Eschatologie
La mort et le jugement. — La résurrection. — La vie éternelle. — La damnation éternelle.
Le juste et le pécheur meurent également. La mort n'est pas le néant, pas même pour le second. Dieu les recueille tous deux dans l'éternité. Il les juge, et fixe leur sort par un arrêt perpétuel. Le juste vit et jouit, le pécheur vit et souffre. Nous allons examiner en détail ces fins dernières de l'homme.
Dieu « habite au haut des cieux 3. » Il « regarde sur *l le monde placé au-dessous de lui, il le « visite », c'est-àdire : il le surveille, l'inspecte, y intervient et le juge 5. Il fait de même pour l'homme en particulier, à ses fins dernières.
1 n.1-2, 27-33; xvn, 25, 27. — 2 n, 26-31, 35, 39; iv, 27; vu, 6-7; \ m. 33-37; mi ; xin, 7; xv, 1 ; xvn, 17-32. — 3 xvm, 11. — 4ix, 8;x, 5: xv, 14. — » n, 36; m, 13-14; ix, 8-10; x, 5; xi, 2; xt, 13-14.
ESCHATOLOGIE
Le psalmiste insiste sur la mort horrible du pécheur \ et d'ailleurs il la lui souhaite impitoyablement 2. Cette mort est une « catastrophe 3 », c'est-à-dire une précipitation » du pécheur dans l'abîme. Le psalmiste voit en elle le début d'un châtiment sans fin et justement mérité 4.
Le juste vit sous la protection constante du Seigneur. 11 meurt de même, le cœur plein du souvenir du Seigneur et d'espérance en lui 5. Ce sort heureux est réservé, non seulement au juste qui a passé toute son existence dans la « justice », mais encore au juste qui a péché, qui s'est repenti, qui a été« corrigé», et qui a obtenu le pardon de ses fautes 6. La mort n'interrompt pas la vie du juste, du moins pour son âme 7.
Dieu exerce son droit de jugement sur tous les hommes, sur le juste et sur le pécheur. L'affaire est instruite d'avance et pour chacun; car Dieu garde constamment son regard sur toutes les actions des hommes, qui restent à découvert devant lui, ainsi que sur le fond de leur cœur. Son arrêt, toujours juste, fixe le sort heureux ou malheureux de chacun, récompense pour le juste, châtiment pour le pécheur. C'est un jugement particulier, individuel8.
Y aura-t-il un jugement général, universel? Certaines expressions l'indiquent. Le psalmiste parle d'un temps où le Seigneur viendra « visiter », c'est-à-dire chercher les justes, et ce jour-là, il « ne se souviendra pas » du pécheur destiné à la perdition 9. Ailleurs 10, il est question du «jour du jugement du Seigneur », et le psalmiste dit : « Les pécheurs périront au jour du jugement du Seigneur, pour
1 ii, 26; m, 13; iv, 7, 9, 28; vin, 23; xm, 2-5, 10; xv, 6, 9, 12; xvi, 1-2; xvn, 10-11, 26-27. — 2 iv, 7-9, 20-22, 28 ; xn, 4-5,8; xv, 10- 13;xvn, 10. — 3xm, 2-3, 5-6. — * m, 12-15; ix, 5, 7, 9; xn, 3 et 8; xm; xiv, 4-6: xv, 6-11,15. — 5 m, 2-4; vin, 37-39; ix, 19; xn, 6-8; xv, 1-6; xvi, 6; xvn, 2-3. — 8 ix, 9-19; x, 1-2; xm, 9-11.— 7 m, 14-16: ix, 9; xm, 4-11; xiv, 1-2, 6; xv, 8-15. — 8 n, 34-39; m, 5-7, 13; iv, 28; ix, 4-6, 8-10 ; x, 5; xm, 4-11 ;xiv, 2-5; xvi, 5, 12-15. — 9 m, 13-16. — 10 xv, 13-14.
toujours, quand Dieu visitera la terre avec son jugement », c'est-à-dire : en la jugeant. Puis, le psalmiste ajoute : « Ceux qui craignent le Seigneur obtiendront miséricorde en ce jour et ils vivront par la miséricorde de leur Dieu, tandis que les pécheurs seront perdus pour l'éternité. » L'ensemble du passage donne bien l'idée d'un jugement général s'étendant à toute la terre. Comme, dans ce jugement universel, les justes obtiendront pour toujours un sort heureux, le jour du jugement est appelé aussi « le jour de la miséricorde des justes », dans le passage suivant * : « Pour ce motif, leur héritage (des pécheurs) sera le Hadès, les ténèbres et la perdition, et ils ne seront pas là au jour de la miséricorde des justes, tandis que les saints du Seigneur hériteront de la vie dans la joie. » Ce dernier passage laisse, lui aussi, l'impression d'un jugement général. A quelle époque aura-t-il lieu? Le monde finira-t-il alors? Les textes cités ne permettent aucune induction à cet égard; le psalmiste se restreint à son point de vue purement moral de la justice, de la récompense des justes et du châtiment des pécheurs, sans étendre son intérêt ou sa curiosité à d'autres questions.
L'idée de la résurrection apparaît dans le psaume m. Le psalmiste oppose la condition terrestre et le sort du juste à la condition et au sort du pécheur : « Le juste a trébuché, et il a proclamé le Seigneur juste; il est tombé, et il regarde ce que Dieu lui fera; il examine d'où lui viendra le salut; la sécurité des justes vient de Dieu leur sauveur... Le Seigneur purifie (de ses péchés) tout homme saint et sa maison... Le pécheur a trébuché, et il maudit sa vie, le jour de sa naissance et les douleurs de sa mère; il a ajouté péchés sur péchés à sa vie; il est tombé, sa chute est mauvaise; il ne se lèvera pas; la perdition du pécheur est pour toujours, et on ne se sou-
xiv, 6.
ESCHATOLOGIE 59
viendra pas de lui quand Dieu visitera les justes; ce lot des pécheurs est éternel. Au contraire, ceux qui craignent le Seigneur se lèveront pour la vie éternelle, et leur vie dans la lumière du Seigneur ne défaillira plus. » Dans ce passage, la résurrection paraît liée au jugement général. Quand Dieu « visitera» les justes, ils se« lèveront pour la vie éternelle »; nous pensons que l'expression» ils se lèveront» signifie : ils se lèveront du tombeau; ils obtiendront alors la vie éternelle, qui se passera « dans la lumière du Seigneur», et qui ne finira plus. Mais cette résurrection n'existe pas pour les pécheurs. Ils meurent dans leur péché, sans avoir été pardonnes ni purifiés. Au jour du jugement, « ils ne se lèveront pas ( du tombeau) »; la rémission n'existe pas pour eux, et leur perdition est éternelle.
Avec le passage précédent, on peut comparer xv, 13-15: « Les pécheurs périront, au jour du jugement du Seigneur, pour toujours, quand Dieu visitera la terre avec son jugement; ceux qui craignent le Seigneur obtiendront miséricorde ce jour-là, et ils vivront par la miséricorde de leur Dieu, tandis que les pécheurs périront pour toujours. » L'expression « périront » indique la « perdition » du pécheur, sans rémission, et sans résurrection pour la vie éternelle, puisque la miséricorde n'est pas pour eux. L'expression absolue frfasvTau, « vivront », est-elle l'équivalent de àvovd^ovrat z\; ->>y;v xtûvtoi du psaume m, « ils se lèveront pour la vie éternelle? » Il semble bien que les deux expressions aient le même sens, et que le «vivront» du psaume xv implique aussi la résurrection corporelle. Nous croyons qu'il faut expliquer de même xiv, 2-4 et 6.
