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LE MINISTRE ET L'EMPEREUR

Dans ce brillant équipage , à 4 heures du matin , nous nous présentons à la porte Serpenoise. Les factionnaires nous regardent passer sans la moindre curiosité, au milieu des campements qui s'étendent entre les murs et la gare.

Nous traversons une bonne partie de la ville — pavoisée, — et nous arrivons à Thôtel de l'Europe. Deux factionnaires se tiennent à la grille : — « Le maréchal Lebœuf? » leur demandons-nous. — « C'est dans le fond ! » nous répondent-ils. Et nous entrons.

Les plantons ronflent au pied de l'escalier. Je réveille à grand peine un sergent.

— Vous voulez parler au maréchal avant qu'il fasse Jour !

— J'ai à lui faire une communication urgente.

— Voyez au premier, alors, à l'état-major.

En vain nous frappons à toutes les portes de l'étage. Personne ne répond. Nous tournons une clef, au hasard, et nous entrons dans une magnifique chambre. Sur la table une lampe carcel, à demi-baissée, répand une douce clarté : sur le lit, intact, est étalé le costume de grand apparat du maréchal Le Bœuf. Mais lui, oii est-il ?

Personne ne venant, nous ouvrons une autre porte et nous voyons couché sur des canapés ou étendu dans de grands fauteuils, le fameux état-major si difficile à trouver, mais si facile à aborder.

Le premier personnage qui se réveille est M. De-

bains, ce représentant de V Officiel ^ qui porte une casquette d'amiral, on n'a jamais su pourquoi.

— Ah! vous voilà! 8'écrie-t*il* Est*ce vi*ai que nous avons été battus ?

— C'est très-vrai. Nous y étions.

— Bon ! Alors vous allez nous donner des détails. Un général se réveille à son tour, et, quand il sait ce

que nous venons raconter, il s'écrie î

— Ce n'est pas fmi encore ! Nous voulons bien nous faire tuer, mais c*est ennuyeux dé se faire tuer bêtement.

— Est-il vrai que Frossard ait fichu le camp ? me dit un colonel. On le disait hier soir sur le rapport d'un mécanicien du chemin de fer.

— C'est une calomnie, répondis-je. J'ai vu le général à 5 heures sur le champ de bataille (1).

On déploie des cartes et on prend des notes. On nous prie ensuite de venir, à 7 heures du matin , chez l'empereur, à l'hôtel de la préfecture.

A peine descendu, je rencontre sur le perron M. Maurice Richard.

— Vous ici ! m'écrié-je !

— Oui, me dit-il. Vous connaissez l'affaire de Wissembourg et le scandale de la Bourse de Paris. Je ne sais pas oii nous allons, mais je crois que l'empereur n'a jamais eu autant besoin de voir ses vrais amis

(1) Le cancan du mécanicien, colporté par de nombreuses mauyai!tes langues, a fait son ciiomin.

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