‹ Les psaumes, étudiés en vue de la prédication (volume 2)Chapitre 5 sur 30 · X. III · texte numérisé non relu

X. III

surnaturelle et divine destinée est dans ce monde ténébreux comme les visions fantastiques et les chimères de la nuit. Son Dieu ? Ah ! ce Dieu qui pour elle est la seule réalité vivante, est pour ceux qui l'entourent l'objet du plus complet ou))li et du plus absolu dédain : mes larmes sont devenues ma quotidienne nourriture, tandis que je on' entends sans cesse interpeller : Mais ton Dieu, où donc est-il ^ ? Ce Dieu qu'elle invoque avec ardeur ne trouve autour d'elle que des lèvres muettes et des cœurs glacés : Deum non invocaverunt. Et non-seulement dans cette terre odieuse, dans ces réunionssans christianisme, dans ces foyers domestiques attristés et assombris par l'incrédulité de plusieurs membres, Dieu n'est pas invoqué, mais il est méprisé, il est trahi, il est outragé. Dixit insipiens in corde suo : non est Deus. « L'impie a irrité Dieu, » irrilavit impius Deum. « Ils vous ont exaspéré, ô mon Dieu, » irrilaverunt te, Domine -. Oh! quel suppUce pour l'âme fidèle, quelle torture de toutes les heures ! quelle désolation de toute la vie! Perpétuellement sa foi est méconnue, ses convictions les plus intimes outragées, sa profession chrétienne contrainte, tout son être surnaturel froissé et meurtri. Comment ne lui seraitelle pas odieuse, cette terre où tout ce qui lui est plus cher qu'elle-même et sa propre vie est dédaigneusement foulé aux pieds ?

La situation actuelle de la France, nous oblige à quitter les généralités trop vagues de la question, pour entrer dans des détails aussi vrais et aussi précis qu'ils sont douloureux. Notre époque et la composition tout unique de notre société contemporaine rendent, comme cela ne se vit jamais ni nulle part, odieux et insuppor-

1 Psul. XLl. ~- ï Paul. CXVilL

table aux âmes chrétiennes le séjour du monde. Notre France actuelle, fille de l'impiété voltaiiienne du dixhuitième siècle, et des commotions révolutionnaires du dix-neuvième, est divisée jusque dans,! l'intérieur des familles, en deux parties distinctes : ceux qui sont restés fidèles à la foi catholique, ceux qui l'ont oubliée. Sans doute, l'urbanité, les convenances, la charité et la longanimité chrétiennes peuvent adoucir les chocs et prévenir les explosions : au fond la plaie est béante, l'abîme reste creusé, et la muraille de séparation divise les cœurs, les intelligences et les volontés. Depuis tantôt un siècle que l'État s'est déclaré athée et que l'éducation des jeunes gens est devenue franchement incrédule, une génération sans foi s'est levée ; aux fils de Voltaire qui remplirent la société de 1830 de leur impiété rieuse, a succédé la génération actuelle, acquise dans sa plus grande partie à un matérialisme abject, à une indifférence morne et grossière, souvent à une hostilité furieuse contre l'Église, toujours à une opposition sournoise et mesurée, autant que haineuse et implacable. Ces hommes vous les trouvez partout, ils sont à tous les postes, ils dominent dans tous les intérieurs. Or qu'y font-ils ? Quelle pression leur vie irreligieuse fait-elle peser sur les âmes qui dépendent d'eux ? Hélas ! il est trop aisé de le savoir, l'expérience s'en déroule à chaque pas. Le plus souvent, nous le voulons bien, leur triste irréligion se contente de désoler la famille par le coupable exemple de la désertion. Ils ne persécutent pas, mais ils glacent. La charité chrétienne, la pieuse amabilité d'une mère, d'une épouse ou d'une fille, anges égarés et perdus dans les régions de la mort, ont beau faire luire sur le foyer domestique ses plus chauds rayons, un froid mystérieux pctic sur tous les cueurs,

