CHAPITRE PREMIER LES ENFANTS DE DIEU
Ce que c'est qu'un catholique.
Le catholique est : 1" le lils du surnaturel; 2° le disciple de la croix; 3» l'homme de l'élévation et du progrès divins. 17
1. Établir l'existence du surnaturel, en défendre avec une énergie invincible la divine réalité : telle est la plus pressante nécessité du moment actuel. — La négation ou formelle ou au moins implicite du sar»-«/«7*e/, estlagrande erreur du siècle. Gomment tous les elforts de l'incrédulité contemporaine se concentrent pour une tentative impie : séparer l'homme de Dieu. Ces efforts commencent contre le Christ Homme-Dieu ; ils continuent contre 1ns disciples de ce Christ, élevés par lui à une surnaturelle grandeur. Ce que devient l'homme mutilé par le déisme. — Précipité de sa grandeur surnaturelle, l'homme ne fait plus que traîner sur la terre une vie stérile, douloureuse, incohérente, incom])réhensible. Folle de nos sages dans leurs négations du surnaturel; possibilité et existence du surnaturel dans l'homme 17
Comment le surnaturel se laisse clairement entrevoir dans Jcs mystères de notre âme. Pensées, désirs, espéranc, ('ians sublimes de l'âme surnaturalisée. — Sens magnilique de cette parole du Psalmiste : tuus sum ego
Autres expressions des Psaumes qui rendent le mys
tère de notre élévation surnaturelle. Le mystère de h grâce sanctiliante formulé par le Psalmiste. — Cette destinée surnaturelle explique seule nos invincibles besoin;i d'un idéal supérieur à la terre 24
L'homme n'est pas libre de refuser la dignité sui'naturelle que Dieu lui impose. Cette élévation rentre dans l'harmonie entière des œuvres divines comme élément indispensable. Dieu nous a créés pour celte place et ces honneurs divins. Le refus qu'en l'ait l'homme devient une insulte et un désordre, (|ue la suprême bonté et lasuprèaie sasesae chûtiurout san^ pitié 23
2. Le catholique est on second lieu disciple de la croix. — Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, médiateur unique entre Dieu et l'homme, principe unique d'élévation surnaturelle.
Jésus-Christ. Doctrine fondamentale : Dieu n'a d'amour que pour son Fils, qui seul mérite cet amour et peut remplir ce coeur de Dieu par ses charmes iniinis et son inlinie perfection. Il suit de là que Dieu ne nous aime qu'en Jésus-Christ, alors que nous ne faisons plus avec Jésus- Christ qu'une seule et mystique « créature. >/ Expressions des Psaumes formulant cette doctrine. — L'incarnation entière avait pour but l'élévation divine de l'humanité par l'incorporation en elle du Fils de Dieu. De là encore cette conclusion, que se séparer de Jésus-Christ, c'est s'exclure sans ressource de la dignité de la grâce et des béatitudes de la gloire 32
Jésus-Christ crucilié. Ce n'est pas seulement par sa vie, c'est aussi, c'est surtout par sa mort que Jésus-Christ nous arrache à la perdition et nous fait atteindre à notre radieuse destinée. — Trois actes de l'homme qui le rendent participant du salut de Jésus-Christ par la croi.x : croire à la croix ; recourir à la croix ; se conformer à la croix. — L'homme sauvé par la foi. La foi libre et généreuse à d'insondables mystères, est l'épreuve première et principale de l'homme. Or, entre tous les mystères, la « folie de la croix » est par excellence l'épreuve de notre raison. Exposé terrible de ce mystère. Devant lui les intelligences se séparent en doux classes : les unes qui s'inclinent,donnant au Dieu « crucifié, mort et enseveli » l'hommage d'un héroïque acquiescement : les autres, les intelligences incrédules, qui « vident » le mystère de la croix de ce qu'il renferme de formidable et de rebutant. — Non-seulement l'homme doit croire le mystère du « Christ crucifié, » mais il doit soumettre son âme aux divines influences qui jaillissent de la croix sur l'humanité. Le Christianisme tout entier fondé sur la croix. Baptême, pénitence, sacrifice, sacerdoce, grâces de la vie, onction suprême de l'agonie dernière : tout sort de la croix, tout y a sa raison d'être et son efficacité. — Enfin l'homme doit se conformer à la croix. Gomment la vie chrétienne doit être de toute nécessité un chemin de la croix. 36
3. Le catholique est en troisième lieu l'homme de l'élévation et du progrès divins. — Deux progrès et deux hommes de progrès. — L'homme du progrès matériel. C'est l'honime
