C’est ce que dit Cajetan après Saint Thomas : dç sorte que, pour faire voir l’esprit de Vasquez touchant l’aumône, il faut montrer comment il a réglé tant celle qu’on doit faire du superflu que celle qu’on doit faire du nécessaire.

Celle du superflu, qui est le plus ordinaire secours des pauvres, est entièrement abolie par cette seule maxime De EL, c. 4, n. 14, que j’ai rapportée dans mes Lettres : <a Ce c( que les gens du monde gardent pour relever leur condi- « tion et celle de leurs parents n’est pas appelé superflu. Et « ainsi à peine trouvera-t-on qu’il y ait jamais de superflu « dans les gens du monde, et non pas même dans les rois ». Vous voyez bien, mes Pères, par cette définition, que tous ceux qui auront de l’ambition n’auront point de superflu, et qu’ainsi l’aumône en est anéantie à l’égard de la plupart du monde. Mais, quand il arriverait même qu’on en aurait, on serait encore dispensé d’en donner dans les nécessités communes, selon Vasquez, qui s’oppose à ceux qui veulent y obliger les riches. Voici ses termes, c. 1, n. 32 : « Corduba, « dit-il, enseigne que, lorsqu’on a du superflu, on est obligé « d’en donner à ceux qui sont dans une nécessité ordinaire, « au moins une partie, \ afin d’accomplir le précepte en « quelque chose ; mais gela ne me plaît pas, sed hoc nort^pla- « cet : car nous avons montré le contraire contre Cajetan « et Navarre ». Ainsi, mes Pères, l’obligation de cette aumône est absolument ruinée, selon ce qu’il plaît à Vasquez.

Pour celle du nécessaire, qu’on est obligé de faire dans les nécessités extrêmes et pressantes, vous verrez, par les conditions qu’il apporte pour former cette obligation, que les plus riches de Paris peuvent n’y être pas engagés une seule fois en leur vie. Je n’en rapporterai que deux. L’une, « que l’on sache que le pauvre ne sera secouru d’aucun

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« autre : Hæc intelligo et cætera omnia quando scio nulhum « alium opem laturum », c. d, n. 28. Qu’en dites-vous, mes Pères ? Àrrivera-t-il souvent que, dans Paris, où il y a tant de gens charitables, on puisse savoir qu’il ne se trouvera personne pour secourir un pauvre qui s’offre à nous? Et cependant, si on n’a pas cette connaissance, on pourra lo renvoyer sans secours, selon Yasquez. L’autre est que la nécessité de ce pauvre soit telle « qu’il soit menacé de quel- « que accident mortel, ou de perdre sa réputation », n. 24 et 26, ce qui est bien peu commun. Mais ce qui en marque encore la rareté, c’est qu’il dit, n. 45, que le pauvre <jui est en cet état où il dit qu’on est obligé à lui donner l’aumône peut voler le riche en conscience. Et ainsi il faut que cela soit bien extraordinaire, si ce n’est qu’il veuille qu’il soit ordinairement permis de voler. De sorte qu’après avoir détruit l’obligation de donner l’aumône du superflu, qui est la plus grande source des charités, il n’oblige les riches d’assister les pauvres de leur nécessaire que lorsqu’il permet aux pauvres de voler les riches. Voilà la doctrine de Vasquez, où vous renvoyez les lecteurs pour leur édification.

Je viens maintenant à vos impostures. Vous vous étendez d’abord sur l’obligation que Vasquez impose aux ecclésiastiques de faire l’aumône. Mais je n’en ai point parlé, et j’en parlerai quand il vous plaira. Il n’en est donc pas question ici. Pour les laïques, desquels seuls il s’agit, il semble que vous vouliez faire entendre que Vasquez ne parle* en l’endroit que j’ai cité, que selon le sens de Cajetan, et non pas selon le sien propre. Mais, comme il n’y à rien de plus faux, et que vous ne l’avez pas dit nettement,- je veux croire pour votre honneur que vous ne l’avez pas voulu dire.

