DÉTAILS COMPLÉMENTAIRES
letins officiels ont de bon, et je crois que celui de la journée du 2 août offrira un intérêt exceptionnel à ceux qui me lisent, en ce qu'il réparera les omissions involontaires que je vais commettre, en ajoutant quelques détails à mes impressions d'hier.
Ce sont les francs-tireurs qui ont ouvert le feu. Ces braves gens ont enlevé les positions prussiennes avec un entrain merveilleux. Ils grimpaient comme des chats sur les flancs des coteaux qui couvrent Sarrebriick, et il en est tombé quelques-uns.
Le 3™® chasseurs à pied s'est déployé en tirailleurs, sur la gauche, surveillant les bois franco-prussiens, et assurant le Hbre passage de la route de Forbach par où l'empereur s'est rendu au champ de manœuvre des Prussiens, sur la hauteur.
Enfin, le 66™* et le 24°>* de ligne, qui ont les premiers marché à l'ennemi, sont partis de Spickren, petit village français situé sur une hauteur, à droite de Forbach, et au milieu de bois appartenant partie à la France et partie à la Prusse. Ils ont fouillé ces bois, pour ainsi dire, d'arbre à arbre, et sont descendus dans la plaine. La batterie prussienne établie du côté du village d'Arnwal, et qui les canonnait de face, sans leur faire grand mal, s'est retirée à leur approche.
C'est aussi de Spickren que le général Frossard est arrivé. Il a suivi un chemin longeant les bois et dominant la plaine, puis y descendant brusquement, en contournant le mamelon occupé par le général de Laveaucoupet.
STYRING-WENDEL
4 août 1870
Nos troupes sont toujours sur les hauteurs qui avoisinent Sarrebrûck, et d'où l'on voit ce qui se passe dans la ville absolument comme si on était dessus.
Comme ce n'est pas une place forte, on évite du même coup à nos soldats le désagrément de passer dans des rues minées, et aux habitants, en cas d'accidents de ce genre, des représailles injustes, qu'on ne serait peut-être pas maître d'empêcher. Nous avons pris Sarrebriick comme position stratégique. La conquête se fait, dans les esprits, par les bons procédés. Les provinces rhénanes sont à nous depuis longtemps. Il semble que les Prussiens aient pris à tache de s'aliéner l'esprit, des populations par leurs vexations de toutes sortes.
En revenant avant-hier du champ de combat, l'empereur s'est arrêté à Styring-Wendel.
— Monsieur, a-t-il dit au directeur , je ne pourrai
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jamais vous témoignai* toute la satisfacli'*>n que j'éprouve à voir vos usines, qui touchent la frontière^ en pleine activité, tandis que toutes les usines prussiennes de la vallée de la Sarre sont éteintes depuis quinze jours. Les ouvriers de ce malheureux pays demandent du pain à genoux !
La journée du 2 août a eu une importance morale bien supérieure au fait matériel. Plusieurs officiers d'état-major se plaignaient tout à l'heure des exagérations, de certains journaux, qui présentaient l'affaire comme une grande bataille et une grande victoire.
— Que diront les Prussiens, dont nous blâmons les exagérations, s'ils nous voient ainsi tomber dans les mêmes fautes ? — nous disaient-ils.
Je ne suis pas bien sûr de ne pas être tombé moimême un peu dans l'exagération.
Si cela est, cela provient probablement de ce que j'y étais , et, bien entendu, du côté de la France. Or l'ennemi, quoique peu nombreux, était embusqué, et nos soldats, qui ignoraient sa force numérique, grimpaient à l'assaut des hauteurs avec autant d'ardeur que s'ils devaient s'y mesurer avec l'Europe entière.
Du reste, comme rien n'est plus éloquent que les chiffres, en voici de très-exacts :
Les forces prussiennes n'étaient que de deux régiments, les 69* et 40 de ligne, et de neuf pièces de canon. Il leur a été tué trente hommes environ, blessé soixante à quatre-vingts et fait prisonniers environ cent cinquante.
Nous avons eu sept ou huit morts dans Taction, quatre ou cinq à Tambul^noe ou à Thôpital, Ghifft*ç exact, douze. Les blessés qui na pourront siuvre la campagne sont au nombre de soixante. On ne nous a pas feit da prisonniers <
Au point de vue de la guerre, cela n'est rien... Mais Je ne suis pas enoore familiarisé avec les choses de la guerre... et lorsque j*ai vu le soir, à l'ambulance, lin pauvre soldat qui avait le délire crier au mc^'échal Le Bœuf, qui s'était approché de lui 2
— Mon général ! des cartouches, des balles, un fusil ! voilà les Prussiens ! . . .
Puis râler et mourir, j'avoue que j'ai trouvé lo combat assez horrible pour mériter le nom de bataille.
Les prisonniers prussiens n'ont pas l'air très-désolés, L!un à'eu^ a écrit à sa femme une lettre qui commence , ainsi ;
« Diçu m§rçi, je suis aux mains des Français ! » -
Un fiutr^ï moing satisfait, ét^it employé dans une ipai^on de commerce dQ P^ri§, Obligé de quitter la France pour reprendre dn service, il éj avoué ingénument j^n^ gendarmes qu'il comptait revenir à ^on
magasin accompagné par §on régiment.
: Knoore une illusion perdue !
^ Cette position qui domine Sarrebriick est si exoelt lente, qu'on se demande pourquoi les Prussiens ne se iOni pas ftiit tuer jusqu'au dernier, plutôt que de noua l'abandonner. Figurez-vous un terrain rectangulaire,
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grand comme Tesplaiiadc des Invalides à Paris, et absolument horizontal.
Sur les quatre faces, le terrain est en pente trèsroide, et rien n'eût été plus facile que de s'y retrancher solidement. La route de Forbach y arrive par une extrémité, auprès de cette maison rouge sur laquelle notre canon s'est essayé, et qui était une auberge avec cette enseigne ;
Zov BcUevue,
C'est là qu'après les manœuvres les soldats prussiens allaient se rafraîchir, avant de redescendre à leurs casernes de la ville.
De cette vaste plate-forme, nous surveillons toute la vallée de la Sarre. Les Prussiens se retirent, dit-^-on, vers le Rhin, en brûlant, démolissant et pillant toul, C'est la tactique de cette honnête armée. On voit bien que jamais la Prusse n'a considéré les provinces rhénanes comme sincèrement prussiennes.
Au moment où je termine ma lettre, je causa avec un homme natif de Trêves, qui travailla ici et y e&t marié et bien établi.
•^ Mes compatriotes, me dit-il, ne regretteront pas de redevenir Français. Il n*y a qu'une chose qui est à l'avantage des Prussiens : c'est que tous les enfants y apprennent à lire et à écrire; on les y force môme, tandis que dans ce pays, sur cent hommes, il n*y en a pas dix qui sachent seulement bien parjer français.