LES FORCENÉS
Nous n'avons pas seulement ici à faire la peinture de ces forcenés et à traduire leurs clameurs impies et incendiaires : une seconde étude, plus importante peut-être et en tout cas plus profonde, doit nous amener à découvrir les causes du mal dont nous périssons. Une France révolutionnaire, forcenée, furieuse,travaille à l'heure présente et sous nos yeux à une œuvre d'univcfselle destruction : Dicunt : Ex'manite, exinanite, usquc ad fundamentuni ! «Ils crient: Détruisez! détruisez tout jusqu'aux fondements ! » D'où vient cette France impie et sanguinaire qui s'acharne ainsi au renversement de l'autre, la France honnête, paisible et croyante ? D'où sont nés ces tigres ? D'où sort cette génération incendiaire ? D'où sort-elle ? Qui est coupable de sa naissance maudite ? Qui l'a développée au milieu de nous ? Que saurons-nous, si nous ignorons ce point essentiel ? que ferons-nous autre chose que de pousser sur des
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ruines de? plaintes vaines et de stériles malédictions, si nous ne connaissons pas les vrais coupables et quelles réformes nous peuvent sauver ?
1. — Le- spectacle qu'offre la France, au moment où nous traçons ces lifçnes, est douloureux et effrayant. Comme une victime poursuivie par des assassins et déjà profondément atteinte, elle court, chancelante et épuisée, de désastre en désastre, d'abîme en abîme, appelant au secours, réclamant de toutes parts un sauveur, et ne recevant de tous côtés que des réponses de mort. Cependant ses ennemis se rapprochent, l'entourent, l'assaillent de plus en plus, lui font blessures sur blessures, l'épuisent de sang et de forces, ils crient : détruisez! détruisez tout en elle jusqu'aux fondements ! Pauvre France assassinée ! Elle peut répéter ces déchirantes plaintes de la plus auguste et de la plus divine des douleurs: Ma ruine est tou'e prochaine, parce que je n'ai personne pour me secourir, des troupeaux de bêtes furieuses m'assaillent, des meutes altérées de sang m'environnent : lions ravisseurs et rugissants, ils ouvrent sur moi leur gueule béante. Je m'écoule comme l'eau; tous mes os sont dispersés; mon cœur se fond au-dedans de moi comme la cire devant le feu, ma force s'est desséchée comme le débris d'un vieux vase. L'assemblée des méchants m'obsède, des chiens furieux m'ont assaillie. Ecoutons les aboiements de ces chiens furieux. Pour qui a le courage de prêter l'ouie à ces clameurs des fauves, de recueillir dans leurs discours et leurs écrits les blasphèmes et les menaces qu'ils profèrent tous les jours, de suivre le travail d'iniquité qui ne circule plus seulement dans Vombre, mais qui se montre désormais effrontément au
grand jour, « les oreilles lui tintent, » comme parle l'ÉcriCure, l'épouvante le gagne, il revient navré. Prenons au hasard, dans le tas, notre main ne tombera que sur d'affreuses choses. Qu'est pour ce parti, qui devient immense, qui s'étend sur les masses, conquiert les classes ouvrières, enserre dans ses liens toutes les conditions et toutes les fortunes, qu'est la religion, cette antique amie des peuples, ce berceau de leur enfance, cette éducatrice de leur premier âge et cette splendeur de leur plus brillante prospérité ; la religion, que les peuplades sauvages ne répudient pas, que les peuples antiques, que Rome païenne, que la Grèce dissolue, couvraient de leur vénération, appelaient triomphalement à leurs fêtes, associaient à toutes les phases de l'histoire nationale , qu'est-elle ? Écoutons en frémissant. «« Ce qu'avant tout il faut bien savoir, c'est que les ennemis de l'ordre social ont besoin de renverser la religion pour réorganiser, comme ils l'entendent, la société française. N'oublions pas que le chef en France du positivisme, de l'athéisme et du matérialisme, a prononcé ces oracles: «Un dogme nouveau appelle un état social nouveau... ; un régime nouveau..., une morale, une politique, une religion nouvelles... ^ » « Il se fait aujourd'hui par la science une « régénération radicale, qui, cliangeant toutes les conditions mentales, changera parallèlement toutes les conditions matérielles de la société. » La leçon du maître a été entendue; voici ce (ju'écrivent les disciples : « L'abolition des formes religieuses et des superstitions, la pensée libre, éclairée et positive, la morale iadcpcndautc, ne se réaliseront pas
' Aug, Comte.