Deux questions nous paraissent rester sans réponse. En premier lieu, le corps du pécheur, qui ne ressuscite pas pour la vie éternelle, ressuscitera-t-il, «se lèvera-t-il» du tombeau pour souffrir avec l'âmePRien ne l'indique, et rien ne permet non plus de le supposer. En second lieu, que devient l'âme du juste depuis le moment de sa mort
jusqu'au jour de la résurrection et du jugement général ?
Ce deuxième problème est d'autant plus embarrassant que, dans le psaume Xiii, v. 9-10, il est parlé de la vie du juste et du sort du pécheur, indépendamment des idées de jugement général et de résurrection. D'après ce psaume, le « bras du Seigneur » a sauvé le juste de la mort horrible qui a frappé le pécheur. Ce dernier est châtié ici-bas ; sa fin est une « catastrophe ». Le juste est corrigé seulement ; le Seigneur l'épargne, lui évite la fin terrible du pécheur, et efface ses péchés par la correction.
Cette conduite de Dieu explique (yap) pourquoi « la vie des justes est éternelle, tandis que les 'pécheurs seront pris et enlevés1 pour la perdition... la miséricorde du Seigneur se répand sur les saints, et sa miséricorde se répand sur ceux qui le craignent. » Dans ce psaume, l'auteur met en contraste la fin du juste et celle du pécheur. Le premier est pardonné et purifié, et il vit; le second est saisi et jeté dans la perdition. Or, nous ne voyons pas clairement quelle est la vie du juste depuis sa mort jusqu'au jugement général; mais son âme continue sûrement sa vie, vie de justice et de sainteté. Nous ne voyons pas non plus où demeure cette âme en attendant le jugement général; il semble qu'elle reste ici-bas, en continuant sa vie surnaturelle et spirituelle; puis, que Dieu vient la prendre au jour du jugement général et de la résurrection de son corps, pour l'avoir auprès de lui, dans la lumière et la joie, au haut des cieux où il habite d'une manière particulière.
La vie du juste dans l'autre monde est un « trésor » qu'il a « gagné » et « mis en réserve pour lui », en pratiquant la « justice », c'est-à-dire en observant la loi de Dieu 2. Dieu lui a donné la loi précisément « en vue de la vie » 3. La vie est présentée dans les Psaumes de Salomon
i Cf. iv, 7, 0, 25, 28, — 2 ix, 9. — 3 xiv, 1.
ESCHATOLOGIE 61
comme un « héritage i que recueille le juste, en vertu des « promesses » du Seigneur l. Cet héritage céleste remplace l'héritage terrestre donné par Dieu à son peuple, c'est-àdire celui de la terre promise 2. Enfui, cette vie est aussi le « salut» 3.
Nous avons vu 4 que la i vie » du juste n'est pas représentée comme subissant une interruption ou une modification essentielles après la mort ou après le jugement général. Ici-bas, ils « vivent » dans la loi, sous la protection constante du Seigneur, dans la « justice », dans la « purification », dans la « sainteté », etc. Cette même vie se continue ensuite dans l'autre monde, soumise à des conditions nouvelles; les justes « vivent » 5, ils ne revivent pas, comme s'ils avaient perdu leur vie première pour en recevoir une nouvelle ; ils vivent» auprès du Seigneur», « dans le Seigneur » 6, dans la « lumière du Seigneur» ', dans la «joie» ou le contentement du cœur8. Cette vie «ne subira pas de défaillance », elle est « éternelle » 9.
Comme « Dieu habite au sommet des cieux », d'où il « considère» le monde, comme les justes vivront « auprès du Seigneur » et « dans le Seigneur», on peut conclure de ces expressions que, dans la pensée du psalmiste, le séjour des bienheureux sera au « ciel », dans les sphères lointaines, très élevées au-dessus de la terre. C'est avec ce sens que le mot «ciel » est employé dans les Psaumes de Salomon 10, et toujours en antithèse avec la « terre» située au-dessous. Dans une comparaison poétique, les saints sont aussi représentés comme constituant « le paradis » ou jardin « du Seigneur» ;
1 xn. 8; xiv, 6. — - vu, 2; ix, 2; cf. xi, 8-9; et Matthieu, v, 3. — 3 m, 6-7; vi, 2; xn, 5 et 7; xv, 8 et 15; xvi, 2-5 ; cf. xvii, 2-3. — * Voir p. 52. — 5 ni, 16: ix. 9; xm, 9; xiv, 1-2, 6; xv, 15. — 6 m, 16; ix, 9 ; xiv, 2 (en entendant aura du Seigneur). — 7 ni, 16. — sxi\, 6; cf. x, 9. — » m, 16; xm, 9; xiv, 3. — 10 ii, 10, 34,36; vin, 7; xmi, 20.
ils y sont « les arbres de la vie »; « leur plantation y est enracinée pour l'éternité, et on ne les en arrachera pas de toute la durée du ciel h »
La « perdition » 2, àircùXsu, désigne le sort du « pécheur » à partir de sa mort. Car, désormais, rien ne changera plus sa « perdition », et le jugement général, qui met le sceau à la vie des justes, ne modifiera pas son sort 3. Dès le moment de sa mort, il est à la fois un condamné et un damné. Il est repoussé « loin de la face du Seigneur » 4. Il est précipité dans le Hadès 5. Ce dernier nom désigne un abîme immense, qui dévore insatiablement les âmes 6, avec des portes ouvertes pour les recevoir 7. Dans cet abîme régnent les ténèbres 8. Le pécheur y est précipité pour toujours; la damnation est éternelle 9. Il va de soi que le damné est placé loin des ce saints » l0 qu'il a méprisés et persécutés. D'ailleurs, le Hadès est situé au-dessous de nous, « en bas » n. Dans le Hadès, le pécheur est en proie au remords; car « leurs iniquités les poursuivront jusqu'au Hadès en bas»12, de sorte que l'état coupable de l'âme, son état de péché, continue après la mort, éternellement. Un supplice sensible n'est pas mentionné. Le « feu » dont il est question xn, 5 paraît être un de ces genres de mort horribles réservées au « pécheur » par la « colère du Seigneur » 13. Pour ii, 35, le verbe xotpiÇuv ne signifie pas « endormir », plonger dans la torpeur et l'insensibilité, mais « rabattre», réduire à néant l'orgueil insolent. — Le païen pécheur est voué aussi à la perdition u.
L'époque de la résurrection et du jugement n'est pgfl indiquée, pas même approximativement. De plus, ces
1 xiv, '!'.'>; cf. Hénoch, lx, 8, 23; lxi, 12. — 2 n, 35; ni. 13; i\. '.»; mu. H): xiv, 6; xv, m. II. 13; xvi, 5; \ mi, 25. — 3 m. 14; mu. 10; xn , 6; w , 15. ' mi, s. ' iv, 15; xiv, 6; xv, 11; \\ t, 2. — 6 iv, 15. — 7 xvi, 2. — 8 m\. 6; \n. 11. — 9 n, 38; m. 13-15; xv, 15.— 10 iv, 7; xn, 5. — u xv, 11. — u xv, II. — 13 Cf. mu. J. el xv, G-7. — "n, 34-3frj xvn, 25.
deux événements ne sont reliés en aucune façon à l'avénement du royaume messianique. Il n'en est pas question non plus dans la description du royaume messianique donnée au psaume xvn. Dans la peinture de ce royaume, aucun mot. aucun trait n'indiquent que la mort y sera supprimée.
Le tableau des idées morales que nous venons d'esquisser nous montre un auteur très attaché à la loi, au Temple, au culte, aux cérémonies. Il estime au plus haut point la justice, la pureté, la sainteté légales; il déteste les impuretés légales et le contact du païen, ainsi que le pécheur infidèle à la loi. Il croit au libre arbitre absolu, à la justice permanente de Dieu dans ce monde et dans l'autre, à la miséricorde incessante de Dieu pour les bons, à la résurrection des justes, à la vie future heureuse pour le juste, à la privation de cette vie heureuse pour le pécheur; il est pratiquement pieux. Cet ensemble de doctrines, de sentiments et de pratiques dénote clairement un pharisien, au sens plutôt favorable du mot.
