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104 PSAUMES DES MAALOTH
L'image à laquelle aboutit le psaume et qui nous montre les gerbes apportées avec cris de joie, nous parait indiquer la fête à laquelle il était destiné: elle ramène la pensée à la solennité Joyeuse par
laquelle on couronnait les moissons, — la Pentecôte, — de même que, à la fin du Ps. CXXIV,
oiseau recouvrant la liberté réportait lesprit à la fête de Pâque.
Les autres images que présente ce psaume sont appropriées aux circonstances où se trouvaient les Juifs à l'époque où il a été composé. Les sécheresses, dont on avait souffert et dont on souffrait encore et qui paraissent avoir été le plus grand fléau de la Judée à cette époque-là (Aggée [,. 11), rendaient très actuelle l'image du verset 4 Et nous savons que c'était aussi çavec larmes, » comme le semeur, que lon avait jeté les fondements du temple. L'accent de. triomphe du commencement de notre psaume et la note mélancolique qui vient bientôt le tempérer, font penser à ce que dit Esdras en en faisant le récit : €On ne pouvait distinguer le bruit des cris de Joie poussés par le peuple d'avec le bruit de ses pleurs» (Esdr. ITI, 15). ,
/ : PSAUME CXXVIL
(LXX et Vulg. 126.)
# Chant des pèlerinages. — De Salomon.
Si l'Éternel ne bâtit la maison,
C’est en vain qu’on s’est fatigué à la bâtir :
Si l'Éternel ne garde la ville, : C’est en vain qu’a veillé la garde, 2. Nous qui vous levez de bonne heure, Qui ne vous reposez que tard, Qui mangez le pain de la fatigue! Cest en vain! en donnera tout autant à son bien-aimé peñdant ; 0e sommeil !
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3. Voici, des fils sont nn héritage qui vien de l'Éternel, Le fruit du sein maternel est une récompense. A. Comme des flèches dans la main d’un homme fort, . Tels sont les Gils de la jeunesse;
». Heureux l’homme qui en à plein son carquois ! Ils ne seront pas confus, Quand ils parleront avec des ennemis à la porte.
Le mot nobvb « De Salomon, » au titre de notre psaume, ne se trouve pas dans les LXX; aussi ne le croyons-nous pas authentique. Ce psaume contient d’ailleurs certains traits qui rappellent le stvle de plusieurs autres cantiques des Maaloth, de ceux entre autres qui datent le plus évidemment d’un temps postérieur à la Captivité : remarquez les trois Çen vain » dans les deux premiers versets, — répétition qui rappelle les trois Qalors » du Ps. CXXIV et les deux «alors» du CXXVI — et surtout cette manière abrupte de terminer par quelques mots faisant tableau, comme dans les deux psaumes que nous venons de citer et dans le Ps. CXXIX. Nous serions cependant bien loin de dire, comme M. Reuss, que notre psaume a été attribué à Salomon par «un lecteur superficiel qui, rencontrant l’image d’une maison en construction, a cru qu'il s'agissait du temple de Salomon. » Nous devons reconnaître que celui qui a cru pouvoir attribuer à ce roi la composition de notre psaume a eu pour le faire des raisons plausibles. Il con-
tient une allusion à Salomon plus spéciale et moins
contestable que la mention d’une maison que lon bâtit; c’est celle qui se trouve à la fin du v. 2; il
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est difficile de ne pas se rappeler, en le lisant, que tous les biens dont jouissait Salomon, l'Éternel les lui avait accordés « pendant son sommeil, » dans le songe où il avait demandé la sagesse et où Dieu lui avait donné par surcroît les richesses et la gloire (4 Rois, [TE 13); Pintention de faire allusion à ce trait de son histoire est même rendue sensible par le mot vr+ fyedido), «son bien-aimé, » car ce mot, qui est d’un usage assez rare, se retrouve dans le nom de mr (yedidya), « bien-aimé de l'Éternel, » qui est le premier nom qu’ait porté Salomon, celui qui lui fut donné à sa naissance par le prophète Nathan (2 Sam. XII, 25). L'idée même du psaume est aussi tout à fait conforme à l'esprit du livre des Proverbes, comme nous le verrons en létudiant dans le détail. Enfin, la diction présente de nombreux points de ressemblance avec celle de Salomon et des gnomiques de son école : ainsi 3 122 (Prov. XIV, 1. XX[IV, 3, 27), maxy (dans le même sens que Prov. V, 10), — snno (Ib. XXIIT, 30), — DMp23n 32 (Ib. V, 18), — sywa (cf. Prov. XXII, 22; XXIV, 7). On comprend donc que l’on ait été conduit à attribuer ce psaume à Salomon, et certes cette conjecture est fort ancienne, puisque cette indication ne manque dans aucun manuscrit et dans aucune des versions anciennes postérieures à celle
des LXX.
