‹ Les psaumes, étudiés en vue de la prédication (volume 2)Chapitre 17 sur 30 · T. ILI · texte numérisé non relu

T. ILI

ter ensuite sans obstacle contre la société. Voici, choisies entre raille, les proclamations des loges : « Quand la religion chrétienne serait encore dégagée de ce sacerdoce brutal, de ses plates momeries et de son inquisition scandaleuse, comme elle n'en serait pas plus vraie, elle ne serait point de rigueur ; les gens instruits ne lui devraient jamais que le respect extérieur, et laisseraient au vulgaire ces bas motifs d'être vertueux, ces peines et récompenses et cette éternité chimérique de bonheur ou de malheur. » << Le bonheur de tous nous impose l'obligation de combattre le fléau de l'espèce humaine, la supcrst'Uion (lisez le catholicisme) et de lui substituer le code sublime de la morale et de la nature '. » « Une grande mission est confiée aux maçons, celle de déraciner les préjugés anciens, de combattre l'obscurantisme, de dévoiler au peuple crédule et trompé, les perfides menées des jésuites et des paulistes, de l'arracher aux mains de ces rétrogrades pour le faire entrer dans la voie du progrès et le moraliser par l'instruction, de proclamer la foi maçonnique, de tenir son drapeau haut et ferme. En vain les fils des ténèbres cherchent-ils à l'abattre; la lutte de ceux-ci et des apôtres de la lumière ne saurait être de longue durée : » Pourquoi ? quels sont dono les plans de nos ennemis? Si nous résistons comms notre droit nous le permet et notre devoir nous le commande, comment la lutte sera-t-ellc « de courte durée ? » Le langage des Loges est généralement mesuré et prudent, pas assez néanmoins pour qu'on n'y découvre pas la pointe homicide du glaive : leurs discours sont adciids, mais leur langue est un glaive 2, Il est difficile

* Di::ours prononcù ù la lojc de Liôp;c. — 2 Psal. LVII.

que le tigre étouffe toujours son rugissement. Quand on remet aux adeptes un poignard comme symbole de jcur œuvre, on leur dit : « Cette arme, au moral, rappelle aux grands élus qu'ils doivent continuellement travailler à combattre et détruire les préjugés, l'ignorance et la superstition'.» L'arme «au moral » est pure hypocrisie, le poignard « au physique » est parfaitement entendu dans les Loges. Si les Maîtres enveloppent de mystères, leurs vues homicides, les enfants terribles de la révolution ne trahissent que trop clairement les trames sanglantes ourdies dans le secret. On traînera le christianisme « dans la boue» ; mais, l'heure venue des coups de main et des tentatives forcenées, on lâchera sur lui une populace abrutie et abusée et on l'étouirera « dans le sang. » «r Les jeunes gens de nos jours ont presque abandonné la politique. Ce n'est pas ce qui se

faisait jadis à Rome et dans Athènes De môme que

nous avons vu à une époque fameuse, où nous devons chercher des modèles de vie politique et de caractère, les Danton, les Saint-Just, les Camille Desmoulins, les Marat^se, lancer courageusement sur le terrain des révolutions, la France, cette reine du monde, se réveillera, et je ne veux pas qu'on apporte ici voilé de deuil le drapeau de celle qui a été à la tête du monde, je veux qu'on apporte ici le drapeau quia été ccl-ui de tous les démocrates français : le drapeau rouge. On nous prêche la tolérance : pas de tolérance ! S'il est besoin de guillotine, nous ne reculerons pas. Si la propriété résiste à la Révolution, il faut par décrets du peuple anéantir la propriété. Si la bourgeoisie résiste, il faut tuer la bourgeoisie 2. » Une autre voix couvre la précédente : « On

1 Le F.". Ragon. — - Discours au Congrès de Liège.

*Ji LES EX.NI'.MIS Di: DIL'U

a parle de gaillotiae : nous ne voulons quo renverser les obstacles ; si cent mille tètes font obstacle, qu'elles tombent ' ! » La plume révolutionnaire est pour les masses ce que sa sanglante éloquence e.-^t pour les clubs et les congres. Dans tout le peuple se répandent des propositions telles que celles-ci : « Que la jeunesse se l'éunisse et que, par une manifestation éclatante, elle montre toute son horreur pour les doctrines du clergé. » " Tout ce qu'approuve l'Eglise est mauvais : tout ce qu'elle condamne est bon -. » « Aujourd'imi, comme toujours, s'écrie un révolutionnaire, le grand obstacle, le péril suprême, c'est le cléricalisme. » Ce qui importe surtout, c'est d'ameuter le peuple contre l'Église. <- Le paysan, écrivent les plumes révolutionnaires, n'a qu'à ouvrir les yeux pour voir que le cléricalisme est le centre de tous les mauvais desseins. •> «Tout lioinmo né sur cette terre, devrait mettre la main au pavé des rues et se venger sur ces misérables hypocrites à soutane noire. > Quand ces lâches excitations ont prévalu, quand le peuple est saturé de préjugés et de haines, quand ces flots sanglants mugissent et que la tempête gronde, les chefs se retirent, la populace entre en lice, le sang coule et les ruines s'amoncellent. On commencc par des discours, puis le peuple, « ce grand logicien, » conclut par des coups de couteau. Seigneur, hdle tes pas vers les ruines: rcnncmi a tout décasié dans ton sanctuaire. Tes adversaires ont poussé d'insolentes clameurs au sein de tes assemblées. Ils ont éri/jé leurs sinv.ilncres en trophées. On les a vus, pareils aux bûcherons q,ii fendent à coups de hache les arbres de la forêt, on les a vus briser à l'envi les sculptures du temple avec la doloirs et le marteau, lis

* Dis.'ours au Cougrcs du Liô/e. — - Les Lieux co.ninuns.

ont livré tnn sanctuaire aux flar.vncs, ils ont commis toutes sortes d'excès dans la demeure de ton nom. Ils ont dit dans leur cœur : Opprimons- les de concert. Ils ont incendié sur la terre tous les lieux consacres au Seigneur *.

Ce délire renferme tout un mystère d'iniquité, ces fureurs cachent un abîme : un peuple n'en vient pas de suite ni du premier coup à briser ses christs età incendier ses sanctuaires; un travail cl iniquité a. dû. circuler dans ses rangs : il a fallu que des négations audacieuses renversassent en lui la croyance, avant que lui-même songeât à jeter bas la religion. Ce que les siècles païens n'ont pas vu, nous l'avons contemplé : des voix, non pas isolées, mais nombreuses, mais accréditées, parties des chaires de l'enseignement et des hauteurs de la science, ont fait entendre cette parole qu'un peuple ne prononce

» Psal. LXXIII. — Veut-on le vivant commonlaire du Psalmiste ? Voici les alfreuses paroles qu'a entendues tout dernièrement la France, les hideuses excitations dont le peuple a été abreuvé : «Le christianisme doit disparaître du monde civilisé, il a fait son temps et accompli sa tâche sanglante. Citoyens, soyez sérieux, ne croyez pas aux êtres surnaturels ; toutes ces machines font rire de pitié et de mépris. C'est pour entretenir le fanatisme et faire devons des soldats féroces prêts à marcher dans les grandes boucheries humaines. Est-ce que votre raison ne vous dit pas : TUE-LES ? Les prêtres disent qu'à Dieu seul appartient la vengeance : ils mentent ! La vengeance appartient à celui qui souffre. » « Le mal occasionné par le clergé demeure impuni : Sus aux prêtres catholiques ! Les forteresses de la superstition, du fanatisme, s'appellent couvents, monastères, séminaires, grands et petits, presbytères, chapelles, sanctuaires. églises cathédrales. Tous ces antres de la théocratie, toutes ces pagodes catlioliqucs doivent disparaître ; nous ne devons pas

j.imais sans périr : l'insensé a dit dans son cœur : Dieu n'est pas! Oui, ce cri d'un inexplicable délire a été entendu : celte négation qui, si elle ne partait du cœur et de la région des sens, supposerait l'extinction complète de la raison, a été audacieusement opposée à la croyance vénérable de tous les siècles et aux plus inex. tinguibles clartés de l'évidence. Hélas ! continuons à scruter l'heure présente, achevons l'inventaire de ses folies, prétons une oreille attristée aux clameurs d'une impiété qui ne connaît plus même les limites de l'extravagance ! « Il faut que nous renversions dérinitivement Dieu, si nous voulons relever l'humanité. » {Politique positive.) « Aujourd'hui, par le progrès continu de la science qui ramène l'esprit humain aux réalités concrètes, aux faits d'expérience, l'idée de Dieu commence à se défaire, et déjà, comme les rois, les cultes s'en vont. »

souffrir, nous les ennemis du catholicisme, qu'une de ses basiliques se dresse sur la terre pour menacer nos croyances philosophiques. Brûlons les emblèmes de l'idolâtrie romaine, confessionnaux, croix et bannières, statues et images, missels, scapulaires, amulettes et reliquaires ; détruisons de fond en comble couvents, monastères, séminaires, presbytères, chapelles, sanctuaires, églises et cathédrales. L'œuvre de justice ne devra pas souffrir de retard pour son accomplissement Dans le mémo jour où le peuple sera victorieux, il devra procéder à l'embrasement des repaires du fanatisme dans les villes et dans les campagnes, sur tous les points à la fois. Voici de quelle manière, peuple, il faut opérer pour détruire les forteresses de la superstition. A l'intérieur des monuments tu placeras un lit de paille, de poutres, de débris de bois ; sur ces matériaux tu auras soin de disposer, à des intervalles de cinq ou six mètres, des barils de pétrole, d'huile, de goudron, d'essences ou d'alcool, ou tout ce que tu auras à la disposition pour alimenter l'incendie. »

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iLa Science H la Conscience, \)a.g. 108.) « L'idée de Diea est déjà bien ébranlée, il faut lui porter les derniers coups. » {Bibliothèque démocratique, n° 2'i.) « Rejetons très-résolùment tout ce qui est divin. Nous sommes sur la terre, n'aspirons point au ciel. » « Notre logique se refuse d'admettre un être suprême, fait monstrueux, en dehors de l'humanité. Dél)arrassonsnous de ce fantôme de nos misères passées et pré' sentes. Avec le dernier prêtre disparaîtra le dernier vestige d'abrutissement et d'erreurs. » (Extrait de VAmi du Peuple.)

Arrivé à cette conclusion suprême, plongé dans les ténèbres de cet abîme, l'athée semble possédé par les furies. « Les blasphèmes gonflent son cœur, étouffent sa gorge, brûlent ses lèvres, il s'épuise à les multiplier, comme s'il espérait qu'en les entassant de la sorte il pourra atteindre jusqu'au trône de Dieu ; mais bientôt il reconnaît avec toute la rage de l'orgueil vaincu qu'au lieu de le porter en haut comme sur des ailes, ils l'entraînent, retombant comme un poids dans l'abîmo qui est leur centre. Sa langue n'a plus alors que des paroles sarcastiques ou hautaines, desexpressionsiignobles ou emportées, tout son discours est d'un frénétique . « A quoi sert d'adorer ce fantôme de divinité, et que nous veut-il encore par cette cohue d'inspirés qui

Sans doute c'est là une crudité et une grossièreté de fui pur à l'usage du peuple. Les délicats sous-entendent les choses, mais i/indiquent pas d'autre terme ni d'autres moyens. « Ne perdons i.as notre temps à convaincre nos adversaires : nous croyons avoir raison, cela suflit. Non, si les libéraux veulent sauver leur pays et leurs idées, il faut qu'ils recourent à des moyens plus énergiques. » (Extraits de la Gazette de Liège, cités par le Bien public de Gand, 23 fév. I8T6.J

nous poursuivent de leurs sermons ?» — Là il laisse tomber ces paroles cyniques : « Diea ! Je ne connais point de Dieu : c'est encore du mysticisme. Commencez i:ar rayer ce mot de vos discours, si vous voulez que je vous écoute. Car trois mille ans d'expérience me l'ont appris, quiconque me parle de Dieu en veut à ma liberté ou à ma bourse. Combien me devez-vous? Combien vous dois-je? voilà ma religion et mon Dieu. » Puis au paroxysme de la rage : < Et moi je dis : le premier devoir de l'homme intelligent et libre est de chasser incessamment l'idée de Dieu de son esprit et de sa conscience, car Dieu, s'il existe, est essentiellement hostile à notre nature, et nous ne relevons aucunement de son autorité. De quel droit Dieu me dirait-il encore : Sois saint parce que je suis saint; esprit menteur, lui répondrai-je, Dieu imbécile, ton règne est fini. Tu triomphais et personne n'osait te contredire. Nous étions comme des néants devant ta majesté invisible, à qui nous donnions le ciel pour dais et la terre pour escabeau. Et maintenant le voilà détrôné et brisé. Ton nom, si longtemps le dernier mot du savant, la sanction du juge, la force du prince, l'espoir du pauvre, le refuge du coupable repentant, eh bien ! ce no.m incommunicable, désormais voué au mépris et à l'anathème, sera sifflé parmi les hommes ^ » Notre plume tremble en écrivant ces épouvantables lignes ; il les faut écrire pourtant ! Il le' faut, afin que nous sachions jusqu'à quel point une portion considérable de notre société est malade ; il le faut surtout pour appuyer l'ac-

1 Systèmes des contradictions économiques , édition de 1851, tom. I, chap. viir, pag. 3S3. Gilé par Donozo Corlès, OEavres, tom. m, pag. '2'jy.

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cusation que nous aurons tout à l'heure à produire, lo procès que nous aurons à intenter contre les premiers et les plus vrais coupables de ces infamies. Mais continuons, La route est rude, mais cette investigation est indispensable.

Que reste-t-il de l'homme quand on le sépare vio'cmment de Dieu? que reste-t-il de la fleur quand oa l'arrache à sa tige? une herbe fanée et morte, qui se dessèche et pourrit. Après avoir poursuivi Dieu de leurs blasphèmes, ils reviennent à l'homme pour anéantir en lui ce qui fait sa grandeur, ravager ses nobles destinées, le dépouiller de son patrimoine et de ses gloires, et le jeter nu, mutilé et sanglant aux pourritures de la mort et aux vers du tombeau. Les misérables ! Ils aimeront mieux nous faire fils du singe que de nous laisser dire avec la foi des âges : « Tsotrc Père, qui êtes dans les deux. » Qu'est-ce que l'àme ? Ils répondent cyniquement : « L'âme est l'ensemble des fonctions de l'être animé, la résultante de l'organisme.» « Ce que j'appelle esprit c'est la matière organisée, vivante, pensante, en opposition avec la matière inorganique. » Un livre circule intitulé Catéchisme du libre lienscur. On y pose cette question : « L'homme a-t-il une âme ? — Comme tous les autres animaux, l'homme est pourvu d'un cerveau.... Le cerveau est organisé pour penser comme l'estomac l'est pour digérer. » Après avoir nié Dieu, il était juste d'anéantir la plus noble partie de l'homme. Dieu n'est pas et l'homme, venu l'on ne sait d'où, est une brute sans âme. Qui ne se rappellerait la parole du Psalmiste: Leur bouche clcfïe les deux, et leur langue dévaste la terre; et ces autres: Quand l'homme fut comblé d'honneurs, il ne le sut point comprendre, il se mit au niveau de la brute

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sans raison et devint son semblable '. Elles retentissent encore à l'indignation de tout ce qui reste en France d'honnête et d'intelligent, ces paroles tombées du haut d'une chaire publique: «Il n'y a pas de différence entre l'homme et l'animal. L'intelligence est un phénomène purement cérébral, la preuve c'est qu'elle est en raison directe de la masse encéphalique. On n'a encore émis que deux arguments contre l'identité de l'homme et de l'animal. On a dit que l'animal n'avait pas de libre arbitre et qu'il n'était pas perfectible. Mais l'animal a positivement un libre arbitre. On n'admet la supériorité intellectuelle de l'homme et de l'animal que parce que l'on compare les extrêmes ; mais en se tenant dans la moyenne, on arrive à une conclusion toute diflerente Ainsi un orang-outang est plus intelligent qu'un naturel de la terre de Van-Diémen ^. »

Quelle hideuse ruine pleine de fange, de pourriture, de boue et de sang ! Voilà les crimes légitimés, les vertus anéanties, les héroïsmes dev-enus des non-sens, les dévouements des absurdités. De quel droit couvrezvous de votre indignation le traître et le parricide ? Qui vous donne la puissance de juger les crimes et de les frapper ? Qui est coupable sans que l'intelligence conçoive, la liberté permette, la volonté exécute ? Et si l'homme n'est plus qu'une machine, où la pensée est al simple sécrétion du cerveau, où la volonté, le libre arbitre et la conscience ne sont plus que des formules vides de sens, comment l'homme sera-t-il coupable des crimes qu'il commet ? Aussi porte-t-on jusque-là le cynisme de l'extravagance. En présence d'un crime odieux, commis par un jeune lycéen, voici ce qu'osa

' Psal. XLVIII. - 2 Cili' par la G'.cdle du Midi.