L'avénement du royaume messianique constitue une eschatologie générale, qui ne concerne pas l'individu, comme la précédente, mais le peuple juif et le monde entier.
L'homme a soif de bonheur. Quand le présent ne le lui fournit pas, quand la réalité le heurte, quand il souffre de ses peines personnelles et de celles de ses frères, quand, en même temps, la délivrance ne peut venir de la ten tourne son regard vers l'avenir et son espoir vers le ciel, d'où il attend un Libérateur. Il rêve d'unepuissante intervention divine, qui viendra abolir l'injustice, l'impiété
et le trouble, et établir, enfin, le règne de la justice, de la paix et de la liberté dans la société, le règne du contentement et de la joie dans l'âme de l'individu, le règne du bonheur partout. Chez le Juif pieux, l'idéal rêvé, c'est le Messie avec son royaume; il attend fermement la réalisation de ses espérances en se fondant sur les promesses formelles et impérissables de Iahveh.
Or, l'auteur des Psaumes de Salomon souffre cruellement de la situation actuelle de son pays. Auparavant, comme ce pays était heureux x ! Mais quel changement !
Dieu et le peuple juif sont unis par des liens spéciaux, qui n'existent pas entre Dieu et les « nations ». Dieu est, d'une manière toute particulière, le Dieu d'Israël 2. Il aime ce peuple et il habite au milieu de lui 3. Il l'a choisi de préférence à toutes les nations 4. Il fait reposer son nom sur lui 5. Il lui a accordé des promesses et des bénédictions 6. Il répand sur lui une miséricorde éternelle et inépuisable 7.
11 a fait « alliance » avec lui pour toujours en prenant des « dispositions » spéciales 8. Réciproquement, et d'une manière particulière aussi, le peuple juif est le peuple de Dieu, en ce sens qu'il lui appartient 9. Israël est son « serviteur»10, son « héritage » u. Les vrais Juifs aiment le Seigneur 12. Leur pays, Jérusalem et la Judée, est un pays sanctifié pour Dieu l3. Ils sont les « fils de l'alliance 14 ». Ils n'ont d'espérance qu'en lui l5. Au point de vue politique, Dieu est le seul roi et le vrai roi des Juifs le; Israël est son royaume ,7. Enfin, le Dieu des Juifs est aussi, et en même temps, le roi des« nations» 18. Cette double royauté
1 i, 1-5. — 2 vin, 36, 37; îx, 16; xvn, 1, 3. — 8 vu, 1-5; ix, 16: xm, 8-9; xviii, 4. — 4 ix, 17. — 5 vu, 5; ix, 18. — 6 vu, 9; vin, 35,40 ; x, 9; xi, 8-9; xn, 8. — 7 vu, 5, 9; vm, 33, 34; ix, 16. — 8 ix, 19; x, 5. — » vu, 8; vm, 16. — 10xn,7; xvn, 23. — "vu, 2;xiv, 3; xvn, 26. —
12 iv, 29; vi, 9; x, 4. — " vu, 2; vin, 4. — 14 xvn, 17. — 1B vu. 6 8 ; vm, 37; ix, 19; xvn, 3. — l6 v, 22; xvn, 1, 51. — " v, 21. — lf> il, 34-36 ; xvn, 4.
de Dieu est éternelle 1, comme il va de soi. — Ces relations entre Dieu, d'un côté, le peuple juif et les nations, de l'autre, serviront à établir le royaume messianique.
Mais, quoique roi des Juifs au point de vue politique,
3 de même qu'il est leur Dieu au point de vue religieux,
le Seigneur ne gouverne pas lui-même et visiblement
Israël. Il a choisi parmi les hommes un représentant, un
délégué. Le psalmiste s'adresse à Dieu en ces termes :
I « Toi. Seigneur, tu as choisi David comme roi sur Israël,
i et tu lui as juré au sujet de sa descendance, pour
l'éternité, que sa race royale ne s'éteindrait pas devant
toi 2. »
Telle devrait être la condition politique et religieuse d'Israël; tout autre elle est.
1 ne famille à laquelle Dieu n'a fait aucune promesse
y, s'est emparée de force du pouvoir royal et du sacerdoce.
Le représentant de cette famille a ceint le diadème; il se
vante, dans son arrogance, d'occuper le trône de David, à
la place des légitimes descendants de ce dernier 3. Et bien
1 plus, en s'emparant de force de la royauté, il a dépouillé
du pouvoir le parti auquel appartient le psalmiste 4. Au<si
ce dernier souhaite-t-il la destruction complète et déiini-
1 tive de la famille royale 5. Son représentant n'est qu'un
usurpateur 6.
Son usurpation a déchaîné sur le pays l'invasion étran- , gère 7. L'impie, le païen a occupé le pays 8; il a renversé ; les murs de Jérusalem et souillé le Temple de sa présence 9 ;
1 xvii. 1, 4. — 2 xvn, 5. — 3 vin, 12 ; xvn, 6-8. — 4 xvn, 6. — 5 xvn, 8-11.
6 Nous avons vu (p. 11-12), en traitant du « problème littéraire », qu'il s'agit de la dynastie hasmonéenne et d'Aristobule. Ce dernier, soutenu par le parti des sadducéens, a enlevé de force le pouvoir et le pontificat à son frère aîné Hyrcan.
7 vin, 15-16; xvn, 9. — sn, 2; vu, 2; vin, 17-23 ; xvn, 13-16, 25. — »H, 1-2; vin, 21 ; xvn, 15-16.
il a envoyé comme esclaves en Occident les habitants de Jérusalem1; il a aussi versé leur sang comme l'eau 2. Sa présence profane la terre sacrée, et le pays a perdu son indépendance 3.
Intérieurement, le pays est livré à une classe d'ennemis et d'oppresseurs, que le psalmiste désigne sous le nom de «pécheurs» ou de« transgresseurs de ia loi», d'« impies»4. Cette classe se présente comme un parti opposé au parti du psalmiste, et animé de sentiments contraires aux siens. Les « pécheurs » pactisent avec la dynastie usurpatrice et suivent ses exemples de transgression de la loi 5. Ils se sont emparés des fonctions saintes, ils profanent et souillent les choses saintes 6. Ils se livrent secrètement, hypocritement, à des péchés abominables, énormes, qui surpassent tout ce qu'ont fait les païens 7. Ils sont des juges hypocrites et cruels 8. On ne trouve chez eux ni pitié, ni vérité, ni justice, ni jugement 9. Ils trompent, médisent et calomnient 10. Ils se signalent par la débauche, l'adultère, la fornication n, par la convoitise et par l'avarice 12, par l'orgueil et la tyrannie 13. Ils ont obligé les «saints», les
1 n, 1-6 ; vin, 14 ; xvn, 14. — 2 n, 26; vin, 23;xm,2; xv, 9.-J 3 vm, 17,36; xvn, 25, 51.
4 Cette classe d'ennemis se composait, en fait, des sadducéens, ennemis du parti pharisien auquel appartenait l'auteur. Le roi Aristobule, sadducéen, était soutenu par les sadducéens; il était grand-prêtre; la plupart des prêtres étaient sadducéens et du parti d' Aristobule. Aussi, quand Pompée arriva à Jérusalem pour réduire Aristobule, il trouva tous ses partisans enfermés dans le Temple. Voir plus haut p. 16-17.
