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de travail ! Ainsi, j'opinerais que les Psaumes lus par Racine chez M. de Seignelay étaient ceux de mon manuscrit, et que, dans la paraphrase, l'auteur développait tout ce qu'il avait renfermé de méditations sous la facilité apparente de la traduction.
C'est dans l'année 1690 que M. de Seignelay fut frappé de la maladie dont il mourut la nuit du 3 novembre, après de longues souffrances. Mais comme les pensées tirées des Psaumes abondent déjà dans Esther^ je crois devoir reculer le temps de notre traduction jusqu'à ces années de retraite où Racine, dégoûté du théâtre et oubliant le public, ne s'appliquait plus qu'aux choses de l'âme et à ses devoirs de père de famille. Vivant alors dans le commerce assidu du Roi-prophète, et s'exerçant à faire passer dans notre langue ses sublimes cantiques, il se trouva tout prêt à enrichir la scène française de trésors inconnus, lorsque M""^ de Maintenon lui demanda de chercher des sujets de tragédie dans la Bible.
Mon manuscrit. Messieurs, pourrait bien être celui que, deux jours avant sa mort, Racine envoya chercher par son fils Jean-Baptiste \ qu'il remit à M. Dodart avec de longues
' J'ai eu le bonheur de découvrir, après les Psaumes, tant d'autres manuscrits de Racine, que je n'oserais plus être aussi afiirmatif sur ce que pouvait contenir le manuscrit remis à M. Dodart. 11 me paraît démontré que Racine, avant de mourir, distribua entre des amis de son
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et secrètes recommandations, et que M. Dodart à son tour confia avec le même secret à un de ses amis âgé de quatre-vingts ans. L'année de l'acquisition du manuscrit étant celle de la mort du célèbre abbé Fleury, il n'y a rien d'absurde à penser que c'est dans la bibliothèque de ce dernier qu'il avait fini par disparaître. Cependant il ne serait pas tombé dans cette obscurité, si le secret même de son origine n'eût été perdu. La prudence de Racine avait bien pris ses mesures. Le nom de l'auteur arraché du titre, la préface enlevée, les lèvres des dépositaires scellées, quoi d'étonnant que la renommée ait été frustrée d'une digne matière de louanges ? A la vérité, Jean-Baptiste supposait que le manuscrit petit in-folio qu'il avait apporté à son père dans une cassette était celui de V Histoire de Fort-Royal. Mais, Messieurs, il en parlait sans le savoir. Racine ayant attendu que son fils se fût retiré pour s'ouvrir à M. Dodart du contenu de ce 'petit in-folio; et, de plus, j'oserais soutenir qu'il se trompait, soit parce que chacune des deux parties de V Histoire de Fort-Royal formait un manuscrit distinct, et que, par suite, la cassette aura dû contenir deux manuscrits; soit parce qu'il n'en était pas de Fort-Royal comme des
choix, et ce choix ne fut pas toujours des plus heureux, les manuscrits des ouvrages composés pendant plus de vingt ans d'un travail solitaire, mais opiniâtre.
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Psaumes, et que M. Dodart se serait bien donné de garde de se décharger sur un octogénaire du soin de conserver, à l'usage d'un puissant parti, un plaidoyer de cette conséquence; soit enfin parce qu'au témoignage de Jean-Baptiste lui-même, VHistoire de Port- Royal se trouvait entre les mains du Cardinal de Noailles, pour lequel son père l'avait composée.
De toutes les déductions que je viens. Messieurs, d'avoir l'honneur de vous soumettre, les unes, j'en tombe d'accord, sont plus certaines que les autres. Quelques-unes même passeront à vos yeux pour des conjectures plutôt que pour des preuves. Mais venant s'ajouter à celles dont la solidité ne saurait être contestée, elles concourent à former une démonstration assez concluante pour que ma présomption se flatte, Messieurs, que vous voudrez bien non seulement endurer l'impression de mon manuscrit sous le nom de Jean Racine, mais encore couvrir le livre de votre autorité devant le public.
L'abbé Joseph BONNET.
Saint-Pétersbourg, le 5 juillet 1910.