écrire une plume éhontée. «Celte affaire soulève une fois de plus la grave question de Virresponsabilité des criminels. Nous ne nous attarderons pas quant à nous, à réfuter de nouveau la théorie incompréhensible du libre arbitre, à démontrer que cette prétendue liberté philosophique, tant prônée par les spiritualistes, n'est qu'un vain mot. Nous reconnaissons avec la science que la volonté de l'homme dépend d'une foule de causes extérieures, qu'un homme n'est pas coupable lorsqu'il commet un acte que réprouve notre conscience, mais que rend inévitable son organisation physique ou morale, et nous proclamons que cet homme ne peut être puni pour cet acte, qu'il n'y a pas de coupables, qu'il n'y a que des ignorants et des malades '. »

S'il n'y a ni bien ni mal, ni crime ni vertu, si l'homme est un animal, il périt comme l'animal, sa destinée est de pourrir dans une tombe. La voix du genre humain qui prolonge ses échos dans une autre vie est une voix mensongère ; tous les siècles, tous les peuples, toutes les générations qui en ont appelé do cette vie à une autre existence, ont été le jouet d'une illusion ridicule : le vrai c'est que l'homme, fils et frère du singe, « moins intelligent que l'orang-outang, » périt comme la bête, après avoir, comme elle, vécu et agi ! Écoutons le désolant langage de l'homme le plus accrédité dans nos écoles de l'Etat, l'homme dont les œuvres sont répandues dans toute la jeunesse universitaire. « L'opinion concernant 1a perpétuité des individus après la mort, quels aue soient les préjugés ordinaires là-dessus, ne fait pas partie de l'idée religieuse. Cette croyance qui pouvait êtra vraie, ne s'est pas

» T.fis Droits do l'iiorama : Univers, 23 avril 1876.

trouvée telle. I.a science n'a pu constater un fait quelconque de vie après la mort. Tel est le résultat de la longue critique que la science a exercée '. » Malheureux ! Il ne se contente pas d'opposer à la croyance du genre humain tout entier la futile affirmation de sa prétendue science ; il a le triste courage de faire planer sa désolante doctrine sur les plus poignantes douleurs dont le cœur est brisé ici-bas ! « A ceci nul remède ; il faut laisser saigner la plaie et couler les larmes 2. »

Voilà l'homme tel qu'il sort désormais du creuset révolutionnaire: être monstrueux, chaos inexplicable, moins bien doté que l'animal qui le sert, moins doué des qualités que semble réclamer son existence, moins en mesure de remplir ce qu'il croirait être sa destinée. Son intelligence n'est quun rayon trompeur, une lueur qui vacille dans la nuit, un astre qui fuit dans l'espace et s'y éteint. On le croirait libre, mais en réalité il l'est moins que l'animal livré à ses inspirations et à ses instincts ; il est plus que lui tyrannisé par sa nature intime, et plus froissé au dehors par les mille oppi^essions de l'existence. D'ailleurs, juste ou criminel, monstre ou saint, ses actes sont le jeu fatal d'une machine qui fonctionne sans en avoir conscience et qui broie sans le savoir. Ignoble issue de nos folies contemporaines ! L'impiété moderne a trouvé le secret de rendre l'expression des Psaumes trop faible; David, en assignant comme place au pécheur « le niveau des bétes sans intelligence, » n'a pas pour nos impies du moment la tîétrissure qui leur convient : Vhomme, alors que Dieu le comblait d'honneur, ne Va pas compris ; il s^cst mis aii, niveau des bêtes sans raison et est devenu leur émule. Non!

1 LitU'é, Positiiisme. — - Lillré, Posilivisme.

L'homme est plus bas, dans un abîme plus sombre, dans une fange plus innomée. Privé de l'intelligence qu'il tient de son créateur et par laquelle il règne sur la création toute entière, l'homme descend plus bas que la brute, il n'a pas, pour se retenir, l'instinct de l'animal ot cette sorte de modération instinctive qui empêche la bête de franchir les limites que sa destinée et ses fonctions lui imposent. L'homme n'est pas !'« émule » de la brute, ni son semblable, l'homme démérite de l'animal même ! Notre haute philosophie, nos professeurs émérites, nos sommités savantes, font de l'homme un singe perfectionné. Vous avez tort, profonds esprits ! Votre coup d'œil est en défaut, votre analyse se trouve courte et timide: l'homme, tel qu'il est devenu vôtre et vous appartient, n'est pas le singe perfectionné, mais le singe perverti et dégradé. Si nous sommes une race simienne, elle est en décadence, et nous n'en avons plus sous les yeux que de honteux débris. On peut douter que le dossier judiciaire d'un singe laissé aux honnêtetés de sa nature et aux droitures de son instinct, reproduise les hideuses histoires de nos cours d'assises: un singe sera plus honnête homme qu'eux tous l Et qui arrête désormais le crime sur la pente qu'il descend avec une si effrayante rapidité? Plus de Dieu, plus de vertu, plus d'âme, plus de conscience, plus de bien ni de mal, de peine ou de récompense, ni d'enfer, ni deciel, ni d'avenir, nid'éternité, ni de but, de terme, de sanction à l'existence, ni de bonheur à attendre derrière la tombe, ni de châtiments à redouter des mystères de l'avenir. ..Mais alors que restet-il? Deux choses: la jouissance matérielle, un désir effréné de se l'acquérir, une haine implacable contre qui nous en prive ou seulement en jouit sous le regard désespéré de notre dénuement. 0 homme, soit désor-

mais la bête rngis?ante, le lion tapi dans son g?iî?'c, épiant sa proie pour se ruer sur elle et la dévorer ! Mais non ! sois plus sauvage qu'elle, plus rugissant, plus haineux, plus implacable, plus ivre de sang. Gorgée de pâture, lu bête s'endormira contente. Quant à toi, ta rage ne s'endormira jamais, tes convoitises seront éternelles, et avec \es convoitises les complots meurtriers pour les assouvir ! Voilà notre démagogie contemporaine; voilà le peuple sans Dieu, sans espérance, sans avenir, sans destinée divine,sans même désormais d'intelligence pour comprendre cette destinée comme sans cœur pour la conquérir. Pauvre peuple en ruine ! Comment rendre compte de cet abaissement ? Comment analyser cette décomposition hideuse? Comment scruter ces incurables plaies? La noblesse de l'homme ici-bas est d'appeler Dieu son père, le ciel sa patrie, l'immortalité son domaine; le peuple sans Dieu jette sur ces vénérables et divines choses le regard creux de l'idiot et le rire de l'insensé. Dans les nations neuves et croyantes, le devoir, toujours sacré, toujours inviolable, occupe dans les idées et les sentiments im trône au pied duquel tous s'inclinent avec un égal respect. Parlez donc de devoir à notre démagogie radicale ! La vertu pour elle est un mot vide, le devoir une sottise, le dévouement une duperie. Qu'est le devoir pour celui qui nie sa conscience, et qui dans son âme ne voit que le jeu momentané d'organes en mouvement ? Une société vivante est posée sur des principes, elle puise dans ce sol immortel la sève dont elle s'alimente et se perpétue ; celle qui meurt ne connaît d'autre loi que le désordre, d'autre principe que la convoitise, d'autre vœu que la révolution. Le révolutionnaire veut détruire, c'est l'homme du sépulcre; comme ces démoniaques de l'Evangile, il ne se plaît que parmi les

tombeaux. Tout ce qui vit l'irrite, tout ce qui est debout excite sa jalousie et sollicite son marteau destructeur. Par une dérision amère, ces hommes qui travaillent avec une activité fiévreuse au renversement de la société, se font appeler architectes et maçons ! Leurs emblèmes sont : la truelle, le cordeau et l'équerre ; un seul leur convient, un seul exprime parfaitement leurs desseins et leur œuvre : c'est l'emblème de la pioche et du marteau. Les misérables ! ils ont tout renversé! Leur pioche sacrilège a miné les fondements des croyances religieuses dans notre France infortunée. Ils ont déchristianisé le peuple, en même temps qu'ils corrompaient l'élite de la société. Tout est tombé sous les coups furieux de leur marteau; ils ont dévasté la famille, ils ont ruiné la patrie. Principes sociaux, idées saines, sentiments nobles et généreux, prospérité grande et pure, fécondité de la vertu,tranquillité et sécurité communes dans l'obéissance de chacun au devoir Jours de joie et de triomphe, allégresse et puissance de la patrie : ils ont tout dévasté, tout gît à terre parmi les ruines déjà amoncelées, en face des terreurs d'un prochain avenir. Et tel est, dans ces générations sceptiques et desséchées, l'aveuglement de l'esprit et l'atonie du cœur, qu'elles n'ont plus en rien la perception de ce qui est pur, noble et saint. Elles vivent d'illusions et d'extravagance, et ne se complaisent plus que dans des rêves de mort. — Une question nous reste à poser : la plus solennelle, la plus formidable et aussi la plus décisive de toutes celles qui seront à jamais posées; Qui a fait cette France révolutionnaire ?

II. — Oui, qui l'a faite ? Qui a fait cette génération sans Dieu, ce peuple qui se rit de ce que les peuples de

tous les siècles ont eu d'inviolable et de sacré? Qui répudie ce dont les nations vivent : religion, famille, patrie, traditions nationales, respect des principes, amour du devoir ? D"où partent ces voix qui blasphèniont ? D'où surgit cette foule qui insulte Dieu et le bon sens ? Il y a de tout dans ces bandes de démolisseurs. Les lettrés y forment un appoint considérable, la jeunesse y fournit un large contingent, le prolétariat y revendique en hurlant la liquidation universelle. Comment la richesse applaudit-elle à cette clameur de renversement et de ruine ? Si le peuple se montre dénué absolument de logique et de sens, comment le penseur professe-t-il les mêmes théories extravagantes ? D'ailleurs, comment expliquer l'étendue, l'effrayante propagation de l'erreur, le nombre toujours grossissant, depuis près d'un siècle, de cette armée en campagne contre la religion et la société ? Qui a soufrté ces aspirations dévastatrices ? Qui a montré io progrès dans la ruine, l'avenir dans la destruction, l'immobilité de la conquête dans la terre remuée et mouvante des tombeaux ? Qui a fait ces lugubres choses ?

Oh ! nous le demandons, la douleur et l'anxiété dans l'âme, nous le demandons, l'indignation dans le cœur : (lui les a faites ? La victime est gisante sous nos yeux, son meurtrier où est-il ? Nous voulons savoir qui a commis ce crime, le plus grand des crimes, d'empoisonner et de déformer tout un peuple, de le rendre nonseulement inapte aux grandes et fortes choses, mais môme incapable de se procurer la sécurité d'aujourd'hui et l'espérance de demain ? Qui nous a créé noire France informe et ténébreuse, mélange navrant d'impiété et de sottise, de perversité ec -le. lélonie? Qui rem-

plit nos assemblées délibérantes de cris de désordre et d'extravagantes clameurs ? Qui fait franchir ces seuils vénérables à ceux qui ne méditent que l'abaissement et la ruine de la patrie ? Qui a fait descendre dans la rue une plèbe incendiaire qui appelle de ses vœux sanglants le jour où « cent mille têtes tomberont ^ ? »

Nous avons besoin de savoir d'où nous viennent nos ruines et de connaître qui nous tue. Nous le demandons au nom de la Patrie. La France n'a-t-elle pas reçu des blessures, et poussera-t-on la folie jusqu'à nier ses plaies saignantes et la fragilité de sa fortune d'aujourd'hui? Qui ignore les divisions qui l'affaiblissent, les tentatives forcenées qui la poussent vers la guerre civile, les pusillanimités plus dangereuses qui la trahissent, les illusions qui paralysent les plus nécessaires concours, et tournent les auxiliaires les plus naturels en autant de pernicieux obstacles ? Qui ne reconnaît l'effrayante disette de principes dont nous périssons, misérablement affaiblis et exténués? La révolution, sous nos yeux-^ avec une audace de moins en moins dissimulée, commet deux grands crimes : au dedans, elle corrompt les masses, étouffe le patriotisme, sème les divisions, entretient le désordre, rend impossible autant qu'elle le peut toute réorganisation puissante de nos forces brisées et gisantes ; au dehors, elle bat des mains à nos désastres et s'allie avec tous nos ennemis. S'il restait dans nos veines quelques gouttes encore de l'ancien sang français, l'indignation nous ferait bondir contre ces traîtres qui trouvaient naguère qu'un triomphe de la révolution valait bien la perte de nos provinces, et qui, devant la patrie mutilée et sanglante, ne se

> ConKi'ès de Liège.

tentaient inontor au cœur qu'une joie sacrilège et aux lèvres que d'abominables félicitations. Cette traiiison d'une partie considérable de la presse révolu - Lionnairo, peut-elle être un secret encore pour qui Cl suivi nos événements contemporains du plus rapide regard ' ?0r, nous posons notre interrogation terrible? Qui a fait ces traîtres ? Qui a assez tué dans les ânaes d'un grand nombre l'amour de la patrie, pour que notre

1 La Franc- maronnerio ne s'en cache plus; elle ne dissimule plus que son but est d'éteindre dans les âmes le senti menl de la patrie, d'i^toufTer dans les rêves d'une république vuiiverselle l'amour et le dévouement aux nationalités. «( Il serait grandement à désirer qu'il y eût dans chaque État des hommes dépouillés de nationalité, qui sachent bien à quelle limite le patriotisme cesse d'è!.re une vertu. » « Je me figure les francs-maçons comme des gens qui ont pris sur eux la charge de travailler contre les maux inévitables de l'État. » fLESSiNG.} « La Franc-maçonnerie, dit Frapolli, aspire à absorber la société humaine tout entière, et cela, en faisant disparaître tout intérêt politique et religieux. » Quelle est la conséquence do cette doctrine ? Ne plus connaître de patrie ; ne plus défendre son sol natal contre les agressions injustes ; livrer sa plumo aux ennemis pour trahir au profit d'une révolution cosmopolite, la cause la plus sacrée et la plus chère d'une patrie en 'détresse. Chaque jour la partie révolutionnaire de la presse française so fait rauxiliaire dévoué de nos plus mortels ennemis. Dès 1848 le franc-maçon Lamartine faisait ce formidable aveu : « J'ai la conviction que c'est du sein de la Franc-maçonnerie qu'ont jailli les grandes idées qui ont jeté les fondements des révolutions de 1789, de 1830 et de 1848. » Dans nos désastres de 1871, l'attitude de la presse révolutionnaire française fait bondir tout cœur honnête d'indignation. Elle travaille ouvertement au triomphe de nos ennemis : elle est vendue à l'Allemagne, elle livre la ];alric pour es deniers de Judas. Cette accusation est grave,

sol de France germe, sous le soleil commun, avec l'im- |)unité de tous, de pareilles félonies ? Qui a mis en notre sein cette génération de vipères, generatio mperarum ?

