‹ Les Psaumes des MaalothChapitre 30 sur 35 · La « corne » et le « flambeau » sont des ima · texte numérisé non relu

La « corne » et le « flambeau » sont des ima

ses, fréquemment employées, de la puissance et de la gloire. Elles se retrouvent toutes deux dans lé Ps. X VIIT (v. 3 et 29). Dans le nôtre, elles sont rapprochées et mises en parallèle et ce rapprochement est d'autant plus facile que l'imagination des Hébreux, comme celle des Arabes, voyait quelquefois des cornes dans la lumière et que leur langue n'a pas dautre mot que celui de «corne », 13p. pour désigner un rayon. Voyez (dans lhébreu)

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Ex. XXXIV, 29 sqq.: Hab. IL, 4 et les dictionnaires. Ge n’est point à dire que nous avons ici deux mots pour un même symbole; ce sont bien deux images différentes. Celle de la corne est très usitée pour représenter la force et la puissance. (Voyez par exemple les cornes de fer de Tsidkija, 4 Rois XXII, 11): c'est même une métaphore courante, qui a si bien passé dans la langue, que le plus souvent nos traductions ne Pont pas conservée AO CRIER EAN VE AS TOb, XVI 16€ Eocer-69): dans notre verset aussi, plusieurs traducteurs l'ont supprimée : ainsi, Perret-Genül, Segond et M. Reuss, qui traduisent : « La puissance de David.» Nous avons tenu à la maintenir, d'autant plus que la corne dont parle le psalmiste n'est pas, croyons-nous, à puissance au sens abstrait, mais une puissance au sens concret, comme les cornes qui figurent dans les visions de Zacharte et de Daniel et dans celles de PApocalypse. La corne que l'Éternel fera germer à David, c’est un roi qui sortira de sa race.

Le premier hémistiche détermine le sens du second. L’Oint, rw», dont il y est parlé, est David lui-même. Le roi promis, en qui sa race doit revivre et resplendir de nouveau, est désigné comme Qun flambeau, » 13. Cette image, appliquée jadis à David, que ses contemporains appelaient «le

flambeau d'Israël » (2 Sam. XXI, A7), devait être appliquée à sa race dans un passage que lauteur de notre psaume nous paraît avoir eu présent à l'esprit: c’est celui dans lequel l'Éternel, après avoir annoncé qu'il donnera à Jéroboam le royaume de Salomon, déclare que « pour lamour de David, son serviteur, » 11 ne l’ôtera pas à Salomon de son vivant et qu’en outre il en laissera une tribu à son fils, çQafin, dit-il, que David, mon serviteur, ait toujours un flambeau devant moi à Jérusalem, qui est la ville que j'ai choisie pour v mettre mon nom » (1 Rois XI, 32-36. V. aussi 2 Rois, VILLE 19). Racine a reproduit cette métaphore dans ce vers d’une singulière hardiesse :

Et de David éteint rallumé le flambeau.

18. « JE REvVÉTIRAL etc. » Même image qu'au v. 16, dont ces mots sont la contre-partie.

— (SES ENNEMIS... SON DIADÈME, » — non pas de David, mais du roi issu de lui et qui vient d'être mentionné sous Pinage d’une corne et d’un flambeau.

— CET SUR LUI FLEURIRA SON DIADÈME.» Le nom de diadème, en hébreu nézer, 3, est appliqué quelquefois (2 Sam. I, 10, 2 Rois XE, 12) à la cou-

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ronne royale, appelée plus communément atdra nany: 1l en est le nom religieux : elle est appelée ainsi en tant qu'elle est l'insigne de l’Oint de l’Eternel et fait reconnaître en lui une personne sacrée. Un naziréen était un homme consacré à Dieu et le nézer lui-même, le diadème, était considéré comme Sacré, ainsi que le prouve cette expression du Ps. LXXXIX (v. 40): «Tu as profané son diadème, » 1% n°64. Le diadème, dit M. Reuss, était la marque distinctive du chef spirituel, représentant le pouvoir théocratique, avant d’être celui de la rovauté. » Nous voyons, en eflet, ce «saint diadème, » &wnpn 2, placé sur la tiare d’Aaron (Ex. XXIX, 6). Le mot est donc ici fort bien choisi, si le roi qui doit porter ce diadème doit être Le chef unique de la théocratie israélite. L’allusion au diadème du Souverain Sacrificateur est indiquée par le mot « fleurira, » y, non seulement parce qu'il rappelle ce que les Nombres (XVIT 25, trad. 8) nous racontent du sceptre d’Aaron, mais surtout parce que le diadème du Souverain Sacrificateur, — lame d’or attachée sur son front et sur laquelle étaient gravés les mots: «Sainteté à l'Éternel, » no wnp, portait .en hébreu le nom de « fleur, » px (Ex. XXVIIL, 36; Lév. VIIL 9). Il faut donc conserver ici à vx son sens habituel, comme le font les versions anciennes, et se garder de Je ren-

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dre simplement par ©brillera, » comme traduisent entre autres Segond, M. Reuss et M. Bruston.