Vous vous plaignez ensuite hautement de ce qu’après avoir rapporté cette maxime de Vasquez : A peine se trouvera r

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t-il que les gens du monde , et même les rois , aient jamais de superflu , j’en ai conclu que les riches sont donc à peine obligés de donner V aumône de leur superflu. Mais que voulezvous dire, mes Pères ? S’il est vrai que les riches n’ont presque jamais de superflu, n’est-il pas certain qu’ils ne seront presque jamais obligés de donner l’aumône de leur superflu ? Je vous en ferais un argument en forme si Diana, qui estime tant Vasquez qu’il l’appelle le Phénix des esprits , n’avait tiré la même conséquence du même principe. Car, après avoir rapporté cette maxime de Vasquez, il en conclut que « dans la question, savoir si les riches sont obligés « de donner l’aumône de leur superflu, quoique l’opinion « qui les y oblige fût véritable, il n’arriverait jamais ou « presque jamais, qu’elle oblige dans la pratique ». Je n’ai fait que suivre mot à mot tout ce discours. Que veut donc dire ceci, mes Pères ? Quand Diana rapporte avec éloge les sentiments de Vasquez, quand il les trouve probables et très commodes pour les ncAes,. comme il le dit au même lieu, il n’est ni calomniateur ni faussaire, et vous ne vous plaignez point qu’il lui impose; au lieu que, quand je représente ces mêmes sentiments de Vasquez, mais sans le traiter de Phénix , je suis un imposteur, un faussaire et un corrupteur de ses maximes. Certainement, mes Pères, vous avez sujet de craindre que la différence de vos traitements envers ceux qui ne diffèrent pas dans le rapport, mais seulement dans l’estime qu’ils font de votre doctrine, ne découvre le fond de votre cœur, et ne fasse juger que vous avez pour principal objet de maintenir le crédit et la gloire de votre Compagnie, puisque, tandis que votre théologie accommodante passe pour une sage condescendance, vous ne désavouez ppint ceux qui la publient, et vous les louez au contraire comme contribuant à votre dessein; mais, quand on la fait passer pour un relâchement pernicieux, alors le

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même intérêt de votre Société vous engage à désavouer des maximes qui vous font tort dans le monde : et ainsi vous les reconnaissez ou les renoncez, non pas selon la vérité, qui ne change jamais, mais selon les divers changements des temps, suivant cette parole d’un ancien : Omnia pro lempore , nihil pro veritate. Prenez-y garde, mes Pères, et, afin que vous ne puissiez plus m’accuser d’avoir tiré du principe de Vasquez 1 une conséquence qu’il eût désavouée, sachez qu’il l’a tirée lui-même, c. 1, n. 27 : « A peine est-on obligé « de donner l’aumône, quand on n’est obligé à la donner « que de son superflu, selon l’opinion de Gajetan, et selon « la mienne, et secundum nostram ». Confessez donc, mes Pères, par le propre témoignage de Vasquez, que j’ai suivi exactement sa pensée, et considérez avec quelle conscience vous avez osé dire que, si Von allait à la source , on verrait (wec étonnement qu'il y enseigne tout le contraire .

Enfin vous faites valoir par-dessus tout ce que vous dites, que Vasquez a obligé en récompense les riches de donner l’aumône de leur nécessaire. Mais vous avez oublié de marquer l’assemblage des conditions nécessaires pour former cette obligation, et vous dites généralement qu’il oblige les riches à donner même ce qui est nécessaire à leur condition. C’est en dire trop, mes Pères ; la règle de l’Évangile ne va pas si avant ; ce serait une autre erreur dont Vasquez est bien éloigné. Pour couvrir son relâchement, vous lui attribuez un excès de sévérité qui le rendrait répréhensible,

1. A partir de 1659, on trouve ce passage ainsi modifié : « ce que vous dites, que, si Vasquez n’oblige pas les riches de donner l’aumône de leur superflu, il les oblige, en récompense, de la donner de leur nécessaire. Mais vous avez oublié de marquer l’assemblage des conditions qu’il déclare être nécessaires pour former cette obligation, lesquelles j’ai rapportées, et qui la restreignent si fort qu’elles l’anéantissent presque entièrement ; et, au lieu d’expliquer ainsi sincèrement sa doctrine, vous dites généralement »...

