BATAILLE DE CHATILLON
Paris, 19 septembre.
Le général Ducj'ul, (|ui Ta li''l(''f>Tfi])liir au j^ouvcTnciir (lo Paris, s'oxplicjiic livs-l)i<>ii la pivsi'iico dos Priissi(jns à Moudou. Ils sont allés do (Hioisy à Versailles par cette iiiagiiifîque route créée par Louis XIV, on masses, cent ou cent cinquante mille hommes.
Selon leur système, ils se sont gardés de toute surprise, en expédiant un petit corps de vingt-cinq ou (rente milk^ hommes — infanterie, cavalerie, artillerie», par la i>etite routt> moderne, étroite, mais dirochî et sure, de Thiais, Ohevilly, la Rue, Sceaux, Plessis-Piquet, le Pelit-Iiicétre et Villacoublay.
Le passage de ce coq^s de i)rotection, de surveillance, a été signalé, pendant toute la journée d'hier, par des combats dont le bruit a mis (m émoi toute la riv(î gauche de la Seine, et donf nous pouvons donner ici h* détail.
La route suivie par les Prussiens passe à quelque
kAtaillk de chatillun m
distance de la redoute de Villejuif, ocoiijxm» parle K« bataillon de la garde mobile, commandé par M. de Mirandol.
Selon leur habitude, les Prussiens ont voulu tîlter la position en y envoyant cpielques bouh^ts.
— Du calme, mes enfants, cria le commandant à ses jeunes gens. Restez derrière vos créneaux et ne Wvca qiie si l'ennemi est à deux cents mètres de vous.
Les Priissi(Mis ne passant (pi'à (jnalrc cciils inèli*ns, les mobiles ne tirèrent pas, malgré l(»s boidels.
Seul, le canon de la redoute inspira à rennemi un(^ sage rései'Viî.
Premier succès. Pas un mobile, hier soii*, n'a manqué à rai)pel.
L'affaire du bois de (Ihunart est plus sérieuse.
Ce bois présente deux Ironts. Le ja-tîmier lait lace au village do Châtillon, puis vient (^lamart, enclavé dans la masse des arbres, puis un second iront do bois, qui va jusqu'à Meudon, hameau de Fleury.
La premièn^ partie de ce bois est dominée par un ouvrage avancé, improvisé depuis quel([ues jours, et non encore armé, (ju'on apjielle la redoute de la Tour des Anglais.
Maîtres de cette position, nous pouvons, à coups de canon, écraser l'ennemi dans les bois. De là aussi, nous pouvons, avec des bombes et des grenades, détruire ces cachettes naturelles qu'aimenl tant les Prussiens,
Une forte reconnaissance occupait la nuit demicpe la Tour des Anglais.
Entre 5 heures et demie et 6 heures du matin, hier, les Prussiens commencèrent un feu d'artillerie très-nourri sur nos soldats.
Dès le premier coup de feu, les zouaves des 2" et 3® régiments, se déployant en tirailleurs, firent subir aux grand'gardes de rannoe prussienne des pertes trèsconsidérables.
On évaluait le nombre des Prussiens campés dans cette partie du bois de Glamart à sept mille environ.
Le premier moment de stupeur passé, notre artillerie et nos mitrailleuses mises en batteries criblèrent littéralement de projectiles la forêt dans laquelle se dissimulaient les ennemis.
Lorsque, enfin, ils sortirent des bois, la garde mobile d'Ille-et-Vilaine fit sur eux un feu très-nourri.
La garde mobile de Rennes a subi de grande pertes. Il faut dire aussi qu'elle a fait un mal considérable à l'ennemi.
(Vest par des mouvements tournants que les Prussiens ont commencé l'attaque de la redoute de la Tour <Ips Anglais.
Après avoir courageusement donné, l'artillerie française se replia en bon ordre sur Paris.
Mais les mitrailleuses prussiennes firent vite place nette, et l'ennemi occupa la i)osition, tandis que s'opérait notre mouvement de retraite.
Le générîil de Lacliarrière prévoyait ce moment pour
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faire tirer, sur la position évacuée par nous, toute Tai*tillerie des forts de Vanves et de Montrouge.
La redoute, prise à 8 heures par les Prussiens, était évacuée par eux à 10 heures. Jusqu'à midi, nos boulets poursuivaient Tennemi dans les bois.
