‹ Les psaumes de David; traduits en prose. [Edité] par l'abbé Joseph BonnetChapitre 86 sur 167 · PSAUME LXXVII · texte numérisé non relu

PSAUME LXXVII

CANTIQUE DE DAVID, LORSQUE DE SILO IL FIT PORTER L'ARCHE SUR LA MONTAGNE DE SION.

Peuple sur qui je règne, écoutez ce que je vais vous apprendre; prêtez l'oreille aux paroles que ma bouche va prononcer.

Je vous révélerai les secrets mystérieux des choses qui se sont passées du temps de nos prédécesseurs.

Je vous expliquerai ce que nous avons entendu et ce que nous avons appris de nos pères qui nous l'ont raconté.

Ils n'ont point caché ces merveilles à leurs enfants; et par eux elles ont passé à leur postérité.

Ils en ont consacré la mémoire dans les cantiques dont ils ont célébré la puissance du Seigneur et les miracles qu'il a faits pour eux^

Il en fit le commandement aux enfants de Jacob; il en imposa la loi au peuple d'Israël^.

^ La puissance et les miracles du Seigneur.

* Par un commandement que Dieu fit aux enfants de Jacob; par une loi qu'il imposa au peuple d'Israël.

Il commanda à nos pères d'instruire de ses bienfaits leurs enfants, et d'en faire connaître les merveilles aux générations suivantes.

Et il voulut que ceux qui naîtraient après eux continuassent de les raconter à leurs descendants.

Afin qu'ils mettent leur confiance en Dieu, qu'ils n'oublient point ses faveurs et qu'ils exécutent ses commandements.

Pour ne pas ressembler à leurs pères, qui furent une génération dépravée, et dont les crimes provoquèrent sa colère.

Génération qui n'avait ni la rectitude dans le cœur, ni la fidélité dans l'esprit.

Aussi vit-on les fils d'Ephraïm, quoique habiles à tirer de l'arc, prendre honteusement la fuite dans le combat.

Parce qu'ils n'observaient point la loi de l'alliance que Dieu avait faite avec eux, et qu'ils ne marchaient point dans la voie de ses commandements.

Ils avaient effacé de leur mémoire ses bienfaits et les prodiges qu'il avait faits pour eux.

Ces merveilles qu'il avait faites aux yeux de nos pères dans l'Egypte et dans les campagnes de Tanis.

Il ouvrit la mer et les conduisit au travers; il en arrêta les eaux comme s'il les eût tenues dans un vase.

Il les guida pendant le jour sous l'ombre d'une nuée qui les couvrait, et la nuit par la lumière d'une colonne de feu.

Il rompit un rocher dans le désert et fournit à leur soif de l'eau, avec autant d'abondance que s'ils avaient été au milieu des sources les plus profondes.

Et ces eaux^ qu'il fit sortir du rocher, il les conduisit comme des fleuves pour les suivre au travers des déserts^.

Mais ces miracles ne les empêchèrent pas de pécher encore contre Dieu, et de l'irriter dans les solitudes arides de l'Arabie.

Ils résolurent dans leur cœur de mettre encore à l'épreuve sa patience, en lui demandant des viandes pour se nourrir.

Ils murmurèrent et, se défiant de sa Providence, ils dirent : Pourra-t-il nous fournir une table au milieu des déserts ?

Il est vrai qu'il a frappé une pierre, et que les eaux qui en ont coulé ont inondé les campagnes comme des torrents.

Mais croirons-nous qu'il pourra donner à son peuple du pain, et lui dresser dans ces solitudes une table chargée de viandes ?

Le Seigneur les entendit, et différa d'accomplir ses promesses ; le feu de sa colère s'alluma contre Jacob; son courroux s'enflamma contre Israël.

Parce qu'il connut qu'ils n'avaient point en lui de confiance, et qu'ils n'attendaient point leur salut de son secours.

Mais pour leur montrer sa puissance, il commanda aux nuées et ouvrit les portes du ciel.

Et en même temps il fit pleuvoir sur eux la manne, et leur donna le pain qui tombait du ciel.

Les hommes mangèrent ce pain pétri de la main des

* Et les eaux.

* Les suivirent comme des fleuves au travers des déserts.

Anges, et Dieu répandit sur eux en abondance cette nourriture céleste.

Il changea par sa vertu miraculeuse le vent qui soufflait du côté de l'orient, et mit à sa place le vent du midi.

Et en même temps il fit pleuvoir^ sur eux les viandes épaisses comme des tourbillons de poussière, et les cailles comme le sable de la mer.

Elles tombaient au milieu du camp et autour de leurs tentes.

Ils en mangèrent et s'en rassasièrent; Dieu remplit tous leurs désirs, et ne les frustra point de leur attente.

Mais cette viande miraculeuse était encore dans leur bouche qu'ils provoquèrent de nouveau la colère de Dieu.

Il s'irrita contre eux et fit mourir les principaux de la nation; il renversa les tètes les plus puissantes d'Israël.

Cependant ils ne cessèrent point de pécher, et la merveille de ces prodiges ne rappela point à la foi leurs cœurs endurcis.

Leurs jours étaient de peu de durée, et leurs années se terminaient avec précipitation.

Lorsqu'ils virent que Dieu les faisait mourir, ils feignirent de retourner à lui, et dès le matin ils venaient implorer son secours.