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et par là vous vous ôtez la créance de l’avoir rapporté fidèlement. Mais il n’est pas digne de ce reproche après avoir établi, comme il a fait, par un si visible renversement de l’Évangile, que les riches ne sont point obligés ni par justice, ni par charité, de donner de leur superflu, et encore moins du nécessaire, dans tous les besoins ordinaires- des pauvres, et qu’ils ne sont obligés de donner du nécessaire qu’en des rencontres si rares qu’elles n’arrivent presque jamais.

Vous ne m’objectez rien davantage, de sorte qu’il ne me reste qu’à faire voir combien est faux ce que vous prétendez, que Vasquez est plus sévère que Gajetan. Et cela sera bien facile, puisque ce cardinal enseigne « qu’on est obligé « par justice de donner l’aumône de son superflu même « dans les communes nécessités des pauvres, parce que, se- « Ion les saints Pères, les riches sont seulement dispensait teurs de leur superflu, pour le donner à qui ils veulent « d’entre ceux qui en ont besoin ». Et ainsi, au lieu que Diana dit des maximes de Vasquez « qu’elles seront bien « commodes et bien agréables aux riches et à leurs confes- « seurs », ce cardinal, qui n’a pas une pareille consolation à leur donner, déclare, De Eleem ., c. 6, « qu’il n’a rien à dire « aux riches que ces paroles de Jésus-Christ : qu’il est plus « facile qu’un chameau passe par le trou d’une aiguille que « non pas qu’un riche entre dans le ciel ; et à leurs confesse seurs, que cette parole du même Sauveur : Si un aveugle en « conduit un autre, ils tomberont tous deux dans le précipice». Tant il a trouvé cette obligation indispensable I Aussi c’est ce que les Pères et tous les saints ont établi comme une vérité constante. « Il y a deu* cas, dit Saint Thomas, 2, 2, q. 118, a. « 4, où l’on est obligé de donner l’aumône par un devoir de « justice, ex debito legali : l’un, quand les pauvres "sont en « darigerj l’autre, quand nous possédons des biens super-

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« flus ». Et, q. 87, a. 1 : « Les troisièmes décimes que les « Juifs devaient manger avec les pauvres ont été augmentées « dans la loi nouvelle, parce que Jésus-Christ veut que nous « donnions aux pauvres non seulement la dixième partie, « mais tout notre superflu ». Et cependant il ne plaît pas à Vasquez qu’on soit obligé d’en donner une partie seulement, tant il a de complaisance pour les riches, de dureté pour les pauvres, et d’opposition à ces sentiments de charité qui font trouver douce la vérité de ces paroles de Saint Grégoire, laquelle paraît si dure aux riches du monde : « Quand nous donnons aux pauvres ce qui leur est néces- « saire, nous ne leur donnons pas tant ce qui est à nous que « nous leur rendons ce qui est à eux, et c’est un devoir de « justice plutôt qu’une œuvre de miséricorde ».

C’est de cette sorte que les saints recommandent aux riches de partager avec les pauvres les biens de la terre, s’ils veulent posséder avec eux les biens du ciel. Et, au lieu que vous travaillez à entretenir dans les hommes l’ambition, qui fait qu’on n’a jamais de superflu, et l’avarice, qui refuse d’en donner quand, on en aurait, les saints ont travaillé au contraire à porter les hommes à donner leur superflu, et à leur faire connaître qu’ils en auront beaucoup, s’ils le mesurent, non par la cupidité, qui ne souffre point de bornes, mais par la piété, qui est ingénieuse à se retrancher pour avoir de quoi se répandre dans l’exercice de la charité. « Nous avons beaucoup de superflu, dit Saint Augustin, si nous « ne gardons que le nécessaire; mais, si nous recherchons « les choses vaines, rien ne nous suffira. Recherchez, « mes frères, ce qui suffit à l’ouvrage de Dieu, c’est-à-dire « à la nature, et non pas ce qui suffit à votre cupidité, qui « est l’ouvrage du démon. Et souvenez-vous que le superflu « des riches est le nécessaire des pauvres ».

