‹ Les Psaumes des MaalothChapitre 5 sur 35 · DUR OT · texte numérisé non relu

DUR OT

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sion « Dieu de ma louange » Enÿnnôx). Ces mots, par lesquels commence le Ps. CIX, ne se rencontrent nulle part ailleurs dans l'Écriture, et l’on peut croire que, si ce psaume qui paraît détonner a été inséré dans le livre V, c’est à cause de ce début, aussi bien qu’à cause du mot 1%ax («je le louerai ») qui en termine l’avant-dernier verset. °

Les quinze psaumes placés à la suite du Ps. CXIX sont connus sous le nom de psaumes de Maaloth (plus exactement: des Maaloth] parce que chacun d'eux porte en tête le titre de mipna vw (une fois, Ps. CXXI, mbhpnb vo), — ce qui veut dire littérale-

! Le principal avantage qu’il puisse y avoir à étudier, comme nous venons de le faire, l'ordonnance et la distributon d’un livre, est un avantage tout pratique. Aussi avonsnous dans cette étude pris le livre tel que nous lavons. Mais nous sommes porté à croire que le morceau élohique emprunté au livre IV (Ps. CVIIT) n’y figurait pas à l’origine (Voir ci-dessus, page 8, note 2) et que les cinq derniers psaumes, en tant qu’ils servent de doxologies aux cinq livres du Psautier, n'étaient pas comptés comme faisant partie du livre V. Ce livre aurait eu pour épilogue le Ps. CXLV et la symétrie n’en aurait guères été différente de celle qu’il présente sous sa forme actuelle,

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ment « cantique des degrés', — des montées, — ou des élévations. » Le mot n5y0 /maalä) se rencontre en effet dans l’Écriture avec ces trois sens. Mais lequel que lPon adopte, on n’est pas encore bien avancé, puis quil reste à savoir à quels degrés, à quelles montées, ou à quelles élévations se rapporte le titre dont il s’agit.

Parmi les interprètes qui veulent que le mot .n5yo ait ici la dernière de ces significations, — les

uns prennent élévation au sens propre et pensent

que nos quinze psaumes étaient chantés d’un lieu plus élevé, c’est-à-dire d’une tribune ou d’un jubé ‘comme on en voit encore dans quelques églises catholiques. C’est probablement ainsi que la entendu Luther qui traduit: ein Lied im hôhern Chor. Néhémie (IX, 4) mentionne une tribune de ce genre sous le nom de maalé qui est voisin de maalü. D’autres, comme Saadia Gaon, pensent que ce mot se rapporte à l'élévation de la voix et supposent que ces psaumes devaient être chantés d’une voix forte. Mais à cette explication, comme à la précédente, on doit objecter que, si c'était là le sens, le mot ne serait pas au pluriel. D’autres prennent le mot éléva-

{De là le nom de psaumes graduels sous lequel on les dé-

signe souvent. Quoique nous ne le croyions pas exact, nous nous en sommes aussi servis à l’occasion, parce qu'il est commode et consacré par l'usage.

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tion au figuré, et pensent qu’en intitulant chacun

de nos quinze psaumes canticum excellentiarum, c'est-à-dire canticum exæcellentissimum (comme traduit Tremellius), on a voulu attribuer à ces psaumes une valeur poétique ou religieuse particulière. Mais ce sens métaphorique du mot np» appartient à une époque postérieure de la langue et ne se rencontre pas ailleurs dans l'Ancien Testament.