un malaise indéfiaicsuble avertit quo les consciences sont violentées. Et ce n'est pas tout : la plaie s élargit encore, et l'abîme devient plus profond. On permettra à la jeune fille de demeurer la douce et charmante captive de la vertu et de la foi catholiques : en dépit de la haine et des tentatives révolutionnaires, les mains clirétiennes recueilleront ces précieux dépôts, et cultiveront ces fleurs que l'esprit du monde eût flétries. La femme s'élèvera dans la vigueur immaculée de la religion, et en même temps, par une contradiction impie le jeune homme sera livré à une éducation sans Dieu, Il ne sera pas honoré encore des signes de la virilité, il n'aura pas atteint la plénitude de l'être, que déjà une irréligion prématurée épouvantera les oreilles chrétiennes du cynisme de ses blasphèmes et de ses négations. Impie, infortuné de quinze ans ! Compterons-nous les larmes d'une mère, à laquelle l'oppression d'un époux irréligieux ou indifférent aura imposé cette poignante torture ? Ah ! ils ne sauront jamais les douleurs qu'ils causent, ces pères et ces époux qui créent ainsi des foyers domestiques désolés par l'irréligion. Ils ne sonderont jamais la profondeur de ces blessures, ils n'entendront jamais ce que les plaintes des consciences opprimées ont de poignant et de désespéré ! Et jusqu'ici nous n'avons mis en scène et livré à la vindicte de toute conscience honnête, que les chefs de famille irréligieux sans fanatisme et corrupteurs sans parti pris. Que dire de ceux qui se font tyrans implacables ? qui portent la haine de la religion jusqu'à n'en vouloir plus souflrir le plus vague et le plus lointain spectacle, lo mépris de la conscience jusqu'à fouler aux pieds ses droits les plus inviolables et les plus sacrés ? Notre société contemporaine commence à voir de ces tyran-

nies hideuses, au prix desquelles les autres n'ont plus de violences et ne comptent plus do forfaits. Que deviendra entre ces mains immondes, sous ce joug impie, dans cet intolérable milieu, la pieté d'une épouse, la vertu d'une fiUe dont Dieu a obtenu la foi et conquis le cœur ! Ah ! c'est pour elles que le monde ne sera plus seulement une terre étrangère, mais un odieux exil ! Et qui s'étonnera de surprendre dans ces jeunes âmes des rêves d'affranchissement ? Qui osera faire un crime à la jeune vierge odieusement persécutée et opprimée dans ses convictions religieuses de soupirer cette élégie du Psalmiste : La tristesse me consume au milieu de mon angoisse, le trouble me saisit quand f entends parler les pécheurs, quand Poppression du mal m'accable. Je suis tout environnée de péchés ; des colères et des oppositions me poursuivent, mon cœur est plein de trouble au-dedans de moi, de mortelles frayeurs me torturent, la crainte et l'épouvante fondent sur moi, une nuit épaisse m'environne ; et j'ai dit : Oh ! qui me donnera des ailes comme à la colombe, et je m'envolerai, et je m'irai reposer. Et voici que, m'éloignant, j'ai pris la, fuite pour aller habiter la solilude < d'un cloître béni. Ah ! sans doute nos libéraux, habiles en toutes les oppressions, avides de tous les despotismes, ont trouvé un remède à cette situation violente et contre nature -, dont ils sen-

1 Psal. LIV. — 2 II est bon d'entendre ces confessions et ces menaces, a Pour moi c'est un spectacle auquel je ne m'accoutume pas, de voir un ami de la liberté donner son enfant à l'Eglise, qu'il ne cesse de proclamer l'ennemie de toute liberté. Et ce n'est pas l'exception, c'est la règle. La démocratie parmi nous est ainsi faite, que tout enfant qui vient au monde reçoit en naissant le baplême et le sceau de l'ennemie de la démocratie.

lent eux aussi le contre-coup douloureux : il suffira de déchristianiser la femme, en ouvrant à ses premières années l'école sans Dieu K Ils le voudraient bien! Peut- La jeunesse arrive, l'adolescent est confirmé par la même puissance hostile. Dans la communion il jure de demeurer lidèle à ce môme adversaire, qui, de son côté, lui jure une inimitié implacable. Après cela le mariage, puis la mort. Et cet ami de la liberté depuis sa naissance jusqu'à son dernier jour, est à toutes les circonstances solennelles le témoin, le gage, le disciple, le client, la proie et le jouet de l'Église ennemie.

a Là démocratie, la liberté ne seront que des mots aussi longtemps que vous les servirez du bout des lèvres, et que vous les renierez, que vous les livrerez, dès que l'occasion solennelle s'en présentera dans la vie ou dans la mort.