5 vm, 12-13, 23; xvn, 21-22, 24. — «i, 8;n, 3-5, 14; vm, 12-14, 26; xvn, 7. — 7 1,7-8; n,3-ll, 14,15, 18; iv, 5; vm, 7, 8-1 i
26. — 8 iv, 1-3; xvn, 21 22.— 9 iv, 1-3; xvn, 17, 21, 24. — "iv, 6-15, 27; vin, 11; xn; cf. xvi, 10. — u n, 13-15; iv, 4-6; vm, 9-11, 13, 24-26; cf. xvi, 7-8. — 12 i, 4-5; iv, 10-15; xiv,4.— " i, 5-6; n, '.», 35, 39-40; iv, 18, 23, 25. 27; xn, 5-8; xv, 1, 6 ; xvn, 6, 17, 21-22, 24, 26, et cf. 46,
i justes », à fuir pour sauver leur vie et pour ne pas pacivec leurs iniquités 1. Il en est ainsi depuis le chef du )ays jusqu'au dernier citoyen, et le psalmiste résume son ;ableau en ces termes : « Il n'y avait personne parmi eux jui pratiquât la justice et le jugement; depuis leur chef et lepuis le peuple du dernier rang, ils étaient dans tous les )éehés : le roi dans la transgression de la loi, le juge dans a désobéissance, et le peuple dans le péché 2. » Si l'on en ;roit le psalmiste. la Judée et Jérusalem ne sont plus qu'un shainp d'iniquités, où les pécheurs s'abandonnent à leurs )assi<>ns 3. Les adversaires du psalmiste sont capables et soupables de tous les crimes 4.
D'ailleurs, en dehors de la classe des « pécheurs », le
>euple juif est saisi d'un esprit d'aveuglement et de ver-
ige. Ce sont « ses chefs » eux-mêmes, Hyrcan et ses par-
- pharisiens, qui vont au-devant du païen, de l'en-
îenii « aux coups puissants », qui « a décrété la guerre
îontre Jérusalem et son territoire. » Ils l'introduisent avec
voie dans leur ville. Il y entre en sécurité, il en occupe les
cours et les murs, et les habitants sont les premières victi-
Kjp de leur « folle conduite» 5.
Quant à la classe politique et sociale des « saints », des k justes» 6, à laquelle appartient le psalmiste, sa situation excite la pitié. Sans doute, ils vivent dans la « justice » ns 1' « innocence »; mais ce sont là des vertus pureintérieures et morales. Publiquement, politiquebien t. ils sont pauvres, humiliés, écrasés, poursuivis; ils pont pas même à espérer la justice d'un tribunal ; le pou-
1 xvii, 17-20. — - xvii, 21-22. — 3 i, 5-3: n, 3-16 : m. |2 : hr, 3-15. 22 -28 : vin, 7-14, 25-26; xn ; xiv, 4-5; xv, 10,13: wn, |H(2> 25-27. — * Les adversaires sont les sadducéens. — 5 vin, 14- . xvn, 17 a.
il; iv. 7. y, 25-29: vu, 8-9; vin, 28, 39; ix, 6, 9, 15; x, 3; xn. - 1 et 8: xin, 5-11; xiv. 1-2. G; x J0, 51. En fait,
:e parti auquel appartient le psalmiste est celui des pharisiens.
voir royal est contre eux, et la faveur des princes n'est pas pour eux1. Le psalmiste se console en montrant que les malheurs de son parti sont des « corrections » et non des châtiments. Mais cette explication ne change pas la situation politique.
Usurpateurs, païens et pécheurs, voilà les trois catégories d'ennemis qui possèdent le pays de Judée, qui l'asservissent et le profanent, et c'est d'eux que l'auteur souhaite d'être délivré 2.
Le psalmiste n'est pas un fanatique. En présence des maux qui accablent son pays, « il ne prêche pas la guerre à outrance contre le païen, et il ne fait pas appel à l'insurrection contre le parti des pécheurs. » La délivrance ne peut venir de la terre; l'auteur regarde le ciel.
Dieu est le vrai roi des Juifs, qui forment son peuple et son héritage. A lui donc d'intervenir !
D'ailleurs il l'a promis. L'auteur fait allusion à ces pro messes divines. En annonçant le retour des tribus à Jéru salem, il dit : « Revêts, Jérusalem, les vêtements de ta gloire, prépare la robe de ta sanctification; car Dieu s promis le bonheur à Israël pour toujours et toujours. Que le Seigneur accomplisse ce qu'il a promis pour Israël el Jérusalem, que le Seigneur relève Israël par son non glorieux ! La miséricorde du Seigneur est sur Israël pouj toujours et toujours 3! » Ailleurs, il rappelle la promess» de Dieu à David : « Toi, Seigneur, tu as choisi Davi< comme roi sur Israël, et tu lui as juré au sujet de sa descen dance,pour l'éternité, que sa royauté ne s'éteindrait jamai devant toi 4. »
Dès lors, le salut consiste dans le rétablissement de 1: royauté de David. L'auteur le hâte de ses vœux : « Vois
1 i, 1; li, 37-39; ni, 3-5; iv, 1-3, 7-13, 25-28; v; vu; vin, 28; x; xii|<
xiii ; xiv,l ; xv, 1-6; xvi, 11-15 ; xvn, 6-8, 17-22; xvm, 3. — s xvn, 5'! — 3 xi, 8-9; cf. xvn, 50-51 ; xvm, 7. — 4 xvn, 5.
Beigneur,et suscite-leur leur roi, fils de David, au temps que Itu connais, ô Dieu, pour qu'il règne sur Israël, ton serviteur 1. » Or, depuis Aggée et la captivité de Babylone, le [messianisme de la maison de David était bien perdu de vue. oublié même, surtout depuis l'établissement de la royauté triomphante des Hasmonéens. Dans I Macch., n, 57. on lit : « Par la miséricorde du Seigneur, David obtint ?n héritage le trône d'une royauté perpétuelle. » C'est, croyons-nous, le seul passage des livres saints postérieurs lu retour à Jérusalem, où il soit fait mention de la royauté perpétuelle de David 2. Il fallait à notre auteur une foi robuste et du courage pour proclamer cette royauté oubliée, pt en demander à Dieu le prompt rétablissement, à la place le la dynastie hasmonéenne qui revendiquait le trône. Il rentrait par là dans la vraie tradition nationale.
Dieu renversera la dynastie usurpatrice; il] en fera disparaître jusqu'au dernier représentant; il établira à sa place le roi légitime, le « fils de David » 3.
Il existait donc alors, quelque part, dans le pays de Judée, une famille de David et des descendants directs lu grand roi. Si l'auteur n'avait pas cru à l'existence de cette famille, s'il n'avait pas connu l'existence de représentants de cette famille, son espoir aurait été vain, sa prière sans objet, son langage absurde. Le psaume xvn nous offre le témoignage direct et formel que l'on croyait en Judée, à l'époque où ce psaume fut composé, à l'existence d'une famille descendant de David en ligne directe, où Dieu pouvait trouver l'héritier légitime du trône. Historiquement, le fait ne présente pas de difficulté. ;Dans I Paralip.. ni (cf. I Esdras, vm, 2), nous avons
' xvn. 23. — 2 Jérusalem reste comme la >< cité de David », c'est-àdire la capitale, le siège de sa royauté, I Macch., i, 35; u, 51 ; vii, 32; xiv, 36.
3 xvn, 23.
une liste nombreuse de familles issues de David et de Salomon, qui sont revenues, après l'exil, habiter en Judée. Les descendants de ces familles y vivaient encore ait temps de l'auteur des Psaumes de Salomon. Quand une famille descend authentiquement de David, de Salomon, de Salathiel, de Zorobabel, comment ses membres l'oublieraient-ils?
