‹ Les psaumes, étudiés en vue de la prédication (volume 2)Chapitre 11 sur 30 · LA TENTATION · texte numérisé non relu

LA TENTATION

Une autre scène intime se passe dans l'âme chrcsienne : c'est la scène de la tentation. Un être libre doit être du même coup un être éprouvé. C'est sa gloire, c'est sa force, c'est l'origine de sa plus brillante for-

» Psal. XXXI. - 2 Psal. CXXV.

tune. N'être pas tenté serait pour l'homme perdre la plus illustre occasion de se rév^éler à soi-même, au monde, aux anges et à Dieu. « Nous voici, disait triomphalement l'Apôtre, en spectacle au monde, aux anges et aux hommes. » Les péripéties de nos luttes attachent sur nous les regards de la cour céleste, nos triomphes illuminent et fortifient le monde, donnent au cœur de Dieu ses joies les plus désirées en môme temps qu'ils apportent à sa Majesté souveraine ses plus féconds et ses plus nobles triomphes.

Ne nous étonnons donc pas si, dans les Psaumes, Dieu nous apparaît continuellement dans l'attitude d'un père qui surveille, éprouve, étudie, scrute à fond la conduite de ses enfants, les met aux prises avec des difficultés qui les exercent, des ennemis qui les assaillent, des obstacles qui les arrêtent, des agitations et des tempêtes qui les obligent à une vigilance incessante et à d'incessants efforts. Quelle grandeur, quelles immensités dans l'âme de l'homme ! quelles vastes révolutions s'y déroulent ! quelles formidables guerres s'y enga^ gent ! quels ennemis entrent en lice ! Tout l'enfer et tout le ciel, toutes les forces du monde et toutes les puissances de Dieu! Qu'est-ce donc que l'homme, quelle est la valeur de son être et la sublimité de sa destinée pour tenir en éveil la création tout entière, passionner ainsi le ciel et la terre pour sa conquête, et réunir en lui comme en un champ de bataille unique toutes les armées du mal et toutes celles du bien ' ? Seigneur^ vous m'avez éprouvé et vous m'avez connu, vous avez étudié mon sonuncil, mon réveil vous l'avez épié. Toutes mes pensées vous ont été révélées de bien loin. Chaque roule

1 Ephes. VI.

218 LES ENFANTS DE Dinil

(jite je prenais^ chaque démarche de via vie vous l'avez scru- Ire à fond. 0 Dieu, la science que vous avez de moi est merveilleuse, elle est irrésistible, contre elle je ne puis rien ^. On peut dire de la tentation ce que l'Apôtre dit de la parole de Dieu, « qu'elle est vivante et efficace, plus ])énétrante que le glaive à deux tranchants, atteignant jusqu'aux plus intimes régions de notre être, jusqu'aux divisions de l'esprit et du cœur. » Où ne s'insinue pas la tentation? quelle partie de l'âme n'cxerce-t-cUe pas? quel membre de notre corps ne brûle-t-elle pas de ses feux? Dieu s'appelle dans les Psaumes le Dieu qui scrute les reins et les cœurs. Ailleurs il se montre à nous étudiant, examinant, purifiant les âmes, comme on éprouve l'argent dans les ardeurs du creuset. Seigneur, vous nous avez fait passer par le feu pour nous examiner comme on examine l'argent ^. Tout en nous est ainsi examiné et éprouvé par Dieu. Dieu veut révéler au dehors la soumission filiale de notre intelligence : que fait-il ? 0 Dieu, vos jugements sont comme des abîmes, vos mystères se dressent devant moi, interceptent tous les chemins de mon intelligence, désespèrent les plus puissants essors de ma science, et brisent les ailes de ma plus perspicace investigation ! Le mystère est partout, partout l'ombre redoutable m'enveloppe, partout je dois iulorer sans voir, adhérer sans comprendre, incliner devant votre science infinie et vos incorapréhen-ibles pensées ma faible et orgueilleuse raison. Je vois claii'craent que je dois croire, mais ce qu'il me faut croire, je ïie le comprends et ne le pénètre pas. Là est l'épreuve. Sous l'arbre du mystère, épreuve de notre inlcîugence, Dieu reconnaît et divise le juste et l'impie ;

1 Psal. CXXXVIII. — 2 Psal. LXV

Dojvimis jnicrrofiat juslmn et impiiim. L'impie, « le méchant cœur d'incrédule,» l'enfant rebelle et dénaturé renie la parole paternelle, crache au visage de son père qui lai parle, traite insolemment « d'extravagances » les profondeurs vénérables des divines révélations, et, descendant les derniers degrés de Tniipiété et de la révolte, couvre Dieu même et sa vérité sainte du voile de son mépris : Impius cum in profandum venerit conlcmnil. Quel châtiment suit cette révolte ? Pénétrons dans l'âme de l'incrédule quand l'apostasie y a jonché de ruines son sol désolé. La nuit pèse sur ces ruines. L'incrédule réduit à ses doutes, ne retenant plus de la vérité que quelques informes débris, est plongé dans une nuit terrible d'incertitudes et de négations. Il n'accepte pas un mystère fondé sur l'autorité divine, il se condamne à errer sans espoir dans une nuit ténébreuse, enchaîné dans des problèmes sans solution, affamé de vérité et mourant dans une disette affreuse de certitude : Sedcntes in tcncbris, in mcndicilate et fcrro '. Il n'accepte pas de son Dieu « une vérité pleine d'amour qui le sauve, » il mendiera de la main de l'homme la pâture empoisonnée des erreurs qui pervertissent et qui désespèrent. Reconnu mauvais fils par l'épreuve qui met à nu la disposition perverse de son cœur, l'incrédule est répudié pour faire place à l'enfant confiant et fidèle qui croit à son père sans le comprendre encore, et appuie sa foi filiale sur l'inébranlable fondement de l'amour. Son Dieu qui l'a éprouvé le couronne, et lui rend dans l'éternité la gloire que ce fils généreux lui a procuré dans le tcm])s : Non h,rsilavit dif/idcntla , scd (u)i(uiiulus est in ftde, dans <jloriamDco'^.

i Psal. CYI. — 2 liom.

Parfois la lutte peut être formidable : l'intelligence étreinte par le mystère peut se débattre terriblement, la tempête du doute peut être violente, le triomphe de Dieu comme la gloire de l'homme est que la raison, soutenue par la main divine, foule aux pieds ces flots émus sans jamais s'engloutir dans leurs profondeurs. Le même Dieu qui fait passer l'inteUigence humaine par les angoisses de la foi, éprouve le cœur dans les étreintes du précepte. « Du jour où tu mangeras de ce fruit, tu mourras. » Voilà l'épreuve, voilà la tentation du cœur. L'homme doit montrer à son Dieu, ou plutôt se révéler à soi-même et manifester au monde, s'il préfère à son Dieu les vaines et éphémères saveurs d'un fruit. Le cœur a faim de jouissances, il va cherchant partout où il espère cueillir le fruit du plaisir. Créé pour le bonheur, il veut jouir, il le veut ardemment, impatiemment, avec la fureur insensée du famélique qui se jette sans les discerner sur les premières pâtures qui s'oflfrent à son regard. Oh ! quelle épreuve! Seigneur, vous avez éprouve 7110)1 cœur '. Devant moi se trouve planté l'arbre du plaisir, son fruit maudit étale perpétuellement devant mes yeux son éclat charmant, il sollicite ma convoitise, j'étends la main pour le cueillir : un précepte impitoj'able m'arrête : « De l'arbre de la science du bien et du mal tu ne mangeras pas. » Ici encore, comme au pied du mystère, se fait le discernement des enfants de Dieu et des fils de la concupiscence ; de ceux qui sacrifient le plaisir à Dieu et de ceux qui, sacrifiant Dieu au plaisir, « font leur Dieu de leur ventre, » mangent des fruits honteux, « sèment dans la chair, et de la chair moissonnent la corruption. » Le PsulraistG

i Psal. XVI.