Nous le demandons au nom de la famille. Ah ! la famille ! chose sacrée, chose délicate, incomparable trésor, ressource, force, richesse d'une patrie. Eux, (lu'en ont-ils fait? Qu'ont-ils fait du père de famille ? Après lui avoir ravi sa foi et l'honneur de sa royauté,

mais plus graves encore sont les preuves sur lesquelles cetlo accusation est fondée. Dès novembre 1866, alors que se préparaient déjà les événements qui nous furent si funestes en 1871, le conseiller intime Wagener déclarait en pleine Chambre prussienne, que la somme de 31,000 écus ne suffisait pas à Vcnlralnemenl que la Prusse comptait exercer sur la presse étrangère. Au Reichstag, du 18 décembre 1874, M. Windhorst s'exprimait ainsi : « Même à l'étranger notre argent a su se faire des officieux, quand la crainte que nous inspirons n'a pas su se faire des muets. Nous avons ce que l'on appelle le bureau de la presse avec deux subdivisions, l'une pour l'intérieur et l'autre pour y étranger. » Voici plus solennel encore:» Le principal entremetteur entre la presse démocratique et progressiste française et la jiresse allemande, est un certain Simon Deutsch (juif allemand très-connu), qui fournissait déjà sous l'Empire de l'argent au parti radical. Pendant la guerre, Deutsch était à Vienne, oîi il faisait de la propagande française. Retourné à Paris en février 1871, il était l'un des membres les plus actifs de l'Internationale, conseiller de la Commune... Il est associé de la République française pour la somme de 50,000 francs, a (Rapport de M. d'Arnim sur la presse radicale française et allemande, Paris, le 2 décembre \Kii.)

« En ce qui concerne le nommé Haefner, je dois ajouter qu'il est aussi le correspondant des Nouvelles de Hambourg et du Uund de Berne, et que ses articles sont entièrement inspirés par Gambettu. » ^Rapport de M. d'Arniai.)

ils l'ont jeté aux vents do la dissolution, ils l'ont dépouillé de sa pourpre vénérable et l'ont revêtu de vices que l'on ne nomme point. Ces déserteurs des devoirs domestiques, ces froids et éf}çoïstes traîtres de la paternité chrétienne, si grande, si noble, si sainte, si féconde, qui les a fait surgir ? Qui a désolé le foyer de la famille du spectacle de l'incroyance et de la souillure du vice ?

Njus le demandons au nom des âmes. L'ùme tuée, que reste-t-il dans l'homme ? Quand l'homme a affirmé qu'il n'était qu'un animal, venu on ne sait d'où, destiné on ne sait à quoi ; quand tout ce qui a nom conscience, devoir, honneur, espérance, destinée immortelle, vie d'outre -tombe, s'est effeuillé au souffle glacial de l'incroyance ; quand il ne reste plus de la créature sortie si radieuse et si grande des mains divines qu'un je ne sais quoi qui naît pour mourir, dont la seule espérance est le néant et la seule patrie le tombeau, quand tout ce qui fait la noblesse de l'homme gît à terre comme une ruine, que sera l'homme encore durant les jours de sa fugitive existence? Quels devoirs regarderat-il comme les siens ? Ou plutôt quels devoirs ne répudiel'a-t-il pas comme des chimères ou d'injustes fardeaux? Oh ! alors dépouillé de son âme, nu et famélique, il se jettera comme la bête fauve sur la société pour la dévorer vive, et en assouvir sa délirante faim : dévorant picbem, « ils dévorent le peuple, » comme parle le Psalmiste. Ces vivants cadavres, cette multitude d'hommes sans âme et sans Dieu, qui les a couchés dans l'incroyance, comme on couche des morts dans un tombeau ?

0 question vraiment décisive ! Qui la saura résoudre connaîtra la profondeur de notre décadence cL le secret

LSS ENNEMIS DE Di:::U 300

de notre résurrection. Qui la méconnaît, en nie l'importance ou en ignore la solution, se trouve devant notre situation sociale comme devant une insoluble énigme. Ou bien, ainsi que plusieurs, il poussera l'extravagance jusqu'à nier notre décadence et donner il nos ruines le nom de progrès ; ou bien il balbutiera quelques excuses insuffisantes et risquera quelques remèdes impuissants.'

8eIon nous, Ton se méprend étrangement sur la cause dernière et véritable de notre perturbation sociale et de notre effondrement religieux. Poui'quoi cette indiiléronce grossière des masses, cette atonie navrante, cette impiété, ces voix discordantes, ce grincement de dents ^ ou ces rires moqueurs qui insultent Dieu, l'Eglise, les choses saintes? Pourquoi ces tentatives haineuses contre l'ordre social? Pourquoi, depuis près d'un siècle, le sol tremble-t-il sous nos pas? Pourquoi ne cessonsnous de nous sentir sur la lave brûlante d'un volcan ? On assigne à cette situation désespérante des causes nombreuses : toutes nous paraissent réelles et incontestablement puissantes, nous l'avouons, mais aucune n'est la dernière, la décisive, la fondamentale, colle qui renferme les autres dans sa formidable fécondité. Nous commençons à voir la folie où nous mène notre suffrage univ^ersel : il ouvre la porte aux passions dévorantes de la foule; il est la proie de toutes les ignorances, la victime de toutes les surprises et de tous les aveuglements; c'est lui qui fait gagner au parti du désordre tout le terrain perdu par l'honnête, mais inintelligente phalange des conservateurs. Mais à qui devons-nous cette extravagance ? D'où viennent ces générations mûres pour colle felij? D'uù surgissent les incdiccrJtcs i.i^-aorantes

eL impics qui envahissent nos assemblées et perpétuent la désorganisation sociale y Là est vraiment la question.

On parle de la presse. Ah ! sans doute la presse est une grande coupable ! Nul travail d'erreur et d'smpoisonnement n'a fait plus que le sien des victimes. Nul n'a comme elle dévasté les croyances, trompé la bonne foi du peuple, soufdé la haine, et préparé nos commotions et nos gueri'cs intestines. Mais d'où lui viennent les rédacteurs? L'encre est empoisonnée, la plume est un glaive homicide ; mais quels êtres assez pervers s'offrent à tenir cette plume et à salir de cette encre tout ce qui est vénérable, noble et pur ? La presse ne peut être que ce que la font les écrivains. La presse actuelle nous engendre nos corrupteurs contemporains ; mais d'où vinrent les écrivains qui les premiers firent de la presse l'arsenal de tous les engins meurtriers, le repaire de tous les crimes, l'égout de toutes les infamies? Là est encore la question.

Sans doute nous devons tenir compte de causes trèspuissantes et qui activent étonnamment l'œuvre de notre dissolution : par exemple, la violation de la loi dominicale, le dépérissement de la vie de famille, le mauvais exemple et la mauvaise éducation des parents, par-dessus tout la désastreuse multiplication du cabaret. Sans doute c'est là que le peuple vient s'abrutir, là qu'il désapprend toutes notions d'honneur et de devoir, là (lu'il fait contre Dieu, son Christ et son Église des chansons, en compagnie des buveurs de vin. Mais ces familles qui les dissout? Ces cabarets qui les ouvre? Qui est assez dénué de principes poiu- spéculer sur la grossière ivresse du peuple? qui se sert du vc.barei comme d'un

engin de j^çucrre et d'une machine d'élection ? Si le cabaret corrompt le peuple, qui fut assez corrompu pour faire fourmiller le cabaret? Toujours la même question se pose ; toujours, sous les causes secondes, une cause première se laisse entrevoir.

Il est très-vrai de dire que le principal agent de nos désordres, l'auteur de nos catastrophes, l'instigateur de tous nos crimes religieux et sociaux, c'est la Francmaçonnerie. D'elle, comme d'une cause universelle, jaillissent toutes les perversités de l'heure présente et les vastes malheurs qui châtieront ces perversités. Mais encore faut-il rendre compte de la propagation si facile, si rapide, si étendue, de cette secte souterraine et dévastatrice. Comment recrute-t-elle ses adeptes si aisément et dans tous les rangs de la société ? Quand on étudie ses fastes, et que l'on prête l'oreille aux clameurs insolentes de ses triomphes, on demeure stupéfait des noms que l'on y découvre et des foules que l'on y voit. Dès lors, la question se dresse invincible, indéclinable : Comment, depuis près d'un siècle, nos générations se sont-elles trouvées aptes à de telles perversités ? Comment, non-seulement le sens chrétien, mais même le sens honnête a-t-il pu à ce point périr et disparaître ? (^ui a fait ces générations assez impies pour former ces phalanges en guerre contre Dieu ? Qui a rendu la Franc-maçonnerie possible parmi nous, et si vaste, et si étendue, et si audacieuse, et si puissante?

Oh ! cherchons bien le grand et dernier coupable, et si nous le trouvons, désignons-le hardiment à l'indignation et aux vengeances de notre malheureuse patrie. Et où logiquement le chercher ? Où peut-il être, sinon dans l'éducation y L'éducation ! De mémequ'elledécide en

olZ u:S li.NTsEMIS DE DIEU

maîtresse absolue du sort des individus et des familles, l'éducation renferme dans ses puissances les destinées des nations. Un peuple est ce qu'est en lui l'éducation des générations qui lui naissent. Si sa source est pure, le fleuve versera durant tout son cours des eaux immaculées ; si on la souille et si on l'empoisonne, c'en est fait, nattcndons plus que des eaux salies et malsaines. Jamais le fleuve ne remonte vers la source ; ce que se source l'a fait une fois, il le demeure fatalement toujours. Qui ne sait ce qu'est l'adolescence ? qui ne connaît su candeur, la souplesse de sa foi, la docilité de son oreille, l'irrésistible pente de son cœur à se confier? Tout peut également s'écrire sur ce feuillet immaculé ; tout se grave avec une profondeur égale sur ce marbre pur, le bien comme le mal, Terreur comme la vérité. Cette terre vierge est au premier occupant. Mais malheur ! si ce premier occupant est le sophiste sans Dieu et sans foi ! Malheur, et malheur sans ressource, si l'incroyance dessèche la fleur dans son printemps et empoisonne le fleuve à sa source ! Vos yeux contemplent les ruines morales d'un peuple, vous vous effrayez de ses néga.tions et de ses blasphèmes, vous vous étonnez que ses croyances les plus fondamentales 3t les plus essentielles sont, chez lui, comme un édifice renversé dont il ne reste plus pierre sur pierre, ah ! ne cherchez pas au loin la cause de cette grande désolation : un souffle empoisonné a passé sur l'éducation de la jeunesse, les âmes des jeunes gens ont été corrompues dès l'école, leurs intelligences ont été livrées au scepticisme et leur cœur aux vices dont le scepticisnie est suivi toujours. Chaque année a verse dans les diverses carrières son triste contingent d'esprits dévoyés et de cœurd disiolus; les il:>t j ont grossi, la source est

LE3 exx::.m:s de dieu 313

devenue le fleuve, les générations ont transmis aux générations un patrimoine d'incroyance, de désordre et de perversion. Si rempoisonnement continue, s'il n'e^t plus aucun moyen d'arrêter ce travail de corruption prériiaturée, ce peuple périra !

On nous dit : ce sont là des affirmations, et l'en demande des preuves. Est-il vrai que depuis des années l'incroyance et les principes les plus détestables aient été, par l'éducation, versés à flots dans l'âme de nos jeunes gens ? Est-il vrai que chacune des monstrueuses erreurs qui se dressent maintenantdevant nous avec une insolence inouïe, ait son point de départ dans quelqueenseignement pernicieux ? Est-il vrai que la morne et grossière indiff'érence qui ne fait plus du peuple qu'une masse inerte et informe, inapte aux spéculations de la vérité comme aux héroïsmesde la vertu,esclave de passions basses, rongée d'égoïsme, plongée tout entière dan i les brutales jouissances d'un bas-empire, panem et clrccnccs, est-il vrai que celte indifférence se retrouve en germe dans les leçons de professeurs les plus attitrés et les plus connus? Est-il vrai, en un mot, que nous retrouvions dans les enseignements de nos maîtres chacune des erreurs dont nous périssons? Parcourons-en les preuves. Hélas ces preuves sont plus nombreuses encore qu'elles ne sont invincibles. Notre seule difficulté sera de nous borner et d'être court '.

1 D'ailleurs la RévoluLion est la première à nous faire cet aveu. Pour elle toute la question de. son triomphe est une que-,tiun dï'ducation. De là ses fureurs contre l'éducation catli'jlique, et son ardente propagande pour l'enseignement atliée cl les écoles sans Dieu. « Il faut une éducation virile, dégagée do luute idée métaphysique. » {Pclil Culcchimne du libre penseur)

Le cri cyni(iuc de l'iticrédulité actuelle, nous l'cntcndoiis, il ne cesse d'eU'rayer nos oreilles et de navrer notre cœur : « Rejetons trcs-résolùment tout ce qui e:!-t divin. Nous sommes sur la terre, n'aspirons point au ciel. » « Ne cherchons jamais dans le ciel, mot vide de sens, la raison de ce qui se passe sur la terre. » « Biffons Dieu ! » — Voilà la clameur bestiale d'un peuple sans culte et sans Dieu ; une certaine France le pousse, des milliers de Français en font le programme de leur vie et la devise de leur drapeau. « Brûlons les emblèmes de l'idolâtrie romaine ! » Ces clameurs sont d'un tigre; mais ce tigre, d'élégants et discrets professeurs l'ont acclimaté parmi nous. Ces fureurs sont en germe dans l'enseignement de Cousin. Voici ce qu'écrivait ce professeur si célèbre, voici comment il formait de loin notre jeunesse française au mépris du culte catholicpio et de la religion révélée. « Se rapprocher de Dieu à

« L'enseignemonL religieux doit être exclu des établisaerncnLs d'enseignement supérieur comme de tous les autres. » [Biblio- Uièque des travailleurs.) « Il faut surtout fermer l'école à toute doctrine religieuse. » « Donc, dans l'éducation de la jeunesse, ce qu'on veut, c'est l'athéisme, l'alhéisme absolu ; et l'enseignement laïque c'est l'enseignement alliée. Tout récemment, un député naïf ayant déposé sur le bureau de la Chambre des députés un pr.ijoL de loi sur l'inslruction primaire, avec la condition qu'on enseignerait aux enfants « l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, » il lui fut immédiatement répondu par un journal radical : « Est-ce ainsi qu'on entend respecter les droils de l'enfant, et cette liberté de la famille dont on a fait tant do bruit? L'athée et le matérialiste sont-ils donc irrecevables à protester quand on viole dans leurs enfants des convictions sincères et Icgitinios? Puis, si vous tenez absolument à Bondirusardificr la jeunesse, de quel Dieu comptez-vous lui enseigner l'existence? » (Cité par le Français, 8 avril 1S7G.)