Rien, dans les paroles du psalmiste, n'indique la résidence de la famille d'où pouvait sortir l'héritier du trône choisi par Dieu. On pouvait seulement penser à la chercher dans le pays de Juda et dans la ville dont David était originaire. Elle est bien obscure et bien inconnue, cette famille de David! Il faut que Dieu en « élève m le représentant jusqu'à la royauté. Les termes employés indiquent, en effet, qu'elle gît alors dans l'abaissement : Dieu y prend l'héritier de David dans la bassesse 1' « amène », et il l'élève ou le« hausse » sur le trône de sot) ancêtre.
L'époque de son avènement au trône n'est pas indiqué» d'une manière précise, ni même approximative. En par lant de l'époque du Royaume, l'auteur dit : « Que Diei hâte sa miséricorde sur Israël; il nous délivrera de la souil lure de nos ennemis profanes 2. » Le pronom « nous désigne ici, non pas la génération actuelle du psalmiste mais la catégorie, la classe des Juifs « justes » et« saints dont il fait partie, et cette classe existera aussi bien aprè la mort de l'auteur que de son vivant. Il dit encore : « Sus cite-leur leur roi, fils de David, pour l'époque que tu coe nais, ô Dieu 3;» puis :« Bienheureux ceux qui vivront cette époque 4. » Au psaume xviii, on lit : « Que Die purifie Israël pour le jour de la miséricorde accompagné de la bénédiction, pour le jour choisi où aura lieu l'élévt
1 xvn, 23, àvo«TT|ffov; xviii, 6, JtvaÇtç. — 2 xvn, 51. — 3 xvn, 2 cf. vu, 9.— 4xvn, 50.
tion de son Christ l. a Ensuite, l'époque paraît se préciser : « Heureux ceux qui vivront à cette époque, de manière à voir le bonheur procuré par le Seigneur, bonheur qu'il réalisera pour la génération à venir 2. » Mais cette « génération à venir » peut n'être qu'une généreuse hypothèse du psalmiste, qui. n'ayant pas le bonheur, le rêve pour ses fils. En résumé, l'époque reste absolument incertaine, et cachée dans la prescience de Dieu. Cependant, le ton des deux psaumes xvn et xvm indique une croyance ferme à nement prochain du vrai Roi: puisque la situation politique, religieuse et sociale du pays est considérée par l'auteur comme désespérée et sans remède, humainement parlant 3, l'intervention divine ne peut tarder, et l'auteur l'appelle avec ardeur 4.
L'envoyé de Dieu, établi par lui sur le trône de David son ancêtre, porte plusieurs noms; il est le « Roi » 5, le « Roi d' Israël » 6, le « Roi des Juifs » 7, le « Fils de David » 8, le « Christ » 9. et même le « Seigneur » 10.
Le roi n'est pas un libérateur quelconque, ni une image personnifiant d'une manière concrète la délivrance d'Israël. Il est une personne, un personnage bien réel et vivant, et dans ses veines coule le sang illustre de David. Le psalmiste nous le dépeint agissant personnellement et sous sa responsabilité propre u.
Il n'est pas Dieu. Le psalmiste ne nous présente que son humanité de « fils de David ». Il est élu par Dieu, exalté par Dieu, et enrichi par Dieu de tous les dons nécessaires pour qu'il puisse établir et maintenir le nouveau royaume et remplir la mission que Dieu lui a confiée. D'ailleurs, le Juif était obstinément attaché au dogme de l'unité divine;
1 xvm, 6. — 2 xvm, 7, — 3 xvn, 22-23. — * xvn, 50-51.— 5 xvn, 35, 36. — 6 xvn, 23, 47. — 7 xvn, 23, où le pronom kûtAv désigne les Juifs. — 8 xvn. 23. — 9 xvii, 36 ; xvm, 6. — 10 xvn, 36. — n xvn, 28-46.
il n'admettait qu'un seul Dieu; il ne pouvait pas concevoii un être qui aurait été Dieu et qui aurait été autre qu( Iahveh. Mais les dons que le Roi reçoit le portent jusqu'auprès de Dieu; il est aussi rapproché de Dieu et aussi pleii de Dieu qu'on peut l'être, sans être Dieu. Par exemple, est plein de l'esprit de Dieu et de ses dons 1; il est infaillible, comme Dieu 2; il exerce une puissance souveraine, universelle et irrésistible 3, comme celle de Dieu; il n'a pas de rival sur la terre, ni d'égal, non plus que Dieu 4.
Dieu est le roi suprême, unique et éternel d'Israël. Le fils de David est roi à la place de Dieu, comme son représentant et son délégué. Sa royauté est la royauté de Dieu; il la reçoit simplement en dépôt; il est comme l'imaj visible de Dieu sur la terre, et l'égal de Dieu, qu'il remplace aux yeux des hommes, ses sujets. Ainsi s'explique son titre de « Roi ». En possession de la puissance souveraine de Dieu sur la terre, il peut être appelé à juste titre « Seigneur », comme le fait l'auteur des Psaumes de Salomon, non en ce sens qu'il est le même que Iahveh ou l'égal de Iahveh par sa nature; mais en ce sens qu'il est l'égal de Iahveh pour les hommes, puisqu'il a reçu de Iahveh sa souveraine puissance sur eux. Nous croyons qu'il n'existe pas de raison sérieuse pour rejeter la leçon Kjpicc, « Seigneur» 6.
Le Roi est en même temps le « Christ » 6, c'est-à-dire le « Messie » ou 1' « Oint » de Iahveh. Il a été sacré par Iahveh; il a reçu de lui l'Esprit Saint avec les dons surnaturels 7; « la bénédiction du Seigneur est en lui avec la force8. » La réception de l'Esprit divin dans ces conditions est l'onction qui a fait du Roi le « Christ » ou le « Messie » /.z~.' ïzcyr^, d'une manière éminente et unique. Cette appel-
1 xvu, 42. — 2 xvn, 35, 48-49, — 3 xvn, 27, 31-32, 30, 41, 44. — 4 xvn, 44. — 5 xvn, 36. — 6 xvn, 36; xvm, 6. — 7 xvn, 42. — 8 xvn, 43.
lation constitue un titre qui lui est réservé désormais.
Mais, quelles que soient la prééminence et la souveraine puissance du Roi. il reste le vassal de Iahveh.il est son lieutenant général sur la terre pour gouverner un peuple unique, qui n'est pas le sien, qui demeure le peuple de Iahveh. Le royaume messianique est une théocratie ; car son roi suprême est toujours Dieu, à qui le roi reste subordonné. Le royaume est en même temps une monarchie; il est gouverné par un Roi visible et terrestre, qui est un homme proprement dit. Aussi, après avoir donné la peinture du Messie, de son royaume et de sa royauté, le psalmiste termine le psaume en disant : « Le Seigneur est notre Roi pour toujours et toujours1;» il avait dit auparavant en parlant du Messie : « Le Seigneur est son Roi 2. » Quant aux sujets du Roi, ils restent « les fils de Dieu» 3.
Avec l'Esprit Saint, le Roi reçoit des dons surnaturels qui lui assurent une prééminence morale unique. La force et la puissance ', l'intelligence et la science5, la sagesse et le conseil6, la sainteté7, la piété 8, la justice et le jugement 9, la miséricorde10, et peut-être la crainte de Dieu n, telles sont les pierres précieuses de sa couronne royale. plus belle que le diadème injustement ceint par l'usurpateur lt. Le résultat de ces «Ions, c'est la gloire 13.