Je voudrais bien, mes Pères, que ce que je vous dis servît

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non seulement à me justifier, ce serait peu, mais encore à vous faire sentir et abhorrer ce qu’il y a de corrompu dans les maximes de vos casuistes, afin de nous unir sincèrement dans les saintes règles de l’Évangile, selon lesquelles nous devons tous être jugés.

Pour le second point, qui regarde la simonie, avant que de répondre aux reproches que vous me faites, je commencerai par l’éclaircissement de votre doctrine sur ce sujet. Gomme vous vous êtes trouvés embarrassés entre les canons de l’Église, qui imposent d’horribles peines aux simoniaques, et l’avarice de tant de personnes qui recherchent cet infâme trafic, vous avez suivi votre méthode ordinaire, qui est d’accorder aux hommes ce qu’ils désirent, et 1 donner à Dieu des paroles et des apparences. Car, qu’est-ce que demandent les simoniaques, sinon d’avoir de l’argent en donnant leurs bénéfices? Et c’est cela que vous avez exempté de simonie. Mais, parce qu’il faut que le nom de simonie demeure, et qu’il y ait un sujet où il soit attaché, vous avez choisi pour cela une idée imaginaire, qui ne vient jamais dans l’esprit des simoniaques, et qui leur serait inutile, qui est d’estimer l’argent considéré en lui-même autant que le bien spirituel considéré en lui-même. Car qui s’aviserait de comparer des choses si disproportionnées et d’un genre si différent? Et cependant, pourvu qu’on ne fasse pas cette comparaison métaphysique, on peut donner son bénéfice à un autre, et en recevoir de l’argent sans simonie, selon vos auteurs.

C’est ainsi que vous vous jouez de la religion pour suivre la passion des hommes, et voyez néanmoins avec quelle gravité votre Père Valentia débite ses songes à l’endroit cité

1. La préposition de n’est pas répétée devant donner, son effet se prolongeant jusqu’à ce second infinitif.

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dans mes Lettres, tom. 3, disp. 16, part. 3, p. 204.4. « On « peut, dit-il, donner un bien temporel pour un spirituel cc en deux manières : l’une, en prisant davantage le tem- « p-orel que le spirituel, et ce serait simonie; l’autre, en « prenant le temporel comme le motif et la fin qui porte à « donner le spirituel, sans que néanmoins on prise le tem- « porel plus que le spirituel, et alors ce n’est point simonie. « Et la raison en est que la simonie consiste à recevoir un « temporel comme le juste prix d’un spirituel. Donc, si on 4 demande le temporel, si petatur temporale, non pas comme « le prix, mais comme le motif qui détermine à le conférer, « ce n’est point du tout simonie, encore qu’on ait pour fin « et attente principale la possession du temporel : Minime « erit simonia etiamsi temporale principaliter intendatu £. et « expectetur ». Et votre grand Sanchez n’a-t-il pas eu une pareille révélation au rapport d’Escobar, tr. 6, ex. 2, n. 40? Voici ses mots : « Si on donne un bien temporel pour un « bien spirituel, non pas comme prix, mais comme un moa tif qui porte le collateur à le donner, ou comme une re- 4 connaissance si on l’a déjà reçu, est-ce simonie? Sanchez « assure que non ». Vos thèses de Caen de 1644 : « C’est 4 une opinion probable enseignée par plusieurs catholiques, 4 que ce n’est pas simonie de donner un bien temporel pour 4 un spirituel, quand on ne le donne pas comme prix». Et, quant à Tannerus, voici sa doctrine, pareille à celle de Valentia, qui fera voir combien vous avez tort de vous plaindre de ce que j’ai dit qu’elle n’est pas conforme à celle de Saint Thomas, puisque lui-même l’avoue au lieu cité dans ma lettre t. 3, d. 5, p. 1519 : 4 II n’y a point, dit-il, propre- 4 ment et véritablement de simonie, sinon à prendre un 4 bien temporel comme le prix d’un spirituel ; mais quand 4 on le prend comme un motif qui porte à donner le spiri- 4 tuel, ou comme en reconnaissance de ce qu’on l’a donné,

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« ce n’est point simonie, au moins en conscience ». Et un peu après : « Il faut dire la même chose, encore qu’on re- <( garde le temporel comme sa fin principale, et qu’on le « préfère même au spirituel, quoique Saint Thomas et d’au- « très semblent dire le contraire, en ce qu’ils assurent que « c’est absolument simonie de donner un bien spirituel pour « un temporel, lorsque le temporel en est la fin ».