LES ENNEMIS DE DIl:U 315

l'aide du divin intermédiaire, c'est-à-dire se consacrera TétLide et à l'amour de la vérité, à la contemplation et à la reproduction du beau, surtout à la pratique du bien... tel est le SEUL moyen qui nous soit donné de nous élever jusqu'à l'être des êtres, sans éprouver d'éblouisseraent ni de vertige K » Yoilà, d'une seule formule, le christianisme renié et biffé. Notre impiété grossière crie cyniquement : Biffons Dieu ! Elle apprit cette horrible négation sous la chaire de l'élégant professeur Cousin, qui, dans son enseignement, cassait d'un coup nos ailes divines, repoussait le commerce surnaturel des âmes avec Dieu, chassait Jésus-Christ du symbole, isolait l'homme de Dieu, en reléguant Dieu dans le lointain de sa gloire, et en réduisant toute la religion de l'homme à une stérile contemplation. Foi, espérance, amour, grâce, sacrements, Église, tout ce qui constitue l'œuvre de Dieu et la destinée de l'homme, a disparu et est anéanti. L'impiété contemporaine jette à la face du Christ- Jésus, Fils de Dieu, l'outrage de tous les blasphèmes et de toutes les négations; le cynisme de ses injures défie la plume, ne fût-elle qu'honnête : d'où nous viennent ces négateurs ? Ah 1 longtemps avant cette explosion de haines sacrilèges contre le Dieu de notre rédemption, on le découronnait dans nos écoles de son auréole divine ; longtemps avant les sauvages hurlements de la rue, on lui avait dans nos cours publics fait une royauté de théâtre, on l'avait meurtri et flagellé, on le montrait à toute la jeunesse française, non plus comme le Dieu dont la croyance de dix-huit siècles formait la couronne, mais en disant traîtreusement à la foule ; «. Voilà l'HOMME » dont une sa-

* Victor Cousin, Vu Vrai,

perpf ition imiiêcilc a fait un Dion. Il y a bien des année?) (juc le professeur Cousin, avant le triste Renan, parlant (le la divinité du Clirist, la comparait « soit à cette puissance mystérieuse que Socrate appelait son démon, soit à ce que Voltaire appelait le diable an corps, sans lequel une comédienne môme ne saurait être une comédienne de génie <. » L'enseignement de Victor Cousin se perpétua et s'accentua toujours davantage. Les chaires de l'État connurent, s'il est possible, de plus grossiers blasphèmes, la guerre au Christ fut comme le mot d'ordre universel. Le premier enseignement, en découronnant le Christ de sa divinité, lui laissait au moins le vêtement immaculé de la perfection humaine : un professeur du Collège de France se chargea d'apprendre que nonseulement le Christ est un homme et n'est que cela, mais encore que son idéale sainteté lui vient de l'ôloignement des siècles, et du prestige gratuit et peu sûr dont les générations se sont plu à l'entourer et à le grandir. « Qui sait si Jésus ne nous apparaît si dégagé des faiblesses humaines, que parce que nous ne le voyons que de loin et à travers le nuage de la légende? qui sait s'il ne nous apparaît dans l'histoire comme le seul irréprochable, que parce que les moyens nous manquent pour le critiquer? Hélas ! Il est bien à croire que si nous le touchions comme Socrate, nous trouverions aussi à ses pieds quelque peu de limon terrestre '^ » Contenons notre indignation ; ô Christ Jésus, permettez-nous d'arrêter aussi sur nos lèvres nos protestations de foi ci d'amour, qui ont été celles du monde chrétien tout

« V. Cousia, Madame dr Longuccillc. — - Renan, Liberté de i^enscr

entier et de ses dix-huit siècles, laissez-^nous continuer froidement nos investigations à travers les blasphèmes de vos ennemis ! Qu'ils soient démasqués à la gloire de votre nom et pour le salut de vos fils ! Le malheureux qu\, h ]a. lettre, était assis dans la chaire de pestilence, d'où il jeta et jette encore sur nos jeunes générations ses poisons à pleines mains, le professeur attitré, ajoutait avec la môme impassible audace : « Quant au Galiléen qui a porté le nom de Jésus, je ne le connais pas '. » « Quand M. Renan, en 1849, écrivait ce blasphème, il n'osait pas le signer. Depuis, non -seulement il y a mis son nom, mais il a pu le porter dans une chaire du Collège de France et enseigner à la jeunesse française que Jésus-Christ n'est qu'un homme. » Le même enseignement qui flétrissait le Christ devait flétrir avec lui sa radieuse Mère, faire descendre son Église de son faite de gloire et du trône de sa puissance, jeter l'insulte et la dérision aux saints et aux héros du christianisme ; un autre professeur du Collège de France, M. Maury, s'en chargea largement '•*. Ainsi tout se trouve renversé de l'édifice religieux. Jésus-Christ n'est qu'un homme; sa doctrine, une philosophie de fabrique humaine, où beaucoup de vérités et de préceptes « abêtissent les âmes à force de vouloir les épurer =*. » Les miracles, radieuse couronne du Christ Dieu et inébranlable fondement du christianisme, ce sont « les œuvres d'un théurge, des farces de possédé, des prestiges qui ne seraient aujourd'hui que des jongleries de charlatan ^ »

* Renan, Liberté de penser, p. 469. — - Maury, Essai sur les légendes. — ^ V. Cousin, Du Vrai, pag. 381. — * Renan, Liberté de penser, pag. 4G7.

Nous avons entendu avec quel écœurant cynisme nos matérialistes actuels refusent de voir autre chose en l'homme qu'une matière qui fonctionne un instant, traitent Tâme de chimère, la destinée immortelle de rêve insensé, nous font l'émule de la bête, nous confinent avec elle dans la même poussière, et nous poussent dans le môme néant. Nos jeunes gens sont matérialistes effrontés, ils le proclament, ils s'en \antcnt, ils prêchent ces infamies avec une fougue turbulente, ils en font le sujet de leurs thèses et l'intarissable objet de leurs proclamations. « J'ai nié la création.... je nie la providence.... je nierai l'existence de rame. Ce que j'appelle esprit, c'est la matière organisée ^ » Positivisme, panthéisme, matérialisme, — tous systèmes d'accord au fond pour nier Dieu, l'time Immaine, le libre arbitre, la vie future et les fondements de tout ordre moral et social, font, depuis quelque temps surtout, une véritable invasion dans l'enseignement contemporain. On enseigne crûment aujourd'hui : (juc « le sentiment est une propriété de la matière^» ; «que la pensée est un mouvement de la matière^»; •' qu'il n'y a pas de volonté libre ; » que la conscience c.-t aussi une propriété de la matière ; qu'un crime est le résultat logique, direct et inévitable de la passion (|ui anime ' ; que la Toute-Puissante créatrice, c'est l'affinité de la matière; » que, par conséquent,» l'homme ne peut venir que de la transformation des espèces animales, qu'il vient du singe, qu'il est un singe j)erfectionné '^. » Ces théories honteuses, la jeunesse des écoles, égarée par ses maîtres, les acclame, et, si je

» BiblioUièquc dcmocralique, pag. 118. — * La Civcxilalion de la vie. — 3 Ibid. — * Ibid. — s Darwin, Garl. Voght.

puis le dire ainsi, s'y précipite en mas^e. Le matérialisme triomphe à l'Ecole de médecine de Paris. On se rappelle ces cris sauvages de: vive le matérialbme \ poussés à l'ouverture des cours '. » Les jeunes gens embrassent sans les pouvoir discuter, les insanités de leurs professeurs, et leurs thèses, la première manifestation publique de leur abjecte incroyance, se remplissenfdes plus monstrueuses erreurs, des affirmations et des négations les plus subversives. Dernièrement, dans sa thèse, un jeune étudiant écrivait : « Que vienton nous parler de liberté? Comme la pierre qui torabi obéit à la loi de la pesa.nteur, l'homme obéit à des lois qui lui sont propres, la responsabilité est identique pour tous, c'est-à-dire nulle.» Voilà ce que nos jeunes gens écrivent enfermés encore dans l'enceinte de leurs cours; plus tard, quand nous les retrouvons dans la vie publique, ils ont, devant quelque grand crime commis, le triste courage de signer des articles où se lisent ces monstruosités : « La liberté philosophique tant prônée par les spiritualités, n'est qu'un vain mot.... Il n'y a pas de coupables, il n'y a que des ignorants et des malades ^. » Qu'est-ce que l'homme ? « Nous sommes bien toujours le même animal, d'abord vermiforme, puis poisson, amphibie, vertébré, enfant, adolescent, homme vieillard, puis vers.... Comm nt veut-on que, dans ces conditions, une fois morts, nous puissions avoir conscience ^ ? » 0 noble créature de Dieu ! « homme comblé d'honneur et de gloire, « •* ressemblance et image de Dieu, » « reflet de sa gloire, •> « gloire de ses perfections ! » 0 conscience, flambeau

1 Les Alarmes de l'épiscopnL — - Cité par VLhiivers, 23 avril 137G. — 3 Petit Calhcchisme du libre penseur.

•^20 LES ENNEMIS D?. DÎI^U

pacré, divine lumière ! T^ibcrtc sainte, qui nous fais si nobles et si grands ! destinée immortelle, vie future, éternité radieuse, qu'ont-ils fait de vous? que fait de \ous un enseignement qui se confine dans les grossièretés et les impuissances de la matière, dont la mort est l'espérance et dont le néant est le dieu? «.l'ai là, ('crivait M='' l'Evêque d'Orléans, devant mes . yeux, trois thèses qui ont été non-seulement reçues et apjjrouvées par la Faculté et par l'autorité universitaire, mais récompensées selennellement en 1866 par des médailles d'honneur en pleine Faculté de médecine. Or, dans la première de ces thèses, je trouve tout d'abord, quoi ? La négation de l'acte o'éateur, et du Dieu créateur, la négation de toute idée, de toute philosophie métaphysique, et la pensée donnée comme produit de la chaleur. Dans la seconde thèse, je lis les plus audacieuses et les plus formelles négations de Dieu et de l'âme, et tout cela récompensé également par une médaille d'honneur. Dans la troisième thèse, l'auteur soutient que le tlicologisme — il entend par là toutes les croyances religieuses — cause la folie : il dit expressément dans vingt textes, et il le répète avec une insistance extraordinaire, que la théologie métaphysique, la croyance à l'âme et à Dieu, sont deux prédispositions constituantes à la folie. C'est M. Robin, disciple d'Auguste Comte et collaborateur de M. Littré, qui signe la thèse. » L'évéque d'Orléans rjoute : « C'est avec de telles doctrines qu'on est reçu docteur à la Faculté de médecine et à l'Académie de Paris. D'un coup, la raison, comme l'âme, est anéantie purement et simplement par ces Messieurs, — et la morale aussi, puisqu' « il n'y a rien d'absolu dans la moralo, » point de ditîcrcnce essentielle dès lors entre

le bien et le mal '. » Souvent nous avons entendu le Psalmiste jeter son cri d etonnement et de douleur : l'homme, alors que Dieu l'avait comblé d'honneur et de gloire, ne Va pas voulu comprendre, il s'est mis au niveau des bêtes sa?is raison et il s'est fait leur semblable. Qui pousse la folie jusqu'à cette dégradation? Qui a le cynisme de ne plus faire de soi qu'une brute? En pleine faculté, en plein enseignement de l'Etat, un professeur s'exprime ainsi : « Nous admettons sans aucune restriction que les phénomènes intellectuels des animaux sont du même ordre que ceux de l'homme ^. « Un tel enseignement, non-seulement tue Ir. morale, mais étouffe le bon sens et mène droit à l'extravagance. Dans une thèse approuvée et signée par M. Robin, un jeune lauréat poussait la folie jusqu'à soutenir que .« accorder aux locomotives des passions et des volontés, ce serait admettre une chose qui n'a jamais pu être contestée, bien qu'elle ne soit par elle-même ni impossible, ni contradictoire '^. » Pauvres jeunes gens ! nobles intelligences, cœurs généreux et ouverts comme naturellement aux grandes choses ! Voilà dans quelle fange les précipite, comme des aigles blessés et impuissants, notre Enseignement supérieur. Quoi ! et l'on s'étonne que notre France n'offre plus aux regards qu'un spectacle d'agonie ? On s'étonne que tout en nous, sauf la vitalité catholique, se dessèche et dépérit ? Mais quand chaque année l'Enseignement supérieur verse à flots dans la vie publique des générations entières de matérialistes et d'athées, qu'espérer que la décadence? qu'attendre que la rapide dissolution du tombeau ? Il y

1 Les Alarmes de l'épiscopal. — 2 Leçons sur la Physiologie du système Jierveux. — ' Thèse à la FacuUé de m(!!deciao.

a dix-huit siècles que l'Homme-Dieu prononçait sur les nations aussi bien que sur les individus ce souverain oracle : L'homme ne vit pas seulement de pain, niais de Ijute parole sortie de la bouche de Dieu ^. Un peuple n'est pas florissant parce que ses greniers i;pr!;orgent et que ton pain matériel lui est dispensé avec une inépuisable nl'iondance : la civilisation et le bien-être peuvent, comme une pourpre déshonorée, ne recouvrir qu'une loyauté avilie, et d'ordinaire les peuples périssent quand le? rhéteurs sont leurs maîtres et le luxe leur unique préoccupation. Quand les rhéteurs ont empoisonné le 1 ain de l'intelligence et du cœur, quand les principes éternels, quand les vérités diviaes sont repoussés d'une nation, quand toute parole sortie de la bouche de Dieu n'est plus pour elle que chimère, dérision et erreur, cette nation glisse rapidement la pente de la décadence; ne lui demandez plus la tranquillité de la force, la sérénité calme et intrépide du sacrifice et de la vertu : elle ne connaîtra plus que l'agitation du malade qui se remue convulsivement sur son lit de douleur; les commotions sociales suivent infailliblement la répudiation des principes. Quand chez un peuple le haut enseignement a corrompu les intelligences élevées, et que de celles-ci l'ombre est descendue progressivement dans les masses ; quand Dieu est nié, quand la conscience est morte, quand la vertu n'est plus qu'un mot oublié et inconnu, le sacrifice une duperie, le crime une affaire de tempérament ou de convention, alors une invincible logique conclut, l'acte suit la doctrine, le forfait confirme l'erreur. Après que l'impie a crié : Dieu n'est pas, ou bien, Dieu s'occupe-t-il de ces choses? ou encore :

» MaUh.

Y a-t-il un regard dans le Très-Haut? l'impie dévore le peuple^ il organise ses sanguinaires Communes, il prépare ses échafauds, et Ton entend dans le sein de cette triste nation ces deux sinistres cris qui se font écho : Biffons Dieu ! La Réwlution est athée. — Puis ensuite : Si cent initie têtes font obstacle, qu'elles tombent ^ !

