‹ Les Prussiens en FranceChapitre 73 sur 91 · UN SOUVENIR HISTORIQUE · texte numérisé non relu

UN SOUVENIR HISTORIQUE

Paris 27 septembre.

C'est à Nogeut que se sont passés les faits les plus intéressants de la journée d'hier.

Les redoutes do la Faisanderie et de Gravelle n'ont pas donné cette nuit. En revanche, le fort de Nogent et la batterie éta))lie dans la villa de madame Lafallotte sur la plate-forme qui domine le village, du côté de la Marne , ont lancé deux bombes et plusieurs obus sur les Prussiens qui cherchaient à reprendre leurs travaux.

Inutile de dire (|iie l'ennemi a été promptement dispersé.

Nos artilleurs tireraient beaucoup plus souvent, du reste, si les Prussiens, par un raffinement de barbarie inconnu jusqu'à ce jour, ne forçaient les habitants de Cliampigny et des villages environnants à porter des matériaux et à faire les terrassements.

11 est facile de distinguer, au milieu des uniformes

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prussiens, les blouses blanches de nos malheureux cultivateurs. On s'abstient naturellement do tout acte d'hostilité quand on les voit là. Mais, dès qu'ils sont partis, le feu recommence, et il faut voir alors les Prussiens prendre du champ.

La conviction de nos officiers est que, cette nuit, les ennemis ont reçu des renforts. En appliquant Toreille contre terre, on pouvait entendre distinctement le petit trot de la cavalerie, le roulement sourd des voitures et le pas cadencé des fantassins. Puis le bruit s'est éteini tout à coup dans le bois, ([uo l'artillerie a sondé, or matin, non sans y provoquer un immense brouhaha.

Les Prussiens ont essavé de relier les trois trouçons du viaduc de Nogent en rétablissant les arches rompues. Une vive fusillade les a contraints à déguerpir. On voit encore des poutres jetées en long d'une arche à l'autre. On les a respectées pour engager les Prussiens à venir continuer leur ouvrage. Ils seroni bien reçus, nous pouvons le leur garantir.

Détail rétrospectif : ces messieurs se sont amusés, dimanche dernier, à chanter un office eri musique en avant d'une maison située à 300 mètres au-dessus du Tremblay. Il y avait une sorte de défi dans cette pompe qui s<^ déployait sous les yeux de nos soldats. Ceux-ci ont relevé le gant ; ils ont dirigé sur le lieu de la cérémonie une grêle d'obus qui a forcé les fidèles et les officiants à aller prier ailleurs.

Le vieux fort de Vincennes est hérissé de canons et

se prépare à repousser énergiquement un assaut qu'il n'aura probablement pas à soutenir.

Rien à signaler à Gharenton, sinon le zèle excessif de la garde nationale; hier matin, elle s'emparait du planton à cheval qui fait le service entre le fort de Gharenton et la place.

Les officiers eux-mêmes ne trouvent pas grâce devant elle, et ne peuvent continuer leur route sans avoir auparavant donné de longues explications au chef du poste. Surveillance louable sans doute, mais par trop ombrageuse !

Le fort de Bicètre a tiré la nuit dernière quelques coups de canon sur une petite arrière-garde prussienne qui cherchait à rejoindre, dans la direction de Montrouge, son corps d'armée. 11 l'a mise complètement en déroute.

On a démoli hier, dans l'aprùs-midi, àlssy, une maison à laquelle se rattache un souvenir historique.

Cette maison, éventréo pai* la pioche des sapeurs auxiliaires du génie, avait été transformée en vulgaire guinguette dont voici l'enseigne coi)iée textuellement :

A l'obus du 15 JUILLET 1815.

A cette époque, le père du propriétaire actuel, maître de poste de son état, avait été requis par le roi Guillaume — alors prince royal — d'atteler ses chevaux à

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sa j^us belle chaise de poste pour le conduire dans les environs de Paris.

Ce fut au retour de cette promenade qu'un boulet, lancé par une batterie établie à Tendroit où se trouve actuellement le fort d'Issy, vint s'enfoncer dans la maison, au-dessus de la porte d'entrée, où on pouvait le voir et où nous l'avons vu encore hier.

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