‹ Les Prussiens en FranceChapitre 47 sur 91 · PRISE DE BAR-LE-DUC · texte numérisé non relu

PRISE DE BAR-LE-DUC

Vaubecoart, 22 août, midi.

Les bruits les plus contradictoires circulant sur la présence des Prussiens à Bar-le-Duc, j'ai pensé que le meilleur moyen d'être bien fixé à ce sujet était d'y aller, en prenant les précautions les plus minutieuses pour n'y pas rester.

J'avoue que je n'ai fait qu'en approcher, assez près pour me convaincre de la présence des Prussiens, assez loin pour qu'ils ne fussent pas convaincus de la mienne. Ce que je vais raconter est donc absolument la vérité sur cette affaire.

Dès le 15 août, les employés du chemin de fer évacuaient la gare, en démontant le télégraphe derrière eux. Cependant les Prussiens n'arrivèrent que le jeudi 18. Gomme nos ennemis ne marchent que de nuit, ils firent une première entrée en ville à 3 heures du matin, trouvèrent tous les habitants endormis, et se retirèrent. Mais les facteurs de la poste,

en habit bouifgeois, prévenus à temps, firent, à 4 heures, la distribution des lettres. A 5 heures, un officier et quatre hussards se présentèrent au bureau de la poste, et se le firent ouvrir. Ils étaient conduits par un employé de Toctroi. Devant le bureau les quatre soldats se firent servir le café sans descendi^e de cheval.

L'employé de la poste, M. Duportal, remit à l'officier une soixantaine de lettres de rebut, dont il se fit donner un reçu.

La petite avant-garde se dirigea alors vers la place Reggio, qui occupe à peu près le centre de la ville, et sur les côtés de laquelle se trouvent la préfecture , le palais de justice et Thôtel de ville. Les habitants sortaient de leurs maisons et commençaient à suivre les soldats en proférant des menaces. L'officier entra à l'hôtel de ville et en fit garder les abords par ses quatre hommes.

Il y trouva le maire, M. Henri Bompai*t, un des grands manufacturiers de Bar, homme de sang-froid, très-énergique et très-bon, à qui il demanda cinquante mille francs.

— Monsieur, répondit M. Bompai't, je ne suis pas caissier. Prévenu de votre approche, le payeur du département est parti, emportant tout l'argent des caisses publiques. Les administrateurs de la Banque sont également partis, emportant leurs ressources et nos économies. Il nous sera donc impossible de vous satisfaire.

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