LE MINISTRE ET L'EMPEREUR
Metz, 8 août.
Nous sortons d'assister à ce désastre, et ce que nous venons de voir depuis quelques heures nous met dans Fimpossibilité de croire à un retour favorable de la destinée.
— Bah! me disait Lucien Biart, j'en ai vu bien d'autres, au Mexique. Mais il ne faut pas perdi'e courage. Le général Piou-piou nous sauvera.
Le général Piou-piou nous sauvera-t-il ? Lui aussi, ne sait-il pas à quoi s'en tenir sur ses chefs, sur ce fatal entourage militaire de l'empereur avec lequel je viens de faire connaissance !
En arrivant à la gai'e de Metz, Lefaure, Houssot et moi, nous n'avons plus figure humaine. Nos légers costumes blancs, déchirés par les ronces, trempés par la pluie, noircis pai' le charbon des locomotives sur lesquelles nous avons fait la route, sont indescriptibles. Pour comble de malheur j j'ai perdu mon chapeau.