Que de fois la terrible expérience est venue, depuis un siècle, nous arracher à nos inconcevables iUusions, nous faisant apparaître aux lueurs de l'incendie la relation intime qui rattache, comme la cause à son effet, l'insulte et la négation de Dieu à la dévastation et aux ruines de l'homme ! Au moment où la révolution dépouillait l'Eglise de son domaine temporel, il ne se trouvait pas assez de voix dans l'Europe révolutionnaire pour applaudir à une aussi opportune spoliation. L'Église posséder ! c'était une honte pour notre dixneuvième siècle, un scandale pour les âmes, une insulte à la conscience publique, un imminent danger pour la religion ! L'Église fut donc spoliée. L'enseignement révolutionnaire produisait ses fruits : l'histoire avait été faussée, l'Eglise était partout représentée comme la cupide usurière du moyen âge, comme l'ambitieuse enrichie qui insultait de son faste les fils du peuple ; on taisait ses largesses, on faisait parade de ses quel- (lues abus ; bref, ce vol fut en bénédiction , laudatur peccalor, iniquus benedicitur 2. La bénédiction et les cris de triomphe durèrent peu : la logique des choses ne tarda guère à faire expier le sacrilège et à venger l'Eglise ; la propriété ébranlée et violée en Elle, le fut bientôt pour tous. Pour l'Église « la propriété, c'est le vol. » Pourquoi pas partout ailleurs? Si posséder est ici

» Mattli. - 2 Psai. X.

le vol, pourquoi pas plus loin? Si dépouiller l'Eglise n'est que restituer au peuple ^, conimeiit les autres propriétaires, détenteurs au même titre du patrimoine commun, seront-ils exempts de la commune liquidalion ? « Par quel rcnvei'scmcnt d'idées pourriez-vous soutenir que la propriété est une chose sacrée, si elle touche à votre propre maison, et qu'elle perd ce caractère quand elle confine à la maison de Dieu ; et comment ferez-vous croire que le larcin d'un bien profane est une faute si punissable, quand les choses consacrées au service de la religion et de votre âme peuvent tous les jours être usurpées sans crime? Il fut dit à la France dès le début de la spoliation : « en spoliant l'Eglise vous jetez la première pierre à la propriété -. « Cette prophétie ne s'est que trop largement vérifiée. Le même enseignement de l'État qui niait Dieu, qui niait l'âme, qui niait nos grandeurs surnaturelles et nos immortelles destinées, avait, dans ses attaques incessantes, légitimé la spoliation dont l'Eglise avait été victime ; les jeunes générations, habituées à maudire l'Église, s'habituèrent à maudire toute autorité, toute fortune, toute jjropriété; si bien qu'à l'heure présente ils unissent dans la même haine, les mêmes menaces, les mêmes cris de mort. Dieu et le riche, l'Église et la propriété. Nous avons entendu la première épouvantable clameur : Guerre à Dieu! Biffons Dieu! Ecoutons la seconde, qui en ressort par une logique toute naturelle quoique fort inattendue : « Comme socialistes, nous voulons dans l'ordre religieux l'ANÉANTISSE- MENT DE TOUTE PvELIGION et de toute Église. Arriver à la NÉGATION DE DIEU. Dans l'ordre social,

* Congrès do Licgc. — - Jltri' l'ic, Lrrairo du temps prdicnt.

nous voulons la SUPPRESSION DE LA PROPRIÉTÉ < . « Qu'est-ce que la Révolution? C'est le triomphe du travail sur le capital, de l'ouvrier sur le parasite, de l'homme sur Dieu. Voilà ce que nous voulons, ce que comportent les principes de 89, les droits de l'homme portés à leurs dernières conséquences. Citoyens, je vous demande un serment. Nous sommes des hommes : eh bien ! jurons haine à la bourgeoisie, haine au capital - ! » Le jeune éaergumène de Liège disait là une parole profondément vraie, en affirmant que « les dernières conséquences » étaient le triomphe de l'homme contre Dieu ; ce triomphe suprême ne se peut obtenir sans le renversement social tout entier, la désorganisation complète des institutions et des peuples : l'homme « triomphant » de Dieu, c'est la révolution dans son terme définitif et son résultat absolu. Or qui en France a préparé cette orgie de l'extravagance ? Qui a montré ce rêve insensé de détrôner Dieu et de se l'assujettir? Nos professeurs du haut enseignement. Hélas ! par quelle fatalité les devons-nous donc rencontrer derrière chaque impiété et chaque extravagante haine ? Le professeur Cousin avait, au lieu du Dieu catholique, fabriqué une sorte de divinité panthéiste. Le professeur Renan enseigna à la jeunesse française que « le mot de Dieu était un bon vieux mot, assez lourd,» qui tendait à disparaître de nos idées et de nos croyances. Il le supprimerait volontiers, n'était que ce mot a pour lui « une longue prescription, » et que « le supprimer serait dérouter l'humanité, et se séparer par le langage des simples qui adorent si bien à leur manière •^. » Le professeur Littrô « renonce à la

1 Congrès de Licjo. ^- Coagi'cs de Liège.— 2 He^au, Eludes, pag. 518.

recherche de l'absolu, c'est-à-dire des causes premières et des causes finales, désormais reconnues inaccessibles, et bonnes seulement pour occuper l'enfance de l'esprit humain '. » Pour M. Littré l'idée d'un Être théologique quelconque, c'est une hypothèse désormais inutile =^. Dieu est « biiïé : » Que reste-t-il ? « Il ne nous reste, dit M. Littré, (ju'à l'ctirer lesderniei's voiles et à prendre détcrminément l'Iiumanité pour idéal de nos pensées, pour objet de nos fûtes ^. » M. Triine, encore un profej-seur ! est l'athée plaisant, il folâtre, il joue avec l'idée de Dieu, Dieu lui sert à ses exercices d'esprit. « Votre Dieu vous gène, dit-il à un jeune Anglais, il est la cause suprême et vous n'osez pas raisonner sur les causes, par respect pour lui. Il est le personnage le plus important de l'Angleterre ; je le sais, et je vois bien qu'il le mérite, car il fait partie de la constitution. Il est le gardien de la morale, il juge en dernier ressort toutes les questions, il remplace avec avantage les préfets et les gendarmes dont les peuples du continent sont encore encombrés''. » Cet abominable Ipersiflage vous indigne ? C'est justice et jamais votre indignation n'atteindra aux limites du sacrilège ; mais la question qui doit vous absorber avant toutes choses est celle-ci : est-ce donc à dételles mains que la jeunesse française a été confiée? — Oui, à de telles mains; oui, à des hommes qui, depuis un demi -siècle, font montre d'athéisme, professent les plus subversives doctrines, travaillent avec une audace qu'égale seule leur impunité, au renversement de tout l'édifice religieux et

» Lia ré, Did., art. PlnlGsopJtie. — ^ Conscrvalion, ]),ag. 298. — 3 Conseroalion, pag. 127. — * Revue des Deux-Mondes^ l«f mais It-iJl.

social, versent parmi nous des flots d'adolescents sans croyance, et corrompent ainsi peu à peu le pays tout entier. Qu'on ne nous objecte pas que ^plusieurs de ces noms ne figurent pas ou ne figurent plus dans le corp:enseignant proprement dit. Ils imposent le ton, forcent la marche générale, traînent après eux des disciples qui m-ultiplient à l'infini leur cynisme d'impiété. Ignoret-on comment les choses se sont passées? Comment la France, cette noble France des Pascal, des Fénelon et des Bossuet, s'est trouvée la France de l'athéisme le plus élionté et du matérialisme le plus brutal? Il faudrait peu connaître la puissance de l'exemple, la fascination de la parole, l'irrésistible influence de l'enseignement dans un pays.

Quelques hautes intelligences forment une aristocratie puissante; leurs doutes deviennent de bon ton, leur incrédulité s'impose, il faut entrer 'dans le moule de leur génie pour être réputé penseur. Où trouvonsnous les disciples de ces premiers corrupteurs ? à la trace de leurs cours publics, de leurs livres, de leurs discours, des thèses qu'ils contresignent. Nous les retrouvons en grand nombre dans l'École normale. M. Jules Simon, le pontife de la religion naturelle, le négateur cauteleux et prudent du Christ et du Christianisme, n'est-il pas l'une de ses gloires ? Combien d'autres dont nous avons les noms et que nous pourrions citer ! Formés à cette école, éclos à ce soufrlc d'incrédulité, les jci;ncs professeurs, où vont-ils? Où répandentils le poison qu'ils ont abondamment puisé dans l'enseignemcnt que les hautes chaires leur ont dispensé? Où? lîvidcmment dans nos collèges. Arrivé à ce point de son formidable cours, le torrent de l'incrédulité se fait vaste, immense à l'infini, il se divise en raille bras

328 LES EN-N'EMIS US JjIEU

clififérents: ses eaux funestes pénètrent de toutes parts, dans toutes les directions, à tia'ers tous les pays qu'elles infectent de leur corruption mortelle. C'est un envahissement, c'est un déluge, nulle digue n'y suffit, nul effort n'y résiste. Comptez ce que répandra par année dans les positions diverses un enseignement sans religion et sans Dieu ! Oîi vont ces jeunes gensV où se fixent ces pauvres incrédules, ces tristes impies de vingt ans ? Passez ; vous les trouvez à tous les postes, ils occupent toutes les charges, leur incroj-ance plane, comme ces lourdes nuées d'orage, sur toute la société. Et ce n'est pas tout, de ces demi-hauteurs le tleuve cmpoi sonné descendra dans les plaines, et coulera ses eaux devenues tout à fait fangeuses, dans les plus profondes vallées. D'où sortent par milliers ces docteurs qui empoisonnent le peuple de leur propre impiété? Qui tient pour le peuple cette plume ordurière qui traduit dans un argot de carrefour l'incroyance et les blasphèmes des plus lettrés? Toujours de la même source. L'enseignement qui les corrompit les fait à leur tour corrupteurs. Maintenant ne vous enquércz plus dos moyens par lesquels le mal qui nous tue s'est incciilé en France, ni comment est travaillé le peuple, ni comment la Franc-maçonnerie peut former si aisément et si vite son innombrable armée, ni qui fournit à toute œuvre mauvaise, à toute propagande impie, des contingents si larges, des auxiliaires si dévoués. Toute âine qu'a touchée le souffle d'un enseignement incrédule, est d'avance et pour toujours acquise à la propagande du mal.

Conclusion. Réformez tant qu'il vous plaira dos institutions reconnues vicieuses ; sauvez de l'incendie quelque portion de rédificc : tant que la torche restera dans

des mains perverses, tant que l'incrédulité et la révolte seront la devise de l'école, tant qu'une nombreuse jeunesse entrera dans les mille carrières de la vie, imbue des erreurs de l'intelligence, et par suite souillée immanquablement des vices du cœur, renoncez à une France noble, tranquille et forte, reculez jusqu'à desj jours inconnus la résurrection de la patrie *. *

LES ftllTlGÉS

L'histoire de nos erreurs contemporaines serait, liêlas ! bien incomplète, si elle embrassait seulement les plus furieuses et les plus éhontées. Comn'ic toutes les époques, la nôtre traîne à sa suite une multitude indécise et (lot- Inntc, partagée entre l'orthodoxie et l'erreur, le bien et le mal, le vrai et le faux : intelligences étroites et pusillanimes, qui ont une peur égale de l'erreur absolue et de l'absolue vérité, cœurs sans générosité ni étendue, qui se complaisent dans des objets à leur taille, tristes ])olitiques qui imaginent un chemin par où ils éviteront il la fois Ja rencontre de Dieu et celle des mortels ennemis de Dieu, « du Christ et deBélial. » Ne nous

^ Lo Psalmiste nous décrit d'un mot les effets de l'enseignement dans un peuple. Tout ce que nous avons entendu, tout ce que nous avons connu, tout ce que nous ont appris nos pères, tout cela est su de nous, leurs fils, et se perpéluera de génération en génération. Nos ennemis ont compris parfaitement q\.vi lo point décisif de la question est là et pas ailleurs. De là leur rage contre nos universités et nos collèges catholiques; de là aussi leurs efforts désespérés pour faire prévaloir partout l'enseignement révolutionnaire et athée

étonnons pas de ce phénomène, qui s'arcentne de plus en plus sous nos yeux. Chaque siècle la, sous des noms et des aspects divers, contemplé comme nous. Dès les premiers âges de l'Église, quand le christianisme et l'idolâtrie étaient en présence et se mesuraient dans un duel terrible, le christianisme avec ses sublimités mystérieuses et sa sanglante croix, l'idolâtrie avec son scepticisme raffiné, ses fêtes nationales, son séculaire prestige, et ses enchanteresses voluptés, le Christ crucifié d'un côté, Vénus couronnée de roses de l'autre; quand les extrêmes n'étaient autres que les bourreaux et les victimes, quand il fallait ou maudire le Christ ou lui vouer un amour toujours ensanglanté par le martyre : les habiles du moment s'efforçaient de se glisser, entre ces deux termes également redoutés, par des voies mitoyennes et des sentiers adoucis. Ils espéraient servir le Christ sans rompre avec ses persécuteurs, bénéficier du Calv'aire sans en porter l'ignominie, rester chrétiens fcans perdre les faveurs du monde, et gagner le ciel tout en « marchant en ennemis de la croix. » Saint Paul connut ces hommes et les flagella de sa sanglante ironie. Ah! leur disait-il, « nous autres, nous sommes devenus pour le service du Christ des insensés ; vous, tout en restant dans le même service, vous êtes regardés comme des sages. Nous sommes sans force ; vous êtes, vous autres, les forts et les influents: à vous les honneurs, à nous rignominie ^. » Quand, plus tard, éclatèrent les grandes hérésies, la même pusillanime déloyauté s'attacha à un grand nombre d'âmes, trop bonnes encore pour tomber dans les négations furieuses et extrêmes, trop faibles pour emorasser dans son entière énergie

> Corinth.

et ses exigences magnanimes la vérité catholique. Ce furent les semi-ariens, les semi-pélagiens, les mitigés de toute sorte, qui pullulèrent et formèrent dans les premiers siècles de l'Église mille erreurs adoucies, mille schismes hypocrites, dont nos docteurs redoutaient plus l'influence que celle des sectes les plus violentes et les mieux appréciées. Quand Luther eut troublé l'Europe de sa révolte violente, et effrayé les peuples de ses excès, son hérésie traîna à sa suite une multitude d'âmes indécises, qui trahissaient la foi catholique sans se vouloir jeter dans le gouffre de l'erreur protestante, ni encourir ses condamnations, ni périr de ses foudres. Nous en sommes là à l'heure présente : le phénomène fatalement régulier se produit parmi nous, et à côté de l'erreur forcenée et violente, nous subissons l'erreur adoucie et îîH^/fyéé'. L'erreur protestante, devenue par une évolution naturelle et logique l'erreur révolutionnaire, entraine les intelligences assez énergiques pour affronter l'abîme ; en regard, dans le camp opposé, la vérité catholique rallie tous les esprits nobles, purs, intrépides, tous les cœurs magnanimes, toutes les volontés incapables de compromis et de trahison; au milieu, les âmes faibles et les cœurs étroits s'éprennent de l'absurde espérance d'esquiver à la fois les saintes énergies de l'orthodoxie catholique et les violences déshonorées de l'erreur ouvertement et effrontément révolutionnaire. Saint Paul a un.mot admirable pour caractériser cette classe d'esprits, ni franchement bons ni notoirement mauvais, ni vivants ni morts, mais languissants et malades : ils languissent, dit l'Apôtre, sur toutes ces questions ' . Les hommes dont nous parlons et que nous

» Tiœ. VI

appelons les milioé:;, n'ont ni la pleine santé de la vérité ni la pleine mort de l'erreur, ils sont languissants ; l'erreur les a atteints et aaiïaibli en eux la vigueur du tempérament et l'énergie du sang. L'épidémie rév^olutionnaire, qui frappe de mort tant d'intelligences et tant do cœurs, leur épargne l'horreur de la dissolution et de la pourriture, mais les condamne à ne plus traîner qu'une vie amoindrie et languissante.

Nous ne prétendons pas faire ici une étude approfondie et détaillée de ce libéralisme maladif et languissant, lanrjucns circa quxstioncs ' , le but et les limites de cet ouvrage ne la comportent pas : nous ne voulons qu'expliquer de ce mal étrange, qui a fait et qui fait encore tous les jours parmi nous tant de victimes, d'admirables textes du saint Psalmiste. Nous tracerons la physionomie générale , puis nous parcourrons rapidement les applications de détail.

