‹ Les Prussiens en FranceChapitre 76 sur 91 · LE GÉNÉRAL GUILHEM · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL GUILHEM

Paris 1" octobre.

Nous somiïïes allés revoir ce matin Tendroit où Ton s'est bal lu hier.

Dans les rliamps qui avoisineut Hlievilly et sur le rlieniin qui conduit de la roule d'Orléans à niioisy-le- Hoi, le sol esl lal)ouré par les l)Oulets el les hnlles et piétiné par les honunes et les elievaux, sur un espaee (l(* plus d(» ({uatre kilomètres, eu Ions sens. Les maisons du viUaj^e de niievilly sont criblées de mifraille el portent pivsque touh^s les !rae(»s d'un eommeneenient d'ineendie.

A ecnl métrés environ de distance se trouve l'endroit où le In'Mve prénéral Guilhem, qui commandait une division, a été rra])pé d'une balle, <lans une cliargre qu'il l'îiisail M la léle i\o nos régiments de ligne, ('e fut h la suih^ do cette ni loque (jue l'ennemi fut «lélogé de cette posilion.

Au sommel du coteau que Ton i^ravit pour se rendre

de Chevilly à THay, on aperçoit ce dernier village transformé en place forte. Les maisons sont barricadées ou crénelées ; les toits de quelques-unes d'entre elles ont été brûlés ou brisés par la mitraille ; quant aux contrevents et aux vitres des fenêtres, il n'en existe plus.

Les entrées des maisons n'ont pliîs de portes ; on dirait une localité abandonnée de ses habitants depuis des siècles. Et pourtant les Prussiens tiennent à la posséder, puisqu'ils y ont établi des postes considérables.

Mais c'est surtout sur la route qui conduit de Chevilly à Thiais, et dans l'espace qui s'étend entre Villejuif et cette dernière localité, que les traces du combat d'hier sont attristantes à voir! Les boulets et les bombes lancés du fort de Bicêtre ont marqué leur empreinte sur ce terrain. A chaque pas, on aperçoit des débris de mitraille, des balles et de véritables mares de sang.

Non loin de Thiais, des deux côtés de la route, les champs sont parsemés de légères élévations...

Ce sont les tombes des soldats de Guillaume !

Le bulletin militaire, dans son laconisme officiel, appelle l'engagement d'hier une reconnaissance. Nous l'appellerons, nous, un combat. Une reconnaissance qui, dans un espace de quatre kilomètres au plus, met aux prises, pendant cinq heures, quinze ou vingt mille hommes d'un côté , avec vingt-cinq ou trente mille de l'autre , qui occasionne des pertes qu'on peut éva-

LE COMBAT DE BAGNEUX â49

prisonniers, et tout permet de supposer qu'on ne nous en a point fait.

Ce qu'il y a de plus lieureux pour nous dans cette affaire, c'est que nos forts, nos pièces de campagne et notre infanterie ont opéré avec un grand ensemble *et une précision absolue. Les Prussiens doivent être persuadés maintenant que nous avons des tacticiens qui dirigent les opérations accessoires du siège. L'honneur de la journée revient au général Vinoy et à son digne lieutenant, le général Blanchard.

Passons aux incidents.

Dans l'affaire de la Tour, le 58* de ligne, le 12« régiment de marche, les deux bataillons de mobiles de l'Aube et de la Somme, auxquels s'est jointe une division établie à Villejuif, ont été engagés. Pendant deux heures les Prussiens ont tenté de rompre notre ligne à plusieurs reprises, avec un acharnement dont ils n'avaient pas encore donné pareille preuve. Chaque fois, ils ont été culbutés, assaillis qu'ils étaient par les feux des forts, ceux de notre artillerie de campagne et surtout par nos mitrailleuses, qui ont dû leur faire éprouver des pertes considérables.

A la fin, nos tirailleurs et le 51« régiment, soutenus par les mobiles, se sont précipités à la baïonnette sur les Prussiens, qui ont reculé, fuyant dans toutes les directions. Dans cette attaque à l'arme blanche, le 51® régiment mérite une mention toute spéciale.

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