Auteur; bit: caractère littéraire
Les Psaumes de Salomon peuvent aA'oir été composés m 'il par plusieurs auteurs, soit par un seul. Il y a là un problème littéraire dont nous ne pouvons donner une solution certaine.
On ne peut rejeter de prime abord l'hypothèse de plusieurs auteurs. L'espace de temps auquel nous sommes pbligés de rapporter la composition des Psaumes (années P9-47) est assez long pour qu'on en admette plusieurs. Puis, le recueil des Psaumes est artificiel; il a été formé après coup; les Psaumes ne se suivent ni dans leur ordre logique ni dans leur ordre chronologique. On a donc pu y mbler des psaumes sortis de plusieurs mains. Enfin, les mêmes événements ont pu frapper plusieurs témoins oculaires et proAoquer chez eux le besoin de donner libre pours à leurs sentiments dans une poésie brève et simple. l'ai exemple, l'occupation de Jérusalem par Pompée a pu inspirer plusieurs auteurs. A un autre point de vue. il pouvait y aAoir des différences de style entre les di\ers psaumes, différences qui nous échappent aujourd'hui, parce que nous ne possédons plus qu'une version grecque de ces psaumes, comme on le verra au chapitre suivant.
Nous croyons cependant, pour plusieurs raisons, que les Psaumes de Salomon n'ont qu'un seul et même auteur.
abstraction faite du pasume xviii. L'espace de temps où ils ont été composés (69 à 47) correspond parfaitement à la période d'activité littéraire d'un homme, qui aurait eu trente ans environ vers l'année 69. Sans doute le recueil est artificiel. Mais les psaumes étaient des pièces de poésie détachées, inspirées par les événements, se succédant nécessairement à des intervalles assez différents. Même s'ils sont tous d'un seul auteur, ils n'ont dû être recueillis qu'après sa mort. Ainsi s'expliquerait l'absence d'ordre logique et chronologique dans le recueil. La traduction des Psaumes est certainement très littérale. On peut constater assez aisément, au travers de cette traduction, que le style était bien le même dans tous les psaumes. Les mêmes constructions et les mêmes expressions reviennent sans cesse. L'invention, les images, le coloris ne présentent pas de différence sensible. Il règne partout une certaine uniformité, et même une certaine monotonie, malgré la profondeur et l'intensité de l'émotion. On remarque bien, entre plusieurs psaumes, une différence de langage et de ton, par exemple, entre les psaumes v, vi, ixxvi, d'un côté, et les psaumes i, n, iv, vin, xvn, de l'autre. Mais cette différence s'explique d'elle-même par celle des sujets traités, et par la diversité des états d'ànte qui se sont succédé chez l'auteur avec les événements. H donne libre cours, dans ses ehanls, à ses sentiments, à ses émotions, à ses colères, à ses espérances du moment. Mais on voit toujours reparaître les mêmes réflexions, les mêmes passions, les mêmes manières de parler, Les mêmes doctrj nés, qui l'ormaienl eomme la substance immuable de sofl j âme, agitée par les changements politiques et sociaux; L'auteur est un pharisien. Nous n'avons qu'à renvoyé!
sur ce poilll.à l'expose des duclnnes religieuses et morales donné plus liaul '. ainsi qu'au résume de l'histoire polili-
1 Voir plu> haut, c m. p. '>'>.
que de la Judée, qui précède la discussion des dates1. L'auteur appartient à la secte des pharisiens, soit au point de vue des idées religieuses, soit au point de vue de la politique nationale. Il est animé, de plus, de sentiments essentiellement théocratiques 2.
Il devait être prêtre, très probablement, quoique les piètres du parti pharisien ne fussent que la minorité dans le corps sacerdotal. Il attache une importance exceptionnelle à la profanation du Temple, du Sanctuaire, de Jérusalem, des cérémonies, des sacrifices. Son cœur en éprouve une douleur spéciale, personnelle, et intéressée, pour ainsi dire 3. Il voit en imagination, dans le royaume messianique, la purification de Jérusalem rendue à sa pureté et à sa sainteté antérieures 4. Il s'attache à la pureté légale et à la purification légale domestique 5. Il est exaspéré de ce que le Temple a été enlevé, en même temps que le pouvoir 1. à lui et à son parti, et livré à ceux qui n'y avaient Iroit 6. Il n'a qu'un Roi. le Seigneur, dont le Messie sera sur la terre, en Judée, le représentant politique et religieux, comme Roi et Pontife terrestre 7. Nourri des mes. ([ii"il semble connaître dans leur totalité, il est plein de leurs pensées, de leur doctrine, de leur langage8. Il connaît particulièrement les livres sacerdotaux, comme le Lévitique et Ézéchiel*. Le ton de sa piété et la couleur de ses espérances messianiques révèlent l'âme d'un prêtre,
1 Voir phi? haut. c. n, p. 5.
* Voir plus haut. p. 28, 63-84.