I. — Tl Y a, dans cette erreur, tout à lafois une audace et une faiblesse. Elle suit prudemment et de loin la révolte qui caractérise la révolution ; son audace, pour être dissimulée, n'en est pas moins entreprenante et opiniâtre. La révolution renverse tout l'édifice d'une main brutalement violente : le libéralisme l'ébranlé et en mine sourdement les fondations. La révolution crie d'une voix furieuse : cxinanUe ! exinanite usque ad fundammtum in ea ! « Détruisez ! détruisez tout jusqu'au fondement ! » le libéralisme veut bâtir sans Dieu, et s'inscrit en faux contre cette autre parole du Psalmiste : Si Dieu ne hdlilla maison, envain travaillent ceux qui la construisent'-.

1 Tim. VI. — 2 Psal. CXXVI.

La révolution hurle : « guerre à Dieu ! biffons Dieu ! » IjC libéralisme l'écarté poliment et veut poliment se passer de lui. La révolution frémit de rage, ourdit des complots sanglants contre Dieu et contre son Christ, elle ciit: rompons leurs liens et rejetons leur joug loin denous! Lo libéralisme murmure volontiers, quoique d'une voix timide et avec des circonlocutions tortueuses : Quis noster Dominus est? « qui est notre maître ? » Voilà l'audace ; voici la pusillanimité. Le Psalmiste supplie Dieu quelque part de le délivrer « de la pusillanimité de l'âme » a pusillanimitatc spiritus ' : c'est le second et désastreux mal du libéralisme. Le libéralisme a peur à la fois de Dieu et du diable, du bien et du mal, et plus peur, en somme, de Dieu que de tout le reste. Le libéral est l'homme qui, sous l'apparence de la liberté, fuit toutes les obligations onéreuses ; c'est le soldat qui chante à tue-tête les airs guerriers et patriotiques, tout en restant à l'écart et en ne se mêlant pas au combat. Appuyons encore ; expliquons plus au long ce qu'est cette audace et ce qu'est cette pusillanimité.

Le libéralisme revendique illégitimement une liberté impossible à la créature contingente. Il suppose à l'homme une liberté complète, absolue, illimitée. Il part de la fameuse formule des Droits de l'homme et, sans faire aucune des distinctions essentielles, sans tenir compte des droits souverains de Dieu, de l'état de dépendance inhérent à toute créature, sans songer à la déchéance originelle et au mal introduit dans l'humanité, sans jeter un regard sur la royauté inamissible et les imprescriptibles droits du bien, il décrète pour chaque

i Psal. LIV.

334 LES rXNEMIS DE DIKU

homme la lih^'rlc, Sciiih; la dclliiir, Fans la limiter, sans la rostrcindrc, sans jamais préciser si cette liberté est le simple pouvoir plnjsiquc que nous tenons tous de notre libre arbitre , ou bien le pouvoir mo)-al, que règlent, arrêtent, compriment la loi divine et les lois humaines qui en ressortent. Qui ne voit la désastreuse conséquence qui suit cette erreur ? Le bien et le mal auront le même trône. L'indiflérentisrae le plus absolu s'établira dans les intelligences, flétrira les cœurs, détendra tous lestressorts de l'ordre social. liC bien n'aura qu'à subir sans protester l'oppression du mal : vœ viclis ! L'un et l'autre étaient libres ; ils cnt lutté, l'un a vaincu l'autre et l'opprime: malheur au vaincu ! Cette théorie révolutionnaire mène droit à des abîmes. Quelle doit être, selon le libéralisme, la conduite du jiouvoir en face du bien et du mal, de l'erreur et de la vérité ? Il les doit laisser libres, leur assigner une place égale, leur garantir la même vie. i-ongc-t-il à réprimer l'erreur, il attente au droit sacré et imprescriptible qu'a l'erreur d'exister, de s'étendre, de se propager. Nos sociétés tout imprégnées de ces I)rincipes, sont entrain d'en moissonner les amères cont^équences. L'erreur libre s'est fait sa place, s'est élevé son trône, s'est découpé largement son empire. Sous le soleil de la liberté commune, le plus souvent avec la corapli'Mté du pouvoir et les soins imbéciles des gouvernements, la racine vénéneuse s'est accrue, elle a poussé partout des tiges vigoureuses, offert à nos générations nouvelles des fruits mortels, et nous mourons empoisonnés. D'après cette méprise sur la liberté, la vérité est livrée sans défense aux oppressions de l'erreur, Dieu perd ses droits sur l'homme, l'homme fait entendre l'antique clameur du premier libéral et du premier révolu^

LES ENNE}iriS DE DIEU 335

tionnaire : Non scrviam '. Tel est, en effet, le premier caractère du libéralisme : il exalte les droits de l'homme sans limites, sans mesure; il restreint,il diminue,il conteste les droits de Dieu. Quand l'obéissance à Dieu lui est présentée comme indispensable^ quand il faut obéir sous peine de mort, il se résigne, mais de mauvaise grâce ; quand il lui est possible de désobéir, il le fait avec une sorte de volupté étrange; dans le doute, ou dans ce qu'il lui plaît de nommer un doute, il conteste; dans tous les cas, il exalte avant tout le grand principe de la liberté. Dans le domaine des croyances, il se soumet le moins possible, trouve les vérités lourdes à porter, les mystères intolérables à subir, les dogmes inopportuns à définir. Le libéral n'est jamais le fils qui se jette dans les bras et sur le cœur d'un père, c'e.st l'esclave rageur qui ne marche que sous les blessures du fouet. Le libéralisme est fondé tout entier sur une revendica'ion illégitime de la liberté, toutes ses formules aboutissent à cette erreur. Quand il proclame les droits de l'homme, il nie implicitement les droits de Dieu; quand il prône, sans le comprendre, son principe fameux de la tolérance, il revendique pour le mal une place, des droits, une protection, des pouvoirs qui sont le patrimoine exclusif du bien. Pour émanciper l'erreur il opprime la vérité. Quand il affirme la liberté de la conscience, il ne fait qu'affirmer le droit à la rébellion. Car enfin, qu'est-ce que cette conscience qui se prétend le droit de tout juger, qui appelle tout à son tribunal souverain, qui s'érige en dominatrice indépendante de toute chose ? Qu'est-ce qu'une conscience humaine qui n'est pas soumise aux pouvoirs légitimes et aux lois ?

1 Jerem.

Q)nollo est cette doctrine qui fait de la conscience im sanctuaire inviolable dont aucune autorité ne pourra forcer le seuil ? Le libéralisme aime encore cette autre formule devenue trop fameuse : l'Eglise libre dans VÈlal libre. Quoi ! l'Etat sera libre vis-à-vis de l'Église, libre de ne la pas regarder comme divine, libre de ne lui pas donner sa place prépondérante et souveraine, libre delà parquer parmi les sectes de l'erreur, de ne lui ménager avec elles, que d'égales faveurs, une égale protection, une égale dignité ? L'État sera libre de traiter cette fille du ciel comme une hôtesse étrangère, cette reine comme une servante simplement émancipée ? L'on pourra délier l'Etat de ses devoirs les plus essentiels, et auxquels, après tout, Dieu doit à sa sagesse d'attacher la première et la plus haute importance? Non! nos meilleurs esprits, à leur insu révolutionnés par le courant d'erreurs qui es entraîne, ont prétendu cela; mais la vérité les réprouve, et le simple bon sens n'est pas pour eux. D'ailleurs, qu'est-ce encore que cette prétendue indépendance de la société religieuse vis-à-vis de la société civile? Où a-t-on pris que l'Eglise n'avait aucune obligation à remplir envers l'Etat? Sans doute l'État doit traiter l'Église comme une reine dont les pouvoirs sont divins et les droits absolument inviolables ; il doit se soumettre à elle dans toute l'étendue de ces pouvoirs et de ces droits : mais l'Église a de son côté envers lui d'indispensables devoirs à remplir. Les deux puissances, quoique d'un ordre différent, sont de môme origine : ce sont deux anneaux qui s'enlacent pour former une chaîne unique, dont l'humanité se trouve ceinte et tirée à sa destinée dernière. Crier : « l'Église libre dans l'Etat libre, » c'est rejeter l'organisation divine, et se donner îiu détriment des droits de Dieu une impossible liberté.

LES ENNEMIS DE niEU 337

Crier, comme on le fait si continuellement de nos jours: liberté de conscience! c'est oublier que la conscience humaine est vassale comme toute créature; qu'au-dessus d'elle plane toujours, à d'inaccessibles hauteurs, la loi émanée de Dieu.

A cette première audace, qui est de revendiquer pour la créature une liberté et une indépendance qui est l'exclusif apanage de l'Être souverain, le libéralisme en joint une seconde, qui est de séparer iniquement en l'homme le chrétien et le politique, le chrétien du sanctuaire et le citoyen de la patrie d'en bas. Cette audace est habilement dissimulée, de très-spécieux exposés lui enlèvent sa révoltante impiété : néanmoins cette impiété est aussi désastreuse qu'elle est profonde. L'homme se suicide pour vouloir se scinder. Écoutez-les. « Nous sommes de notre siècle, disent-ils, nous vivons dans le monde, nous sommes les fils de la France moderne, notre civilisation nouvelle nous emporte dans son grand mouvement. » Insensés ! comme si l'Eglise n'était faite que pour un siècle, comme si « l'intelligence de Dieu, » dont les richesses forment seules le patrimoine de la révélation, n'illuminait pas tous les âges, ne couronnait pas toutes les civilisations, et ne suffisait pas surabondamment à tous les progrès! Mais le libéral esc avant tout l'homme qui pratiquement ne tient pas compte de Dieu. Il se suffit, il a ses lumières; 5^5 idées sont ses conquêtes, labia a nobis sunt, et quis noster Dominus est ' ? Catholique encore d'aspirations et d'habitude, il ne fera néanmoins pas franchir aux idées catlioliques le seuil de la vie publique, il s'efl'orce de créer ridiculement deux hommes en lui, l'homme de la foi

1 Psal. XI.

pour le moment où il parait à l'Église, l'homme des idées modernes dus qu'il i-entrc dans le commerce de la vie civile. Ici il ne fait pas difficulté d'embrasser les sentiments les plus opposés à l'enseignement de l'Eglise. Il est laïque, dit-il, il n'est pas théobriicn. Comme si l'âme pouvait être double, les convictions doubles, et double aussi la conscience ! Oh ! la belle et profonde parole du Psalmiste: Viniquilé se ment à cllc-mcme, elle s'abuse dans ses prétextes vains, dans ses inventions ridicules, elle cherche l'impossible pour ne vouloir pas accepter le vrai. C'est la troisième audace du libéralisme. Telle est sa confiance dans ses propres lumières, son entêtement dans ses idées personncHes, que tout doit plier devant son jugement qui ne plie lui-même jamais devant des décisions souveraines. Cette substitution de l'idée humaine à l'idée divine, ce triomphe de l'esprit humain sur l'esprit de Dieu, fait à vrai dire le caractère le plus précis du libéralisme. Dieu dit quelque part dans ses Ecritures avec toute la mnjesté et le poids de son infinie sagesse : « Yos pensées ne sont pas mes pensées! » Vos pensées à vous sont frêles, chétivcs, étroites, tortueuses, embarrassées : les miennes sont vastes et profondes, lumineuses et droites, judicia Domini recta\ elles ont l'étendue de mon être et la valeur de mes perfections. L'orgueil humain s'accommode mal de cette dictature : il aime mieux l'erreur qui vient de lui que la vérité qui vient de Dieu. Il ne l'avouera pas sans doute, mais toute sa conduite est pleine de révolte contre « les pensées de Dieu. » Par une contre-partie sacrilège, lui à son tour dit à Dieu : « Mes pensées ne sont pas vos pensées ! » Delà cette pente irrésistible du

1 Psal. XVIII.

libéralisme à rejeter de la révélation tous les pointi qui ne cadrent pas avec les idées modernes^ à amoindrir les déllnitions de l'Église, à torturer le dogme pour lui donner la forme libérale^ à se défier des idées chrétiennes, à se tenir humilié de cette vieille croyance catholique, qui ne semble pas progresser avec le siècle, ni se prêter au glorieux élan qui nous emporte vers les régions inconnues de la science et de la vérité ! Nous ne pouvons nous empêcher de sourire en voyant l'embarras enfantin, la pudeur ridicule de certains hommes catholiques, devant nos grands dogmes et nos vastes révélations. Ils manifestent une peur si naïve en face de ces abîmes ! Il faudrait comprendre cette parole du sublime Apôtre : « Si vous voulez devenir sage, commencez par être fou ; » il faudrait savoir que « ce qui en Dieu paraît folie, est plus sage que toute sagesse humaine ; » il faudrait se dire qu'alors même qu'il nous est mystérieux, Dieu est toujours infiniment sage, et que ce Soleil, par cela qu'il nous éblouit, n'en est que plus étincelant. Nos libéraux ne connaissent plus ces choses : à force d'être sages de leur sagesse à eux, ils perdent de vue nos principes du simple bon sens.

Et ainsi, comme nous le disions plus haut, se trouve dans le libéralisme une faiblesse autant qu'une audace. On ne saurait trop insister sur ce second caractère de cette pernicieuse erreur. Audacieuse dans ses effets, et plus qu'elle ne le sait et ne le croit elle-même, l'erreur libérale a pour première origine la pusillanimité de l'intelligence et du cœur. Telle est bien la révélation du Psalmiste. Dans un Psaume il demande à Dieu avec instance d'être délivré de la pusillanimité de Vdme*, Ah'.

» Psal. LIV.