La question de Pépoque à laquelle ce psaume a - pu être composé a embarrassé les commentateurs, parce qu'ils l'ont considéré comme une prière en faveur dun roi alors existant. Mais nous avons vu que les seuls rois dont 11 v soit question sont David, qui y est mentionné comme un personnage appartenant à l’histoire, et un descendant de David encore à venir et attendu. Bien loin donc que nous avons à voir sous quel roi il a été composé, tout prouve qu'il Pa été dans un temps où les Juifs n’avalent plus de roi, — de roi national s'entend, plus de mün, — et où ils soupiraient après un tel rot, en qui se concentraient tous leurs désirs de recouvrer leur indépendance perdue. Ce psaume nous reporte donc au même temps que tous ou presque tous les autres chants des Maaloth, c’est-à-dire à la période de domination étrangère quisuivit le retour de la Captivité. nee

Le Ps. CXXXIT se distingue de tous les autres psaumes graduels. Tandis que les autres sont fort courts et que le plus long, le CXXIL, n'arrive qu’à neuf versets, celui-ci en à le double. On n°v retrouve pas non plus le stvle propre à ces psaumes et

qui leur donne, avons-nous dit, une sorte d'air de

famille. [l'en diffère enfin par le rhythme: on n°v voit pas ces reprises qui se remarquent dans la plupart des autres et qui ont fourni uue des explications les plus courantes de leur titre; il est en revanche le seul qui soit construit d’après les règles . du parallélisme.

Quoique ce psaume soit donc d’une tout autre école que les autres morceaux de ce recueil, il est aisé de voir qu'il nv a point été inséré par mé-. garde. [l y est même fort exactement à sa place. L'ordre des fêtes religieuses nous faisait attendre 1C1 un cantique destiné à la fête des Tabernacles, et celui-ci Pest évidemment. Cette fête rappelait à [sraël que, dans le désert, il avait habité sous des tentes et que Dieu lui-même v avait habité sous une tente au milieu de son peuple; et c'est pour cette raison sans doute que Salomon lPavait choisie pour la dédicace du temple. Par elle était devenue de plus en plus pour les fsraélites la fête qui célébrait la présence de l'Éternel en Sion, la fête du temple. Notre psaume rappelle les mêmes souvenirs, il est même, —- fait très digne de remarque, — le seul de tous les psaumes où l'arche soit mentionnée.

Au point de vue du développement de la pensée religieuse, il est, avec le CXXX, le plus remarquable des psaumes des Maaloth. Ce sont 1 deux points

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199 PSAUMES DES MAALOTH

culminants : le psaume CXXX fait pressentir un Sauveur par lequel l'Éternel, « rachetant lui-même Israël de toutes ses iniquités, » réalisera ce dont le ministère du Souverain Sacrificateur ne donnait que ombre et l’image: le CXXXIT annonce aussi «celui qui doit venir, » mais 1l Pannonce comme étant le Roi-messie, le fils de David, en qui s’accompliront toutes les promesses faites à celui-ci.

PSAUME CXXXIIT

(LXX et Vulg. 132.)

5e Chant des pêlerinages. — De David.

Oh! qu’il est bon et qu'il est doux Que des frères habitent ensemble !

2. C'est comme l’huile excellente répandue sur la tête, Descendant sur la barbe, la barbe d’Aaron, Qui descend sur le bord de ses vêtements; 3. C’est comme une rosée de l’Hermon, Qui descend sur les montagnes de Sion!

Car c’est là que l'Éternel a mis la bénédiction, La vie à Jamais !

Ce psaume célèbre le bonheur qu'éprouvent des frères, des Israëélites, à se trouver ensemble et la bénédiction qui résulte pour eux de cette réunion.

L'expression de ce sentiment ne pouvait manquer PSAUMES Fols

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de trouver place dans le recueil des chants de pèlerinage. Les fêtes nationales et religieuses, qui rapprochaient de Dieu les fsraélites, les rapprochaient aussi les uns des autres. On se souvient que, dans le premier de nos cantiques graduels, ce dont gémissait l’'Israélite éloigné de Jérusalem, ce n'était pas, comme dans le Ps. XLIT, d’être privé du culte que lon y célébrait, c'était de devoir vivre entouré d’ennemis. À ce soupir du Ps. CXX : «Mon âme en a assez d’habiter avec qui hait la paix ! » correspond le cri de joie par lequel com-

mence le CXXXIIT : «Oh! qu’il est bon et qu'il est

doux que des frères habitent ensemble! »

Ce psaume peut done convenir à toutes les fêtes; sil se rapporte à une fête particulière, c’est sans contredit à celle des Tabernacles, la plus joyeuse de toutes, celle où les Israélites se trouvaient plus que jamais rapprochés les uns des autres, puisque, comme jadis lorsqu'ils sortirent d'Égypte, ils campaient tous ensemble à lPabri de leurs cabanes de feuillage. À ce compte-là, notre recueil contiendrait deux psaumes destinés à cette fête, comme ilen contient deux pour chacune des autres solennités.

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