Voilà, mes Pères, votre doctrine de la simonie enseignée par vos meilleurs auteurs, qui se suivent en cela bien exactement. Il ne me reste donc qu’à répondre à vos impostures. Vous n’avez rien dit sur l’opinion de Valentia, et ainsi sa doctrine subsiste après votre réponse. Mais vous vous arrêtez sur celle de Tannerus, et vous dites qu’il a seulement décidé que ce n’était pas une simonie de droit divin ; et vous voulez faire croire que j’ai supprimé de ce passage ces paroles, de droit divin . Vous n’êtes pas raisonnables, mes Pères, car ces termes de droit divin ne furent jamais dans ce passage. Vous ajoutez ensuite que Tannerus déclare que c’est une simonie de droit positif. Vous vous trompez, mes Pères, il n’a pas dit cela généralement, mais sur des cas particuliers, in casibus a jure expressis , comme il le dit en cet endroit. En quoi il fait une exception de ce qu’il avait établi en général dans ce passage, que ce n'est pas simonie en conscience : ce qui enferme que ce n’en est pas aussi une de droit positif, si vous ne voulez faire Tannerus assez impie pour soutenir qu’une simonie de droit positif n’est pas simonie en conscience. Mais vous recherchez à dessein ces mots de droit divin , droit positif , droit naturel , tribunal intérieur et extérieur , cas exprimés dans le droit , présomption externe , et les autres qui sont peu connus, afin d’échapper sous cette obscurité et de faire perdre la vue de vos égarements. Vous n’échapperez pas néanmoins, mes Pères, par ces vaines subtilités, car je vous ferai des questions si sim-

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pies qu’elles ne seront point sujettes au distinguo. Je vous demande donc, sans parler de droit positif, ni de pré somption de tribunal extérieur *, si un bénéficier sera simoniaque, selon vos auteurs, en donnant un bénéfice de quatre mille livres de rente, et recevant dix mille francs argent comptant, non pas comme prix du bénéfice.,, mais comme un motif qui le porte à le donner. Répondez-moi nettement, mes Pères : que faut-il conclure sur ce cas, selon vos auteurs? Tanneras ne dira-t-il pas formellement que « ce n’est « point simonie en conscience, puisque le temporel n’est pas « le prix du bénéfice mais seulement le motif qui le fait « donner ? » Yalentia, vos thèses de Caen, Sanchez et Escobar ne décideront-ils pas de même que ce n'est pas simonie par la même raison? En faut-il davantage pour excuser ce bénéficier de simonie, et oserez-vous le traiter autrement1 2 dans vos confessionnaux, quelque sentiment que vous en ayez par vous-mêmes, puisqu’il aurait droit de vous y obliger3, ayant agi selon l’avis de tant de docteurs graves? Confessez donc qu’un tel bénéficier est excusé de simonie, selon vous, et défendez maintenant cette doctrine, si vous le pouvez.

Voilà, mes Pères, comment il faut traiter les questions pour les démêler, au lieu de les embrouiller par des termes d’école, ou en changeant l’état de la question, comme vous faites dans votre dernier reproche en cette sorte. Tannerus, dites-vous, déclare au moins qu’un tel échange est un grand péché4, et vous me reprochez d’avoir supprimé malicieusement cette circonstance, qui le justifie entièrement , à

1. Les éditions modernes fournissent la correction suivante, qui donne un sens bien plus clair : « sans parler de droit positif, ni de présomption externe, ni de tribunal extérieur ».

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