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LE DIMANCHE DES OBUS

C'étaient les trous dans les façades, les arbres brisés, les trottoirs enfoncés. . .

On a été obligé de fermer le jardin du Luxembourg, dans lequel les curieux se précipitaient avec un tel entrain que des accidents eussent été certains.

Mais la foule voulait son spectacle. Elle allait toujours en avant, vers les points où. les détonations se faisaient entendre.

L'obus avait à peine éclaté qu'on se jetait sur ses débris.

Sur les points élevés on se disputait les bonnes places pour voir au loin.

Du Trocadéro on apercevait indistinctement, dans la brume, les feux rapides et les colonnes d'épaisses fumées.

— Là, c'est Châtillon qui tire sur Paris, disait-on. Là, c'est Meudon qui tire sur le Point-du-Jour. Là enfin, c'est le mont Valérienqui canonne Montretout...

On distinguait aussi, tout près, quelques lueurs sinistres. Des incendies dévoraient plusieurs maisons de nos faubourgs.

Mais beaucoup plus loin, sur la hauteur, on voyait une large tache rouge... âans doute quelque bois en feu.

— Ils nous brûlent, disait-on. Mais nous les brûlons aussi.

Puis la nuit est venue, et le mont Vftlérien s^ul s'est détaché en silhouette noire sur le fond clair du ciel. Paris a eu son spectacle. Il a même eu sa joie. On

faisait) dans les groupes, le compte de ce que ce bombardement doit coûter à l'ennemi et de ce qu'il nous coûte. Assurément MM. les Prussiens n'en ont pas pour leur argent.

Voici, quant à la canonnade, ce que j'ai remarqué.

Le bombardement a duré toute la nuit avec une ex- Irême violence.

Il s'est beaucoup relenti hier matin sur Rosny, Noisy et Nogent. Mais en revanche nous avons fortement tiré sur le Raincy et Gagny . Assurément plusieurs batteries ennemies ont été sinon définitivement éteintes, du moins absolument bouleversées. Cet excellent résultat est dû à une mesure dont J'ai parlé il y a quelques jours et qui a été prise à temps.

On a utilisé, pour tirer sur l'ennemi, les hauteurs de l'Est. Tandis que les Finissions n'ont que des points déterminés pour placer lem*s canons, nous pouvons changer nos batteries de place chaque jour, et leur faire perdi*e à tout instant le bénéfice de leur connaissance parfaite de nos ouvrages fixes.

Ce qui prouve du reste la justesse de cette hypothèse, c'est qu'ils ont utihsé, contre notre redoute de Saint-Maur, tout le front des hauteurs de Chennevières, où leurs positions ont une certaine analogie avec nos défenses naturelles de l'Est.

Toutefois, le village de Saint-Maur, situé derrière la redoute, n'a pas Leancoup souffert.

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