noLis peint au vif les uns et les autres. Les enfants de Dieu inclinent leurs cœurs à la pratique des divins préceptes^. Le cœur humain est fier, orgueilleux, rigide; eux l'assouplissent, le travaillent, le rendent docile au commandement, le courbent sous le fardeau de la loi : inclinavi cor meum. Toujours naturellement prêt au plaisir, à la mollesse, aux éclats de la joie mondaine, à la possession des richesses et à l'exaltation des honneurs, l'enfant de Dieu dispose peu à peu son cœur non-seulement à entendre les défenses strictes de la loi, mais encore à comprendre et à savourer de sanglantes paroles : « Bienheureux les pauvres en esprit !... Bien* heureux ceux qui pleurent !. .. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice!... > Victorieux dans l'épreuve du cœur, l'homme crie à' Dieu ce mot d'une suprême soumission et d'un héroïque martyre : Paralum cor meuni, Deus, paratum cor meum, « mon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prêt! » Et les vaincus de ces gigantesques combats du cœur? Errant corde, dit le Psalmiste, « ils s'égarent de cœur. » Ils laissent prendre à leur cœur le chemin de la bête, ils descendront même, dans leurs bestiales convoitises, au-dessous d'elle, ils passent par toutes les convoitises du cœur, ils deviennent, comme le dit le Psalmiste et comme le répète l'Apôtre, « des inventeurs de crimes, >« ils parcourent les inventions ^ d'un cœur livré au mal avec aveuglement et furie : « leur cœur se charge de ténèbres. > C'en est fait, les voici devenus des hommes animaux, sans plus aucune connaissance, aucune idée, aucun désir des biens invisibles et éternels. La matière seule, les sens, la terre, ont désormais pour eux de la

1 Psal. GXVIIl. - 2 Psal. LXXX.

réalité ; l'âme a dispafu, toute de.stiacc surnatarelle est une impertinente chimère, et, les ténèbres grossissant toujours, les voiles de la chair tombant sur le cœur toujours plus épais, vient l'heure où ils jettent le dernier cri que la passion en délire puisse pousser : ils disent dans leur cœur : Dicun'est pas ! Ainsi la tentation du cœur montre au ciel et à la terre quels sont les enfants de Dieu et quels sont ses immondes et abominables négateurs. Une troisième tentation révèle l'énergie des âmes et discerne l'héroïsme de la lâcheté : c'est la tentation de la douleur. Saint Paul nous expliquant dans l'une de ses Épitres l'usage que Dieu fait de la douleur, s'exprime ainsi : « Oublierez-vous donc la consolante parole que l'Écriture vous adresse comme à des fils : « Mon fils, ne néglige pas de profiter des corrections qui te viennent de la main de Dieu; ne te lasse ])as d'être redressé par lui. Celui que le Seigneur aime, il le châtie; il flagelle tout fils qui lui est cher. Persévérez dans la correction. Dieu s'ofïre à vous comme un père à ses enfants. Où est l'enfant que ne corrige pas son père ? Si vous êtes exempts de la correction commune, c'est donc que vous êtes des adultérins et non pas les vrais fils. Songeons donc que nous eûmes dans nos pères selon la nature des éducateurs que nous révérions. Et nous n'aurions pas la môme vénération pour le Père de notre âme qui nous forme à l'éternelle vie? Nos pères nous instruisirent pour les jours d'une éphémère existence dans les connaissances qu'ils jugeaient à propos : Dieu nous forme à sa propre sainteté et à recevoir sa divine ressemblance. Quant à la correction, elle n'est jamais agréable, elle est toujours douloureuse , au moment où elle est reçue : puis ensuite, quand nous sommes instruits et formés, nous

en rccasillons une ample moisson de justice et de paix '. » Telle est, dans la vie présente, la situation de l'enfant de Dieu. Prince enfant, héritier d'une couronne éternelle, mais gardant encore, avec les signes du premier âge, les faiblesses, les ignorances, les défauts d"u.ne âme d'enfant, son père l'instruit et le forme, le fait passer par les rudes exercices et les corrections douloureuses de l'éducation, éducation rendue infiniment plus difficile et plus pénible depuis les déform.ations do la déchéance originelle. L'homme, depuis le péché, naît ruine et dévastation, et c'est avec les débris épars, les blocs renversés, les pierres gisantes et errantes que le divin Architecte doit refaire dans sa splendeur première tout un édifice de grâce et de gloire. L'édifice s'élèvera mais non sans labeurs et sans souffrances. Que remarquons-nous dans l'homme déchu? que nous révèlent ces ruines ? Tout ensemble de hauts et majestueux sommets et des creuses remplies de fange ; de splendides colonnes dominant encore la vue, oftrant à l'admiration leurs riches et délicates sculptures ; puis, au pied, des brous-^ailles et des ronces, devenues la retraite des animaux, le repaire des bêtes malfaisantes, un lieu de désolation et de mort. Voilà l'âme humaine dont Dieu daigne entreprendre l'éducation. De la partie haute de l'âme, des grands sentiments , des volontés magnanimes , des aspirations célestes. Dieu obtiendra les plus divins hommages : l'enfant de Dieu deviendra l'étonnement du ciel et de la terre par la force, l'héroïsme, la constance invincible de sa volonté. Quand et comment ? Quand cloué à un calvaire, se consumant comme un liL/locaustc de suave

t Hobr.

odeur au milieu des flammes de la souffrance, il louera, il bénira, il remerciera. Quand il reconnaîtra dans sa douleur la main d'un Père, et dans sa croix le vrai trône où se fonde sa gloire, le creuset puissant d'où sortiront les splendeurs d'une éternité. Les plus nobles facultés de l'àme, ses plus hautes puissances, les vertus les plus célestes, les plus divins héroïsmes trouvent dans la tentation de la douleur leur plus naturel exercice et leur épanouissement le plus complet. Si l'Apôtre, parlant de Jésus-Christ, a bien pu dire que « c'était dans la douleur que son Père l'avait élevé à sa dernière perfection; '^Deccbat... Auctorcm salutis per passiO' nem consummare \ combien plus notre perfection h nous autres devra venir de la même source et suivre le même chemin? Mais réformer et cultiver les hauts sommets de notre âme n'est que la première partie de notre éducation divine : défricher nos ronces et nos épines, déblayer nos immondices, jeter dehors nos inu« tiles débris, est la seconde. Comment dompter notre orgueil ? Comment réfréner nos cupidités dévorantes ? Comment nous arracher nos frivolités, nos dissipations, nos folies de tous les jours? Comment éteindre les flammes de nos convoitises ? Comment arrêter l'impur bouillonnement de nos veines ? Gomment étouff"er en nous le cri de la bête et y faire retentir le chant des Anges : « Que votre royaume nous arrive... ? » A nous qui ne voulons que la terre, qui n'aspirons qu'à nous engraisser bassement de ses biens, qui prenons goût « aux glands des pourceaux 2, » comment élever jusqu'aux aspirations de la vie éternelle notre âme abaissée et rampante ? » Marqués au sigae de la bote, »

