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L'ARGONNE

voitures et de deux mille bœufs, jusqu*à Clermont-en- Argonne, poste avancé de ce merveilleux défilé que Dumouriez appelait, en 1792, les Thermopyles de la France.

Certes, les chasseurs d'Afrique et les hussards, qui, tous les ordres du général Marguerite, surveillent ce défilé, sont d'héroïques soldats ; mais la moindre batterie d'artillerie vaudrait mieux pour garder cette porte de la France centrale. Et tout le monde s'étonne de n'y voir rien venir.

Un mot sur l'Argonne. C'est presque de la géographie.

Figurez-vous une chaîne de montagnes qui s'étend, du nord au sud, sur une longueur de vingt lieues. Toutes ces hauteurs, qui sont boisées, ainsi que les vallons et les gorges, forment un dédale absolument inextricable, dans lequel un sanglier ne trouverait pas son chemin. Pour aller de Lorraine en Champagne, il faut forcément passer par l'Argonne, et il n'y a que trois routes :

Celle du nord, par Grandpré, semble être choisie par le maréchal Bazaine, qui opère en ce moment vers Spincourt, Damviller et Dun-sur-Meuse, pays absolument dépourvus de télégraphes, ce qui fait qu'on n'en a pas de nouvelles ;

Celle du centre, qui va de Clermont à Sainte-Menehould, et au milieu de laquelle se trouve le village des Islettes, position ou un homme embusqué en vaut cent de passage ;

Itl LES PRUSSIENS EN FRANCE

La troisièmô enfin, au midi, par Passavant, paraît être Textrémité de l'Ai^gonne* Mais il y a là une centaine d'étangs dont il suffit de rompre les digues pour qu'en quelques heures le pays soit inondé, entre les hauteurs de l'Argonne et celles de Belval, ne laissant que la route à sec, et prolongeant de dix Ueues au sud une barrière inâ*anohissable. C'est ce qud fit Napoléon en 1814.

Ce qu'on ne comprend pas à Sainte^Menehould, Cedt qu'on ne prenne aucune mesure de ce genre. On espère, il est vrai, que de Gfandpré, le maréchal Bazaine, tout en opérant son mouvement vers la Champagne, enverra garder les défilés. Mais on manque de renseignements certains, et le seul indice qu'on ait, c'est la marche du convoi de vivres sur Suippes et Reims. C'est trop peu pour la population patriote de cette ville, qui ne demanderait qu'à s'armer pour la défense de ces passages, et qui a fait à nos soldats l'accueil le plus sympathique.

Il faut bien reconnaître aussi que l'autorité compétente ne fait rien pour aider le mouvement national, ou du moins ne fait pas assez. Les volontaires de ces pays qui veulent s'engager sont obligés de se transporter à leurs frais jusqu'à Châlons. Les pauvres gens sont ainsi privés du droit de servir leur patrie...

On a voulu, dans l'Argonne, organiser des corps francs. Il fallait une autorisation et des armes.

— Attendez, répond-on du camp.

On voit bien que l'empereur est encore à Châlons.

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