Là avaient combattu le 5", le 48® , le 67* de ligne et deux bataillons de mobiles, tandis que notre cavalerie, gendarmes et cuirassiers, empêchait l'ennemi de sortir des bois pour se développer à découvert et tourner nos positions.
Ainsi assurée, notre retraite devenait un mouvement. La rentrée des troupes à Paris s'est effectuée par la porte de Montrouge. Toutefois, notre artillerie, restée demère, sur la redoute, a dû abandonner quelques pièces, après les avoir enclouées.
Les Prussiens ont fait sur ce point des pertes considérables.
Pourtant nous lui avons laissé environ deux cents prisonniers, appartenant au 42* de ligne et à la mobile.
Passons à la seconde face des bois de Clamart, celle qui va vers Fleury et fait vis-à-vis au fort d'Issy.
Les premières colonnes prussiennes qui s'étaient aventurées avant-hier du côté d'Issy avaient été contenues par le canon du fort.
Hier matin, à 7 heures, nos soldats envoyés en reconnaissance engagèrent un feu très-vif de tirailleurs avec l'ennemi qui occupait le bois de Clamart.
Des zouaves, le 4' bataillon de la garde mobile de la
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Seine, plusieurs bataillons (Vinfanterie lurent this éri avant.
La garde mobile de Paris j-eout le glorieux baptême du feu dans cet engagement.
La 7' compagnie du i® a particulièrement souffert;
L'ennemi déploya connue de coutume son artillerie en ligne et s'appliqua à démonter la nôtre. Les obus qu'il lançait sur nos pièces jetèrent d'.:'!i)rd (juelque désordre parmi nous. Mnis divers escadrons de Tex-gardr iiujjrrÎMlo opéivrciil uik^ diversion lieureuse.
De <*e coté de nos Ibrlilications, tout était terminé vers 2 lieuri>s sans résultat îipréciahle.
A trois heures, la cavalerie était rentrée à l'École militaire.
Dans cet engagement, à un moment donnéj comme nos tirailleurs faisaient un fou très-vif sous bois, on vit ai)paraîti'e les Prussiens en peloton, délitant comme à la parade, exécutant des feux d'ensemble avec une grande précision ; mais nos tirailleurs les firent rentrer vite dans leur vastes cac-liettcs.
Les régiments dont plusieurs bataillons ont été engagés sur ce point sont les Ifie, 21% 1)7" et 99« de ligne.'
Quoique cet ensemble d'opérations ne puisse pas être considéré comme une victoire, puisque en sonnno il ne s'agissait (pie d'engagements dont le but était de protéger la liguj^ des forts contre des surprises, on n'en doit pas moins des éloges aux généraux Ducrot et de Lacliarrière, qui ont aflmirablement combiné les
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mouvements de leurs troupes avec les lenx des forts.
Ainsi, dès que nos soldats furent arrivés sur le terrain protégé i)ar les canons, les ft^ix des forts de Vanves et de Montruuge, se croisanl, tinrent Tennemi à distance, et lui interdirent ime action offensive.
Toutes les troupes françaises, rcMitrées sous notre canon , se sont avancées jusque dans les lip:nes prussiennes. Elles ont trouvé une armée où l'on ne devait rencontrer quo dt^s corpf^ d'éclaireurs, et cejMMidant elles ne se sont pas laissé sensiblement affaiblir.
Au moment ou M. le docteur Niepce, attaché an li" corps d'armée, relevait un blessé avec l'aide d'un révérend père jésuite, un boulet ralleij^nil et il lond)a à côté du blessé : il était mort.
Dès 8 heures du matin, cinq cents voitures de la compagnie des omnibus sortaient de Paris par la porte d'Orléans, pour aller relever les blessés.
Ce n'est que vers 3 heures et demie ([ue le triste défilé a commencé sinuiltanément chaussée du Maine et route d'Orléans.
Une foule immense, en grande partie composée de femmes et d'enfants, que contenaient ])lusieurs bataillons de la garde nationale, stationnait sur les chaussées de ces grandes voies.
Rien de lugubre comme le défilé de ces héros obscurs qui, assis sur des cacolets, souffraient horriblement sans môme pousser un gémissement !
Plusieurs — les plus grièvement atteints — étaient
accompagnés par des aides de la Société des secours aux blessés.