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Fra Wir K< 108 PSAUMES DES MAALOTH * | 254 Nous devons donc reconnaître que ce psaume 2 contient au moins une allusion à Salomon, allusion Fe. voulue par l'auteur, qui appartenait à son école, “ qui s'était nourri de son esprit et qui a même cheré, | ché à imiter sa manière et son style. Aussi, plusieurs interprètes, en maintenant an titre le mot 3 nn%v$, ont pensé que l’on n'avait point voulu par 2 ce mot attribuer à Salomon la composition de ce psaume, mais qu'il signifiait « Pour Salomon » (Saint Jérôme : « Salomoni »), c'est-à-dire « se rapportant à Salomon. » Cest le sens exprimé par la à version syriaque et par les commentateurs Juifs, et x c'est aussi celui que donnent les LXX au titre du ? Ps. LXXITL. où le même mot se lit dans l’hébreu. ! Cette manière de traduire, approuvée par Süer, È me parait n'être qu'un expédient et entièrement re inadmissible. S'il fallait absolument s'expliquer à comment le nom de Salomon se trouve ici dans le # texte hébreu, — je serais plutôt tenté de supposer, | pour justifier ce titre, qu'il ne se rapporte prok. prement qu'au premier verset : 1l se pourrait que +4 la sentence par laquelle commence ce psaume fût | | Æ 1 Par une étrange inconséquence, beaucoup de traduc- È Fe teurs, entre autres les divers réviseurs qui, depuis 1588, ont 7 successivement défiguré notre vieille version française, ont = rendu le même titre d’une manière différente ; au Ps. LXXII, + ils disent ; « Pour Salomon, » et au CXX VIT : « De Salomon. » 2 4
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PSATME EXXCIT. 109
réellement une sentence de Salomon, devenue po- L pulaire, et qu'un poëte d'après la Captivité l'ait prise pour thème et développée en se conformant à la manière de son auteur. On laurait intitulé psaume de Salomon, du même droit que G. Jahn, par exemple, a intitulé Cantique des Cantiques les
méditations poétiques qu'il a rattachées à quelques-"
uns des versets de ce livre.
4. « J'ai planté, disait saint Paul, Apollos a arrosé, mais c'est Dieu qui a fait croître. » ([ Cor. HI, 6 sq.). Telle est aussi la pensée de ce verset: le travail de l’homme ne lui sert de rien si Dieu n’y met sa bénédiction. C'est là une vérité tout à fait générale, mais l’auteur, au lieu de l'énoncer sous sa forme abstraite, la présente comme il convient à un poëte et nous en met sous les yeux des applications particulières. Il ne parle point ici, comme on l'a cru quelquefois, de la reconstruction de Jérusalem et de la vigilance avec laquelle on était obligé de monter la garde autour de la ville, avant que les murs en eussent été relevés par Néhémie ou pendant qu'on les construisait. Toutefois, si, comme nous le supposons, ce psaume a été composé dans ce siècle-là, il n’est pas impossible que ces circonstances aient influé sur le choix de ces deux exemples.