i Jlebr. -> s Luc,

comment faire de nous lies « dieux ? » Notre Père, pour réussir dans ce grand œuvre, appelle à son aide la tentation de la douleur. La douleur nous brise, nous abat, nous dépouille ; nous gisons au milieu de nos ruines, tout est dévasté de nos espérances et de nos ambitions : Oslendisti dura ', « ô Dieu, vous ne nous montrez que de dures et crucifiantes choses. » A mesure que « nous nous couronnons de roses, » vous les flétrissez ; quand nous nous fixons, la douleur nous aiguillonne ; quand nous faisons de la terre notre Éden, l'épée flamboyante nous en chasse pour nous pousser dans la vallée des pleurs. Et ainsi, baignés de larmes et torturés d'angoisses, après av^oir jeté l'anathème aux choses terrestres, nous trouvons une voix pure et forte pour crier : « 0 notre Père qui êtes dans les cieux, que votre royaume nous arrive ! » La même épreuve qui nous dépouille de nos fausses et meurtrières jouissances, nous rend nos biens éternels et nos célestes plaisirs.

Dieu n'est pas seul à éprouver ses enfants : le monde réserve pour eux ses tentations les plus journalières. C'est au milieu du monde, comme au fond d'un creuset, que leur vertu s "épure et que leur perfection resplendit. Plus haut nous avons longuement parlé du monde comme séjour des enfants de Dieu, séjour odieux, terre ennemie, où ils ne sèment que des larmes et ne moissonnent que des tribulations. Cet aspect du monde pour être profondément vrai n'est pas exclusif : le monde peut s'offrir à nous sous un tout autre point de vue. S'il est aux âmes saintes un sol odieux, il peut leur devenir une terre enchanteresse, et c'est là son côté le plj^s

» Psal. LIX.

funeste et le plus désastreux. Son azur limpide, son ciel attiédi, ses douceurs amollissantes, la séduction de ses fleurs et l'enivrement de ses parfums sont aux plus robustes une tentation terrible. Le martyr subit héroïquement un lit de flammes, subira-t-il sans faiblir un lit de fleurs? Là est la tentation : tentation décisive: car rester pur dans les délices de Sodorae ^ c'est être marqué du signe éternel des élus de Dieu. Parcourons rapidement les séductions diverses, les multiples entraînements dont l'âme sainte peut être victime dans le monde, et que sa gloire, comme son salut, l'oblige do repousser. La première séduction du monde : c'est le mensonge. Le monde est faux en tout et toujours. Sur tous les objets il'donne le change, il déplace les réalités. Il donne un corps, une existence, une valeur à ce qui n'est que néant, fantôme vide, creuses et stériles visions, la vie présente, le plaisir, les honneurs, les richesses : ce qui seul est réel, ce qui est la vraie vie, les vrais plaisirs, les vrais biens,, le surnaturel, l'éternel, l'indestructible, le divin, pour lui n'est que chimère et inanité. Cette grossière et perpétuelle méprise décide de tous ses actes et préside à tous ses jugements : il chérit la vanité et court après le mensonge^ il a, dit encore le Psalmiste, « le cœur vain » cor eorum vanum est 2. Le cœur vain est incapable d'aucun grand sentiment, d'aucune volonté magnanime, c'est un cœur étroit et sans profondeur, rien n'y peut tenir que le frêle et chétif assemblage des biens d'un jour. Tel est l'homme du monde: cor vanum. Et, comme « la bouche parle do l'abondance du cœur, * du cœur ne peuvent s'échapper que de vaines paroles': c'est la réflexion même du

1 Gènes. — '- Psal. V.

LES EN'FAXTS DE DISU 227

Psalmiste : la vérité n'est j^as sur leurs lèvre;! parce que leur cœur est vain y Que disent les gens da monde ? De de quoi s'entretient leur éternelle frivolité ? Ils ne m'ont raconté que des fables 2, s'écrie le Psalmiste avec un étonnement douloureux. Le fond des conversations du monde, l'ordre d'idées et de sentiments dans lequel le monde vit et s'entretient, ce sont des fables : rien do sérieux, rien de consistant. Le cœur que le Psalmiste appelle «le cœur profond, » cor altum, n'a pour nourriture que le sérieux, le vaste, le supérieur, le divin : tel est le cœur catholique ; l'autre, le cœur mondain, est le corvanum, le cœur vain, qui se nourrit d'inanités et de fables. Prêtez l'oreille, ne fût-ce qu'un instant, aux conversations du monde, vous serez frappé de leur manque absolu de sérieux : narraverunt fabulationes. Hélas ! cette incurable frivolité, les gens du monde la portent même dans les choses de la religion : là même il leur faut des «fables, > c'est l'Apôtre qui ose parler ainsi. «Viendront des jours, dit-il, où les mondains ne supporteront plus la saine doctrine, mais s'entoureront de docteurs dont la parole chatouillera agréablement l'oreille, et ils se tourneront vers les fables, ad fabulas convertentur . Nos dogmes les plus vénérables, nos mystères les plus profonds, nos vérités les plus inébranlables, les trouvent légers, indifférents, presque railleurs; il leur faut un christianisme amoindri, f/a vérités diminuées, des préceptes adoucis, une morale atténuée; rien de ce qui est grand et fort n'est à leur taille et ne convient à leur affaiblissement. A cette impossibilité de prendre vers une religion sérieuse un essor puissant, s'ajoute dans l'âme du monde l'amour et la

1 Psal. Y. — 2 Psal. GXVIII.

recherche désordonnée des choses de la terre. Dans le monde on ne connaît que la vie présente, rien ne compte que la matière, rien n'a de réalité que c:^. qui se touche et se voit : oculos statuenint decUnare in tcrram, « ils ont résolu de fixer leurs regards sur la terre," pro nihilo habuerunt terram dcsiderabilcm. Le ciel, cette patrie avant tout délicieuse et «désirable, ils la comptent pour rien. » Dès lors ils ont « le cœur lourd, » gravi corde, un cœur qui rampe, qui ne s'élève pas, qui n'a ni ailes ni essor, que les bagatelles absorbent, que les biens présents captivent, qui n'a plus un élan vers des destinées supérieures et éternelles. L'acquisition d'une fortune, la poursuite des honneurs, les préoccupations du luxe et du bienêtre : voilà qui remplit dans son entier l'âme du monde. Seigneur, retirez-moi dit milieu des fils des étrangers : leur bouche est pleine de mensonge, leurs mains d'iniquités. Leurs jeunes filles sont comme des fleurs printaniéres, elles se 'parent, elles se couvrent d'ornements comme Pon décore un temple' . Tel est donc le monde contemplé à ce premier point de vue : « concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie. » Or le monde est insinuant, il est apôtre, il est prédicateur, molliti sunt sermones ; il tente de gagner par ses charmes, de vaincre par ses fausses douceurs les enfants de Dieu dont il ne pourrait triompher par la violence. 0 tentation formidable ! ô terrible fascination ! Le Psalmiste, devant cette séduction lente et insensible, en face de cette déformation, de cette déchristianisation des âmes saintes au contact du monde, pousse un cri de détresse : Seigneur, ayez pitié de moi^ parce que le suinta dé failli, parce- que les vérités sont dimi-

» Psal. GXLIII. — 2 Psal. XI

nuées au milieu des enfants des hommes. Le saint a défai]li! Dans cet air lourd et pestilentiel, au milieu de ces bourbeux marécages, les plus robustes constitutions s'usent et se minent lentement, les forces tombent, la vigueur fait place à un mortel allanguissement : defecit sanctus. Oh ! qu'elle devient claire et pénétrante cette parole du Psalmiste, ce vibrant appel à la grâce et au secours de Dieu : Seigneur, délivrez-moi de l'étranger ; si Vétranger ne me domine pas, mon iimooenoe est sauvée ! immaculatus ero^.

