Période moderne
Le livre reparut au début du xvne siècle, et sollicita dès lors l'attention des érudits. Les questions qu'ils se posèrent furent les suivantes : Le livre était-il authentique ? A quels événements politiques les psaumes fai saient-ils allusion? Et, par suite, quelle était la date du livre? En quelle langue avait-il été composé ?
David Hœschel, bibliothécaire d'Augsbourg, eut entre les mains un manuscrit très ancien que lui avait envoyé le bibliothécaire de Vienne, Tengnagel. Ce manuscrit contenait, avec d'autres livres de la Bible, les dix-huit Psaumes de Salomon, encore inédits, comme il l'écrit à son collègue. Longtemps, il eut l'intention de les publier, sans parvenir à réaliser son projet. Dès le 23 octobre 1614, le jésuite André Schott écrivait d'Anvers à J. Meursius : « Hœschel promet d'éditer le texte grec des livres de Cyrille d'Alexandrie contre Julien l'Apostat. Il dit aussi qu'il a en sa possession un manuscrit de Salomon très ancien, apporté de Constantinople, où se trouvent les dix-huit Psaumes de Salomon restés jusqu'à présent inédits et inconnus 1. » D. Hœschel mourut en 1617. André
1 J. Meursius, Opéra, Florence, 1763. t. xi : Hœtchêtiua grmce pollicetur editurum se Cyrilli Alexandrin i a<l\-rrstis Julianum jtapaGârrjV libros. Nactum se quoque Salomonis exemptai- Pêhutitt., Cp, adlatum, in quo Psalm. XV III Salomonis hactenus àvtxSorot et invisi. »
PKRIODE MODERNE
Schotl fit alors une copie des Psaumes sur le manuscrit d'Augsbourg. et il envoya sa copie au jésuite Louis de la Cerda. à Tolède. C'est ce que déclare de la Cerda, dans son édition publiée à Lyon en L626. C'esl l'édition princeps de nos Psaumes l. Plus tard, !<• manuscrit d'Augsbourg rentra à la bibliothèque de Vienne. Les allées et venues du manuscrit de Vienne expliquent l'identité des manuscrits notés A et \ jusqu'en 1895 2.
J. L. de la Cerda fit précéder les Psaumes d'un court proœmium. ou préface; il y exprime ses idées sur le livre. Nous les résumons ainsi :
Le texte des psaumes a été découvert récemment dans un très ancien manuscrit d'Augsbourg. Ils sont antiques, à n'en pas douter, et quoiqu'ils portent le nom de Salomon en tête, il ne faut pas les dédaigner pour cette raison. Ces psaumes sont pleins de piété; ils louent la miséricorde de Dieu, et exaltent l'espérance en Dieu ; ils menacent les pécheurs, et condamnent leur orgueil: ils réconfortent les justes affligés; ils prédisent l'avènement du Christ et de L'Évangile et appuient notre religion; ils résonnent des louanges de Dieu. Les psaumes ont été traduits de l'hébreu, sans nom de traducteur. Le grec de la traduction se rapproche de celui des Septante: il contient des hébraïsmes; on dirait que la version grecque a été faite par les Septante, tellement elle se rapproche de la leur. L'auteur de la ver* sion se sert d'expressions antiques, employées également par les Septante: il conserve des phrases propres aux Septante et auxquelles rien ne correspond en hébreu. Qui
1 Misit ml me reverendissimus Pater Andréa» Sehottus Societatis Nas~ tnr hos Psalmos Salomonis recens in membraniê antiquissimi* Bibliotheav AugUSUmse repertos. grsece solum manu scriplos. La Cerda n'a eu entre les mains que la copie de Schott, et non pas le manuscrit lui-même.
- Voir la préface de Gebhaidl [Die Pemlmen Salûmmt, 1895), et plus jut, c. v, 3.
PS. sal. — 13
est l'auteur du livre ? La Cerda serait assez tenté de le laisser au roi Salomon, mais il n'ose. Il remet la décision de ce point au jugement des autres. En tout cas, si l'auteur n'est pas Salomon, il n'a cependant pas fait un faux sous le nom de Salomon; il n'a pas voulu qu'on prît ses psaumes comme étant de Salomon. Il a simplement revêtu le personnage de Salomon, et écrit ses psaumes à l'imitation de Salomon, comme Salomon les aurait écrits à sa place, s'il eût vécu au temps de l'auteur. L'auteur n'est pas un hérétique; car les psaumes ne contiennent aucun mot entaché d'hérésie. Ils ne sont pas d'un Juif, parce qu'ils parlent en faveur du Christ et de notre religion. La Cerda donne ensuite le texte grec des Psaumes, avec une version latine et un commentaire (Scholia).
Désormais, l'œuvre est admise comme sincère et authentique, abstraction faite du nom de Salomon que l'on a inscrit en tête des Psaumes.
J. E. Nieremberg (1641) nie que le livre soit de Salomon; il appelle l'attention sur le messianisme du livre.
Louis Ferrand (1683), avocat, montre facilement que les Psaumes sont faussement attribués à Salomon.
J. G. Neumann (1687) soutient le même point de vue que les deux critiques précédents.
Janenski (1687) nie que les Psaumes soient de Salomon; il les croit composés en grec, par un Juif de naissance, ce qui explique les hébraïsmes du livre. Il en place la composition peu avant le concile de Laodicée, qui les a condamnés (voir plus haut, c. vi, 3).
Daniel Huet (1708) croit que les Psaumes ont été «crits en grec, mais dans un grec semblable à celui des