‹ Les Prussiens en FranceChapitre 86 sur 91 · LK PLATEAU D'AVRON · texte numérisé non relu

LK PLATEAU D'AVRON

Si on avait eu le temps, en 1870, de construire à la pointe de la Grande-Pelouse non une batterie, mais un fort, un gros fort, on eût pu, avec de petites pièces en nombre énorme, avec des canons de 4 et des mitrailleuses, tuer un à un tous les travailleurs du*Raincy et de Gagny. Non-seulement Noisy, Rosny eussent été, — comme ils le sont, — des forts imprenables, mais ils eussent été inattaquables.

Toute la situation est dans ces deux mots. Le plateau d'Avron n'étant pas occupé par nous, Tennemi peut tirer à son aise sur Rosny et Noisy, comme nos forts peuvent tirer sur le Raincy et Gagny.

C'est un duel à coups de canon, dont Avi*on était le témoin dangereux. Le duel continuera sans doute, mais nous sommes cuirassés, et nos adversaires ne le sont pas. Nous avons nos glacis, nos murailles, nos contre-escarpes. Pour loger nos soldats nous avons nos casemates. Pour emmagasiner nos munitions , nous avons des réduits encore plus couverts. L'ennemi n'a rien de tout cela. Il a ses canons, nous avons les nôtres.

Les boulets des uns et des autres peuvent également franchir la distance moyenne de 6,000 mètres qui nous sépare.

Nous avons enfin nos pointeurs, et vraiment je ne crois pas que l'ennemi en ait d'aussi bons. J'ai mes raisons pour cela, comme vous l'allez voir.

Les batteries prussiennes ne sont pas posées sur

los crôtes des collines de Raincy et de Ga^y, mais au deux tiers de leur hauteur.

L'ennemi a taillé dans la masse des terres une ban- ({uette sur laquelle il a installé ses canons. Des arbres, (les maisons de campagne, cachaient ses travailleurs aux vedettes de nos forts. Dans la nuit qui a précédé Tattaque, arbres et maisons sont tombés, ai le feu a commencé.

Mais on a vu tout de suite — et on voit enoorey et on verra longtemps — la conséquence de ce système. Tandis que nous tirons à coup sûr, à une distance connue, à ime hauteur connue , sur un point que nous voyons, Tennemi s'acharne contre nos casernes, dont nous nous soucions fort peu. Un moulin tourne* t-il à Montreuil, il envoie des obus à ce moulin, dans lequel il n'y a personne. Un fiacre passe-t-il sur la route stratégique de Noisy à Rosny, il envoie des obus à ce fiacre, pensant agir vigoureusement sur un con* voi. Son tir nous inquiète, mais ne nous entame pas. Il bombarde le vide.

La crainte du public est qu'Avron, abandonné par nous, soit occupé par les Prussiens. C'est une crainte chimérique. Âvron est en quelque sorte l'esplanade du fort de Rosny. Il n'est pas un repli de terrain, pas un sillon de ce fameux plateau que la mitrailleuse ne puisse fouiller. Le tir des Prussiens sur Avron a eu ce résultat d'achever la destruction de tout ce qui pouvait y servir d'obstacle et de cachette.

Avron est toujours à nous. Il a cessé d'être une

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