Ils se souvinrent que Dieu les avait secourus; que ce Dieu puissant les avait retirés de la captivité^.

Mais ce retour n'était point sincère; ils ne l'aimaient que de bouche, et tout ce qu'ils disaient n'était que mensonge.

^ Ils virent pleuvoir...

* Ils l'invoquèrent comme leur protecteur, et comme celui dont la main toute- puissante les avait retirés de la captivité...

Leur cœur ne marchait point droit devant lui, et ils n'observaient point avec fidélité les préceptes de sa loi.

Cependant, par un excès de miséricorde, il ne laissa pas que de se montrer propice à leurs péchés, et ne les perdit point.

L'abondance de sa grâce était si grande qu'elle adoucissait toute sa colère, et qu'elle en arrêtait tous les mouvements.

Il se ressouvint que l'homme est composé d'une chair faible, et que son esprit va de lui-même au mal, mais qu'il ne peut pas de lui-même en revenir.

Combien de fois Tont-ils irrité dans le désert, et enflammé sa colère dans ces lieux arides ?

Combien de fois, faussement convertis, ont-ils tenté Dieu et aigri' le Saint d'Israël ?

Ils ne se sont point souvenus de cette puissance par laquelle il les avait délivrés de la main qui les opprimait.

Ils ont oublié les prodiges qu'il avait faits pour eux dans l'Egypte et dans les campagnes de Tanis.

Il convertit en sang leurs rivières, et mit toutes les eaux hors d'état de pouvoir être bues.

Il leur envoya des mouches affamées qui dévoraient tout, et des grenouilles innombrables qui les désolèrent.

Il fit manger leurs fruits par les chenilles, et le travail des laboureurs fut la proie des sauterelles.

La grêle détruisit leurs vignes, et des bruines glacées firent périr leurs mûriers^.

* Et animé...

' Firent périr leurs arbres.

Il abandonna à la fureur de cette même grêle toutes les bêtes de service, et le feu de la foudre consuma leurs possessions.

Il répandit sur eux toute la fureur de son indignation, et les frappa de plaies cruelles par le ministère des anges, qu'il prépose à l'exécution de ses vengeances.

Sa colère eut tout son cours, et il n'exempta de la mort ni les hommes ni les animaux.

II frappa tous les premiers-nés de l'Egypte, et détruisit dans les palais des enfants de Cham tous ces prémices du travail de leurs mères.

Ce fut par ces merveilles qu'il tira de captivité son peuple comme des brebis, et qu'il le conduisit comme son troupeau dans le désert.

Il les guida avec une assurance qui leur ôta toute sorte de crainte, tandis que leurs ennemis furent engloutis sous les flots de la mer.

Et enfin il les fit arriver sur la montagne qu'il a sanctifiée; sur la montagne dont sa main les a mis en possession.

Il en chassa et mit en fuite devant eux les nations qui l'habitaient, et leur donna leurs terres à partager et distribuer.

Et les tribus d'Israël habitèrent par sa puissance les tabernacles dont leurs ennemis furent dépouillés.

Mais après tant de bienfaits ils tentèrent encore Dieu ; ils l'irritèrent et ne gardèrent point ses commandements.

Ils se détournèrent du droit chemin comme leurs pères ; ils n'observèrent point l'alliance que Dieu avait faite avec eux, et ils devinrent semblables à un faux arc qui n'atteint jamais le but.

Ils l'irritèrent par les sacrifices impies qu'ils offraient sur les montagnes, et animèrent sa Jalousie en adorant des idoles taillées de la main des hommes.

Il entendit l'impiété de leurs prières; il en eut du mépris et il résolut d'anéantir la gloire d'Israël.

II rejeta le tabernacle de Silo; ce tabernacle que son peuple lui avait consacré pour habiter parmi les hommes.

Il souffrit que l'arche, dans laquelle consistait la gloire et la vertu d'Israël, fût prise, et qu'elle tombât entre les mains de ses ennemis.

Il exposa son peuple à la fureur de l'épée des Philistins, et méprisa ceux qu'il avait choisis comme son héritage.

Le feu de la guerre consuma l'élite de leur jeunesse, et les jeunes filles perdirent la vie, sans qu'on versât pour elles des larmes.

Leurs prêtres tombèrent sous le tranchant de l'épée, et l'on ne pleura point leurs veuves.

Enfin, le Seigneur parut se réveiller comme un homme qui, après s'être rempli de vin, revient d'un profond sommeil.

Il a frappé ses ennemis d'une plaie honteuse qui les a couverts d'un opprobre perpétuel.

Il n'a plus voulu que son tabernacle fût dans la tribu d'Ephraïm, fils de Joseph.

Mais il a choisi dans la tribu de Juda le mont de Sion, qu'il aime par-dessus tous les autres endroits de la Judée.

Il y a bâti son sanctuaire plus ferme que n'est le bois d'une licorne, et plus inébranlable que la terre qu'il a fondée pour durer une longue suite de siècles.

Et il a choisi David, son serviteur; il l'a tiré des troupeaux qu'il faisait paître; il l'a pris auprès des brebis prêtes à faire leurs agneaux.

Pour l'établir le pasteur des enfants de Jacob, qui le servent, et des enfants d'Israël, dont il a fait son héritage.

Et il les a jusqu'ici gouvernés avec intégrité et conduits avec prudence.

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