La plupart des interprètes anciens, et dans le nombre quelques-uns des plus accrédités (LXX, Vulgate, saint Jérôme!, etc.), traduisent mhpon vw par «cantiques des degrés. » Mais de quels degrés? On a pensé le plus souvent à lPescalier à quinze marches par lequel, au rapport de Josèphe Bell. jud. V, 14), on montait du parvis des femmes à celui des hommes, et comme le Talmud rapproche le nombre de ces degrés /maaloth] du

nombre de nos psaumes, on a cru pouvoir en

conclure qu'ils se chantaient là et que l'on avait affecté au chant de chacun un degré spécial de cet escalier. Mais les titres de nos psaumes sont en tout cas fort antérieurs à Hérode et l'escalier dont parlent Josèphe et le Talmud se trouvait dans le temple construit par ce roi. Rien ne nous prouve qu’il v en eût un pareil dans le temple bâti par Zoro-

1 Nous rappelons que pour le livre des Psaumes la Vulgate

n’est pas la version de saint Jérôme.

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babel. Nous ajouterons, quant aux passages du Tal-

mud que lon allègue /Middoth TE, 5, Succa V, 4),

que bien loin de prouver quoi que ce soit en faveur de cette supposition, ils la rendent au contraire inadmissible ; car, en établissant un rapprochement entre les maaloth (degrés) du temple et les psaumes qui portent ce nom, ils le basent uniquement sur le nombre des uns et des autres: or il est évident que, s'il y avait eu entre eux une relation quelconque et surtout une relation liturgique comme celle que l’on à supposée, elle ne manquerait pas d’être relevée dans ces passages, puisqu'elle

‘donnerait à ce rapprochement une valeur beau-

coup plus grande.

On a voulu retrouver aussi ces degrés dans le temple d’Ezéchiel où lon montait au parvis extérieur par des rampes de sept degrés (Ez. XL, 22. 26) et de là au parvis intérieur par d’autres rampes de huit degrés (Ibid. 31. 37), ce qui fait quinze : degrés en tout. Mais comme Pédifice contemplé en vision par Ezéchiel n’a servi de modèle en aucune facon pour le temple de Jérusalem, les faits empruntés à ce temple symbolique ou prophétique ne peuvent servir de base qu’à une explication allégorique ou mystique. Cette explication d’après laquelle nos psaumes graduels décriraient les divers degrés de la vertu ou de la vie spirituelle remonte aux

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Pères de l’Église; elle a été développée par la plu

part des interprètes catholiques et ne Pa Jamais été mieux, à notre connaissance, que dans le commentaire de Michel de Bologne. Nous nous garderons de rien dire contre les interprétations de ce genre; mais elles doivent être considérées comme des applications plutôt que comme des explications, et, par conséquent, ne peuvent jamais dispenser de chercher le sens littéral. Geux qui dédaigneraient

celui-ci, parce que selon eux le sens spirituel est

plus important, ressembleraient, dit fort bien le Pèré Curci, à des gens qui, considérant que les fruits d’un arbre ne poussent .que sur les branches, Jugeraient les racines inutiles.

On a pensé aussi que ce titre pourrait, comme ceux d’un grand nombre d’autres psaumes, se rapporter à quelque particularité de rhythme musical, indiquer par exemple, comme le dit Calvin, «les degrés de chantrerie et divers tons de musique montant de Pun à lautre, » et nous men-

tionnerons à ce propos, ne füt-ce qu'à titre de cu-.

riosité, lexplication peu connue, donnée dans le siècle dernier par le poète et philologue napolitain Xavier Mattei. Ces degrés, suivant lui, se-

raient les notes de la gamme (appelée en italien

scala, escalier) : chez les Anciens, les notes étaient au nombre de quinze. Dans l’enseignement de la

