L ORIGINAL H F. B R E T
Son premier argument est tiré de certaines analogies qu'il croit avoir remarquées entre les Psaumes de Salomon et la Sagesse de Salomon. laquelle a été écrite en grec et est certainement antérieure aux Psaumes de Salomon. Voici ces analogies : «Sap. Sal., i, 11, auXdÇaota toCvuv . tvwytXij. Idem singularis voc. zv(oçs/.t(ç usus reperitur in Ps. Sal.. xvi. 8. zr.h xj.t. z-.'.xz ftvttfsXoêç. ■ Or, on ne voit là que l'emploi purement accidentel du même mot par deux auteurs, <]ui l'ont emprunté tous deux à la langue de leur temps. — « Sap. Sal., i, 16, jjvOt;/.t(v Et Kçhçaùxàv. lJs. SaL, vm, 11-12, truvétcvro otâTOtç auvd^xaç ■J.I-X 8pxo j -iz\ to jtwv. » Ici. la pensée n'est pas la même; les deux expressions (crjvOr.r.Yjv T;6ej8at et xuvd^xaç tfOecOat) ne sont pas identiques, et elles oui été prises dans le fonds commun de la langue. — « Sap. Sal.. v. 17. 5x1 -rt izzii zy.zr.xzz: orîtOÙÇ v.x: :w ^zxyy. RÙTÛV, et XIX. 8. ol :r :r T7.£::aIÔ'J-îV0*. P«. -s<f/..
xiii. 1-2. 5eÇià K u, :s;'.à Kupfou içs-rx-ro
r/J. <•>',, o zz-j.y:.<:>; Kupfou EaMffeu V,-1-*? xtX. Aè utroque scriptore zz"z:x t, JxerdtÇouffa ?/ 6 ^çayî(ov conjunguntur. » 11 existe ici une analogie de pensée et d'expression. Mais ces analogies se retrouvent dans l'Ancien Testament, où il est question bien souvent de la « droite » et du « bras » du Très-Haut, ainsi que de la protection exercée par lui. par exemple, Psaumes xcvm, 1; cxvm, 16. Par suite. l'Ancien Testament est la source commune où ont puisé l'auteur des Psaumes de Salomon et l'auteur de la Sagesse de Salomon. — « Sap, Sal., v, 24. èpr/juôrs'. rârav ttv - f(v avorta. Ps. Sal.. xvn. 24. f,:i;'j.w:£v 6 avoaoç tt// yjjjv kùtôv i-ô ivotxoàrwv «Ôt^v. ■ Il n'existe pas de similitude entre àvouîa, mot abstrait, et ô xvo-jJloç, qui désigne Pompée ; il n'en existe pas non plus entre les
Lansren, Abr. Geiger. Carrière. E. E. Geiger, Fritzsche, Vernes. Wellhausen. Ryle et James, B. Piok, Reuss, Bruston, Gebhardt, Perles, etc.
deux idées; la coïncidence du mot ép-rç^ou dans les deux phrases ne signifie rien. — « Sap. Sal., vi, 26, zùvzoc- Oet'a 3tq;xou. Ps. Sal., iv, 11, év eûffiraOefa wç o<ptç, et vi. 7, év eûaxaOda xapScaç. Voc. ^ùaxafteiaprseter hsec in libris sacris V. T., non reperitur nisi II Macc, xiv, 6. » Simple coïncidence, purement verbale; le mot faisait partie de la langue courante, comme le prouvent les quatre exemples. — « Sap. Sal., xi, 21, *<£yra ixérpco xoà àpcQt*-ô> xat aTa0[ji.w 8ie*ua£aç. Ps. Sal., v, 6, oti avôpwzoç xaï -rç [J-splç aûxoû icapà aol Iv axa6^â). * La pensée n'est pas la même, puisqu'il s'agit, dans les Psaumes de Salomon, de la quantité de biens terrestres assignée par Dieu à chaque homme; la ressemblance est purement verbale; le mot était courant, et l'image est commune. — «Sap. Sal., xv, 2, Sri <joï XeAoytaiJieOa. Ps. Sal., ix, 16, 8ti <jo( i<ï[L£v. » La ressemblance est encore verbale et insignifiante, avec 8tt soi, deux petits mots extrêmement communs, même ainsi joints.
Les passages allégués par Hilgenfeld ne conduisent à aucune conclusion l.
En note 2, pour établir que les Psaumes de Salomon ont été écrits en grec, Hilgenfeld ajoute : « Cf. il, 36, tt;v Sic- oùpavôv; v, 3, ijly] Trapaatco-^tjy)*; à-' è^.oû; vu, 1, o! (jua^aavTSç ïj^âç Stopeiv; vm, 15, é-OTiaev aùtoùç ttott1]ptov o" vou àx.pàxou et'ç ^éOrjv ; vm, 39, et xv, 14, eiç tbv actova ypovov; xvi, 8, 77avx:ç ûzoxei^évou à-b à[xapx(aç âvo>çeAoûç; xvi, 14, év xetP' ^«-p(aç aÛTf)ç;xvn, 7, <£vt! uij'ouç aÙT(T)v ; xvn, 17, év [xécw lOvwv au^fxfxTwv; xvn, 31, et xvm, 10, $cà^aA[xa; xvn, 36, ^ptaxbç xupioç. »
Si nous avons bien compris la pensée d' Hilgenfeld :t.
1 Hilgenfeld, ibid : Quœ omnia, quamvi» non cadcm ri, mihi quidcm ScUomonii Sapientiam Psalmis anliquiorem probare vidcutur, et ipti* gra ce eorucriptù.