3 i, 8: h, 1-15; vin. H3, Î6-26; XTîî, 8, 16.
4 vu. 2: vin, 4; xvn, 25-39.
6 vin. 12; xvn. .VIO.
: xvn. 1-4, 23-51.
8 Voir les notes de la traduction.
9 Voir les notes de la traduction, particulièrement aux psaumes vin et xvn.
Oô PSAUMES DE SALOMON
plutôt que celle d'un simple laïque, même très pieux.
Il met un soin particulier à justifier Dieu pour tous les événements, dans « tous ses jugements », comme il le dit; il le fait avec une ardeur, une insistance, qui dénotent un serviteur fidèle, tout dévoué à son maître l. Désabusé du monde par le spectacle que les choses de la terre offrent à ses yeux, il cherche continuellement son Dieu dans la loi qu'il a donnée et dans les Écritures qu'il a inspirées, se consolant ainsi de la terre par la fréquentation du ciel. Aussi tire-t-il du recueil sacré des Écritures l'aliment doctrinal et spirituel nécessaire à son cœur; il se l'assimile si parfaitement qu'il n'a qu'à ouvrir son âme pour que cet aliment s'en échappe ensuite sous la forme de psaumes. Cette science si complète et si intime des Ecritures étonnerait chez un laïque; elle semble naturelle chez un prêtre, instruit et méditatif 2.
En composant ses Psaumes, l'auteur s'est proposé de défendre et de propager certaines idées qu'il regardait comme essentielles pour sa religion et pour sa nation. Nous avons exposé plus haut en détail toutes les doctrines de l'auteur 3. Elles se résument dans les points suivants : relever les cœurs abattus par les épreuves et les châtiments,
1 ni, 3; vm, 27-32, etc.
2 Los éditeurs anglais (Ryle and James, The Psalrns of Salomon, p. lix) donnent en note la remarque suivante : « Aucune peinture n'exprime mieux l'idée que nous nous faisons de l'auteur des Psaumes que ce portrait de Syméon dans saint Luc (n, 25) :« Il y avail à .Jérusalem un homme appelé Syméon, homme juste et pieux, qui al tendait la consolation d'Israël (c'est-à-dire le Messie). » Ce vieillard devait être à l'époque de sa jeunesse quand les Psaumes furent écrits. » Siméon finit (v. 31-32) par les pensées exprimées dans le psaume xvn, relatives au Royaume messianique. Siméon était contemporain de l'auteur des Pmrmms, et il rivait comme ce dernier à Jérusalem. 11 peut avoir connu et l'auteur et son oeuvre. Mais nos psaumes, et surtout le ps.xvn, rappellent plutfii le prêtre Zacharieel son Bentdictum
3 Voir plus liant, e. III,
et justifier Dieu dans ses jugements terribles *; stigmatiser et condamner les mœurs relâchées, les vices, les pé: chés, les profanations, les compromissions, qui déshonorent le pays et qui caractérisent le parti adverse 2; renouveler dans l'âme des Juifs l'attachement à la théocratie, au Seigneur Roi, à sa loi, à son Temple, à son culte, à la pureté légale, morale et matérielle, voulue par le Seigneur et prescrite par sa loi, à la vie éternelle que procure l'observation de cette même loi 3; protester contre l'usurpation du trône et de l'autel, réveiller ou tout au moins fortifier l'espérance dans la royauté définitive et prochaine du Fils de David ou du Christ 4. Le but du psalmisttout à la fois didactique, polémique et messianique.
Dans les Psaumes de Salomon. l'art de la composition est très simple. L'auteur exprime d'abord ses sentiments actuels, ses impressions du moment : joi*-. 'tnnnement, terreur, indignation, tristesse, tranquillité, foi. etc., puis, les causes qui ont agi sur son âme pour y produire sentiments et ces impressions: il ajoute alors une prière, un vœu, un souhait, une formule de piété, qui sert de conclusion au psaume. Tel est le cadre de l'auteur pour les psaumes u, ni. iv. \ . vi. vu. vin. ix. x. xi. xn. xiii. xiv, xv. xvi. xvn. Le psaume i n'a pas de clausule. Le psaume xvin ne compte pas. et d'ailleurs, il ne semble pas qu'on y puisse découvrir une composition quelconque 5.
Chaque psaume forme un petit poème qui subsiste seul
1 i, 7-8; ii, 1-19. 34-tl : m; v: vi : vu ; vin. 1-13. 27- 40: ix; x; xm; xiv : xv ; xvi.