436 TABLE DES MATJÈRES
contemporain : c'est l'erreur et la folie modernes, Tous les elTorts de nos sociétés actuelles tournés vers l'exploitation de la matière. Les résultats de ce progrès sont désastreux : notre siècle a cessé de vivre de vérité et de principes ; aussi l'édifice bâti sur le sable croule déjà de toutes parts. Néant de l'homme qui n'a fait progresser que son être naturel et terrestre. — Le catholique homme du progrès divin. En cela d'abord le catholique imite Dieu qui dans toutes ses œuvres procède successivement et par progrès. Dans le Psaume XXXIX, nous trouvons déroulés selon toute leur suite les progrès divins d'une âme qui, partie de son néantet de la fange de sonpéché, monte jusqu'aux splendeurs de la vie divine. Progrès de l'intelligence ; progrès de la volonté ; progrès de la grâce ; progrès de la gloire. . . 45
II. — Dans le Psaume I, l'Écriture achève magnifiquement la déiinition et la peinture du catholique. — de Psaume place en regard l'un de l'autre, le juste et le pécheur, le lidèle et l'impratiquant.
1. Le catholique conquiert son premier titre de gloire par l'héroïsme de sa séparation. Le catholique se sépare de la foule, il sort des conlins du mal, il reste pur au sein de la perversité commune. — Trois degrés de perversité " desquels se sépare le catholique. — Le premier. Il renferme la multitude des âmes sans vertus et sans convictions. Ames ignorantes, vides de vérités, rebelles aux exigences des principes, qui flottent indécises et pusillanimes entre le bien et le mal, la vertu et le vice, la vérité et l'erreur. — Le second. Il comprend les intelligences déjà franchement incrédules, les cœurs dclinitivement fixés dans le mal. — Le troisième. Là sont les apôtres du mal, ceux qui le prêchent, l'imposent, s'efforcent rie l'introduire partout et partout de le faire triompher. — Or le catholique se sépare de cette triple perversité. Le catholique gardien de la foi et delà vertu. Le catholique apôtre
et conquérant à son tour 55
2. A cette perfection négative le Catholique joint les plus éminentes qualités et les plus divines vertus. Suivant pas à pas le Psaume, remarquons d'abord que le catholique, et lui seul, donne à Dieu son fruit. Indispensable nécessité pour la créature intelligente et libre de donner sou fruit. Perturbation profonde cau^éii iluas l'harniouie du ]ilan
divin pflr la stérilité des créatures : clans l'individu ; dans la famille ; dans la société. — Condition pour porter du fruit. « Le bord des eaux-, » nécessité de la grâce dans l'action de l'homme. Comment la vie entière du catholique est chargée de fruit GO
. Comme contraste de la fécondité du juste, voici la désolante stérilité du pécheur et de l'homme sans religion. — Admirable image de cet homme : la poussière. — Triple caractère de la vie sans religion : désunion ; mobilité ; stérilité. — Désunion. Tandis que chez le catholique, tout s'enchaîne, se suit, s'harmonise, âme et corps, iatelligence, cœur, volonté, passions, passé, présent, avenir, tout est logique et parfaitement ordonné, dans l'homme sans religion, sans foi, sans destinée, sans avenir, tout est en désordre, tout va au hasard : c'est la poussière qui tourbillonne, sans savoir où la chasse le vent, qui ne la soulève que pour la dissiper. Même doctrine pour les nations. Ce qui perd les nations modernes, c'est la ruine de la foi, la perte, le renversement des principes, la désagrégation des esprits et des cœurs. — Mobilité. Le catholique seul est l'homme éternel. Sa vie du temps s'éternise dans l'espérance et produit dans la grâce et dans l'amour d'éternelles récompenses. Chassé de ce sol divin et li.xe, emporté dans le tourbillon du temps, livré en proie à la caducité des choses humaines, l'homme sans Dieu et sans espérance ne vit que pour mourir, ne travaille que pour perdre, n'habite la terre que pour s'en voir perpétuellement chassé. — Stérilité. Gomme]la poussière, quiesl sa plus parfaite image, l'homme sans religion, n'est absolument utile h rien qui soit vraiment grand et séricu.x. Vanité des choses terrestres. Avenir désastreux de ces hommes qui, durant leur fugitive existence, possédèrent la puissance, la fortune, la gloire. Non résurgent in jucUcio C3
Les prérogatives des enfants de Dieu.
