‹ Les Prussiens en FranceChapitre 4 sur 91 · THIONVILLE · texte numérisé non relu

THIONVILLE

— Prenez garde, dit un sous-chef de gare à un caporal qui descendait trop vite, vous pourriez vous blesser.

Et dans huit jours, donc!

Un autre employé, croyant les wagons pleins, installe un brave artilleur dans les premières.

— Contentez-vous de cela, lui dit-il. A la guerre comme à la guerre !

Le chemin de fer du Luxembourg, qui fait le tour de la ville de Metz, domine, près de la porte de France, une immense esplanade entourée de grands ai^bres.

Là est disposé un camp de Teffet le plus pittoresque. Les tentes des officiers au centre, les petites tentes des soldats autour, le tout éclairé par un beau soleil... Et cette activité, cette gaieté des soldats, faisant leur cuisine, nettoyant leurs vêtements, tout cela est charmant à voir. Je sais bien qu'il y a Saint-Maur et Châlons, mais il semble que c'est pour rire. Là, c'est un vrai camp !

Metz passé, la route reprend son aspect ordinaire. Cependant, près d'Ukange, je vois un paysan accroupi dans un champ, près d'un saule.

— Que fait-il donc là ? demandai-je au chef de train.

— Il enfouit son argent et ses objets de valeur. Les paysans de la Lorraine ont toujours fait cela quand il y a eu la guerre.

Arrivé à Thionville, où le train s'arrête, je demande quelques renseignements sur la route de Luxembourg.

— Vous serez reçu avec enthousiasme, me dit-on.

par la population, les autorités, et même les soldats hollandais. Il n'y a que les douaniers qui sont de mauvaise humeur.

— Pourquoi donc ?

— Ils ont peur d'une annexion, car ils sont plus payés que les douaniers français, et leurs appointements seraient réduits.

Au même moment, d'un train venant de Luxembourg descend une personne de ma connaissance, absolument digne de foi.

— N'allez pas à Luxembourg, me dit-elle, car vous ne pourriez pas en revenir aujourd'hui, faute de train. Il n'y en a plus que deux par jour. Mais je puis vous donner des nouvelles.

— La proclamation du roi de Prusse?

— N'y est pas affichée.

— On dit que celle de l'Empereur va y être affichée en français et en allemand.

— On ne l'a pas vue encore.

— Et les Luxembourgeois sont-ils craintifs ?,

— Les voici un peu rassurés, car la Prusse a fait savoir, officiellement, paraît-il, qu'elle ne se défendrait pas à Trêves, ce qui permet' de croire qu'il n'y aura aucun fait de guerre dans le grand-duché.

Ces renseignements m'étant donnés, je n'avais plus aucune raison d'aller à Luxembourg. J'utilisai les deux heures qui me restaient pour visiter Thionville.

La triple et parfois'quadruple enceinte de ses remparts est en état de défense. La garnison va être renforcée.

TfllONVILLE il

Quant à la ville, c'est une bonne petite et honnête cité, dont les habitants étudient le langage des fleurs, et où Ton mange des cochons de lait à la gelée d'une saveur exquise. A Thionville une jeune fille ne dirait pas : xTaiûie, sans rougir. Mais : Je myrlhe est dans la langue usuelle.

Quant au jambon, inconnu, la Parque tranchant de bonne heure le fil des jours de l'animal qui le produit.

En ce moment, toutefois, Thionville est agité par la passion guerrière. On croit toujours y voir des Prussiens. Le fait est que samedi on a arrêté un espion en chair et en os. Quand on lui a mis la main au collet, il s'est écrié, en allemand bien entendu :

— Je suis pincé !

Or, précisément, l'agent de police jjui opérait la capture comprend parfaitement l'allemand.

Hier, un gendarme à cheval a capturé quatre autres Prussiens, vêtus de blouses, qui ont avoué être des déserteurs.

Enfin, les habitants emploient leurs moments de loisir à aller sur la route de Sierck, pour voir si on ne vient pas de ce côté.

Aux gares des frontières, des agents de police examinent avec soin les gens qui partent ou arrivent. La moindre allure suspecte amène un interrogatoire sommaire. Il y a, paraît-il, des gens signalés, car j'ai aperçu entre les mains d'un commissaire une collection de portraits photographiés qui n'y était pas pour rien.

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