BATAILLE DF. FORBACH
prussienne, et transporta son quartier-général de la Brême-d'Or, poste avancé sur la frontière, à Forbach. Ces mouvements se firent sans précipitation, lentement, non comme une retraite, mais comme une opération militaire arrêtée d'avance.
Malheureusement, les Prussiens sont mieux informés de nos mouvements et du chiffre de nos soldats que nous ne le sommes de l'état de leur armée. Nous ne connaissions pas du tout leur jeu, et ils connaissaient le nôtre. Nous chantions victoire à Sarrebriick, nous tombions seulement dans un de leurs pièges. Voilà la vérité.
A Sarrebriick, nous avions mis trente mille hommes en marche, pour enlever une position qui n'était défendue — apparemment — que par quatre ou cinq mille hommes. En réalité, les Prussiens, en faisant courir le bruit de ville minée, de dangers pour les ponts, etc., nous empêchaient de passer la Sarre, et de nous apercevoir que leur armée, forte d'au moins cent mille hommes sur ce point seulement, était de l'autre côté de la rivière. Ils avaient promis à leur roi une victoii*e pour la Saint-Guillaume. Avouons qu'ils l'ont eue.
Dès 9 heures du matin, quelques compagnies des 77" et 76® de ligne et 3« chasseurs à pied, allèrent en reconnaissance dans les bois qui bordent, à gauche, la plaine située entre la Brème -d'Or et Sarrebriick. Ils aperçurent un mouvement insolite sous les arbres, et s'avancèrent en tirailleurs,- guettant les ennemis, et les visant. A leur tir isolé les Prussiens répondaient
par des feux de peloton. Des feux de peloton sous boia, jcela ne s'était jamais vu !
Les régiments et le bataillon auxquels appartenaient ces braves gens s'avancèrent alors, avec les préoau»tiens d'usage, pour éviter do tirer les uns sur les •autres. Et les décharges prussiennes continuaient toujours !
— Les maladroits, disaient nos soldats ! Ils tirent à l'aveuglette...
Et nos pauvres héros tombaient par fllea, ne reculant pas. Les blessés recevaient des grêles de balles. Tous mouraient.
Pendant deux heures et demie, dura cette lutte folle. Il ne restait presque plus trace, vers midi, de ces quatre mille hommes. Cinq ou six cents au plus se sont repliés, quand la ruse de l'ennemi a été connue. - Pendant notre inaction des derniers jours, les Prussiens avaient tendu, d'arbre en arbre des fils de fer dans le bois. Ils ne dépassaient pas cette ligne sûre, et alors, certains de ne pas avoir de compatriotes devant eux, ils tiraient sans aucun risque, tandis que nos soldats perdaient les neuf dixièmes de leur force. ' Alors les quelques régiments restés sous les ordres du général Frossard s'avancèrent, et le feu sous les bois cessa, tandis que les Prussiens débouchaient par tous les passages de la ligne de la Sarre. A Spîcke*ren, la division Laveaucoupet, — dont je n'ai pu avoir des nouvelles, — était aussi maltraitée. En vain, mettions-nous nos pièces en batterie, l'ennemi gagnait
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du terrain, bombardait Styring, pillait leé'maisoils, et» peut-être dix fois supérieur en nombre, nous faisait reculer jusqu'à portée de fuail de Forbach* La bataille était perdue.
Mais, vers quatre heures, nos soldats i*6pfirent ha* leine. Ils attaquèrent à leur tour j regognant pied à pied le terrain perdu. On reprenait Styring, dont les fouis neôux fumaient toujours sous le canon! On avançait vers la Brême-d'Or. Le succès était chèrement payé, mais la victoire était à nous. Il était cinq heures*
Je revenais d'écrire quelques lignes à la gare, quand je vis tous les visages sombres, les poings crispés* Les habitants de Forbach faisaient des paquets de leurs objets les plus précieux et s'enfuyaient vers les montagnes i\*ançaises qui s'étendent jusqu'à Sarre-^ guemines.
— Que s'est*il donc passé?
On a manqué de munitions, disent les uns, on vient de soutenir un nouveau choc, disent les autres*
Ce qui est certain, c'est qu'on recule» on reculo sans ordre*
Les officiers interrogent du regard les collines prus» siennes, qui s'avancent en France en face de Forbach/ et qui s'étendent sur une longueur de trois lieues, à deux cents mètres de hauteur, couronnées de bois touffus. Un certain mouvement se fait sous le feuil** lage*
— Ce sont les chasseurs qui observent ! s'éCrie-t-on. Pourtant une crainte vague s'empare de nous. Oom*
ment les chasseurs seraient-ils là et ne bougeiaientils pas, quand, sous leurs yeux, nos troupes reculent !
Les blessés, les infirmiers, les officiers, les gendarmes, cherchent des fusils, et s'apprêtent à un terrible inconnu.
Pour nous, spectateurs impuissants, la position n'est plus tenable. Avec deux de mes amis, Amédée Lefaure, et le dessinateur Houssot, je monte rapidement en voiture. Notre intention est de gagner Morsbach, petit village situé entre Forbach et Merlebach, sur la hauteur et dans les bois.
Là, pensons-nous, nous pouvons attendre les événements. Les Prussiens ne se hasarderont pas dans ce pays insignifiant, qu'ils ne connaissent pas, et demain, quand nous reprendrons l'offensive, nous serons prêts à tout voir, à tout raconter.
A peine sortis de la ville, nous ne doutons plus de ce qu'il y a sur la hauteur. Sortant lentement des bois où, sans être inquiétés, ils s'étaient massés dans la journée, les Prussiens se mettent en position. La ligne noire de leurs uniformes s'étend aussi loin que la vue peut aller. Nous les voyons dresser leurs batteries et préparer leurs armes.
Et nous passons. Nous rencontrons un convoi du génie, qui se rendait à Forbach ; à cet endroit, la route côtoie, en la dominant, la ligne du chemin de fer.
Il est sept heures dix minutes. Tout à coup, un train part de Forbach, à grande vitesse, et croise le convoi et notre voiture. On dirait que c'est un signal. Une