Quatre prérogatives des enfants de Dieu : la lumièro la sécurité ; la force ; la richesse.
L — Dans le monde physique lui-même, la lumière renferme en elle toutes les conditions de vie, d'activité, de joie. —
Dans lo monde des âmes, la lumière jaillie de Dieu dispose seule du bonheur de la vie. Magnifiques illuminations de l'âme chrétienne. Comment Dieu lui découvre toutes les vérités et éclaire sous son regard les ténèbres de tous les abîmes. — En regard l'incrédule nous apparaît comme un aveugle infortuné. L'incrédule n'aperçoit rien de nos réalités radieuses. Une vie d'aveugle est une vie ruineuse : impossible de rien amasser au sein d'une si complète obscurité. C'est une vie d'écueils et de dangers. — Le même Psalmiste qui nous dépeint cette cécité malheureuse, nous en révèle l'origine. Origine double: elle vient de l'homme qui s'obstine à refuser la lumière et à détruire en lui l'organe divin de la surnaturelle lumière : elle vient ensuite de Dieu qui retire une lumière si obstinément repoussée. 72
IL —D'après les Psaumes la sécurité de l'enfant de Dieu est d'un ordre à part ; elle est singulière, elle n'a de semblable dans aucune des situations de la terre. — Sécurité de l'avenir. L'homme du monde vit sans sécurité, tributaire qu'il est de chacune des ruines humaines. L'enfant de Dieu, lixé, dès la vie présente, aux espérances éternelles, ne peut subir aucun des chocs qui brisent une fortune pour jamais. — Sécurité dans la conduite actuelle de la vie. Images diverses du Psalmiste pour nous peindre les mille dangers dont est assaillie notre vie ici -bas. Les coups subits et violents. La suite longue et non interrompue des tristesses et des infortunes. Les douleurs intimes ; les désolations cachées. Elfroyables aux mondains, ces chocs des douleurs humaines n'atteignent les justes que pour les forlilier et les grandir. — Sécurité contre les perversités du monde. L'enfant de Dieu est seul assez fort pour triompher du monde et de ses désastreux entraînements. — Sécurité de l'enfant de Dieu contre ses propres faiblesses et ses propres péchés. Double danger du péché : danger qui vient de Dieu : danger qui surgit de l'âme même qui pèche. L'enfant de Dieu trouve dans la religion d'inépuisables ressources contre ces deux dangers 78
III. — La force fait la troisième prérogative des enfants de Dieu. Force merveilleuse du parti catholique, qui seul, sans défense, sans secours, tient tête à toutes les entreprises du mal, à toutes les formes de la perversité humaine. — Fort contre ses ennemis du dehors, l'enfant de
Dieu soutient victorieusement contre lui-même et sa propre nature une lutte encore plus terrible. Le juste aux prises avec tous ses vices. Le juste remportant tous les triomphes de la vertu 87
IV. — La richesse véritable : quatrième apanage de l'enfant de Dieu. — Deux sortes de richesses : l'une fausse, caduque, éphémère, qui est celle des hommes du monde ; l'autre céleste, divine, éternelle, qui est celle des enfants de Dieu. Comment Dieu est à lui seul toute la richesse d'une âme et d'une vie 91