INFLUENCE D’ATHÈNES SUR LE DÉVELOPPEMENT DES PROXÉNIES GRECQUES
« Maintes villes grecques, » dit Démosthène aux Athéniens dans le discours contre Timocrate, « ont maintes fois décrété qu'elles » adoptaient vos lois. C'est pour vous un juste sujet d'’or- » gueil (1). »
La série des documents de proxénie est aujourd’hui si riche et si variée, que l’on peut constater, du moins sur ce point , l’exactitude de l'orateur. L'influence exercée directement ou indirectement par Athènes est un fait capital dans l’histoire de la proxénie gretque.
En premier lieu , le développement de l'empire athénien a, dans beaucoup d'Etats, entravé l’organisation de l'hospitalité publigque. La proxénie était une institution d'Etats libres et souverains. Il ëst remarquable que l'on ne connaisse pas d’hôte des villes ou des îles qui ont été directement occupées par les Athéniens ou leurs colons. Lemnos, Imbros, Skyros sont peut-être les seules îles de la mer Egée où l’on ne puisse encore constater l'existence de la proxénie (2); ce sont précisément les îles où Athè-
(1) « Act roivuv Uuds xéxstvo oxonetv Ëti modo tüv ‘Elifivov roll loir ébnpropévor toi vôpou xpñaba vois parépous, lp # piaotueto" buetc, slxétux. » (Contre Timocrate, 210.)
(2) On vient de trouver un décret de proxénie, rendu par les habitants de
nes a eu constamment des clérouques. On ne peut citer non plus d'hôte de Salamine et d'Egine. A Délos et en Eubée, la proxénie se développe dès que les Athéniens en sont chassés, à la fin du quatrième siècle. C’est sans doute aussi la présence des Athéniens qui a arrêté l'essor de la proxénie dans les villes grecques de Chalcidique et de Thrace. Tous ces pays ont été presque toujours dans une situation dépendante pendant la période où l'hospitalité s’est le plus largement et le plus librement développée, aux cinquième et quatrième siècles.
Mais l'influence d'Athènes, dans l'histoire de cette institution, n’a pas été seulement négative. L'organisation de la proxénie attique a été adoptée ou imitée :
1° Par plusieurs villes voisines, par exemple à Tanagre ( 1):
à Orope (2), dont le territoire fut toujours disputé entre Athènes et la Béotie; à Erétrie et à Carysto d'Eubée (3) qui avaient fait longtemps partie de l'empire athénien ; parfois même dans la ville dorienne de Mégare (4).
2 Par un grand nombre de villes alliées, dont la fortune fut, au cinquième et au quatrième siècle, unie à celle d'Athènes, surtout par les îles de la mer Egée et les cités de la côte asiatique (5).
3° Par des Etats éloignés qui furent pendant des siècles en relations d’affaires suivies avec Athènes, par exemple Byzance et les villes grecques du Pont-Euxin (6). On trouve en Crimée de nombreuses monnaies athéniennes, des œuvres d'art et des objets industriels sortis des fabriques athéniennes. Des traités de commerce et d'amitié, mentionnés par Démosthène et ses contemporains, mieux connus aujourd'hui depuis la découverte des documents originaux, furent conclus entre Athènes et les rois du Bosphore. Comme il arrive, on exporta des idées en même temps
Myrina, ville de Lemnos, en faveur d’un citoyen d’Acrothoon, ville de l’Athos. Mais ce décret date d’une époque où Myrina était indépendante (Bull. de corr. hell, IX, p. 46).
(L) C. I. G., 1563b. ’AGfivartov, IV, p. 291.
(2) "Ephusptce &ox., n° 1310-1311.
(3) C. I. G. 2144 add. Bull, de corr. hellén., II, 277. Rhein. Mus., 1866, p. 528 et suiv.
(4) Id., 1052. Lebas-Fouc., Még. et Pél., 30, 31, 34.
(5) À Thasos (C. I. G., 2161). Amorgos (Annali di corr. arch., 1842, p. 158). Pholegandros (Ross, Inser. gr. ined., 318). Paros (C. I. G., 2374°, add.). Ténos (C. I. G., 2330-2329). Cos (Bull. de corr. hellén., V, 207; Greek inscr. in the Brit. Mus., If, 247). Calymnos (C. I. G., 2671), etc., etc.
(6) C. I. G., 2060, 2056, 2053, etc.