ENCORE LES DOUANIERS
Bouzonville, 25 jaillet.
Les familles de tous ces braves douaniers sont dans les larmes; il semble que les Prussiens aient reçu Tordre de les persécuter tout particulièrement.
— Puisqu'on n*a pas besoin de nous pendant la guerre, qu'on nous fasse soldats ! me disait un vieux brigadier qui pleurait comme un enfant *. Au moins nous pourrons venger nos camarades et notre lieutenant.
— Quel lieutenant? m'écriai-je.
— Le lieutenant Lenfant, et cet excellent M. Syndic, notre receveur, et nos camarades Houssard et Bausch.
— Vous êtes sûr qu'ils sont prisonniers ?
— Certainement. Schrecklinger les a vus tous les
i Le vœa de ces braves gens' n'a pas tardé à se réaliser. Un décret impérial ordonne en effet, presqu'en même temps, qu'ils fassent organisés militairement es placés sous Tautorité du ministre de la guerre.
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quatre gardés par huit gendarmes, sur la place du marché, à Sarrelouis. Il vient de venir ici, à Brettnach, prévenir madame Lenfant de la part de son mari.
Voici maintenant les détails de ces arrestations. J*ai eu quelque mal à les trouver, mais je ne le regrette pas; cela m'a fourni l'occasion de voir de près le camp dlttersdorff et deux canons prussiens (1).
La route qui va de Boulay à Sarrelouis a son bureau de douane au hameau des Trois-Maisons, en avant du village de Villing.
Là demeurait M. Syndic, receveur, ordinairement assisté du planton Bausch.
Dimanche soir, tandis que la terreur causée par les événements de la nuit régnait dans le pays, une troupe de hulans, composée de vingt à vingt-cinq hommes, arrive aux Trois-Maisons et met pied à terre devant le bureau du receveur.
Ils garrottent le planton Bausch, puis entrent dans le bureau. Le chef se découvre devant M. Syndic, absolument comme un brigand d'opéra-comique, et avec une politesse affectée lui annonce qu'il a ordre de le prendre lui et sa caisse.
Le receveur ne songea pas à faire résistance, par cette bonne raison que sa caisse était presque vide, ce
(1) Ittersdorff est silué à égale distance de Bouzonville et de Sarrelouis et tout à fait sur la froniière. Le camp prussien d'Ittersdorff pourrait être aperçu de Bouzonville si le pays n'était très-accidenté.
qui s'explique en ce temps où il n*y a plus de trafic entre Sarrelouis et Boulay. Il se laissa emmener avec son planton.
Un peu plus près du terHtôire prussien se trouve un petit bâtiment, en meilleur état que celui de Schreck* ling» et qui sert de poste à la douane» Le lieutenant Lenfant, suivi de son homme d'escorte Houssard, venant de Merten^ en faisant sa ronde, était entré dans ce bureau non occupé^ dont il avait la clé» et visait un registre d'ordre pour certifier son passage.
A ce moment le bureau se trouva envahi par les hulans, qui revenaient des Trois-Maisons, emmenant M» Syndic et Bausch^ Se voyant entourés, les deux douaniers ne firent pas de résistance.
La mésaventure de Mé Lenfant TafTecte d'autant plus qu'il ne comprend pas l'allemand, et que les Prussiens ont l'habitude de maltraiter leurs prisonniers.
Cette nuit aussi, ou plutôt hier soir, une autre bande de hulans est venue à Schreckling» demandant là veuve du douanier tué, pour l'emmener prisonnière !..« Nâtu« rellement les paysans se sont contentés de se barri* cader chez eux sans rien répondre*
Une pauvre femme [âgée a failli être prise à la place de la veuve Mouty* Heureusement qu'elle a eu l'énergie de leur démontrer leur erreur. Si elle n'avait pas su parler allemand^ elle était emmenée.