S'iO LES ENNEMIS DE DIEU

c'est que, pour embrasser la vérité catholique dans son étendue et sa plénitude, il faut être à la fois une grande intelligence et un grand cœur. Pour suivre Dieu à travers les abîmes, il faut des ailes puissantes, le regard de l'aigle est nécessaire pour fixer intrépidement le soleil. Tout esprit « pusillanime, » toute intelligence frôle et maladive a peur de Dieu, ne supports pas ses vastes essors, recule tremblante devant ses immensités. Ne la croirait-on pas faite pour le libéralisme, cette définition du Psalmiste : le saint défaut,, et les vérités se diminuent parmi les enfants des hommes ? Cette pusillanimilc et cette défaillance se font jour à travers trois manifestations. C'est à la fois une faiblesse d'intelligence, une faiblesse de volonté, une faiblesse d'œuvres que montre clairement le libéralisme. L'intelligence libérale ne possède plus le centre de la vérité, elle n'est plus fixée « au roc, » petra autcm erat Christus; dès lors, comme le remarque l'Apôtre, elle recule jusqu'aux faiblesses et aux indécisions du premier âge, sicut parvuli fluctuantes, elle flotte misérablement entre l'erreur et la vérité, elle pactise avec les ignorances des incrédules, elle prend part à leurs ténèbres, comme eux « elle se laisse emporter à tout vent de doctrine, » et, si elle conserve encore le fond de la foi, elle n'en possède plus le patrimoine entier, elle « adultère la parole de Dieu » par le mélange d'erreurs humaines et d'opinions hasardées, elle n'a plus que des vérités diminuées et des convictions chancelantes. Première faiblesse. La seconde est dans ces perpétuelles équivoques, dans ces étranges méprises, dans ces inconcevables confusions, qui chargent la théologie libérale de brumes, et parfois l'enveloppent d'impénétrables ténèbres. Exposent-ils leur système de liberté , les libéraux ne pa-

LES EXNEMîS DE DIEU o'i\

raispcut pas s'être aperçus que si le noai de liberté est un, les sens en sont multiples et très-difTérents les uns des autres; c'est ce qui leur a fait attribuer à la liberté morale ce qui ne convient qu'à la liberté pbysique ; à la liberté dépendante et subordonnée de la créature, ce qui ne convient qu'à la liberté souverainement indépendante du Créateur; à la liberté imparfaite, ce qui ne convient qu'à la liberté parfaite ; à la liberté du mal, C3 qui ne convient qu'à la liberté du bien'. Nous parlentils de la liberté de coiucicncc, ils multiplient les confusions, et rassemblent les nuages jusqu'à l'absurdité, « S'il est absurde de dire que les enfants dans la famille et les citoyens dans l'État ne relèvent que d'euxmêmes, il n'est pas moins absurde de dire que, dans la société spirituelle, les consciences ne relèvent que d'elles-mêmes, qu'elles sont à elles-mêmes leur loi et leur autorité -. » Nous répètent-ils leur fameuse formule de la sc]iaralion de l'Église et de VÈlat, ils ne prennent ]^as garde que dans l'ordre et l'organisation des choses Tune ne doit pas vivre sans l'autre. Ni l'Etat ne peut se passer des divines influences de l'Eglise, ni l'Eglise ne peut traverser des jours féconds et florissants sans l'auxiliaire que Dieu même lui a donné. S'ils prêchent la liberté pour tous, ils le font sans vouloir comprendre cette vérité si fondamentale et si simple, que le mal n'a aucun droit quelconque, qu'une tolérance prudente peut sans doute le laisser vivre, *mais que jamais un décret formel de vie et de règne ne peut lai être octroyé. Nous serions interminables si nous voulions relever toutes les étourderies libérales. La science exacte, la théologie rigoureuse manque absolument à ces

* La Synthèse libérale. — - Mgr Descliamps, Le libéralisme.

thèses toujours indécises, à ces propositions toujours hasardées. Nos princes do la théologie n'eussent jamais été libéraux. Troisième faiblesse d'intelligence : on rctrouvedansle libéralisme eaticr,àquelque degréd'errenr qu'il parvienne et quelque forme qu'il revête, une irrésistible pente à amoindrir nos dogmes catholiques. La Révélation manifestement leur fait peur; ilsvoudraient avant tout habiller nos mystères éternels à la moderne, et, sous prétexte de ne point effaroucher les libres penseurs et de ne point scandaliser les faibles, ils atténueraient bien volontiers la folie de la Croix ^ et les extravagances de l'amour de Dieu. De là [ces exposés incomplets de nos vérités saintes, ces prudences sacrilèges, ces malheureuses réticences, ces tristes sousentendus. Le libéralisme semble être humilié et gêné de Dieu. Le Dieu « des siècles » lui est incommode, il lui faudrait un Dieu moderne, une Révélation plus intelligente du courant actuel des idées, une Eglise mieux ù l'unisson des besoins et des aspirations du jour ! Cette tendance à sacrifier l'intégrité du dogme à ce qu'ils appellent les exigences des temps modernes, est commune à tous les libéraux, môme les meilleurs, c'est-à-dire ceux qui se tiennent encore dans les limites de la stricte orthodoxie et n'ont pas rompu avec l'autorité doctrinale du Saint-Siège ; tous également capitulent devant l'ennemi. Déçus par le désir d'une réconciliation chimérique et impossible avec l'hérésie révolutionnaire, ils sacrifieraient volontiers ce que saint Paul appelle la folie de la croix ^ aux réclamations furieuses de nos adversaires. Ils renouvellent trop souvent la scène du prétoire ; à l'instar de Pilate, ils acceptent Jésus comme

1 I Coriath. — ^ I Goriath.

innocent ; mais, pour le bien de la paix, ils le font flageller, afin que la vue de son sang apaise la populace. Nos libéraux flagellent le dogme par politique, et font passer l'Eglisa par les meurtrissures de leurs condamnations afin de sauver, disent-ils, le cliristianisme en danger. Ces hommes sont en général de fins politiques, qui traitent la question religieuse comme les questions séculières, et croient que l'existence du dogme catholique et la sécurité de l'Église tiennent à l'habileté et au jeu des calculs humains. Dieu est occupé à se rire de ces habiles, dévastant leur politique, trompant leurs calculs, faisant à mesure échouer tous leurs plans et périr entre leurs mains leurs plus ingénieuses et leurs plus puissantes entreprises.

A la faiblesse de l'intelligence le libéralisme joint celle du cœur. Malheur à qui, dans le catholicisme, le cœur fait défaut! Comme tout en Dieu a son point de départ dans la charité, comme l'amour divin est le sol où tous nos mystères ont leur racine, qui n'entend pas l'amour, ne comprend rien à ce que le christianisme a de profondeurs et d'immensités. Les œuvres divines deviennent étranges et sans proportion; le fil conducteur manquant, l'homme se perd dans les chemins parcourus par l'Amour. L'Incarnation, la Rédemption, les sacrements, les mystères, la parole infaillible, la permanence miséricordieuse de la voix divine au milieu du monde et à travers les siècles, la présence et l'action de Jésus-Christ dans l'Eglise, l'infaillible assistance et les invincibles secours accordés par l'Esprit-Saint à la Papauté, tout ce qui fait la joie, la noblesse divine, l'autorité irréfragable, la sécurité et l'indéfectibilité de l'Église, tout cela est assez peu connu et assez mal ap- Tîrécié du libéralisme. De là ce travail tout humain,

3ii LES i-NNEMis dt: dieh

cotlc pression plus qu'ûtrango qu'il s'euorcait pi opiniâtrement d'introduire et de faire prévaloir dans le dernier Concile du Vatican. Il fallait dans ce concile comme dans tous les autres beaucoup croire à l'Esprit- Saint, beaucoup tenir compte de son action: la confiance du libéralisme à cet endroit s'est trouvée courte. En général le libéralisme pour Dieu n'a pas bon cœur. S'il avait vu la Madeleine jeter à profusion des parfums sur la tête de Jésus, volontiers il eût trouve « très-exagérée cette dépense. » A la divine annonce de l'Eucharistie, il eût trouvé le langage de Jésus « bien dur. »

Ne cherchons pas ailleurs la raison d'un phénomène qui vaut au libéralisme son troisième caractère : celui de la stérilité. Cette malheureuse erreur tarit étrangement dans les cœurs la source des dévouements généreux, des offrandes divinement extravagantes, des sacrifices à l'instar de « la folie de la croix <. » Habitué qu'il est de partir de l'homme, des forces humaines, des lumières personnelles, sans jamais compter avec un noble aveuglement sur l'intervention surnaturelle, les puissances de la grâce, les miracles de Dieu, le libéralisme se met absolument en dehors de Faction divine. Comme Dieu bâtit toujours sur le néant, et « avec ce qui n'est pas triomphe de ce qui est ~, » Dieu trouve dans ce rationalisme et ce naturalisme une matière opiniâtrement inapte à son action. L'homme lui parlant toujours « de ses lumières, » de < son progrès, » de « ses droits, » de « son indépendance, » de « son action souveraine, » Dieu lui dit : « puisque tu te suffis si pleinement à toi-même, va, travaille, fais tes œuvres ! » Je lésai laissés aller, dit-il, à leurs inventions. Ils vont.

» I Corinlh. — 2 I Corinth.

Mais comme Dieu seul est la vie d'une œuvre, comme Dieu seul bdlit la onaison, ceux qui sans lui la construisent travaillent en vain '. Le libéralisme disparaîtra sans laisser aucune œuvre féconde, ni ne se perpétuera dans aucun vivant souvenir. Il aura desséclié beaucoup d'intelligences et des plus belles, il aura atrophié de nobles cœurs, sans doter le siècle où il fut florissant, d'aucune création bienfaisante, d'aucune œuvre de lumière et de vertu. Et si nous restreignons à cliaque âme ce point de vue qui embrasse Fensemble, comment le libéralisme y deviendrait-il jamais un principe de fécondité? Il diminue la foi, source des grandes œuvres, il rétrécit l'espérance, il éteint l'amour. Que reste-t-il de force au bras quand le cœur s'est glacé? Quelleaction jaillira de l'ùme, quand tout ce qui en est le moteur est devenu immobile ? C'est là tout le secret de la stérilité dont nous parlons. Le libéralisme aura beaucoup écrit, et il n'aura rien élevé.

IL — Nous ferons suivre ces considérations" générales de quelques applications particulières. Jl le faut, car si cette erreur a, sur la société entière, ses courants d'idées, ses jugements, ses habitudes, ses manières d'être, une influence générale inconstestable, il est plus visible encore quelle s'est attachée, pour les corrompre, à certains points spéciaux. EUe a des asiles qu'elle afi"ectionne, des positions fortifiées où elle se retranche, concentre ses forces et se défend avec opiniâtreté.

Le surnaturel est ce qui dabord a eu davantage et le plus constamment à souffrir de cette hérésie. Le libéralisme u'aime pas le surnaturel. 11 adopterait vc-

1 Psal. ex XVI.

lontiers, en le tournant ù son sens, la formule du Psaume : Le ciel des deux est au Seigneur, mais la Une ■il l'a donnée aux cnfaiils des hommes '. Le libéralisme méconnaissant à la fois la destinée et le besoin de l'homme ici-bas, laissei'ait Dieu h son ciel, et garderait la terre pour son uni(iue ijarta.t;e. La plus légère étude que l'on fait des tendances de l'esprit libéral, le montre, ouvertement s'il est ennemi du catholicisme, vaguement et à son insu s'il est catholique encore, saturé de naturalisme ; il se fait difficilement aux thèses de la théologie orthodoxe qui assignent à l'homme, même s'il fût demeuré innocent, une destinée plus haute que sa nature, et qui réclament pour cette nature blessée par le ];éché d'origine d'indispensables secours divins. Préoccupé avant tout du moi, absorbé dans la contemplation des facultés et des puissances naturelles de l'homme, le libéralisme traite le reste, sinon toujours avec dédain, au moins avec une étrange légèreté.

Sur la manière d'entendre la liberté et l'indépendance humaines, le libéralisme commet les plus lourdes bévues. De la liberté religieuse il donne les définitions les plus fausses, en lui assignant une étendue et des droits qu'elle ne peut avoir. « Ce qui distingue la liberté de la licence dans toutes les sphères de l'ordre moral, c'est que la liberté se meut dans les limites de la loi et de l'autorité légitime, tandis que la licence ne reconnaît ni loi ni autorité. Il y a donc aussi des limites à la liberté religieuse, c'est-à-dire à la libre diffusion des doctrines et des cultes ? Oui, nécessairement oui, à moins qu'on ne veuille octroyer le droit de se répandre aux doctrines les plus subversives, aux cultes les plus mons-

1 Psal. CXII.

trueux. — Il ne faut donc rien confondre ici. L'iiomme a reçu de Dieu la liberté naturelle de choisir entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal ; mais a-t-il reçu de Dieu le droit de choisir le faux, le droit de choisir le mal? Non, car la loi divine lui impose l'obliftation de clioisir le vrai et le bien, de rejeter le faux et le mal. Do là vient que dans la société domestique, dans la société civile, dans la société religieuse, le pouvoir qui exerce partout l'autorité de Dieu, doit veiller à l'accomplissement de sa loi et à la répression des abus de notre liberté naturelle ; il n'est donc pas vrai que l'iiomme ait le droit (le droit, entcndcz-le bien), le droit de penser mal, et, h plus forte raison, de professer, de publier, de glorifier tout ce qui lui passe par la tête. Ce droit-là est un droit chimérique, et s'il était pleinement pratiqué de la manière que des insensés le proclament, la société n'y résisterait pas longtemps ^. » Ainsi se trouve éclaircie et jugée la formule si chère au libéralisme de la liberté de conscience et de la liberté de penser -.

1 Mgr Deschamps, Le libérah'sme. — * « La vérité étant le bien naturel et la vie même de l'intelligence liumaine, s'impose par sa propre excellence, par sa propre autorité. Ainsi s'impose une alimentation saine à qui veut conserver et développer la vie du corps. Dans l'ordre juridique, il n'y a pas de concurrence possible entre la vérité et l'erreur, pas pius qu'entre le bien et le mal. L'erreur et le mal, en effet, étant une négation, un élément de mort pour la vie intellectuelle e* morale, ne peuvent avoir aucun droit. Ce serait l'iniquité la plus absolue que la loi leur reconnût des droits. Les indifférenlistes cependant disent qu'on n'accorde pas des droib à l'erreur et au mal, mais bien à la liberté humaine qui peut les choisir. Tel est le refnge de l'erreur et de ses champions. Pour avoir une place

2i8 n;s ENNKMrs le dieu

tlcUc erreur mène à une autre, dont nous avons déjà dit un mot. Le libéralisme se ligure que le surnaturel, dans le catholique, est un simple vêtement que l'on ôle et que l'on remet à volonté, suivant le milieu et les circonstances. Et cette fausse donnée le fait aboutir aux plus étranges conséquences, et lui fait formuler les propositions les plus insensées. Cette qualité divine sura. joutéc à notre natui'C, cette vie supérieure qui circub dans notre humanité pour l'ennoblir et la déifier, cettnaissance surnaturelle qui fait de nous, dans la plus absolue réalité, des ôlres nouveaux, rfe nouvelles créatures, créés dans le Christ Jésus, sont tellement inhérentes en nous que le péché seul brise cet être et éteint cette existence, et encore sans en étouffer toujours le principe qui est la foi, sans en arracher la racine et sans jamais en rendre le retour impossible. Et vous voulez que cette divine et « nouvelle créature » abandonne et reprenne au gré des circonstances cette naissance et cette divine vie? Citoyen de la vie civile, le catholique n'aura plus sa croyance, ses mœurs, son langage, ses procédés, ses actes divins ? Il deviendra « terrestre » en franchissant le seuil de la vie civile ; il redeviendra «céleste » en retournant au sanctuaire pour y accomplir ses devoirs religieux ? Dans sa vie publique « il marcliera en ennemi de la croix du Christ, » reniera les

Jaas la vie publique, ils réclanieat des droits qu'ils supposent à tort dans la personnalité et dans la liberté humaines. Mais c'est très-inutilement qu'ils y ont recours, parce qu'il n'est pas permis à la liberté de demander des droits pour le mal et pour l'erreur. Je n'ignore pas qu'il peut exister une liberté physique pour cea excès; mais une liberté morale, une liberté légale, c'osl-àdire un droit dcvaat la co-iicicu.;e et dosant la loi, jamais % (Msr Salanianca.;

LES ENNEMIS DE DIEU 3'l0

maximes de l'Évangile, trempera dans tous les complots qui se trament contre l'Eglise, pactisera avec toutes les erreurs, adaptera son langage et ses actes aux maximes et aux entreprises des ennemis de Dieu? Il pourra faire cela ! Il le pourra en sûreté de conscience! L'on érigera cela en dogme! On donnera à cette insanité et à cette extravagance la force d'un axiome, la valeur d'un priacipe ! Hélas! voilà où nous en sommes, et jusqu'à quel point le saint a défailli el les vérités se sont diminuics parmi les enfants des hommes. Un homme qui se dit catholique, que l'on voit dans nos temples, qui participe à nos mystères, n'aura de jounraux que les hostiles, ne participera aux luttes religieuses que pour les trahir, et, dans nos assemblées délibérantes,ne donnera de votes que ceux qui assurent le triomphe des ennemis de l'Église et de Dieu ! Le Psalmiste a vu passer devant son regard celte laide et repoussante figure de traître. S'il sortait au dehors, alors il disait des mensonges, son cœiir amassait V iniquité. Il sortait au dehors, et là, dans les assemblées, il parlait comme les ennemis.