« Car il faut savoir pour qui vous êtes, et avec qui vous êtes. Voulez-vous l'absolutisme, le despotisme intellectuel et civil ? Croyez-vous que la servitude de l'intelligence soit un bien ? Dans ce cas donnez vos enfants à l'Église. Voulez-vous au contraire la liberté, le développement de la raison ? Dans ce cas il est monstrueux de donner vos enfants à l'Église, qui maudit ce que vous croyez. Quand je songe que de votre plein gré vous livrez, vous abandonnez ces intelligences naissantes, qui ne peuvent se défendre à l'Église que vous condamnez, que vous maudissez vous-mêmes, de quel mot me servirai-je? Le mot que je vais prononcer est dur, mais il est nécessaire : C'est une sorte d'infanticide moral que vous consommez, le sachant ou l'ignorant. » (Edgar Quinet.) — Voilà le manifeste de la libre pensée contemporaine. Les familles sont bien et dûment averties. Tout époux, tout père libre penseur doit, sous peine de trahison, faire peser sur les siens le plus elTroyable des despotisines, celui qui écrase la conscience et charge l'âme des chaînes les plus indissolubles. Que l'on s'étonne après cela des tortures que les âmes sont appelées à subir dans le monde et des elforts qu'elles tenteront héroïquement pour y échapper !

1 a Des écoles ont été fondées dans le but systématique de

être y arriveront-ils, mais pour le moment la France, quoique bien malade, garde encore trop de sève catholique et trop aussi de son antique bon sens. En attendant que la jeune fille sorte comme le jeune homme d'une éducation antichrétienne, sans foi, sans principes, sans conscience, sans vertus, en attendant que nous ayons des filles, des épouses, des mères libres penseuses, qu'y aura-t-il et que verrons-nous ? Toujours la terre odieuse, la terre sans soleil, où ces fleurs se desséche-

former des jeunes iilles libres penseuses Il ne s'ag-it pas ici

de quelques excentricités exceptionnelles ou d'aberrations sans portée : il s'agit d'une grande œuvre de propagande, dont on ne dissimule ni le fond, ni le but, ni les tendances, ni les résullats, La vérité est que nous sommes en face d'une profonde et vasto entreprise d'impiété, dirigée contre les jeunes filles françaises, Ce sont des pépinières de filles et de femmes libres penseuses qu'on veut créer et multiplier : et c'est dans toutes les provinces de France comme à Paris, et môme à l'étranger, qu'on se propose de les propager.

« Voilà oîi l'on nous mène et oîi nous en sommes dans un enseignement public. On fait bien mieux que de discuter sur l'indépendance de la morale, on sépare en fait l'éducation et la morale de la religion, de toute religion, de toute croyance ; on élève des jeunes Iilles en libres penseuses, et celles-ci à leur tour, devenues mères de famille ou institutrices, formeront de nouvelles générations de filles et de femmes libres penseuses. Et cet esprit on le leur inspire dans les occasions les plus solennelles, les plus capables de laisser de fortes impressions dans leur espriî; et dans leur cœur. 11 est manifeste que si un tel système d'éducation pouvait se généraliser et prévaloir pour les jeunes filles dans notre pays, il ne faudrait pas deux générations, il n'en faudrait qu'une, pour faire de la France une nation d'impies et un peuple comme il ne s'en vit jamais sous le soleil. » (iVIonseigaeur l'Evoque d'Orléans ; les Alarmes de l'Épiscopal, p. 14.)

ront, la terre meurtrière d'où nos jennos filles persévéreront à vouloir s'échapper : guis mihl iJabil pcnnns ?... Trois avenirs se présentent pour ces âmes malheureuses qu'opprime un despotisme sans conscience, sans pudeur, sans merci. Ou elles resteront au milieu du monde. Mais quelle vie sera la leur ! Perpétuellement froissées dans ce que l'âme a de plus intime et de plus délicat, tjTannisées dans leur croyance, soumises pour leurs devoirs religieux à la plus odieuse tutelle, blessées mortellement dans leur conscience, au sanctuaire même de toute liberté, au centre de tout afïranchissoment : telles sont ces âmes, esclaves sous une liberté apparente, de la plus implacable tyrannie. Ou bien , hélas ! elles se façonneront au joug, s'habitueront à l'horreur d'une vie sans religion, et trouveront dans la trahison de leur conscience et le reniement de leur Dieu, une paix à la fois lâche et criminelle, en attendant qu'elles aillent répondre de leurs serments violés et de leur foi éteinte. Malheureuses qui n'ayant pas eu le courage d'affronter le combat avec l'homme, affrontent la plus terrible des luttes avec la justice de Dieu. Reste un troisième parti, beaucoup le prennent : le monde s'en plaint, le monde crie au fanatisme, il jette au seuil de nos couvents l'écume de ses malédictions et de ses blasphèmes : s'il gardait une plus calme équité et de plus justes appréciations des choses, il verrait que lui-même est en grande partie coupable des désertions dont il se plaint et des vides dont il s'irrite :