Et encore, si le monde n'était que frivole ! mai? il est impie et athée. Est-ce à dire qu'il soit sans quelques dehors religieux? Non, au moins dans les régions du monde où l'on se respecte encore, on garde des convenances religieuses, on conserve des habitudes, on colore un athéisme pratique sous une certaine religiosité de commande et de bon ton. Le Psalmiste a un mot admirable pour caractériser cette religiosité des mondains : ils ont des observances, mais vaines et superflues ^ . Leurs conversations s'imprègnent parfois d'un vague et stérile sentimentalisme religieux. A leurs chants lascifs ils mêleront volontiers des prières, dans leurs opéras les plus irréligieux et les plus lubriques ils feront entendre à Dieu de voluptueuses supplications ; ils rouleront volontiers dans les temples leurs flots de soie, de velours et de broderies; ils auront leurs prédicateurs à la mode, et mettront à exalter la parole du sanctuaire, quand elle revêt leur frivolité et s'imprègne de leur naturalisme, le même feu qu'ils mettent à louer une cantatrice ou un acteur. Ils jouent à la religion comme ils jouent à toutes choses. Ce peuple-lci, dit le Seigneur, mlionore des lèvres^

i Psal. L. — s Psal. XXX.

ma!s son cœur est loin de moi. Ce cœur est vide do Dieu. Dieu n'est point devant leurs regards, la pensée divine n'est pas Diôte de leur âme, la conseillère de leurs desseins, l'instigatrice de leurs œuvres, l'austère et sage institutrice de leur vie. Ils n'ont de la religion que de vaines observances . « Ils se couvrent des dehors de la piété, mais le solide de la piété ils le rejettent. » Oh i que d "âmes, vigoureuses d'abord, se sont laissé peu à peu amollir et affadir par cette fausse religion du monde! Que d'âmes qui, entrées dans le monde pleines d'une ferveur intrépide, y sont devenues ces âmes froides et infécondes où le christianisme à demi mort, sans vigueur et sans sève, ne pousse plus qu'à peine un feuillage languissant et quelques fleurs sans parfums. Mais à côté, quelle lutte des âmes intrépidement chrétiennes ! Quels accents de leurs prières ! Quelles richesses de leurs œuvres ! Quel prix et quel éclat de leur dévouement ! Si la tourbe indévote et rieuse des mondains déshonore et attriste nos temples du scandale de leur attitude et de leur mise, combien les enfants de Dieu les réjouissent par le spectacle de leur ferveur ! Le contraste, s'il pervertit quelques âmes légères et molles, affermit les autres en les éclairant. Le fidèle prie mieux quand il a vu l'impiété souiller le temple. Il retourne plus délicieusement aux chastes et nobles jouissances de la piété, quand il s'en revient du monde l'âme fatiguée de ses sottises et outrée de ses perversités. Ils m'ont raconté des fables, ômon Dieu, oh! que ce n'est pas là votre loi^\

Après la tentation de la chair et du monde vient celle du démon. Q)Liaad le <• bon soldat du Clirit^t » u rempli

» Psal, CXYIII.

de ses exploits et illustré de ses triomphes les deux premiers cliaraps de bataille, un troisième plus vaste, plus sanglant, plus terrible, convie sa valeur à de suprêmes victoires et de tout divins trophées. « Ce n'est plus contre la chair et le sang qu'est pour nous la lutte : nous combattons les princes, les puissances, les rois de ce monde, les dominateurs de ces ténèbres, nous luttons contre les esprits du mal. » Le Psalmiste nous fait la môme formidable révélation. Il nous parle des terreurs de la nuit, il nous avertit de la flèche lancée sans bruit dans les airs, il nous découvre un vaste et infernal travail qui se fait dans l'ombre S travail de perdition, d'erreur et de mort, dirigé contre nos âmes ; puis, révélant le terrible secret de notre situation, il ajoute que nous avons à redouter sans cesse les incursions ennemies et les assauts du démon du midi'. Dernière et effroyable lutte de l'homme ici-bas, dernier champ de bataille, dernier triomphe. Que le démon, c'est-à-dire l'ange primitivement créé par Dieu pour la gloire, et par son orgueil précipité dans l'enfer, que le démon existe : il faudrait, pour nier ce dogme, non-seulement nier la révélation divine toute entière, mais encore répudier les faits les plus authentiques, les traditions les plus formelles, les plus inébranlables affirmations de l'histoire humaine. Partout le démon apparaît et agit. La Bible donne au dogme de son existence tout le poids de sa divine autorité: les annales de tous les peuples nous les montrent, et, sans même songer jamais à contester leur existence, se contentent de décrire leurs interventions perverses et leurs désastreuses conjurations. Pourquoi Dieu les laisse-t-il tenter l'homme ? Il serait

•Psil. XC. — 2 psai. XC. •

plus naturel et plus juste de dire : pourquoi Dieu qui, dans sa sagesse, a résolu d'éprouver l'homme, n'emploierait-il pas ces esprits mauvais au bien de l'iiorame, en en faisant des tentateurs et des adversaires? Ainsi posée, la question se résout d'elle-même. Que sont ces esprits mauvais ? quelle est leur nature? quelle est leur puissance? quelle est leur faiblesse? L'Apôtre les nomme « des esprits de perversité : » le Psalmiste les désigne sous le nom d'« anges du mal, » angelos malos ', Le démon ne veut plus que le mal, il y vit, il s'y complaît affreusement, il s'efforce de le procurer partout et toujours. La haine fait le fond et.pour ainsi parler,compose tout le génie, toute l'âme de ces êtres dégradés et hideux. Ils ne vivent et n'agissent que dans les ténèbres ; l'obscurité est leur royaume, la nuit leur champ d'action. C'est dans l'ombre qu'ils trament leurs complots, qu'ils organisent ce travail d'erreur qui parcourt les ténèbres^. Sans doute l'obscurité de cette nuit qui nous les dérobe, nous les rend en un sens plus terribles, mais en un sens aussi amoindrit singulièrement leur pouvoir, déroute leur perspicacité et trompe leurs plus astucieux calculs. Ils nous sont invisibles, et par là nous circonviennent plus aisément, nous épient, nous surprennent, nous dressent des pièges avec une liberté plus entière : mais comme de notre côté aussi, notre âme, notre intérieur, notre état surnaturel, les mystères profonds de notre être intime échappent à leur regard, leur action est indécise, leur marche mal assurée, leurs investigations souvent infructueuses et leurs machinations maladroites. Nous sommes vaincus par eux à force de lâcheté, d'imprudence, de complicité ; nous tombons