Sa puissance est toute spirituelle. Elle s'exerce jusqu'au fond des consciences 14. D'une parole de sa bouche, il commande et se fait obéir 15; car sa puissance est irrésistible 16. Il n'emploie pas les armes matérielles : soldat, cavalier, arc. cheval, or et argent 1T. Il n'a pas d'autre arme que sa
1 xvii. 51. — 2 xvn, 38.— 3 xvn, 30; cf. xvm, 8-9. — * xvn. 24- -. 38-40. 41. 42, 44; cf. xvm, 8. — 5 xvn. 30. 35. 42, 48-49. — 6 xvn, 26, 31.42: xvm, 8. — 7 xvn, 41. 42, et cf. 28, 33,36. — 8 xvn, 32-34,38, 43. 44.— » xvn, 26, 28. 31. 45. 46, 48; cf. xvm. 8. 10 xvn. 38, 45.— u xvn. 44. — '-xvn. 7. — 13 xvn, 33-35, 47. — li xvn, 27, 41. — 15 xvn, 27. 39. — " xvn. 24-27, 39. 44. — 17 xvn,
confiance en Dieu1, dans le Dieu qui lui a transmis sa puis sance. Sa confiance n'est jamais trompée, et sa puissance ne subit pas de défaillance 2. Ce caractère de la puissance du Roi contraste vivement avec la souveraineté des derniers rois hasmonéens, tels que Jean Hyrcan, Alexandre Jannée, Aristobule, princes guerriers et violents, qui plaçaient leurs forces et leur confiance dans leurs troupes et dans leurs trésors, qui se plaisaient au fracas des armes et des batailles.
lahveh et le Roi restent en communication perpétuelle. Les dons célestes descendent sans interruption du premier sur le second, et le second reste appuyé sur le premier, sans jamais se séparer de lui. Du ciel découlent les dons; de la terre montent la confiance, l'espérance et l'obéissance qui forment la prière du cœur 3. L'onction du Roi par lahveh est permanente et continue.
Ainsi apparaît le Roi, le Christ, dans l'éclat de la beauté morale et spirituelle. Le psalmiste en est lui-même touché, et il termine en disant : « Telle est la majesté du Roi d'Israël, majesté que Dieu a prévue, pour susciter ce roi sur la maison d'Israël, afin de la réformer» 4. La pompe et le faste qui distinguaient les Hasmonéens de Judée, les Ptolémées d'Egypte, les Séleucides de Syrie, la magnificence humaine et terrestre sont complètement absents de la majesté qui auréole le Roi et environne sa personne.
La mission du Roi porte sur les objets suivants : la délivrance et la purification du pays; la réunion des tribus dispersées, pour former le nouveau royaume; la soumission et la conversion des nations; le gouvernement.
Pour la délivrance et la purification du pays, le texte présente quelques difficultés. On ne voit pas bien si c'est le « Seigneur » qui exécute cette œuvre, seul, ou si c'est
» xvii, 38, 44. — 2 xvii, 38, 44. — 3 xvn, 35, 38, 42, 43, 44; cf. xviii, 9. — 4 xvii, 47.
le Roi, seul, ou si le Seigneur et le Roi sont unis dans une même collaboration K Mais l'œuvre est indiquée clairement. Les princes injustes sont frappés et tués 2. Les païens qui foulent le pays périssent, ou s'enfuient devant les menaces 3. Les« pécheurs » sont chassés de 1' « héritage »; leur orgueil est brisé, et leur « substance » détruite; leur conscience les torture *. Ce sont les trois classes d'ennemis dépeintes et maudites par le psalmiste, comme nous l'avons vu plus haut 5. Les princes usurpateurs et les païens périssent. Mais les « pécheurs » sont seulement chassés, abattus et réduits à l'impuissance, et leur conscience les torture : n'est-ce pas là une préparation à la conversion, pour ces « ennemis », qui sont du sang d'Abraham et qui restent les « fils de l'Alliance »6? Cette conversion serait une forme de délivrance et de purification pour le pays. La Judée est délivrée, la place est libre. Une partie du peuple de Dieu y demeure déjà. L'autre partie, fort considérable, vit au loin parmi les nations. Il faut la retrouver, la ramener, et réunir dans un seul et même troupeau les brebis dispersées d'Israël 7. « Le Seigneur rassemble du levant et du couchant les enfants de Jérusalem; » il leur prépare le chemin, leur facilite la route, et leur fait faire un voyage triomphal. Jérusalem est en fête pour recevoir dans son sein ces enfants qu'elle ne connaît pas 8. Le Roi réunit en Judée et dans sa capitale la « Dispersion » 9. C'est là le peuple nouveau de Dieu, peuple « saint», parce qu'il a été «sanctifié par le Seigneur son Dieu 10; «tous sont
1 xvii, 24-27 ; voir la traduction du passage et les notes. — 2 xvn, 24. — 3 xvii, 25, 27. — * xvii, 26-27. La u substance » des « pécheurs » désigne leurs ressources de toute espèce : richesses, rang, influence, fonctions et dignités, etc. — 5 Voir plus haut, p. 68. — ■ vu, 3-5, 8-9; ix, 17-20; x, 9; xvii, 5, 17, et cf. 51. — 7 n, 6; vm, 24, 33-34; cf. ix, 2 ; xi, 3-4 ; xvn, 14, 18, 20. — 8 xi, 3-8. — » xvn, 28 ; xviii, 6. — 10 xvn, 28, 48, 49.
« les enfants de leur Dieu» 1 ; ils vivent à la surface du pays, répartis de nouveau dans leurs tribus 2.
Mais la nouvelle Terre Promise, réoccupée par les tribus, n'est qu'un noyau au milieu des « nations » païennes, qui la pressent de toutes parts et qui s'étendent au loin jusqu'aux confins du monde. Israël restera-t-il en butte à leur haine et en lutte avec elles pour défendre sa foi à un seul Dieu et son indépendance ? Le Royaume messianique est l'asile de la paix. Le Roi aura « sous son joug » les nations qui le serviront 3. Il n'aura pas besoin d'armées pour lutter contre elles 4. «Le Seigneur «son Roi», sur lequel il s'appuie, le rendra tout puissant 5.
Le peuple juif reste cependant séparé des « nations ». Il occupe une situation privilégiée. Le Fils de David est son roi, le Roi qui lui a été promis, qui lui appartient, qui lui assure la paix et le bonheur, et la prédominance sur toutes les « nations » qui ne sont pas, comme lui, du sang d'Abraham 6. Jérusalem est la capitale sainte et glorieuse du Roi, et les nations viennent y admirer la gloire du Roi et de sa capitale. Les « nations » sont soumises au Roi et le servent, et par suite, elles se trouvent dans la dépendance du peuple juif, qu'elles servent aussi 7.
Le gouvernement du roi présente des caractères remarquables.
Pour le peuple juif, le peuple « saint» de son Dieu s. il le «conduira dans la justice 9;» il le répartira dans ses tribus, comme autrefois, et c'est par tribus qu'il le ^«Hivernera et 1 *.ii rendra la justice 10. « Il jugera les tribus n, » c'est-à-dire : il accomplira pour leur bien et leur bonheur toutes les fonctions administratives et judiciaires. Il
1 xvii, 30 a. — 2 xvii, 30 b. — 3 xvn, 32, 38 6, 39. — 4 xvn, 31 l>. 83-34, 36, 37, 38 b, 30. — r' xvn, 38. — 8 xvn, 5, 23, 28, 32, 38, 40, 45. — 7 xvn, 31-35; cf. 51. — 8 xvn, 28, 48,49.— 9 xvn, 28, 'ri. 15. — « xvn, 30 b, et. 48 b. — "xvn, 28 b, 48 b.