Où peuvent se cacher tes saints?

Les pécheurs couvrent la terre !

Quand une âme candide et pure a vu autour d'elle s'étaler la corruption, quand les chants dissolus ont

meurtri son oreille, que sa foi manque d'air et étouffe dans une atmosphère épaisse d'incroyance et d'hostilité, que le sarcasme l'a blessée au plus profond de son être, et que toute sa vie ne fait plus, dans un milieu ennemi, que se dessécher et se flétrir, elle se prend à rêver à d'autres cieux, elle porte son regard vers quelque terre promise, où sans crainte elle pourra vivre à Dieu. Le cloître pieux, la chaste et croyante solitude deviennent l'objet de ses incessants désirs : Elle dit: qui me donnera des ailes • ? Elle soupire, longtemps peutêtre, elle déchire beaucoup son cœur, elle mouille de beaucoup de larmes les débris épars de ce qu'elle quitte sans cesser de l'aimer, mais elle ajoute avec une plénitude de volonté que rien n'arrête : fat pris la fuite, je me suis éloignée, et ma demeure est la solitude. Encore une fois que le monde rugisse, soit ! mais au moins qu'il sache reconnaître, avec l'illustre saint Jean Chrysostome, que le cloître serait plus rare si les âmes trouvaient ailleurs, au lieu d'une terre odieuse, la terre féconde de la piété et de la vertu.

III. —Mais le monde, outre qu'il est aux âmes une terre odieuse, leur est encore une terre ennemie, une terre où tout est pernicieux et hostile, et dont il est trop vrai de dire « qu'elle dévore ses habitants, » Y demeurer, c'est se perdre; vivre dans ISodome, c'est se jeter dans les flammes; aimer le monde, c'est encourir les malédictions qui le frappent, car c'est embrasser ses maximes, suivie ses erreurs, conniver à ses crimes, et se trouver bientôt comme lui-même, totus in maligno positus ^.

1 Psal. LIV, — 2 Joan. Epist.

Sans raisonnements, sans recherches profondes, contemplons seulement un spectacle que nous trace l'Ecriture, voyons les troupes captives, les prisonniers gémissants dans leur terre ennemie.

Le long des fleuves de Babylone nous nous étions assis^ et nous pleurions au souvenir de Sion. Aux saules du rivage nos harpes restaient suspendues. Et nos maîtres qui nous avaient menés en captivité, réclamaient de nous le chant de nos cantiques de Sion. Ah! comment chanter les cantiques du Seigneur sur la terre étrangère? 0 Jcrusa^ lem,sije t'oubliais, que ma droite perde le mouvement! Que ma langue reste fixée à mon palais si je perdais ton souvenir, si je ne faisais pas de Jérusalem le premier objet de ma joie ! 0 Seigneur, souvenez-vous des fis d'Edoni au jour de Jérusalem. Ils disaient : détruisez, détruisez tout jusqu'aux fondements! Fille de Babylone, ô malheureuse, béni soit celui qui te rendra tous les maux que tu nous as faits ! Bienheureux qui saisira tes enfants et les brisera contre la pierre ' !

Les voilà, ces troupes captives, ces âmes enchaînées par le monde, traînées par lui hors de leur patrie, de leur cité, de leur temple, réduites à n'habiter plus que la rive inhospitalière d'un fleuve. Telle est la situation faite par le monde aux âmes chrétiennes.

Étudions chaque détail du palpitant tableau que nous présente le Psalmiste, scrutons chaque trait de cette lamentable vie d'exilé et de captif. Voyons d'abord quels dangers courent ces âmes enchaînées au milieu da monde, quels sont les désastres de leur captivité , puis ensuite quelles ressources leur restent et comment elles peuvent assurer leur affranchissement et leur salut.