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musique, ces psaumes auraient été, à cause de leur brièveté, employés pour les exercices de vocalisation, le premier étant chanté tout entier sur la première note de la gamme, le second sur la seconde et ainsi de suite. Si le long psaume alphabétique qui les précède (le CXIX) servait, comme on l’admet assez généralement, à apprendre aux enfants l’alphabet en y rattachant une instruction religieuse et morale, on peut admettre, dit Mattei, que ceux-ci auraient été une sorte d’a b c de la musique. D'autres pensent que les degrés mentionnés aux ütres de nos psaumes n'ont rien à faire avec la musique, et qu’il faut les rapporter plutôt à quelque artfice de versification ou de diction : suivant Bellermann, qui, le premier dans notre siècle, a cherché dans la Poésie des Hébreux une métrique analogue à celle des Grecs, on aurait appelé Maaloth ce que ceux-ci appelaient trochées, c’est-à-dire des pieds composés d’une syllabe longue et d’une brève. D’après Gesenius, suivi par de Wette et par Delitzsch, le mot Maaloth désignerait aussi un rhythme particulier, mais, de même que le parallélisme, qui est la forme la plus habituelle de la poésie hébraïque, ce ne serait pas un rhythme fondé sur la prosodie, mais un rhythme de diction a le poëte prend dans un verset quelque expression saillante qu’il reproduit et continue dans le verset

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suivant, — ce dont il résulte une espèce d’enchainement ou d’enchevêtrement. Voyez par exemple à la fin du premier de nos psaumes (le CXX).

5 « Que je suis malheureux de séjourner en Méshec, d’'habiter avec les tentes de Kédar!

6 « Mon âme en a assez d’habiter avec qui hat la paix! |

7 «Je suis homme de paix, etc. »

Voyez également au v. 2 du même psaume le mot « langue perfide », répété au v. 3 et comparez des répétitions pareilles Ps. CXXI, 1 et 2. 5 et suiv. CXXIE, 2. 3. 4 CXXIIL 5. 4, etc. |

On a comparé cette forme à celle du triolet; nous pourrions la comparer aussi à cette rime tierce qui déjà plus haut nous à fourni une analogle, quand nous avons parlé de la manière dont on a formé certaines séries de psaumes. Nous ne savons point, il est vrai, quel nom les Hébreux donnaient au rhythme dont il s’agit, mais rien n'empêche de supposer qu’ils Pappelassent degrés ou échelle. Gette forme en effet n’est pas sans analogie avec la figure que les Grecs appelaient ainsi° et à laquelle toutefois ce nom était mieux approprié, puisqu'elle était réellement une progression logique et rhétorique.

fxAtuoë que Quintilien traduit par gradatio. Voir sur cette figure Instit. orat. IX. 9.

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On serait tenté de Sen tenir à cette explication, soutenue par de si illustres hébraïsants et certes beaucoup plus plausible qu'aucune de celles que nous avons mentionnées auparavant. Elle n’est pas cependant à l’abri de toute objection. En effet, comme Gesenius en convient lui-même, lPenchaïinement de paroles auquel il suppose que les psaumes des Maaloth doivent leur tütre, n’est point particulier à ces psaumes-là, puisque le Ps. XXIV, entre autres, en présente déjà un exemple saillant, et surtout il ne se trouve pas dans tous; il n’est très marqué que dans deux ou trois, il l'est surtout dans le CXXI; dans d’autres il l’est à peine et il y en a même plusieurs où on ne le rencontre pas du tout :-car les quelques répétitons soulignées par Delitzsch dans les psaumes CXXXI et CXXXII, par exemple, ne constituent en aucune manière un procédé de composition : ce sont des répétitions comme 1l y en a partout et, si l’on prenait la peine d’en chercher dans chacun des cent cinquante psaumes, il n°v en aurait sans doute que peu où l’on ne dût en signaler de pareilles. Aussi, tout en reconnaissant que la forme rhythmique constatée par Gesenius dans plusieurs de nos psaumes des Maaloth est un trait caractéristique, qui contribue à donner à ce groupe une physionomie particulière, nous doutons que ce soit à elle

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que se rapporte leur titre et nous devons examiner encore sil n'y à point quelque explication plus satisfaisante, qui s'applique à tous nos psaumes, qui exprime mieux ce qu'ils ont de commun entre eux et ce qui les a fait rapprocher, enfin qui attribue au

mot Maaloth un sens, non seulement possible, mais

pouvant être prouvé par l'usage de la langue. Le sens de psaume des montées ou ascensions répond, comme nous le verrons, à toutes ces conditions-là.