1 Psal. LXXVII. - 2 Psal. XG.

dans leurs pièges parce que nous nous obstinons à fréquenter leurs sentiers, nous sommes dévorés par ces monstres pour nous être jetés dans leur gueule : ils ne nous vaincraient pas si nous n'étions pas nous-mêmes avant le combat, à moitié vaincus. Oui, il est incontestable que le démon sait prendre sur nous, à cause de notre insouciance et de nos faiblesses, de désastreux avantages. Sa force consiste à nous exploiter. Impuissant dans les régions supérieures de notre être, il trouve dans les bas-fonds de notre cœur et de nos sens trop d'auxiliaires et de traîtres pour n'y pas acquérir un formidable pouvoir. Au milieu des ténèbres, dans cette nuit épaisse de notre concupiscence, son travail d'erreur, de vice, de perversité s'organise à l'aise et puissamment : negotio perambulante in tenebris ^. Subtil comme la flèche qui vole, dissimulé comme le passant qui chemine au sein des ténèbres, il prépare ses coups de longue main, et médite patiemment ses ruines. Il mine sourdement notre âme, il en ronge les forces vives, il en détend les ressorts, il en dévore toutes les ressources, puis, quand, par un long travail gui a marché dans les ténèbres, il nous trouve assez exténués et assez incapables de résistances, tout à coup, à l'improviste, avec une fureur inouïe, il se rue sur ses victimes, les renverse, les perce de coups, les enchaîne, les emporte, les dévore. C'est là l'incursio/i du démon du midi, dont parle le saint Psalmiste. Qui résiste? Qui est vainqueur de cette tentation dernière comme de toutes les autres ? L'enfant de Dieu, dont le Psalmiste décrit ainsi les forces, la protection et le triomphe. Le Seigneur m'a fait éviter le filet du chasseur, fai échappé aux influences

1 Psal. XG.

23i LE3 ENFANTS DE DIEU

de la parole perverse. Sons les ailes du Seigneur vous serez à couvert, son ombre vous protégera. La vérité vous couvrira comme un bouclier. Vous ne redouterez rien des terreurs nocturnes, ni de la flèche qui vole durant le jour, ni du travail d'iJiiquité accompli dans les ténèbres, ni des incursions furieuses du démon du midi. Mille tomberont à votre gauche, dix mille à votre droite, mais de vous le mal n'approchera pas '

L'une des plus belles prérogatives de la vie chrétienne, c'est la prière. La prière ! qui en pourra comprendre la beauté et le prix? Qui en saura dire bi sublimité ? Notre légèreté et notre aveuglement nous dérobent ce magnifique mystère : Il se déroule dans notre âme, il s'offre aux regards stupéfaits des anges, et nous - mêmes l'ignorons et n'y prenons garde Jamais.

Dès Vaube, 6 mon Dieu, je me présenterai à vous et je contemplerai^. Voilà la prière, voilà sa hauteur divine et sa merveilleuse suavité. La prière est une élévation de l'âme : c'est le vol de l'âme, son essor par-delà les immensités. Par la prière , nous que la mortalité enferme dans ses linceuls, que la vallée des larmes circonscrit dans sa douloureuse enceinte, qui habitons l'exil, qui y sommes privés d'air, de lumière, do pers-

» Psal. XG. — 2Psal. V. — ^ Psal. V.

pcctivc, tout h coup, nous rompons nos chaînes, nous déchirons nos voiles, nous prenons nos ailes dès l'aurore, nos ailes comme les ailes de la colombe, et nous nous envolons, nous nous élevons, nous gagnons les hauteurs : la terre disparaît, la vie présente n'est plus, le monde avec ses misères, ses frivolités et ses vilenies est effacé de notre horizon, il n'est plus qu'un point imperceptible ù d'infinies distances au-dessous de nous : la prière nous a transportés « jusqu'à l'inaccessible lumière » qu'habite Dieu. L'exil a cessé : pour un instant la patrie ouvre sa bienheureuse enceinte, le Dieu des dieux est contemplé dans Sion. Et si la prière est grande par son essor, qu'elle est douce par les joies qu'elle nous fait goûter! Astabo tibi, « je me présentrai à vous. » A qui ? A mon père, vado ad Palrem, « je vais à mon Père. » Je dis : notre Père qui êtes aux deux ; et le dire, c'est « me présenter» à ce Père, «c'est par Jésus-Christ avoir accès auprès du Père, » c'est être accueilli dans les bras d'un père, c'est reposer sur son cœur. A peine ai-je commencé ma prière que la Majesté du Très-Haut s'incline, son cœur s'émeut, son amour se dilate et s'exalte, sa munificence s'entr'ouvre,et toute sa fortune est à moi. L'incrédule sourit de pitié : il ne croit pas à un Dieu qui se fasse attentif à mon humble prière : l'incrédule a mauvais cœur, malum cor incredulitatis ^ . Moi qui sais que j'ai « un Père qui est dans les cieux,» un Père qui me commande de prier : « Demandez et vous recevrez... priez toujours et ne cessez jamais de prier; » un Père qui me reproche de ne prier pas : « Jusqu'ici vous ne m'avez rien demandé: » Que craindrai-je? Pourquoi me défier de ma petitesse et m'effrayer de

1 Hebr. m.

l'infinie distance qui me sépare de lui ? Si dans ce Dici je n'avais pas un père, les glaciales défiances du rationalisme pourraient gagner mon cœur et clore mes lèvres : mais lui-môme se fait appeler par moi du nom de Père, lui-même me rappelle ce à quoi il s'oblige par l'ineffable mystère de ce doux nom. « Qui d'entre vous demande à son père du pain et son père lui donne une pierre? Il lui demande un poisson, et pour poisson, son père lui donne un serpent? ou bien un œuf et son père lui présente un scorpion ? Et si vous autres qui êtes mauvais, savez néanmoins donner à vos enfants do bonnes choses, combien plus votre Père qui est dans les cieux donnera à ceux qui le lui demandent son bon et saint Esprit ^ ! » Beaucoup disent à moit, âme : Il n'y a pas de salut pour toi en ton Dieu. Et vous, u mon Dieu, vous êtes mon refuge, vous êtes ma gloire, vous êtes Vépanouissement et l'exaltation de mon front. J^ai poussé mes cris vers le Seigneur, et des hauteurs de sa gloire le Seigneur m'a exaucé^. Garde donc le silence, incrédule sans intelligence et sans cœur, qui ne connais pas Dieu et renies sa suavité infinie et son infini amour; tais-toi, rationalisme glacé, cesse ton impie langage : Dieu même nous a parlé, «notre Père qui est dans les cieux» nous a fait foi qu'il nous était accessible, qu'il nous appelait, qu'il nous attendait, et qu'à notre prière il prêterait son oreille et verserait à flots ses bénédictions. Parce qu'il a espéré en moi je le délivrerai : je le protégerai puisquil a connu mon nom. Il criera vers moi, et moi je Vexaucerai'-K Est-ce merveille après cette solennelle promesse que l'enfant de Dieu adresse à son Père les plus confiantes prières ? Qu'il lui dise dans la naïve

» Luc, XI. - 2 Psal. IV. - 3 P.sal. XG.

assurance d'être accueilli et écouté : Seigneur, j' ai crié vers vous parce que vous m'avez exaucé. Seignew\ inclinez vers moi votre oreille ; soyez propice à mes prières. Ce que l'homme réclame de Dieu avec une filiale confiance, Dieu le lui accorde avec une inépuisable bonté 0 Dieu, vous les exauciez tous quand ils vous vivoquaient '.