» Psal. CXXXVI.

Quatre traits nous peignent les dangers des âmes chrétiennes au sein du monde. Le Psalmiste nous montre les captifs et les exilés assis le long des fleuves de Babylone ', Babylone elle-même est bâtie sur les fleuves, les eaux courantes et fugitives : rien en elle de fixe et de durable, rien qui ressemble à la fermeté d'un sol que les générations foulent sans l'entamer ni l'amoindrir. Les fleuves de Babylone, ce sont les joies fausses, les prospérités caduques, les richesses incertaines, les honneurs qui s'enfuient, les trônes qui croulent, les royautés que le lendemain la foule traîne aux gémonies, tout cet ensemble de corruption et de mort dont l'Apôtre disait : « la figure de ce monde passe, » prxterlt figura hujus mundi. Oh ! quel danger d'être assis le long des fleuves de Babylone ^ ! de vivre au sein des délices et des ivresses décevantes du monde. L'âme s'arrête, contemple, se fixe dans l'admiration et l'amour de ces splendeurs éphémères, elle en fait le bonheur, elle y place la destinée et la fin dernière, elle se courbe, elle adore, c'est son Dieu, c'est son culte: malheureuse! créée pour un ciel éternel,'elle laisse sa destinée divine en proie au courant et aux agitations d'un fleuve rapide, qui la mène à des abîmes sans fond ^ ! Et ce

1 Psal. GXXXVI. - 2 Psal. CXXXVI. — » « Attendite flumina Babylouis. Fluraina Babylonis sunt omnia quse hic aman-

tur et transeunt Nescis quo te miseris. Fluvius est isto

Babylonis : et quod muUura sonat, strepitus aquœ saxa percutit. Attende quia Huit, percutit, attende quia labitur. Et si attendas quia fluit et labitur, cave quia trahit. » (Sanct. August. Explanat. in Psalm. 0 XXX VI.)— « Flumina Babylonis sunt bona temporalia hujus mundi, quibus qui afiixi sunt per desiderium, ut avari, ambitiosi, voluptuosi, magno sonitu contentionum et litium allidunlur ad saxa et cum ipsis

n'est pas tout encore. En môme lemps qu'elle tourbillonne dans les ondes turbulentes des pruves de Babijlone, le Psalmiste nous la montre encore immobile, inerte, assise le long de leurs rivages maudits. Que fait l'âme qui a cessé d'aspirer au ciel ? qui, méconnaissant sa destinée éternelle, ne travaille plus que « pour une nourriture qui périt ? » Quelles sont seS œuvres? Quel est son gain? Quel «trésor" amasse-t-elle pour l'éternité ? Jésus-Christ vient à ces âmes et les questionne : « Pourquoi rester ainsi inactives tout le jour ? » Hélas ! ces âmes sont assises. Elles sont assises le long des fleuves de Babylone, comme le Prodigue était assis sur son fumier. Sous le symbole du « fleuve, » est représenté le fuyant, le caduc, l'éphémère des biens du monde'; sous l'image du fumier, ce qu'ils ont de grossier et de criminel. Quanta leurs cruels mécomptes leurs douleurs éternelles, leurs amers et poignants désespoirs, ils nous apparaissent dans les larmes dont sont baignés les captifs. Le long des fleuves de Babylone nous nous étions assis et nous pleurions ^ Ainsi le monde est pour les âmes une terre ennemie et deux fois maudite, cette terre les souille et elle les désole : en les jetant dans les eaux fugitives des jouissances qui passent, en les arrêtant nonchalamment sur des rivages étrangers, elle les écarte de l'acquisition et de la conquête des biens véritables : en les livrant en proie à ces fausses et cruelles ivresses, elle leur prépare des lendemains remplis de larmes, de regrets cuisants,

aquis volvuntur in praeceps donec ad abyssum magni maris in aeternum puniendi proacipitentur, » ( Bellarminus, Explanat. in Psalm. .) 1 Psal. CXXXVI.

de douleurs sans allégement ni espoir : srrUmus et fle^ vimits.