Il est 8 heures ! L'aspect de la plaine est sinistre. Tout là-bas, à peu près sur la lisièi'e du bois, on aper- (;oit des lumières rouges autour desquelles se meuvent (les formes vagues, indécises. Ce sont les Prussiens ([ui enterrent leurs morts !
Paris, 20 septembre.
Pas de bataille, pas même de combats. Quelques engagements que nous espérons avoir pu relever assez complètement, et c'est tout.
L'ennemi a marché. A l'heure qu'il est, il entoure Paris. Un seul point reste libre, c'est l'espace qui s'étend entre Gennevilliers et Saint-Cloud, espace que domine la masse imposante du mont Valérien.
Signalé par les dépêches oflicielles sur les lignes du Nord, l'ennemi n'a pas encore été rencontré par des reconnaissances, à Epinay ou à Montmorency. On ne l'a aperçu qu'au nord-est de Paris, devant Aubervilliers.
Depuis avant-hier matin, la campagne est occupée par les coureurs prussiens, qui s'approchent souvent assez près du fort de l'Est et viennent jusque en avant des maisons les plus proches, situées à 400 mètres environ du fort d' Aubervilliers.
Dans la matinée d'hier, on apercevait à chaque ins-
général Ducrot, après avoir assuré de sa personne et au milieu du feu le plus nouiTi la retraite de toute son armée, revint à la redoute de Chàtillon, il ne s'y trouvait plus que les braves mobiles du bataillon d'IUe-et- Vilaine.
A côté d'eux, des officiers d'artillerie continuaient le feu et pointaient avec un tel calme qu'on se serait cm au polygone.
Il y avait là six pièces dont plus tard une seule fut enclouée et abandonnée faute de chevaux.
Au loin, on voyait les mouvements des pointeurs en- ' nemis ; dans la plaine, plus personne que des troupes disparaissant en bon ordre.
Le feu étant devenu insoutenable, le général Ducrot présida à l'évacuation de la redoute.
Son escorte, forte de vingt-cinq hommes d'abord, avait, dans le passage d'obstacles, perdu presque tout son monde. Il ne restait plus que son commandant, le lieutenant Fayolle, et le maréchal des logis Maillard, avec deux simples chasseurs engagés volontaires, bien connus au cercle des Mirlitons : MM. de Fabiani et Bedel, un sportman et un avocat.
Le général fit prendre leurs noms.
A ce moment, ils étaient seuls sous la redoute, avec un garde national de Sèvres, âgé de soixante ans, un volontaire aussi qui voulut s'en aller le dernier.
On se retii*a, et le maréchal des logis Maillard, montant sur l'épaulement, prit le drapeau et l'emporta.
Le feu le plus meurtrier n'avait pas blessé un honmie
tons quelques iiici<leiits de la jouriiue travant-hier.
Vers 2 heures et demie, à la redoule do Gliàtillon, au moment où le maréchal des lo^'-is de la lO" hallerie faisait entendre à ses artilleui's le commandement : a Feu! » un houlet coupa hltcralenirnl son cheval en deux, et le sous-ol'lîcier, piquanl une tclc dans le vide, tomha au pieil de la redoule.
Il S(> releva viveinenl, cl il rut hi(Mi ôlonné, en si» relevant, d<' ne pas avoii* rcfii la moiiidn» éj4:rali'^-nure.
Autre incident :
L*ambnlance infonmtionnh^ qui d(^puis le conunencement du combat, et sous la direction du R. P. Williams Forhes, soignait avec k^ plus grand dévouement à CJuitillon les premiers blessés, a com})létement disparu.
On présume qu'elle aura été prise ]>ar les Prussiens.
Ces derniers, en l'rancs amis (hi préiîepte : Chariir bien oi^donnéo rommonco pnr soi-mrmrj Tout gardée pour leurs nombreux blessés.
On nous raconte qu'hier , lorsque les Prussiens sortaient des bois de ^[eudon pour se jeter sur Clamart, tous les habitants du village, qui s'étaient cachés sur là Hsière du bois, armés de tout ce ({u'ils avaient pu trouver, se précipitaient jusqu'à 100 mètres en avant des arbres et déchargeaient leurs armes sur les ennemis.
Les lemmes, les enfants, les vieillards, tout le monde fait une population de héros, y était. La fureur concentrée, le désespoir en avaient
Avant-hier enrore, à 2 heui'es, au moment où le