connaîtra les citoyens personnellement, et se rendra compte qu'ils sont « les enfants de Dieu », par suite, qu'ils sont tous des serviteurs et des amis fidèles du Seigneur et que tous sont bénis et aimés de lui K « Il ne laissera pas l'iniquité séjourner parmi eux ; » il ne laissera donc commettre aucune iniquité, ou du moins il n'en laissera aucune, une fois commise, sans qu'elle soit punie et effacée 2. Il ne laissera habiter au milieu du peuple saint aucun docteur d'iniquité, aucun homme sachant le mal et l'enseignant 3. Le peuple saint est un peuple si bien privilégié et fermé que le « passant » et 1' « étranger », qui ne sont pas du sang d'Abraham, ne séjourneront plus au milieu de lui '. Il maintiendra Jérusalem dans l'état de pureté et de sanctification 5, et il y laissera seulement entrer les nations pour venir y adorer le Seigneur 6. Il remplira les fonctions de pontife en sanctifiant le peuple, en rendant au Seigneur la gloire qui lui est due, en bénissant le peuple du Seigneur 7. Il possédera l'autorité morale nécessaire pour s'imposer i aux peuples immenses », pour « reprendre leurs chefs », et pour détruire les pécheurs par la force de sa parole 8. Sa puissance et son autorité ne diminuent pas, ne faiblissent pas; il est sans rival, et sans échec dans toutes ses entreprises 9. Il fait paître le troupeau du Seigneur dans la joie, le bonheur, la foi et la justice, et il ne souffre jamais qu'une brebis soit malade dans le pâturage, tellement son œil vigilant et dévoué veille sur chacune d'elles 10. Il fait régner entre toutes une égalité absolue, de manière à supprimer toute tyrannie, toute oppression, tout esprit de domination n. Dans les conseils et dans les assemblées,
1 xvii, 30, 45, 4G; xvm, 8-9. — - xvn. 29, 31 a. 41 b: cf. 51. — 3 xvn, 29 b, 41 b. — 4 xvn' 31. — 5 xvn, 25, 29, 31 b, 33, 48-49; cf. xvm, 6 et vu, 2. — 6 xvn. 34-35. — 7 xvn, 28, 33, 34, 40. — 8 xvn, 41. — 9 xvn. (2-44. — 10 xvn. 'i0. 45: cf. xvm. 8-9. — 11 xvn, 46.
quand il juge, quand il enseigne, quand il parle, sa parole brille d'une sagesse infaillible et incomparable 1. Son influence et son action pénètrent au fond des cœurs pour y réveiller la conscience 2. Enfin, il assure l'indépendance absolue de son peuple par sa force et par sa puissance 3.
Pour les « nations », il les tiendra « sous son joug et à son service 4. » Il les gouvernera, les administrera, leur rendra la justice, suivant la « sagesse » et suivant la « justice », c'est-à-dire suivant la loi et l'équité 5. Il les laissera venir à Jérusalem apporter leurs offrandes, adorer Dieu, contempler sa gloire et la gloire de sa capitale 6. Et même, comme il semble, il rendra à Dieu le culte qui lui est dû, non-seulement à Jérusalem, devant les nations qui y accourent, mais aussi par toute la terre et au milieu même des nations 7. Il recevra de Dieu les instructions nécessaires pour les gouverner avec justice 8. Il ne laissera subsister « au milieu d'elles aucune injustice », et « tout le monde sera saint »; il n'en peut être autrement, lorsque « leur Roi est le Christ Seigneur 9. » Il n'a pas besoin d'armées pour les maintenir dans la dépendance et dans l'obéissance : « le Seigneur son Roi » lui suffit 10. Dès lors, il est plein de miséricorde pour toutes les nations , qui le craignent et qu'il réduit par sa seule parole31. Il procure aux «nations» un certain nombre des bienfaits dont jouit le peuple de Dieu, comme la justice, la religion, la sainteté, la paix, le bonheur.
Ainsi, sous le gouvernement du Roi, l'univers entier
1 xvii, 28, 42, 48-49. — a xvn, 27 c, 41. — 3 xvn, 27, 31-32, 38 b, 39, 41, 44 ; cf. vu, 5-6 ; vin, 35-37. — 4 xvn, 32, 38 b, 39. — ° xvn, 31 b, 35 6. r' xvn, 34-35 a.
7 xvn, 32 b, si l'on donne cette extension d< ciotjuu 7tâ<jr,; Trj; yf,i;, « à la vue de toute la terre», c'est-à-dire de manière à être en vue de toute la terre, et, par suite, sur toute la terra.
8 xvn, 35 b. — 9 xvn, 3G, 41. — 10 xvn, 37-38 a. — n xvn, 38 b, 39, 41.
présente aux yeux du psalmiste un spectacle unique et nouveau, le spectacle de la sainteté, de la paix.de la crainte de Dieu et du bonheur. La sainteté est positive, à cause de la sanctification des personnes et des choses; elle est négative ,à cause de l'absence de toute souillure et de toute « impureté»1 légale. La paix règne partout ; les « pécheurs » ont disparu ou sont ramenés dans la bonne voie; les « païens » ont été détruits ou sont soumis et convertis : la guerre étrangère et la guerre civile ont cessé 2. La « crainte de Dieu » a saisi tous les cœurs; elle maintient chez tous la sainteté et la paix; ce n'est pas seulement la crainte servile qui redoute les coups de la toute-puissance de Iahveh et du Roi, c'est aussi et surtout la crainte filiale envers un Dieu, envers un Roi, si bienfaisants, si miséricordieux, si justes 3. Le résultat général du gouvernement du roi, c'est le« bonheur » 4, c'est la jouissance de tous les biens spirituels et temporels dans la sécurité, la paix, le contentement du cœur, le bien-être, la gloire et l'indépendance. Le royaume messianique présente quelques caractères particuliers : l'universalité, la perpétuité, l'unité. Le lils de David » est bien le Roi propre du peuple de Dieu. .Mais son pouvoir n'est pas restreint au seul peuple juif, comme celui de David et de Salomon; il s'étend à la terre entière et sur tous les peuples. Ces derniers lui sont soumis tous sans exception, tout en demeurant en dehors du peuple juif, et en vivant parallèlement à ce dernier sous le gouvernement de Dieu. Cette universalité provient de ce que Iahveh est le Dieu spécial des Juifs, en vertu de son alliance avec eux, qui leur assure des avantages spéciaux, et de ce qu'il est en même temps le Maître de toutes les nations; il a délégué son autorité universelle au Roi *.
1 xvii, 27-31, 35-36, 41, 48-49. — 2 xvii, 24-32, 38, 39, 42, 44. —
3 xvii, 3S, ii; cf. xvin, 8-10. — 4 xi. 8-9 ; xvii, 50; xvin, 7-10. — • ii, 34-30; vin, 29-34; xvii, 1-5, 23-31, 31-41.
De plus, Dieu n'établit pas le roi d'Israël d'une manière éphémère. C'est la restauration définitive de la royauté de David, et la constitution définitive du peuple de Dieu. De là le caractère de perpétuité de la royauté du fils de David K Mais le psalmiste n'indique pas comment il faut entendre cette perpétuité. Le « fils de David » régnera-t-il jusqu'au jugement général? Ou bien, en mourant, laissera-t-il la royauté à ses descendants à perpétuité 2?
Enfin,l'universalité et la perpétuité delà royauté messianique amènent l'unité. On verra désormais, dans l'univers entier, un seul Dieu, un seul pontife, un seul culte, une seule religion; un seul roi, un seul peuple (en deux parties) ; une seule loi, un seul pasteur, un seul troupeau. L'unité ne s'oppose pas à ce qu'il y ait, au-dessous du Roi, des autorités secondaires, qui l'aident à gouverner, à administrer, à rendre la justice 3.