2 P. xvi, note 2.
1 Qui n'indique |>;is |>mir quel motif il a cite ces exemples.
L ORIGINAL HEBREU
ces exemples montreraient que les Psaumes de Salomon ont été composés en grec, parce qu'ils reproduiraient la langue et le style des Septante. Ce raisonnement n'est pas admissible. Au point de vue des pensées, de la doctrine, des images, l'auteur des Psaumes de Salomon est nourri de l'Ancien Testament, des Psaumes, des Prophètes, des Livres sapientiaux, comme on le verra dans les notes de la traduction. Supposons que cet auteur ait écrit en hébreu : il a reproduit, dans son hébreu, les expressions de l'Ancien Testament, déjà transportées en grec par les Septante, et dès lors fixées, stéréotypées. Le traducteur des Psaumes de Salomon était un Juif hellénisant; il connaissait parfaitement les Septante, non seulement les livres proto-canoniques, mais encore les livres deutéro-canoniques, qui n'existaient qu'en grec et n'étaient lus que par les Juifs hellénisants. En traduisant les Psaumes de Salomon, il était constamment soumis à l'influence de la Bible grecque; car d'un côté, les idées à rendre y avaient déjà reçu leur forme grecque ; de l'autre côté, l'habitude de lire les Septante fournissait constamment à sa plume les expressions et les constructions de la version de l'Ancien Testament. Les ressemblances entre la version des Septante et la version des Psaumes de Salomon étaient donc inévitables. Elles sont nombreuses et évidentes. Il n'en reste pas moins que les Psaumes de Salomon ont été écrits en hébreu et traduits en grec; s'ils avaient été composés en grec, les hébraïsmes devraient être moins nombreux, moins accentués, moins durs.
La double argumentation d'Hilgenfeld x prouve seule-
1 Hilgenfeld, op. cit., p. xvn, note 2 : Derenburgius mihi oblocu-
tus est (in Ab. Geigeri Annalibus « Jùdische Zeitschrift fur Wissen-
schafl und Leben, vol. vi, fasc. 3, Vratislav., 1858, p. 240 ») xvn, 1,
Kupu, <7-j a-JTÔ; ftar&cvc r,y.ù>-/ eî; tov aùôva xai eti docere scriptum fuisse
attâh hou' malkinou le'ôlâm va' éd. AItô; vero non positum est pro
ment que le traducteur des Psaumes de Salomon était familier avec les Septante (livres proto-canoniques et deutéro-canoniques), et qu'il s'est servi de cette version pour exécuter celle des Psaumes de Salomon. On s'en assurera encore mieux en comparant le grec des Psaumes de Salomon avec celui des Septante dans les très nombreuses références des notes de la traduction.
Le texte hébreu original a disparu sans doute de bonne heure. Bien des causes ont dû contribuer à le faire négliger d'abord, et ensuite, à le faire disparaître. Le canon Juif était fermé quand les Psaumes de Salomon ont été composés; et d'ailleurs l'auteur des Psaumes ne montre aucune prétention à l'inspiration; le recueil ne pouvait entrer dans le Canon, ni être ajouté après le Canon, pour se conserver à son ombre. L'hébreu était une langue savante, la langue de l'Ancien Testament presque tout entier, la langue du culte, des prêtres, des scribes, et elle était peu connue en dehors de la Judée. Les Psaumes de Salomon, que nous supposons écrits en hébreu, n'ont pu avoir qu'une diffusion restreinte, renfermée dans d'étroites limites territoriales ; les copies ont dû en être bien peu nombreuses. Comme ce psautier nouveau entrait en concurrence avec le Psautier de David, canonique et inspiré, vénéré au plus haut point, la comparaison ne pouvait que lui être fatale. D'ailleurs, le Psautier canonique suffisait largement pour traduire les émotions du cœur et les besoins de l'âme, dans toutes les circonstances de la vie l.
D'autre part, les événements historiques qui avaient
hou', sed signifient «ipse » (cf. v. 21); a; tôv aiwva xai £n (cf. ix, 20 ; xi, 9; xvii, 51), vero eliam grœca Biblia prsebuerunt, Ex., xv. L8, XVOIOC P«fflX»V0»V tov aùnva -/.ai i-' gtâva xa) :. lis, xlv, 17, £«>>; to\, »lô->
vo< tvt, Dan., xii, 3 (Theodotton), ilçtôvatôva xai In. Ceterum etc.
1 Voir ;mssi i c qui ;> été «lit plus haut des titres particuliers des l'saurucs, p. 100-103.
LA VERSION t.l'.ECQL'E
inspiré l'auteur des Psaumes de S alomon, avaient fini par être oubliés: les Psaumes perdaient ainsi leur intérêt et leur clarté, et cessaient souvent d'être intelligibles, parce que leurs allusions n'étaient plus saisies. Enfin, la ruine de Jérusalem, en 70,1a disparition delà nationalité juive, et la dispersion définitive des Juifs, parlant hébreu, à travers le monde païen, n'ont pu que nuire à la conservation du texte hébreu des Psaumes de Salomon. On a dû se restreindre alors aux Écritures canoniques et songer à leur conservation et à leur lecture, avant de s'occuper de livres non canoniques. Nous ne croyons pas nous tromper beaucoup en conjecturant que le texte hébreu des Psaumes a été généralement négligé, peu connu, à partir du ier siècle de notre ère, par exemple à partir de 70, pour disparaître ensuite vers le ne siècle.