MEMOIRE A L ACADEMIE. XIX
OÙ l'on voit bien qu'il a mis toute son application ?
Je me suis assuré que le papier de mon manuscrit était bien le papier de Racine. Les recherches que M. Omont a eu la bonté de faire faire à la Bibliothèque nationale ont établi que le filigrane des pièces dont il a la garde répond exactement à l'emblème qui se voit à la lumière dans les feuilles de mon manuscrit, et que, tant à Paris qu'à Saint-Pétersbourg, les uns appellent une guivre^ et les autres un cygne \
Pour ce qui est de l'écriture, d'excellents paléographes, jugeant d'après les fac-similés de VAlhîim de M. Paul Mesnard, avaient cru reconnaître dans mon manuscrit celle de Racine. Mais M. Omont d'abord, et après lui M. Léopold Delisle, à qui j'avais soumis deux pages photographiées, ont été d'un avis contraire, et vous estimerez comme moi. Messieurs, que leur arrêt doit faire loi. Aussi tiens-je pour certain que mon manuscrit est une mise au net confiée par Racine à un copiste en vue de l'impression. Le poète se faisait lire la copie et dictait ses corrections.
' J'ai retrouvé, il y a quelques mois, le même papier avec le même filigrane et la même reliure dans le manuscrit du Voyage allégorique, qui ne contient pas moins de cent pages de la main de Racine.
XX MÉMOIRE A l'académie.
qui sont toutes de la même main que le premier jet \
Je trouve beaucoup d'apparence à ce que cette besogne ait été exécutée à Fontainebleau, en 1694, après que Jean-Baptiste Racine eut envoyé à son père le Psautier que celui-ci réclamait avec tant d'instance et dans quelque vue particulière, à laquelle un Psautier quelconque ne répondait point. Mais la traduction existait déjà, au moins en brouillon. Je le déduis de ce passage des Mémoires de Louis Racine : « Pour occuper de lectures pieuses M. de Seignelay malade, mon père allait lui lire les Psaumes; cette lecture le mettait dans une espèce d'enthousiasme, dans lequel il faisait sur-le-champ une paraphrase du psaume. J'ai entendu dire à M. l'abbé Renaudot, qui était un des auditeurs, que cette paraphrase leur faisait sentir toute la beauté du psaume et les enlevait ». Croirez-vous jamais. Messieurs, que des paraphrases capables d'enlever d'aussi doctes personnages que Renaudot soient nées d'elles-mêmes sur les lèvres de Racine ? La lettre des Psaumes offre une multitude de difficultés qu'une étude exacte et approfondie est seule capable de résoudre : combien donc une paraphrase supposera-t-elle
^ J'ai vu depuis qu'à côté des corrections dictées, il s'en trouvait quelques autres faites en repassant sur le travail du copiste, et qu'en certains endroits, du moins, la main de Racine y paraissait avec évidence.