BATAILLE D£ FORBACH
ligne de feu court le long de la montagne noircie. Nous entendons d'horribles sifflements et des cris de rage. C'est sur nous qu'on tire. On suppose que le convoi du génie porte des munitions à Forbach, et on veut Tarrêter.
Que faire? nous sautons à bas de la voiture, nous prenons le cheval à la bride, et, sous le feu, nous montons la colline.
Nous ne pouvons plus tenir. La voiture sert de cible aux tireurs ennemis. A mi-côte s'élève une sorte de cahute. Nous coupons les traits et nous y conduisons le cheval.
La cahute est trop basse et la montagne est si roide qu'il est impossible d'y emmener le cheval. Nous abandonnons la pauvre bête, qui, un instant après, roule sur le sol, frappée à mort, et nous gravissons les pentes, toujours sous le feu de l'artillerie, de l'infanterie, et des mitrailleuses prussiennes.
Après un quart d'heure d'efforts surhumains, nous arrivons à la partie boisée. Nous essayons de nous reposer. Mais la mitraille vient encore nous poursuivre.
Les Prussiens croient sans doute que le boiâ est occupé par nos troupes, et leurs projectiles font une reconnaissance
Dans les bois, nous entendons des cris de douleur. Ce s'ont des habitants de Forbach qui fuient comme nous. Peut-être quelques-uns sont-ils atteints.
Enfin, nous arrivons au sommet d'oii nous pouvons voir Forbach et la vallée. La ligne entière des Prus-
siens est en feu. La canonnade et la fusillade n'arrêtent pas.
Un tir effroyable est dirigé sur le chemin de fer et sur la ville, qu'éclairent les sinistres lueurs de Tincendie. Nos braves soldats tirent aussi, mais faiblement, avec de grands intervalles.
Tout à ooup, nous entendons un cri sinistre, un ordre ou une prière, que les échos répètent dans la vallée !
--m Ne tirez plus !
Et bientôt le feu cesse des deux côtés.
Il est 7 heures 45 minutes.
La ville est sans doute à peu près détruite. Nous entendons les hourrahs des ennemis, les cris de dé<^ tresse des nôtres. C'est horrible...
La colonne de feu qui s'élève de Forbach nous permet seule de noua orienter. Dans la direction de Puttelange, nous rencontrons une route. Enfin !
Bientôt, un bruit bien connu se fait entendre. Ce sont les pas de soldats silencieux, peut*être des Prus* sieni. Mais non, c'est la division de Castagny qui arrive! D'où?.,. Elle a fait de marches et des contremarohes, se dirigeant au jugé du côté où le canon se fait entendre.
«« Où s^est*on battu t nous demande le général
— A Forbach.
— Et nous les avons repoussés î Nous lui disons la triste vérité.
Le brave général serre les poings ; il est furieux !
BATAILLE DE FORBACH 7?i
Il est 10 heures, mais il se promet d'être demain de la grosse partie qui ne peut manquer de se jouer, espérons-le, pour rhonneur de la France.
Pendant que nous nous rangeons sur le bord de la route, pour laisser passer Tartillerie, nous voyons dans un champ un groupe étrange. Des hommes se pressent autour d'une immense voiture et de fourgons. Nous nous en approchons. Ce sont les équipages du général Prossard.
— Où est le général? nous demandent ses gens. Il nous a dit à 5 heures de partir, par les bois, du quartier général. Nous ne savons ce qu'il est devenu.
Enfin à Farsweiler, un hasard providentiel nous fait trouver dans la station même quatre locomotives sous vapeur. Cas machines étaient demandées à Strasbourg, mais les Prussiens ayant coupé le chemin de fer près de Sarreguemines, elles faisaient le détour de Metz pour BO rendre à leur destination. Nous montons sur ces locomotives et c'est de cette façon que, ce matin, à 4 heures, nous rentrâmes au quartier général de l'armée française après avoir traversé, à Bening, des oçimpements de Prussiens, qui nous croyaient des leurs.
C'est nous qui apportons à l'état-major la nouvelle du désastre.