Dans la peinture du royaume messianique, le psalmiste ne parle pas de la « loi »; il ne parle que de la « justice ». D'après quel type cette « justice» existera-t-elle ? Le Roi nouveau d'un nouveau royaume donnera-t-il à ses sujets une loi nouvelle, et surtout une loi que les nations ellesmêmes puissent accepter et suivre volontairement? Ou bien, sera-ce toujours l'ancienne loi, celle du Sinaï et de Moïse, qui régira rigoureusement le Juif et qui sera étendue aux « nations»? L'auteur garde sur ce point un silence complet. Dans l'ensemble des psaumes, la « justice «est la conformité absolue de la vie terrestre à la « loi » mosaïque, et cette loi a été donnée par Dieu en vue de la « vie » éternelle et céleste 4. On peut donc supposer que la pensée
1 xvii, 5, 39. — 2 xvii, 3G : « il n 'exista )>;is d'iniquité au milieu d'eux pendant ses jours." Los mots soulignés indiquent simplement la durée du règne du roi, sans nous renseigner sur la manière dont ce règne doit finir ou se continuer.
a xvii, 416. — 4 xiv, 1-8.
de l'auteur ne regarde ni plus haut ni plus loin que cette loi antique. Un silence encore plus profond, s'il est possible, entoure le sacerdoce lévitique et légal. Le roi est en même temps le Pontife, le grand-prêtre, de même que les Hasmonéens. Aristobule par exemple, réunissaient dans une seule et même personne la royauté et le sacerdoce. Mais, d'un autre côté, si la « loi » mosaïque subsiste, elle fera subsister avec elle le sacerdoce légal. Les psaumes ne donnent pas la solution de cette difficulté, à laquelle leur auteur n'a peutêtre pas songé. Tout ce que l'on pourrait dire au sujet de la loi et du culte, c'est que le « Roi », ayant reçu de Dieu la toute-puissance et la science, possède certainement le droit de régler ces deux questions suivant la sagesse souveraine et infaillible que Dieu lui a conférée. Mais admettre la possibilité de changer la loi et le sacerdoce, c'est briser avec l'esprit de l'Ancien Testament.
La peinture du royaume messianique n est pas née de l'imagination du psalmiste. Elle a été tirée par lui des livres de l'Ancien Testament, des prophètes, et en particulier d'Isaïe et d'Ezéchiel; elle dérive aussi des idées messianiques qui circulaient déjà dans Israël au temps de l'auteur. Son intérêt, c'est de nous révéler quelles espérances faisaient tressaillir alors le cœur du Juif pieux, et comment ces espérances ouvraient un nouvel avenir devant son imagination, en revêtant la forme d'un programme politique, religieux et national.
Depuis longtemps, en dehors de la Palestine, la propagande juive s'exerçait parmi les « nations ». Elle se proposait d'apporter aux peuples civilisés la connaissance de la « loi », de leur apprendre à observer cette « loi » dans la crainte de Iahveh, et de leur procurer ainsi la «justice «légale 1, pendant qu'ils continuaient de'se soumettre aux princes et à la législation du pays où ils étaient établis,comme le
1 La Lettre d'Aristèe à Philocratès n'a pas d'autre but. PS. sal. — 6
faisaient les Juifs propagandistes eux-mêmes.On cherchait à instituer un royaume universel de Dieu, mais un royaume purement moral, abstrait et vague, reposant sur l'observation privée de la « loi ».
En Judée, une révolution s'était opérée dans les esprits. Judas Macchabée et ses frères avaient rallumé la flamme du patriotisme et le sentiment national. Leurs successeurs avaient fortifié ces idées en fondant et en étendant la monarchie juive, en la faisant respecter de ses puissants voisins, les Egyptiens et les Syriens. Il existait maintenant une patrie juive, mère de tous ses enfants, un sang juif, une âme juive, une nationalité juive; on avait le goût de l'indépendance et de la liberté, le dégoût des étrangers, profanateurs, oppresseurs et collecteurs de tributs
Aussi, avec notre psalmiste, et quelle que soit sa haine pour le dernier roi hasmonéen, soutien « des pécheurs », on ne pense plus à établir le Royaume de Dieu dans le monde par la simple observation de la loi, ni à instituer une théocratie vague et imprécise, purement morale et abstraite. On veut un royaume déterminé, réel, visible. Le royaume ne se fondera pas par la « loi » de Dieu, mais par le « Roi » de Dieu, personnage vivant et agissant au milieu des hommes. L'envoyé de Dieu élèvera définitivement une monarchie juive, dans une patrie indépendante, fière et forte, qui s'imposera aux « nations ». Cette fondation ne peut avoir lieu avec les princes hasmonéens. Leur dynastie est en décadence; elle est « pécheresse » avec Aristobule, indolente et incapable avec Hyrcan, qui n'est que lej protégé des Romains; leur famille n'est pas celle de David; Aristobule et ses fils ne savent que remplir le pays dej violences et de troubles, en provoquant son écrasement] par les Romains.
Le problème est en même temps religieux, politique national. Il ne comporte qu'une solution : que Diei envoie le Christ, le Roi légitime, fils de David ! Celui-là eè1
vrai et le seul héritier du trône. Il assurera l'indépendance nationale; il soumettra et convertira ou détruira les nations païennes, haineuses et frémissantes; il n'enlèvera pas la couronne par la force; il sera l'élu de Dieu, qui la lui. donnera en lui remettant son peuple à gouverner; il sera enseigné de Dieu et inspiré dans son gouvernement; il restaurera la paix, l'ordre , la justice, l'égalité, le bonheur et la religion. Il a lui-même pour roi le Seigneur, et le royaume que Dieu lui confie reste le royaume de Dieu. Ainsi se trouveront satisfaites les deux aspirations du Juif, les deux sentiments qui impriment l'impulsion à sa vie : le nationalisme et la théocratie. Le Christ-Roi établira un royaume juif indépendant, réel et tangible, avec un roi humain el visible; les nations entoureront ce royaume, en lui demeurant subordonnées, dans la paix etdans la crainte. Dieu lui-même fondera le Royaume et instituera le Roi: les ileux lui resteront toujours soumis et fidèles, en imposant sa loi et son culte aux « nations ». Le royaume du Roi demeurera le royaume de Iahveh.
Tel est l'idéal messianique de l'auteur des Psaumes de
I'non ; tel est le programme d'un Juif ardemment patriote et profondément religieux.
Le parti qui adoptera ce programme deviendra m ment le parti national proprement dit, el il entraînera suite la masse enthousiaste et ardente, souvent i fanatique et intransigeante. Nous retrouvons cet I et ce programme au premier siècle de notre ère dans
I l'histoire des Juifs. Xous en avons des traces dans le Nou-
i Testament 1: par exemple, dans les Actes2, les Onze disent à Jésus : « Seigneur, est-ce maintenant que vous allez rétablir la royauté pour Israël ? »
1 Matthieu, xxvii, 42; Marc, xv, 2. 18; Luc, i, 32-33; xix. 38; Jean, 1,50; vi, 15; xn. 13, IV. xvu. 37; cf. Luc, xvn. 20: xix, 11: xxm, 51.
II — ai, 6 (et cf. i,3).
Comme nous venons de le voir dans cette exposition des doctrines messianiques, l'auteur des Psaumes de Salomon aime avant tomt la royauté directe de Dieu sur Israël, qui est le serviteur et l'enfant de Dieu. Il souhaite l'avènement du Fils de David sur le trône, mais seulement parce que le Fils de David est l'élu et l'envoyé de Dieu. Il repousse la royauté terrestre, il exècre celle des Hasmonéens, pécheurs et soutiens des pécheurs. Ces principes dénotent clairement un pharisien, mais un pharisien qui n'appartient plus à aucun parti politique, et qui a abandonné le faible et incapable Hyrcan, pour ne plus attendre que de Dieu et de son Christ la délivrance et l'indépendance d'Israël h
1 Voir plus haut. p. 23-28.
l'auteur des psaumes de salomon 85