Cette doctrine générale des Psaumes sur la prière ne nous saurait suffire : entrons avec l'un d'eux, le Psaume V, dans de touchants et instructifs détails. Apprenons-y quelle est la prière d'un enfant de Dieu, scrutons chaque parole sainte, étudions chaque trait, édifions-nous de chacune de ces suaves et profondes révélations.

Comme tout solliciteur , surtout s'il vient à son prince, à son roi, de quelque région lointaine et ignorée, sans autre recommandation que sa détresse, sans autre appui que la voix de sa prière, le fidèle demande avec une humilité confiante audience à son Dieu. C'est là le début et la préparation de la prière. 0 mon Biew prêtez Voreille à mes paroles ; Seigneur, daignez comprendre le cri de mes besoins ! Devenez attentif à la voix de ma prière, ô mon Roi, ô mon Dieu! Que peut craindre un solliciteur en prière ? Trois choses : qu'il ne soit pas écouté; qu'il ne soit pas compris; qu'il ne soit pas agréé. A vrai dire, l'homme doit trembler de frayeur devant ce triple obstacle. Il semble trop juste qu'il ne soit ni entendu, ni compris, ni agréé. Sera-t-il écouté? Mais c'est un imperceptible atome, et son néant le relègue à une incommensurable distance loia de Dieu.

1 Psal. XCVIII.

Ma substance, ô mon Dieu, c'est le néant devant vous. Et encore : 0 mon Dieu, qu'est-ce que Vhomme pour que vous attachiez sur lui votre souvenir ' ? L'objection est terrible si une réponse n'y est pas donnée, le mystère est désespérant s'il reste sans lumière. Mais la l'éponse est faite, la lumière brille : l'homme n'est pas seul quand il prie, il n'est pas laissé à son néant quand, franchissant tous les mondes, il pénètre jusqu'au trône infini des cieux ; il est ennobli par la grâce, il est grandi par le mystère de la filiation divine, il est fait «participant de la nature divine, » il est « de la famille de Dieu. » Quand sur les ailes de la prière l'homme monte jusqu'à Dieu, il n'y monte pas de ses propres forces, il y est porté par la main même du Très-Haut. L'homme est fils quand il prie : le grand et ineffable mystère de l'adoption divine est accompli, la nature humaine a dépouillé son néant originel pour revêtir des splendeurs surnaturelles. S'approchant de Dieu avec une sublime assurance, elle lui dit : « Mon père ! » et Dieu « s'offrant à elle comme un père, » lui répond : « Ma fille! » Que l'incrédule qui ignore et nie ce grand mystère, méconnaisse du même coup la prière chrétienne, s'étonne de son existence et blasphème ses célestes perfections, à la bonne heure ! Pour lui l'homme est un insecte perdu, dont le bourdonnement ne saurait franchir l'immensité. L'incrédule en reste à la question posée par le Psalraiste : Seigneur, qu'est l'homme pour vous en souvenir - ? Il n'en a pas la réponse, et cette réponse, nous autres nous l'avons : 0 Dieu, vous avez comblé Vhomme d'honneur et de {jloirc, vous avez élevé sa batsessc, vous avez transfiguré son néunt^ vous avez

1 Psai. VIII. - ^ Psal, VIIL

fait surgir ce iKiuvrc de la poussière, vous avez élevé cet indigent, de dessus son fumier \ et le voilà devenu votre lils, prince parmi les princes de votre empire. Et quand il parle, père, vous écoutez un fils ; père plein de tendresse, vous ouvrez à un enfant bien-aimé et qui vous aime un cœur inépuisable de dévouement. Dès lors, que nous parle-t-on de bassesse et de néant dans l'homme, d'inaccessible grandeur, d'éloignement infranchissable en Dieu? Que deviennent les autres objections formulées par l'ignorance et le sans cœur du rationalisme? Dieu, qui sait tout, quel besoin a-t-il d'écouter nos demandes pour connaître nos désirs et nos besoins et y pourvoir ? Nul besoin de connaître, mais un besoin immense d'aimer et d'être aimé. Besoin de l'amour : besoin aussi de la sagesse et de la justice. Quel est le père auquel son enfant ne parle pas ? « Si je suis votre père, dit le Seigneur, où est l'honneur que vous me rendez 2. » Objectera-t-on que de telles prières ne peuvent honorer une Majesté infinie ? Mais c'est oublier que cette Majesté est condescendante autant qu'elle est infinie. C'est oublier que le grand dessein de Dieu dans l'Incarnation de son Fils a été « d'amener des enfants à la gloire, « et que ces fils d'adoption une fois créés, ennoblis, déifiés, leur langage est un langage aimé du ciel, et leur prière un encens qui monte jusqu'' au trône de Dieu. Qu'inventera encore une incrédulité sans entrailles ? qu'il est superflu de prier, parce que les décrets de Dieu sont immuables et que le cours des choses ne saurait impunément être interrompu et modilié? Mais qui donc peut fixer à l'infini des limites et lui aL^signcr des ob.stalcs ? Lui, dont le cours des

« P=al. CXII. — ••; Malac.

choses émane, dont les décrets tiennent leur immuable efUcacité, lui n'y peut rien modifier ! lui n'y peut rien suspendre! Il a moins de pouvoir, il est plu? entravé dans son gouvernement que l'homme sa créature ne l'est dans le sien ! Quel père ne fait pas dépendre une mesure ou de rigueur ou de tendresse, de l'obstination ou du repentir de son fils ? Combien de décisions parmi nous, immuables sans la supplication, sont par elles puissamment modifiées? Mais si nier sur la terre la puissance de la supplication devient une négation que l'expérience de tous les jours rend absurde, d'après quelles règles du raisonnement le nier pour Dieu sera-t-il logique, bon sens et vérité ? 7/5 m'ont raconté des fables, ô mon Dieu ^ ! Je laisse ces insensés et leurs difficultés misérables, je continue à scruter les excellences et les grandeurs de la prière. Je vois pourquoi je suis, malgré ma petitesse, écouté et entendu de Dieu. Mais suis-je compris? 0 mon Dieu, il faut bien que non , puisque parfois mes longues et ardentes prières restent sans réponse, mes cris de détresse sans secours. Je prie de toute l'ardeur de mon âme, et je ne suis point exaucé. Mo7i Dieu, mon Dieu, -pourquoi m'avez-vous abandonné? Mon Dieu, je crie vers vous tout le jour, et vous ne m^écoutes pas ; durant, la nuit je crie encore ^, et ma prière reste sans réponse devons. Oh! qui n'a entendu ces plaintes? qui n'a eu à rassurer ces efi'rayants désespoirs ? qui n'a eu devant les yeux de pauvres âmes que brisait le silence pré • sumé de Dieu? 0 mon Dieu, écartez cette douloureuse énigme, nous voulons, ô notre Père, savoir pourquoi nous ne sommes pas toujours exaucés de vous ! Le

i Psal. CXVIII. - 2 psal. XXI.

