LE PLATEAU D'AVRON
27 décembre 1870.
Préparatifs inutiles ! Tandis qu*à grand'peine nous installions des batteries sur le plateau d'Avron, l'ennemi, avec le plus grand calme démasquait celles qu'il a établies de longue main sur les hauteurs du Raincy et à Ghelles. Le temps nous ayant manqué pour achever cette installation, il a fallu se repher, comme toujours !
La retraite s'est opérée hier matin en bon ordre, dirigée par le général Trochu en personne : Sauf une pièce — je crois — tous nos canons et tous nos soldats ont évacué le plateau. L'ennemi a aussitôt éteint sa batterie de Ghelles, mais il m'a semblé, hier au soir, que la droite de cette grande ligne de batteries prussiennes, ({ui va de l'ermitage du Raincy aux carrières (le Gagny, avait un nouveau prolongement sur le l)latoau ([ui domine le Pressoir. Seraient-ce les seize calions Krujip de Ghelles cpii auraient été transportés li'i ? Je le crois cl je le cniiiis.
Voilà le fait dans toute sa brutalité. Maintenant, ('st-ce là un événement bien malheureux ? Paris s'en l'st fort ému hier. De misérables traînards, qui avaient I)rotité de la ba^^arre qui suit tout mouvement de retraite pour rentrer en ville avec armes et bagages, se livraient sur les boulevards à des récits de fantaisie aussi terrifiants qu'absurdes. Au lieu de demander d'abord à ces braves s'ils étaient porteurs de permis en règle, on les écoutait fiévreusement, comme s'ils avaient pu savoir ce qui s'était passé derrière eux.
Eh bien ! non ! l'abandon du plateau d'Avron n'est pas un malheur public. C'est une conséquence prévue (les vices de notre système de fortifications. Lorsqu'on a construit nos murs et nos forts, on ne songeait pas aux pièces à longue portée. A quoi bon alors fortifier la pointe de la Grande-Pelouse, qui n'est qu'à 109 mètres d'altitude, quand on fortifiait Rosny qui arrive, avec ses terrassements, à 125. C'eût été utile pour empêcher l'ennemi d'établir des batteries sur les coteaux du Raincy et de Gagny, mais ces coteaux sont à 5 ou 6,000 mètres de Rosny, et, — alors , — on ne pensait pas ({u'il y aurait un jour des canons qui portent facilement à ou 7,000 mètres, sinon plus. Voilà pourquoi on n'a fortifié, en 1841, ni Avron, ni le MouHn-Saquet, ni les Hautes-Bruyères, ni Ghâtillon, ni Brimborion, ni Montretout, ni GenneviUiers, ni Saint- Ouen. Voilà pourquoi les Prussiens, après avoii» essayé de prendi*e deux de ces positions, en ont pris trois et paralysé deux.