Sur la société, l'erreur fondamentale du libéralisn;'e, et qui entraîne toutes les autres, est de nier au moins implicitement le domaine de Jésus-Christ. Tout part de cette négation, de même qu'aussi dans l'affirmation opposée, tout s'enchaîne, se concilie, s'illumine dans les problèmes sociaux en apparence les plus obscurs et ie.s plus ardus. Dieu qui est le Maître de l'individu, le vraj l'ère et le vrai Dominateur de la famille, ne peut voir sa puissance se briser et ses pouvoirs cesser au seuil des nations; il possède les nations comme il possède toutes choses : toute la terre est au Seigneur avec tout ce qu'elle renferme, dit le Psalmiste; et encore : tous les peuples le serviront. Le Fils de Dieu, en adoptant la

race humaine, en no « rougis.-^ant pas de nous nommer ses frères, » mais en « venant habiter parmi nous, » n'y. put venir qu'en Dominateur : un Uicu ne peut se dépouiller de sa souveraine puissance et de son universelle autorité. Et qu'on n'objecte pas l'anéantissement du Verbe incarné, sa chétive vie, son humble attitude, son dépouillement complet de toute gloire et de toute force : cet anéantissement est, dans le dessein de Dieu, le principe même de son exaltation : Jésus-Christ règne parce qu'il s'est anéanti : « Il s'est anéanti, dit saint Paul, jusqu'à prendre les livrées de l'esclave, et voilà pourquoi Dieu l'a exalté et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, et au nom de Jésus tout fléchit le genou, au ciel, sur la terre et dans les enfers. » TOUT. Voilà un de ces mots dits par Dieu pour la suite entière des siècles. Les forces humaines, les sophismes des sages, les oppositions « d'une vainc science, » la rage des persécuteurs, les eflforts des rois, les hurlements de la foule se briseront à jamais contre ce mot : « Tout genou fléchit, » peuples comme individus, sociétés entières comme simples particuliers. Et si cette doctrine est repoussée d'un peuple? Si le mot divin est arrêté au passage et emprisonné ? Si un peuple en révolte pousse le vieux cri du prétoire: Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous? Si la loi se déclare athée, si le gouvernement n'entend pas tenir compte de Dieu dans sa marche et la gestion des affaires publiques ? Si lui aussi « biffe Dieu... ? » Alors la « verge » tombe sur les nations prévaricatrices : n'ayant pas voulu de Dieu, elles ont la révolution. Dieu était l'ordre et la paix, elles ont la guerre ; Dieu était la sécurité, elles entrent dans de douloureuses phases de commotions et d'angoisses ; Dieu était la permanence, le peuple sans Dieu n'est

plus que caducité et ruine; Dieu était la vie, ce peuple a dans le sein tous les j]çermes de mort. Écoutons sur ce sujet la grave et lumineuse parole de l'Evêque de Salamnnca. « La politique, à mon avis, est l'art ou la science de gouverner les États, de conserver l'ordre public quant aux choses et quant aux personnes, selon leurs droits respectifs ; c'est le moyen de maintenir l'ordre et la justice extérieures dans les sociétés humaines : mais je ne crois pas qu'on puisse obtenir un succès satisfaisant si l'on ne se base sur Dieu, source de toute autorité, raison et terme de tout ordre et de toute justice. Je ne crois pas qu'on puisse appeler véritable politique celle qui fait abstraction de la loi divine et de la considération qui est due à Dieu. Non, si l'on pouvait en politique faire abstraction de Dieu, si l'on pouvait en politique faire abstraction de la crainte de Dieu, alors il faudrait dire que non-seulement la politique est une profession qui ne sert de rien pour le ciel, mais encore qu'elle ne saurait avoir place sur la terre ; il faudrait dire que sa place est seulement là où les choses sont indépendantes de Dieu, et cela, on ne peut même pas le penser. Jamais on n'a pu, moins qu'aujourd'hui, faire abstraction du respect religieux dans toutes les questions qui s'agitent sur l'essence, les conditions et le gouvernement de la société, puisque de nos jours on ne peut rien faire et on ne peut rien dire sur ce que l'on appelle la haute politique, sans qu'immédiatement on se heurte à l'idée de Dieu et de sa Providence. Et si dans aucune de ces questions il n'est possible de faire abstraction de la religion ; si elles viennent toutes à prendre à la fin le caractère de questions religieuses, à bien plus forte raison en est-il ainsi de la question de l'indifférentisme de l'Etat en matière de religion, puisque tout

3o2 LES ENNEMIS DE DIEU

l'ordre religieux dans ses rapports avec Tordre civil est enfermé dans cette question.... Il faut le dire bien haut, il faut le rappeler dans ce temps, où, à force de crier « liberté » et d'inventer des libertés, la tyrannie gagne tant de teri'ain, il faut répéter, conformément à l'espi-it, à la doctrine, au droit catholique, qu'il n'y a aucune souveraineté indépendante sur la terre. Pour qu'il y ait sur la terre une souveraineté sans limitation supérieure, il aurait fallu que les hommes eussent surpris l'art do créer. Mais le titre de créateur, personne ne peut le ravir à Dieu.. .. Notre vénérable Pontife Pie IX écrivait en 1875 à un célèbre professeur de l'Université de Louvain : « Lorsque la société civile a le caprice de croire que le progrès de la civilisation, déjà acquis à son avis par elle, lui commande de se constituer, de se gouverner et de se régir sans compter avec Dieu ni avec la religion divine; lorsque déjà minée dans ses fondements, elle prépare ainsi sa ruine, il a été certes d'une grande ojipoi'tunité que vous vinssiez lui rappeler que le fondateur de la religion est le même que le fondateur de la société humaine; qu'il n'y a qu'une seule et môme loi éternelle de la justice, loi édictée également pour tous, pour les individus et pour les sociétés ^ »

Dans nos sociétés révolutionnaires, l'État professe l'indiiïérence des religions, il les accepte toutes, il les protège toutes, il prétend toutes les régir et les réglementer, les fausses comme la véritable, les contrefaçons humaines comme la religion catholique fille de Dieu. Assurément c'est là un fait lamentable, c'est là une aberration que l'on a peine à concevoir, (]uc lo simple bon sens réprouve, que la conscience repousse

1 Mgr (le Salomanca, Discours.

avec "une implacable énergie. Que celte situation soit subie comme se subit une tyrannie, que ce soit un mal déclaré nécessaire, que l'ivraie ne puisse qu'avec trop d'inconvénients être arrachée : soit. Mais que cette indifférence de l'Etat en matière religieuse soit érigée ci»iprincipe, que ce soit le droit, que la liberté de conscience soit invoquée pour consacrer un indifïérentisme si monstrueux, qu'il ne s'agisse plus de subir l'erreur, mais qu'il faille la saluer comme compagne, et lui reconnaître les mêmes droits et la même place que ceux de la vérité : voilà où le libéralisme perd absolument toute raison et toute conscience, et où ses thèses ne sont plus que des sophismes pernicieux. Sans nous arrêter à ce point capital, que cette indifférence absolue pour l'erreur et la vérité inllige à Dieu la plus sanglante injure qu'une société puisse lui faire subir, nous voulons insister sur ce que ce système renferme d'abus de pouvoir et de tyrannie. Dans cette erreur, l'Église catholique perd le droit inaliénable qu'elle tient de Dieu de s'imposer à l'État, comme elle s'impose aux individus. La place amoindrie et humiliée qui lui reste, elle se voit réduite à la tenir de l'Etat, absolument aux mêmes titres que les fausses religions. L'État s'érige donc en juge et en ordonnateur suprême dans le domaine religieux ; il s'arroge un droit de surintendance religieuse, sous laquelle reste comprise la vraie religion elle-même : tout l'ordre religieux tombe ainsi sous l'empire du pouvoir séculier. Avec quelle justesse et quelle pénétration de vue nos publicistes catholiques et nos théologiens ont-ils hardiment prononcé que le libéralisme menait droit à l'omnipotence de l'Etat, que le césarisme était toujours au bout de ces fastueuses formules de « liberté de conscience, » de « tolérance des cultes, » de progrès et

d'affranchissement modernes, de « sé|)aration de l'Eglise et de l'État ! » « Le libéralisme est Tccole politique qui n'admet dans le monde social qu'une seule puissance souveraine et indépendante, l'Etat ; (jui nie l'existence, la distinction, l'harmonie nécessaires des deux puissances, de lu puissance civile ou temporelle et de la puissance religieuse ou spirituelle Au fond la « séparation de l'Eglise et de l'Etat » n'est pour le libéralisme que la confusion des deux puissances au prodt de l'Etat \ » A cette erreur libérale de V Indifférentisme religieux, s'en rattache intimement une autre sur la tolérance religieuse. Sans doute, ainsi que l'explique saint Thomas, l'erreur, pour des raisons pressantes, peut être tolérée par l'État; mais accueillie, mais placée, mais intronisée, mais dotée de tous les secours qui la développent et la fortifient, jamais! « La puissance civile aura toujours, en tout état de société, des devoirs à remplir envers la puissance spirituelle. Il faut, avant tout, qu'elle fasse respecter l'Eglise, en faisant respecter la vérité que l'Église a mission de garder et de définir. L'erreur ne peut avoir dans la société aucun droit, tandis que la vérité les a tous. C'est de la vérité que vivent les sociétés, c'est de l'erreur qu'elles meurent. La tolérance envers l'erreur peut être, en une certaine mesure une nécessité de circonstance : elle ne peut jamais être une nécessité de droit. Suivant la pensée de saint Thomas d'Aquin «< les souverains tolèrent avec raison ■,;uelque mal, de crainte de mettre obstacle à un bien ou de causer un plus grand mal. » Reconnaître à l'erreur et à la vérité les mêmes droits, comme le voudrait le libéralisme, ne se peut faire sans violenter la nature

* Mgr Deschamps, Le libéralisme.

même des choses. Si l'on croit, avec l'école de Ilégcl, que l'erreur a une fonction à remplir dans le monde, qu'elle est nécessaire à l'évolution de l'idée et au progrès qui en est la suite, alors il est nécessaire de la respecter à l'égal de la vérité et de lui attribuer les mêmes droits. Mais pour cela il faut avoir rompu avec le bon sens, en effaçant de la logique le principe de contradiction. Il est tout simple qu'alors on ne songe plus à faire respecter la vérité, vu qu'il n'y en a plus. Si au contraire on croit qu'il y a une vérité, qu'elle réside en Dieu, que l'erreur est directement ou indirectement la négation de Dieu, de l'ordre qu'il a établi dans sa création, de la loi qu'il lui a donnée, alors il n'y a, vis-à-vis de l'erreur, qu'un parti à prendre : lui refuser le droit d'envahir les esprits; il faut, par la répression, mettre obstacle à ce qu'elle corrompe la société, empêcher qu'elle l'affaiblisse et la désorganise, en la détournant du bien qui est la pratique du vrai, et en la poussant à la transgression des lois sur lesquelles repose tout l'ordre de la vie. Il y a en ceci pour la société et pour le pouvoir un double devoir : d'abord un devoir envers Dieu, qui veut que la fin qu'il a assignée aux sociétés soit réalisée, et que l'ordre qui conduit à cette fin soit respecté; il y a ensuite un devoir de conservation de la société envers elle-même. Ces devoirs, toute société est tenue de les remplir par le ministère de ceux qui la gouvernent, suivant la mesure de ce que permettent les défaillances de la nature humaine, les résistances des passions et l'imperfection des institutions '. » Toute société qui viole ces grands et immuables principes ne tarde pas à trouver dans le mépris qu'elle fait de Dieu

1 Ch. Périn, Les Lois delà société chrétienne.

des causes de décadence et des germes de mort. Elle ?e suicide elle-même quand elle tue en elle l'idée de Dieu, des droits de Dieu, de la soumission que tous également, sociétés comme individu?, doivent ù Dieu.

La loi posée par le P.salmiste est une loi qui domine les siècles et défie la puissance des plus vastes et des plus florissants empires : Tous ceux qui s'éloignent de vous, ô Dieu, écriront ^ Sans Dieu la loi humaine sera faible et chancelante ; les institutions humaines, livrées à leurs imperfections natives, abriteront mal les bons et retiendront plus mal encore les mauvais ; le pouvoir humain, découronné des splendeurs que Dieu seul lai prête, restera à la merci des plus vulgaires coups de main ; le corps social séparé de son âme, qui est Dieu, tombera bientôt dans une dissolution irrémédiable: çwi elongant se a te, peribunt.

Et que traçons-nous là autre chose que notre propre histoire ? Depuis que l'erreur révolutionnaire s'est abattue sur la France comme un sinistre oiseau de proie; depuis que le libéralisme, qui n'est que cette erreur mitigée, nous travaille et nous ronge, où en sommes-nous et que devient la patrie ? Un double phénomène se laisse voir, une double désolation s'étale comme une ruine : de furieux ennemis assaillent la France et crient déjà : Triomphe ! triomphe ! Nous l'avons dévorée ! D'autre part, aucun véritable sauveur ne s'ofîre à la patrie en détresse, aucune tentative ne réussit, aucune autorité ne peut tenir, aucun bon vouloir n'a de décisive efficacité. D'où nous vient cette impossibilité du salut? D'où s'est jetée sur nous cette malédiction d'impuissance et de stérilité ? Elle est

» Psal. LXXII.

LCS EX.NK.MIS DI:: DIEU 357-

faite pour nous, celte peinture du Psalmiste: Oinon Dieu, mes ennemis m'ont foulé aux pieds, des adversaires par milliers sarment contre moi : durant tout le jour ils m'accablent de dou'car^ — ET NON EST QUI ERIPIAT\ " Et il n'y a personne pour mo délivrer. »

Ail ! voilà le grand mot, le mot suprême et implacable de la situation. « PERSONNE pour nous délivrer.» Et d'où vient cette eiïrayante stérilité du sol qui a germé les Clovis, les Charlemagne, les Louis IX et tous ces grands et puissants sauveurs qui tant de fois ont arraché la France à ses dangers ? D'où vient que PER- SONNE ne semble plus pouvoir retarder d'un jour l'effondrement du corps social, et la ruine de la patrie? Ah! c'est qu'un vent de mort a passé sur la France, qui a desséché sa sève généreuse et rongé ses forces vives. Les hommes ne naissent que des principes, et de principes nous n'en avons plus. Quand le Psalmiste dit do nos adversaires qu'ils ont dévoré la nation ^, il rend admirablement par ce mot énergique le travail destructeur de la Révolution. La Révolution nous a dévorés vifs (m nous enlevant la foi, les principes, le respect des lois, l'amour du bien, la vénération des choses saintes, en un mot, en nous enlevant Dieu et sa vérité. Dieu enlevé, sa vérité bannie, ses principes répudiés, reste les passions maîtresses, le mal devenu triomphateur et tyran. Ce tyran, des hommes de foi et de cœur le pourraient vaincre, mais ces hommes euxmêmes ont bu au calice d'assoupissement, ils se sont abreuvés d'un vin de torpeur ^ ; la révolution mitigée eit à leur insu entrée dans leur âme, l'erreur révolutionnaire coule dans leurs veines comme un sang ap-

1 rsal. LV. — 2 Psal. LXX, 11.— ^ Psnl. XIII. — i Psal. LIX.

pauvri et vicié. Ces hommcs-lii jamais ne nous sauveront !

0 France, que te rcpte-t-il ? Dieu. Ton Dieu t'aime encore, il t'appelle, il t'accueillera. Lève-toi enfm de ton abjection et de ta détresse, lève-toi, mets-toi en marche, dis en ton cœur : « Je me lèverai cl j'irai à mon Père ' ! »

1 Luc.

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