‹ Les Prussiens en FranceChapitre 79 sur 91 · DE PARIS A SA|NT-ÇL,OUP · texte numérisé non relu

DE PARIS A SA|NT-ÇL,OUP

5 ootobM.

Je viens de faire cç joli voyage, que tous nous avons fait en des temps plus heureux. Je suis ^llé voir^ de ce côté de la Seine, devenue frontière naturelle, la ville prussienne de Saint-Cloud.

Pour cette fois, j*ai pr^s la route de terre, me réservant pour un de ces jours la promenade sur l'eau ^ bord d'un de ces vapeurs qui, au lievi d'annoncer comme la Calisto et VArcas leur présence à coups de cloche, la signalent à coups de canon.

On descend du chemin de fer de ce;ntm»e à la gare d'Auteuil, et on entre dans ce qui fut le bois de Boulogne.

La route, cette belle route bordée de grands arbres et éclairée au gaz, traversa maintenant une sorte de vaste désert. Les arbres sont abattus du Pomt-du- Jom» à NeuilJy. On voit dHin côté la plaine d^Issy et

l'hospice des Petits-Ménages, de Taiitre Tavenue de la Grande-Armée.

Quelques arbres maigres et rabougris sont pourtant restés debout dans cet espace immense, qui est bordé d'un côté par les grands lacs du bois de Boulogne, de l'autre par le mur des fortifications ; les trois arbres plusieurs fois séculaires, de la mare d'Auteuil, ont été sciés à leur base. Pauvres grands arbres! ils avaient leur légende et leur histoire. Les Prussiens, en 1815, dévastèrent le bois, mais respectèrent les trois géants de la foret de Rouvray ! On est prompt au sacrifice, en 1870 !

Quant à la mare d'Auteuil, elle a perdu cet air de mystère qui faisait tout son charme. Les arbres, abattus, sont jetés sur ses bords déformés. Elle ressemble maintenant à une mare vulgaire , à un trou plein d'eau, croupissante. Rien de plus désolé, de plus triste que ce petit coin, jadis plein d'ombrages et de fleurs !

Du rond Mortemart , — occupé par une batterie de grosses pièces, — on embrasse d'un coup d'œil l'ensemble des travaux de défense... C'est gigantesque et navrant. Les lacs ressemblent à des tourbières. Les arbres abattus trempent dans l'onde leurs branches mortes.

On se demande, en voyant ce chaos, si jamais re* commencera, dans ces allées où toutes les élégances se donnaient rendez-vous, le défilé quotidien du Paris

DE PARIS A SAINT-CLOUD. îiST

cosmopolite, du Paiûs mondain et brillant qu'on a tant et si injustement critiqué.

Du rond Mortemart à Boulogne, l'aspect change. Le bruit, le mouvement succèdent à la solitude morne et silencieuse. Des masses sombres du bois s'élancent des colonnes de fumée bleuâtre. Les feux flambent dans leurs âtres improvisés. Les soldats suivent d'un œil attentif les progrès de la popote et se racontent leurs campagnes. Les installations les plus fantaisistes entourent ces groupes.

Grottes et charmilles, cabanes de Lapons, huttes de Samoyèdes, wigwams d'Indiens, tous les modèles, toutes les formes d'abris sont là de mode. Rien de plus vivant, de plus pittoresque que ce camp sous les arbres, dans les clairières, sur les gazons.

On sort du bois. La ville de Boulogne est lugubre. Les maisons, vides, sont hermétiquement closes ou absolument ouvertes à tous les vents. A part quelques débitants (|ui attendent, pour fuir, les avertissements du canon, tous les habitants ont abandonné leurs demeures.

On arrive ainsi au pont de Saint-Cloud. Une forte barricade en défend la tête. De l'autre côté du fleuve, on voit la place vide, avec ses maisons fermées. La vie semble s'être retirée de ce village, si animé, si bruyant d'ordinaire. Rien ne trahit la présence de rhomme dans cette solitude. Et pourtant!...

Une voiture d'ambulance passe. Elle emporte un soldat qui vient d'être blessé par une balle à la cuisse.

S88 LHB raUSSlEffS EN FRAIfCtt.

Il était làf aveô «es cahiarades^ aux avant-postes du bord de Teau, dans le chemin {mtallèle à la rive. Les Pi*ussiens tirent sur une maison de camj^agne surmontée d*uil belvédère iqui leur paraît être uii observatoire; Les balles entrent dans les murs^ dans là toiture*. Elles ari^achent Técorcé des arbrefe. Elles sifflent aux oreilles de tous ceux qui se risquent sûr le chemin, partout où un mur, une haie^ une maison ne les cachent pas à Tennemi invisible-.

Pourtant, avec un peu d'habitude, on peut voir presque sans danger.

En face est la grande (iaséade, sans eau. Sur le piédestal d'une statue, à gauchcj on aperçoit comme une tache noii*ej allongée^ quelque chose comme la souillure du groupe de Garpeaux.;; C'est un factionnaire prussien*..; Un coup de fusil j tiré de notre côtéj le fait réfléchir sur sa témérité; Il se cache derrière un arbre.

A chaque instant on voitj dans les arbres» un petit nuage blancj en même temps qu'on entend un sifflement| puis une détonation; Ce sont les Prussiens qui tirent.

A gauchej soUs les arbres» il y a une sorte de petit chalet; C'est un poste. Dieux soldats se montrent à une fenêtre et aussitôt disparaissent. Du pont de Sèvres, nos mobiles viennent de faire un feu de peloton.

Au-dessus, dans la montagne, on voit une ligne blanche, formée par un amas de plâtras; Là était la fameuse tour carrée que les uns appelaient lanterne de Diogène et que d'autres, plus éfudits-, nommaient lan-

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