‹ Les Prussiens en FranceChapitre 31 sur 91 · METZ · texte numérisé non relu

METZ

Il août, 6 heures, soir.

Jamais je n'oublierai rémotion douloUJreuse que j'ai ressentie en rentrant à Metz. Autour de la ville on abat les jolies maisons de la zone militaire. La gare est déserte. Les camps ont perdu leur gaieté.

• Sur la porte Serpenoise, je lis un avis, annonçant que rentrée en ville est interdite aux personnes qui n'apportent pas pour quarante jours de vivres. C'est l'état de siège dans toute sa rigueur. Un peu plus loin, je vois un arrêté du général Cofflnières de Nordeck, commandant la ville, annonçant que toutes les actions judiciaires, pour affaires commerciales, sont suspendues pendant quinze jours.

Dans les rues, on voit pendre aux fenêtres les dra^ peaux que la police avait invité les habitants à y mettre pour célébrer l'arrivée de l'empereur. La pluie à éteint leurs vives couleurs et les fait tomber conïme des

loques. Ce souvenir d'un jour de fête est lugubre au milieu de la consternation générale.

Le deuxième corps, celui du général Frossard, qui a été si cruellement éprouvé, est à quelques kilomètres d'ici.

Laissez-moi vous dire quelques mots de ce général, auquel depuis quelque temps on n'a pas ménagé les attaques. Jadis, quand il conduisait le prince impérial en Normandie et en Bretagne, j'ai critiqué assez vivement le gouverneur des enfants de France pour que mon appréciation du vaincu de Forbach ne soit pas suspecte de partialité.

Je trouvais le gouverneur trop sévère. J'ai revu le soldat austère, et je me souviendrai toujours de cette modeste chambre de Saint-Avold, chez le docteur Remy, où il me reçut avec une simplicité et une dignité antiques.

Quelques jours après je le vis devant Sarrebruck, traversant le champ de bataille. Tous, nous étions dans l'enthousiasme. Ne vous l'ai-je pas montré? Eh bien, le général Frossard seul était soucieux. Le premier, il se plaignit de ce qu'on appelait cette affaire une victoire.

On l'accablait de louanges, et il accueillait ces louanges avec une mauvaise humeur évidente, presque avec colère. La France entière se grisait de ce succès, qui cachait une terrible surprise. Je vous affirme que le général ne s'y trompait pas.

Le jour de la bataille de Forbach, comment se trou-

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