- i. 5-8: u, 3-19: in, 11-25; iv: vin. 7-14. 24-26: xn: xiv. 4-5; xvn, 17-22.
3 u, 34-41: m: vi: vu; vin. 33-40; ix, 16-20: x, 6-9; xi; xiv; xvi; xvn. 1-4.
4 vin. 12-13; xi: xvn.
0 Voir plu? haut. c. ii. p. 44.
et à part lui, sans lien avec le psaume qui précède ou le psaume qui suit *.
Les Psaumes de Salomon sont composés sur le modèle des Psaumes canoniques. Ils en reproduisent la doctrine, le ton, le style, le cadre. L'imitation ne consiste pas à citer textuellement des passages des psaumes canoniques, à composer une mosaïque ou un pastiche. Elle consiste à emprunter les idées, les mots, les tons, les expressions, le mouvement; puis, à adapter ces emprunts à la pensée personnelle de l'auteur. D'ailleurs, presque tous les livres de l'Ancien Testament fournissent des matériaux à l'auteur; il donne à ces emprunts la forme et le ton qui conviennent au genre littéraire du psaume. Mais on ne sent pas, chez le psalmiste, le travail et l'effort. Il s'est si bien assimilé la substance des Ecritures que la pensée coule toute faite de son âme, et revêtue de sa forme.
En règle générale, la valeur littéraire des Psaumes de Salomon est assez ordinaire. Précisément parce que ces petits poèmes sont des imitations, ils manquent d'originalité dans l'invention, de beauté propre dans la forme, de coloris nouveau dans l'expression. L'imitation est accompagnée d'uniformité, de monotonie. Était-ce là un défaut aux yeux de l'auteur et de ses lecteurs? Nous ne le croyons pas. Le Juif se complaît dans l'intensité et l'acuité des sentiments exprimés, plus que dans leur variété. La ressemblance avec les Psaumes de David était probablement un titre de plus à son estime, et une recommandation toute-puissante auprès de lui.
Cependant, quelques psaumes se distinguent par un mérite littéraire très appréciable. Le psaume n n'est pas sans grandeur et sans lyrisme, avec son début ex abrupto, sa description des rigueurs de la captivité, des profanations et des excès, et surtout avec la peinture si vive de
1 Voir plus haut, c. n, p. 38-43.
l'auteur des psaumes de salomon 91
la fin lamentable de Pompée en Egypte, enfin avec les réflexions de philosophie religieuse qui terminent ce psaume. La véhémence des invectives contre le juge inique, cruel et hypocrite, signale le psaume iv à l'attention du lecteur. Le sujet du psaume v est fort intéressant: l'auteur y traite de la distribution des biens terrestres accomplie par Dieu; il fait l'éloge bien senti de l'aisance et de la modération, unies à la justice et à la piété, dans la possession des biens terrestres. Les qualités du psaume n se retrouvent dans le psaume vin, qui traite le même sujet, sauf la mort de Pompée. Le psaume xi est plein d'allé- -e, de couleur, de mouvement, de vie. Dans le psaume xvii, le royaume messianique apparaît victorieux, triomphant, entouré de sérénité, de grandeur et de sainteté. Le ton de la description est solennel et soutenu, avec beaucoup d'énergie et de force.
Les éditeurs anglais 1 expriment l'opinion que les Psaumes de Salomon se rapprochent particulièrement des cantiques du Nouveau Testament, par exemple de ceux que l'on trouve dans l'Evangile de saint Luc, i, 46-55 'Magnificat), 67 -79 (Benedictus) ; n, 10-14 (paroles de l'ange aux bergers), 29-32 (Nunc dimittis). Leur jugement nous paraît fondé et juste. Nous y ajouterons toutefois une remarque importante. Les Psaumes de Salomon manquent d'originalité dans le fond et dans la forme parce qu'ils sont des imitations pour le fond, aussi bien que pour la forme. Les cantiques du Nouveau Testament suivent bien la forme antique du psaume, le seul genre lyrique que connaisse le Juif. Mais, en même temps, ils débordent d'une vie nouvelle, parce que les âmes, dont ils s'échappent, ont bu le vin nouveau 2 et s'y sont rajeunies. Enfin, nous rapprocherions aussi les Psaumes de Salomon des
J Ryle and James, The Psalms of Salomon, p. lx. 2 Matth., ix, 17.
PSAUMES DE SALOMOX
chants de l'Apocalypse, v, 9-10; xi, 17-18; xn, 10-12; xv, 3-4; xvm, 10-20; xix, 6-8, et en faisant encore la même remarque que pour les cantiques de l'Evangile.