‹ Les Prussiens en FranceChapitre 81 sur 91 · PAYSAGES MILITAIRES · texte numérisé non relu

PAYSAGES MILITAIRES

20 octobre.

Puisque les bulletins militaires de chaque jour se suivent et se ressemblent à ce point qu'on pourrait répéter deux fois de suite le même récit sans que personne eût l'idée de protester; puisque le général Ducrot menace Bougival comme le général Blanchard menace Bagneux, et que les retraites en bon ordre continuent à clore dignement les journées glorieuses, où Ton perd trente hommes quand Tennemi en perd quinze mille; puisque les Prussiens, de leur côté, nous tuent aussi des douzaines de milliers d'hommes sans que nous nous en doutions, tandis qu'eux n'en perdent que vingt-neuf ou trente-trois; puisque les deux armées ennemies consacrent à la consommation de NOS provisions les derniers beaux jours propices aux repas sur l'herbe, — laissons un instant les détails (lo faits pour les détails d'aspect, et poussons d'inoffensivcs loconnaissancos jusqu'à nos avant-postes.

262 LES PRUSSfENS EN FRANGE.

Si le bois de Boulogne présente un aspect désolé, le bois de Vincennes n'a pas été favorisé davantage.

Quand on sort de Paris par l'avenue Daumesnil, on se trouve au milieu de ce magnifique canton de Gravelle, où tant de milliers d'arbres avaient été apportés pour former un parc artificiel. Tous ces arbres sont abattus, et rien ne gêne la vue jusqu'à Charenton ou jusqu'à la Seine. Rien de lugubre comme ce parc rasé, comme ëes t)lâctuës noit'ès, ihdiquant, au milieu du gazon, les endroits où le feu achève l'œuvre des bûcherons.

Rien de triste comme ces colonnes de fumée noire qiii montent des amas de branchages que Ton brûle pOiir faire du charbon à poudré. Et comme pour témoigner de la désolation géhéràîe, au milieu du lac sont réunies toutes les embarcations élégantes qui naguère le siilohhàierit en tous sens, et que recouvre iâujoiai'd'hiii une bâcîie immense, semblable â liii ^raiid voile de deuil.

Charenton a repris un peu de mouvement. Les habitants, rassurés sur les incursions de l'ennemi par les deux têtes, admirablement fortifiées, du pont sur la Marne, y vont chercher les meubles et autres objets laissés à la première alerte dans les maisons abandonnées. A Alfort, à Maisons même activité. Dans les champs, les maraudeurs se livrent à la récolle des pommes de terre et autres légumes.

En voilà encore que les Prussiens n'auront pas!

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