Il faut cependant commencer par écarter une explication fort ancienne d’après laquelle ces montées seraient le retour de la captivité de Babylone. Ce retour est en effet appelé une montée (n5yn, avaBusx Esdr. VIT, 9) et, si le mot est ici au pluriel, c'est, dit-on, parce qu'il y a eu plusieurs retours de Babylone ou, plus exactement, parce que ce retour s’est effectué en plusieurs voyages, deux au moins, sous Zorobabel et sous Esdras. Cette explication à au premier abord quelque chose de spécieux, car la plupart de ces psaumes paraissent bien être, sinon de cette époque-là, du moins d’une époque bien voisine, et le Ps. CXX VI se rapporte directement à cette grande délivrance. Ceci n’au-

rait point été cependant une raison suffisante pour.

faire de ces quinze psaumes une catégorie particulière, car 1l y en a bien d’autres qui appartiennent à cette époque-là et il yen a même —le LXXX V par

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exemple, — qui mentionnent expressément le retour de la Captivité. D'ailleurs, les collecteurs de ce petit recueil ne peuvent avoir eu l'intention de fixer à cette époque-là la composition de tous les psaumes qu'ils y faisaient entrer : quelques-uns de ces psaumes sont attribués par leur titre à David ou à Salomon et, parmi ces titres, 1l y en a un (Ps. CXXXT où, comme nous le verrons, le nom de David doit être aussi ancien que le nom de Shir hammaaloth lui-même. On n’échapperait pas même à cette difficulté en disant, avec Théodoret, que ces psaumes sont prophétiques et que le psalmiste y à prédit quelques siècles à l'avance le retour de la Captivité, car la plupart n’en parlent en aucune facon, et le CXXII ne nous représente point la Jérusalem de Zorobabel ou d’'Esdras, mais une Jérusalem, dont les murs sont déjà relevés. Aussi cette explication, qui remonte à saint Jean Chrysostome et qui est celle qu’adopte Calmet, peut être considérée comme à peu près abandonnée. Le seul exéoète de marque qui lait encore soutenue dans notre siècle, Ewald, a fini par y renoncer et s’est rangé à une autre, qui nous parait la véritable et que nous allons exposer.

. Elle est due à Agellius, évêque d’Averse au commencement du XVITe siècle, et depuis Herder, qui la soutenue dans son beau livre sur la Poésie

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des Hébreux, elle a été adoptée par plusieurs interprètes distingués, Eichhorn, Hengstenberp, Reuss, Bruston, Perowne, etc. Elle ne soulève pas

les mêmes difficultés que les autres et, plus nous

avons étudié les psaumes des Maaloth, plus nous avons trouvé d'arguments en sa faveur. D’après cette explication, les montées seraient les pèlerimages prescrits par la Loi pour les trois grandes fêtes annuelles (Ex. XXII, 14-17. XX XIV, 23). Trois fois l'an, tout [sraélite du sexe masculin devait monter (c'était l’expression consacrée, Ex. XXXIV, 24)

pour se présenter devant l'Éternel. On monta d’'a-

bord à Silo (L Sam. I, 5), on monta plus tard à Jérusalem, et bien que cette dernière locution fût quelquefois aussi usitée dans un sens général, vu la situation élevée de cette capitale, c’est pourtant

quand il s’agit de ces pèlerinages qu’elle est le plus souvent employée (4 Rois XIL, 28. Zach. XIV, 47. Ps. CXXIIL 4 Marc X, 32. Luc IT, 42. Actes XXIV, Î1) : on disait même tout simplement « monter » (Actes XVIII, 22, grec}, comme dans la loi de l’'Exode, et cela signifiait se rendre à Jérusalem pour y célébrer la fête. | :

On sait toute l'importance qu'avaient ces pèlerinages pour là vie religieuse et nationale d'Israël : elle est attestée par la crainte qu'ils inspirèrent à Jéroboam, après la sécession des dix tribus, et par

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