LLS ENFANTS DE DIEU 2 'il

Psalmiste nous le révèle en un mot : Seigneur, vous m'avez laissé sans réponse, comme restent sans réponse les plaintes de Pinscnsé : NON AD INSIPIENTIA.U MIHI *. Que de fois, dans nos aspirations et nos demandes, nous ne sommes plus pour Dieu que des insensés! que de fois nous demandons sans comprendre, nous réclamons des faveurs contre nos plus chers et nos plus pressants intérêts ! N'est-ce pas à l'une de ces prières insensées que la Sagesse incarnée répondait avec une rigueur miséricordieuse : Ncscitis quid pctatis, « vous ne savez pas ce que vous demandez. » Ils demandaient une place d'honneur dans un royaume terrestre, et Dieu, qui refusait ce hochet à leur enfantine ambition, leur donnait une couronne éternelle et les plongeait dans des honneurs infinis. Ainsi, quand nous ne nous faisons pas comprendre , quand nos prières sont inintelligibles et insensées, l'Esprit-Saint, l'hôte de notre âme, se charge lui-même de prier pour nous, et formule des demandes dignes de lui, de Dieu et de nous. L'Apôtre explique merveilleusement bien le Psalmiste. « L'Esprit-Saint vient en aide à notre infirmité. Dans nos prières nous ignorons ce qu'il nous convient de demander : alors l'Esprit-Saint lui-même se charge de prier pour nous et il le fait avec d'inénarrables gémissements 2. » Ici encore, la crainte fait place à l'assurance, Dieu daignant lui-même formuler nos prières nous sommes toujours compris. Sommesnous toujours agréés ? Etres frappés de la foudre, brisés et mutilés dans une effroyable chute , couverts de plaies, salis de fange, déshonorés sous les stigmates honteux du crime, méritons-nous d'être reçus do Dieu ?

» Psal. XXI. — 2 Hom. vni.

"Z'il LES ENFANTS DE DIEU

Du trône saint d'implacables sentences ne nous condamneront-elles pas à un exil sans merci? Car enfin, c'est « du fond des abîmes que nous crions vers Dieu, » de profimdis clamavi ad te. Et pourtant nous serons toujours accueillis, toujours agréés, toujours amou reusement pressés entre les bras d'un tel père ; le trône de notre Dieu sera toujours « le trône de la miséricorde » et de l'amour. Pourquoi ? Parce que « c'est en Jésus-Christ que nous avons accès auprès du Père ' ; » c'est couverts de ses mérites, revêtus de ses splendeurs, lavés dans son sang, transfigurés dans sa sainteté et dans sa gloire que nous nous présentons à la divine Majesté. Quand une âme se met en prière, c'est un grand et noble spectacle pour les Anges des cieux. La voyant quitter l'exil, s'élever du désert de ce monde, traverser le ciel, dépasser dans son essor les sphères angéliques et ne s'arrêter qu'au pied même du trône de Dieu, ils s'écrient dans les transports de l'admiration : « Qui est celle-ci qui s'élève du désert éblouissante de charmes, appuyée sur son Bien-Aimé ? >» Voilà la prière chrétienne, pure, sainte, immaculée, délicieuse, parce qu'elle monte au ciel appuyée sur le. Bien-Aimé^ sur « Celui en lequel Dieu met toutes ses complaisances. »

Approchons-nous aussi de ce suave et grandiose spectacle. Contemplons la prière d'un enfant de Dieu. jlane astaho tibi cl vidcbo, «Dès l'aube du jour je me ];résenterai, ô mon Dieu, devant vous et je contemplerai. »

Dès Vaube du. jour, des le réveil de la lumière -. C'est l'heure admirablement propice à lu prière. Nous nous

• Rom. — 2 Psal. V.

LES ENFANTS DE DiEU 243

rappelons la mission sublime de l'nommo, d'être, en même temps que le Roi, le Pontife de la nature, l'ùme, l'intelligence de l'univers pour louer Dieu. Être intelligent et aimant, il doit prêter à la création insensible et irraisonnable la mélodie de sa parole et les parfums de son amour. L'univers fait pour l'homme doit par l'homme offrir ses hommages à son Créateur. Or, à l'aube du j'owr, toute la nature se réveille, les deux chantent la gloire de Dieu, les astres le saluent en rentrant dans leurs solitudes, le soleil bondit comme le géant dans la carrière qu'il va parcourir, il sort comme V époux de se couche nupticde \ tous les êtres secouent leur torpeur et renaissent à la lumière, à la vie et à l'amour. L'homme doit les précéder tous, et commencer l'universelle prière qui consacre à Dieu un jour nouveau. Que l'âme est sombre, froide et triste, où le soleil de la prière reste enveloppé et couvert par les brumes d'un lâche sommeil ! Oh ! elle sera mauvaise, cette journée que n'a pas saluée l'hymne du matin ! D'ailleurs, quand donc nous élèverons-nous vers Dieu, si nous ne prenons pas nos ailes dès Vaurore, alors que tout est calme, souriant et serein, que le monde ne réveille pas encore ses tumultes, que les agitations de l'existence ne nous emportent pas encore dans leurs mortels tourbillons? Plus tard, notre âme emportée et oublieuse n'aura plus Dieu devant son regard, son Père sera délaissé, et sa piété filiale sera flétrie. Puis enfin, la prière dès l'aube est la préparation de toute la journée. Durant ce jour, que d'ennemis ! que de dangers ! que d'écueils! que de luttes! quelle imprudence à toi, ô pauvre âme, de t'engagcr sans secours, sans force,

1 Psal. XVIII.

sans vùionLé efficace, dans de si multiples et de si redoutables combats, d'affronter sans viatique un si pénible voyage, d'entreprendre un si laborieux pèlerinage sans avoir demandé « ton pain. » C'est donc dès la première aube du jour, ô mon Dieu, ô mon Père, que ie me présenlerai devant vous K

Et que ferai-je ? Comment me comporter durant ma prière ? 0 mon âme , scrute chaque parole de ton Psaume : chaque parole est un enseignement. Astabo. C'est l'attitude de l'énergie, c'est le signe d'une volonté ferme et vigoureuse. La prière veut l'énergie, elle réclame le courage. Toute [âme molle, toute volonté chancelante, toute attitude voluptueuse devient pour la prière un obstacle dont elle ne triomphe pas. Aborder le Dieu «de la force, » « le Seigneur des vertus, » et ne lui montrer que nonchalance et paresse, l'honorer « du bout de ses lèvres, » lui parler d'une voix expirante et d'un cœur glacé, qu'est-ce sinon outrager sa Majesté sainte et tomber frappé de sa foudre : « maudit soit l'homme qui l'ait l'œuvre de Dieu nonchalamment ! » Astabo tibi, <> je me tiendrai devant VOUS 2. » Devant qui nous tenons-nous dans la prière ? Qui est devant le regard de notre âme ? A qui donnons-nous l'entrée de notre cœur? La prière sainte, la voici. « Quand vous vous disposez à prier, entrez dans votre chambre,» dans la partie la plus solitaire de votre âme, «< fermez la porte, et priez votre Père dans le secret. » Est-ce ainsi que nous prions ? Sommes-nous bien seul à seul avec Dieu ? Pouvons-nous dire à Dieu comme le Psalmiste : astabo tibi, « c'est devant vous, ô mon Dieu, que je me tiendrai » ? Si notre âme est banale, ouverte à la foule,

» Psal. V. - 2 Psal. V.

lt:s enfants di: dieu 245

pleine d'agitation, bruyante et tumultueuse, véritable place publique où tous passent, se réunissent, se pressent désordonnément, que devient notre prière ? où est Dieu ? et nous-mêmes où sommes-nous ?