forcément parce qu'on aura établi le droit commun pour tous et que les prêtres seront libres. II ne devrait pas même y avoir pour le clergé, si c'était possible en fait, de droit à l'existence *. » « Veut-on savoir quelle est la gloire qui couronne le professeur Michelet? c'est qu'il a voulu arracher au prêtre le cœur de la femme, de l'enfant, et demandé sans relâche que l'Eglise fût chassée de la famille, de l'école et de l'État -. » Ce vœu qui rejette une société par-delà toutes les décadences, qui la fait descendre bien plus bas que les sociétés antiques, qui la relègue derrière toutes les barbaries possibles, ce vœu suscite le cri, universel désormais dans la France révolutionnaire : « Il faut que le catholicisme tombe : ce cri commence à partir du vieux monde et du nouveau ^. » « Il faut que le papisme soit étouffé dans la bouc '*. » « Si le xvi" siècle a arraché la moitié de l'Europe aux chaînes de la Papauté, est-ce trop exiger du xix^ qu'il achève l'œuvre à moitié consommée! ^.>' Comment? « Il faut rendre l'exercice du catholicisme absolument et matériellement impossible, et lui ôter toute espérance de renaître jamais ''. » <• Nous jattachons, » s'écriait naguère un jeune furieux, disciple de ces maîtres, « nous rattachons notre drapeau aux hommes qui proclament le matérialiame. Un homme qui est pour le progrès, est aussi pour la philosophie positiviste et matérialiste. Deux drapeaux divisent le monde. L'un, celui de la réaction et du christianisme ; l'autre, celui du matérialisme et du progrès par la science ^. « Un autre crie brutalement : « Guerre à
1 Brochure : Où aUons-nous ? — ^ Brochure : Où aUo7iS' nous ? — 3 Edgar Quinet. — * Marnix. — ^ Edgai- Quiiict. — • Edgar Quinet, — " Brochure : Où allons-nous ?
Dieu! le progrès est là '. » Un autre : « Il faut crever la VGùte du ciel comme un plafond de papier. » Un autre : « Le catliolicisme est le grand adversaire de lu révolution, c'est à la révolution qu'il appartient de l'anéantir. Mais la révolution ne peut l'accomplir QUE PAR, LA FORCE -, et cette force, elle est à nous, nous vaincrons ! » « Comme socialistes, nous voulons dans l'ordre religieux l'anéantissement de toute religion et de foute Eglise : arriver à la négation de Dieu. Dans l'ordre social nous voulons la suppression de la propriété, l'abolition de l'hérédité -^ » Nous voici bien au cri des ennemis de Dieu dans les Psaumes : Détruisez ! Détruisez tout jusqu''aux fondements. Dira-t-on que ce sont là des clameurs solitaires, sinistres sans doute comme les rugissements de la bête féroce dans la nuit, mais lointaines,mais isolées, que l'on enregistre comme des monstres, mais qu'on ne redoute pas ? Allons donc ! Mais ces atrocités sont répétées le plus naturellement, le plus froidement du monde ; elles forment le fond des convictions populaires de nos villes, elles pénètrent dans nos plus paisibles campagnes, la presse révolutionnaire les répand, comme elle s'en vante, par « des millions d'exemplaires, » c'est un torrent, c'est une mer, c'est un universel et irrésistible envahissement ! Que si l'on dit que le peuple, incapable d'imposer sa doctrine à une société, ne la peut par conséquent mettre en péril, on ne songe pas que derrière le peuple, son instigateur et son guide, la Franc-maçonnerie vomit de ses repaires ces abominables doctrines, en sature les masses, les enivrant de haines contre l'Église, afin de les précipi-
t r.rochui'e : Où allons-nous ? — - Edgar Quiuct. — ^ i>,-q. cLuru : Où allons-nous 'f