Mais non, notre prière sera solitaire et sereine, c'est devant Dieu seul que nous nous tiendrons silencieux et recueillis. Et que sera cette prière? 0 mon Dieu dès l'aube du jour je me tiendrai devant vous et je contemplerai. Je contemplerai. L'âme dans la prière est toujours en face de trois objets de sa contemplation. Le premier c'est Dieu même. Dans la prière l'âme monte à Dieu. Durant sa journée tumultueuse elle n'y pensera peutêtre, hélas! presque plus. Mais dans sa prière elle s'élève à lui, et se repose dans sa chaste et vivifiante contemplation. Et que considère-t-elle dans ce Dieu qu'elle contemple? Au ciel, où son vol l'a portée, elle entend l'écho des chants angéliques : «Il est saint! il est saint ! il est saint ! » Tel sera aussi sur la terre l'objet de sa contemplation. Je contemplerai comment vous êtes un Dieu ennemi de l'iniquité. Le méchant n'habitera pas avec vous, les iniques ne subsisteront pas en votre présence *. 0 Dieu, vous êtes comme un feu dévorant, « la flamme ardente vousprécède,''«un brasier enflammé est devant vous, » qui consume toute souillure, qui purifie toute iniquité. Vous approcher, c'est être pur; être en contact avec votre Sainteté infinie, c'est être saint. Deus sanctus et sanctificans.O mon Dieu, je contemplerai coynment vous êtes un Dieu ennemi de Piniquité-, 0 contemplation salutaire ! 0 vivifiante prière ! Dans le monde tout est iniquité, totus in maligno positus ; l'iniquité se montre à nous, s'impose à notre regard sous mille formes diffé-

1 Psal. V. - î Psal. V.

rentes ; nous en subissons malgré nous la mortello influence, notre âme altère au milieu de ces miasmes sa vigueur et sa pureté, elle s'atïaiblit et se défigure à force de contempler de pernicieux spectacles. Dans la prière, le ciel redevient par, l'air est limpide, une chaste lumière tombe sur l'âme jaillie de la sainteté de Dieu. Dieu, qui est la Sainteté par essence, veut la sainteté dans tous ses enfants. Il la veut d'une volonté éternelle et infinie. N'est-ce pas la sainteté qui fait le fond môme du décret auquel nous devons l'existence ? Dieu nous a choisis dans le Christ avant même la création du 'monde pour être devant son regard saints et immaculés dans la charité *. Quelles furent ses œuvres ? En quoi se résument ses extraordinaires opérations et les merveilles de sa puissance ? Pourquoi un Dieu visitant la terre et mourant de la mort des suppliciés ? Pourquoi les sacrements? Pourquoi les préceptes ? Pourquoi les canaux si multiples et si variés de la grâce? Pourquoi cette grâce elle-même ? Dieu n'a qu'un but : faire de nous des saints, ut essemus sancti et immacuîati. 0 âme, médite ces choses, contemple comment ton Dieu est un Dieu ennemi de toute iniquité, comment le méchant n'habitera pas sa demeure, comment les iniques ne pourront subsister devant lui'^; médite ces divines choses; puis, sur le chemin de la vie, par les mille routes du monde, si tu rencontres le vice heureux, le pécheur en bénédiction, l'homme devenu opulent et ne cherchant dans cette opulence que la facilité du crime et les joies sataniques de l'impiété, ne crains pas : ton Dieu est un Dieu ennemi de l'iniquité; attends son heure, demeure paisible et rassurée jusqu'au «jour de sa justice;» alors tu verras la rétribu-

t Euhe.s. — 2 Psal. V.

LES ENFANTS DE DIEU 2l/

tion des pécheurs et comment les pécheurs ne subsisteront pas devant lui. Eux périront, et toi lu demeureras éternellement. Voilà notre contemplation de tous les jours, voilà comment, en songeant à notre vocation et à nos destinées éternelles, nous nous fortifions contre la séduction du vice triomphant et heureux.

Mon Dieu, que contemplerai-je encore? La multitude de vos miséricordes K Ma prière deviendra toujours un chant de reconnaissance, un cantique d'amour. Je méditerai sur la multitude de vos miséricordes. Elles sont bien véritablement multitude. J'en suis enveloppé, j'y suis plongé comme en un océan san^ fond et sans rives : Les miséricordes du, Seigneur ne se peuvent compter, tout en moi est miséricorde, et je ne suis qu'un composJ des dons de Dieu.

Dans ma méditation je n'aurai garde d'oublier la dernière miséricorde, celle qui résume et consomme magnifiquement toutes les autres : 0 mon Dieu, j'entrerai dans votre demeure. Après avoir dit tant de fois sur la terre : « 0 notre Père qui êtes dans les cieux... que votre royaume nous arrive! » un jour les splendeurs de ce royaume s'ouvriront dev-ant moi : quand m'apparaitra votre gloire Je serai rassasié. En attendant,je me tiendrai près de vous sans vous voir, j'irai dans votre saint temple dans le tabernacle que vous habitez au milieu des hommes, et qui me figure et m'annonce votre sanctuaire éblouissant des cieux. Une parole m'a été dite ejui a porté la joie dans mon cœur : nous irons dans la maison de Dieu. Dans votre maison du ciel. Plus tard, j'habiterai dans une joie sans mélange : ici-bas, dans l'exil, au sein des à-àngevs. durant le jour des méchants, je mêlerai à

1 Psal. V.

ma joie des terreurs salutaires : Je vous adorerai dans votre temple pénétré de vos saintes terreurs^

Mais, ne l'oublions pas, la prière est le viatique du voyage, elle est le bouclier de l'ùme contre les traits mortels de ses ennemis. La journée d'un enfant do Dieu est une lutte incessante, 11 lui faut des forces, des larmes, des secours de toute heure. Il les demande dans sa matinale prière et il les obtient. L'âme parle à son Dieu des dangers du monde, des combats qu'elle y soutient, des séductions qui s'y offrent à elle, des persécutions qui l'oppriment, des maux où elle demeure comme plongée et engloutie. Comment éviter tant d'écueils ? Comment suivre, au milieu de tant de précipices, un chemin toujours sûr ? Comment se conserver debout et inébranlable par des routes si glissantes, où les autres tombent par milliers ? Seigneur, menez-moi dans votre justice. A cause de mes ennemis, conduisez-moi sans me perdre un instant des yeux. La vérité n^est pas dans la bouche des gens du monde : leur cœur est vain. C est un sépulcre béant que leurs lèvres, leur langue n'est plus qu''un instrument de fourberies^. Tel est le monde où il me faut vivre, tels sont les ennemis de ma sainteté au milieu desquels je dois me garder pur. Juge-les, ô mon Dieu! Fais leur procès à ces misérables : empêcheles de me nuire et de me perdre avec eux. Ils ont juré la mort de mon âme : tout le jour ils couvriront de pièges mon chemin : déjoue leurs complots, romps leurs trames, sauve-moi de leur iniquité ; qu'ils tombent du faîte de leurs pensées orgueilleuses ! Seigneur, selon la multitude de leurs entreprises impies, chasse-les, puisqu'ils Vont irrité!

1 Psal. V. — 5 Psal. V.

0 mon Dieu, comment finirai-je ma prière, sinon dans un cri de joie, d'espérance, d'amour? Ils vivront dans la joie tous ceux qui mettent en toi leur espérance; éternellement ils tressailliront cle bonheur : tu feras ta demeure au milieu d'eux. Ils mettront en toi leur gloire, ceux qui chérissent ton nom, car tu béniras It* juste. Seigneur, ta volonté miséricordieuse nous couvre comme un bouclier * . Wi^''-'^'

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