Nouvel et pi lis lanicntable efTct de la captivité des âmes au milieu du monde : elles y deviennent silencieuses, leur bouche se ferme, hélas ! comme leur cœur, leur prière s'éteint, le chant d'amour des enfants de Dieu expire sur leurs lèvres glacées : aux saules du rivage nos harpes demertraienl suspendues. Qu'est-ce que l'homme ? Saint Jean Chrysostome répond gracieusement : c'est une harpe mélodieuse que fait vibrer l'Esprit-Saint et d'où s'élèvent les magnificences et les suavités d'un cantique à la gloire de Dieu. Q'i les deux chantent la gloire du Très-Haut, si de l'univers entier jaillit un chant de louange, combien plus l'homme, roi de cet univers, son inspirateur et son organe, fera-t-il entendre à son créateur la riche mélodie de ses vertus? La vie chrétienne n'est qu'un vaste et splendide concert à la louange de Diea : chaque vertu élève la voix, chaque belle et sainte action se mêle à l'harmonie de l'ensemble, chaque faculté de l'âme, chaque puissance du corps, chaque âge de la vie, chaque condition de la fortune est appelée à jeter sa note et à. mêler ses divins accents. Quelles voix pures et suaves s'échappent du cloître solitaire ! Quelle puissante harmonie jaillit de la portion du monde qu'habitent les enfants de Dieu ! Mais quand ces Enfants de Dieu sont captifs à Babylone, quand l'esprit et les maximes du monde les ont enlacés dans des chaînes de fer, quand, au lieu de cheminer puissamment par les routes de l'éternité, ils demeurent assis le long des fleuves de Babylone, alors leurs voix se taisent et leur amour s'éteint. Comment chanteraient-ils le cantique du Seigneur sur la terre étrangère ? Hélas ! dans ce pays lointain, sur cette terre

ennemie du monde, on désapprend jusqu'à la langue des cieux * ! Les vraies maximes du christianisme n'ont plus de force, l'àine ne rend plus de sons chrétiens, tout est faux et tortueux dans ces intelligences, où Dieu n'est plus écouté, où la foi est muette, où la conscience elle-même n'élève plus qu'une voix mourante et des plaintes sans écho. Le monde pourrat-il détruire plus encore la vie sainte dans ces pauvres âmes captives ? Ajoutera-t-il d'autres ruines à ces premières ruines ? Hélas ! oui, il a juré de tout jeter bas, de renverser l'édifice chrétien jusqu'à ses fondations les plus profondes : dicunt : exinanite! exinanite usque ad fimdamcntum in ea. Plus qu'à aucune autre époque un douloureux phénomène s'offre à nos regards. Des âmes ont eu la plus complète et la plus solide éducation chrétienne : la foi les a inondées de ses lumières, elles ont joui longtemps, dans la sécurité de la confiance, des vérités, des promesses, des révélations de Dieu. Quelques années s'écoulent, le monde passe sur ces existences : quel changement ^ ! Cette jeune fille si

1 « Habent organa sua cives Jerasalera, scripturas Dei, prascepta Dei, promissa Dei, meditationem quamdam futuri sseculi ; sed cuni agunt in Babylonia organa sua in salicibus ejus suspendant. Salices ligna sunt infructuosa, et hoc loco ita posita, ut non aliquid boni possit intelligi de salicibus. Rigantur Iisrc ligna de fluminibus Babylonise, et nullura fructum ferunt, sicut sunt homines cupidi, avari, stériles in omni opère bono : ita cives Babyloniae. » (Sanct. August. Explanat. in Psal. CXXXVl.) — 2 « Aliquando interrogant nos et dicunt nobis : exponite nobis rationem quare venit Christus, et quid profuit Christus generi humano. Dicunt nobis : cantate nobis verba canticorum. Reddite nobis rationem Adventus Christi et quae est alia vita. Nolo credero, doce me rationem, quare œihi

ardente et si ferme dans sa croyance chrétienne, ce jeune homme si instruit et si convaincu, ces âmes si profondément vouées aux gloires et aux douceurs de la vérité catholique, vous les revoyez et vous ne les reconnaissez plus. Elles chancellent, elles hésitent : nos dogmes les plus clairs, nos vérités les plus absolues les trouvent indécises et rêveuses. Elles ne nient pas comme les incrédules, mais elles sont fécondes en objections et en difficultés, elles demandent l'amoindrissement de la vérité, l'atténuation, la réduction du mystère, elles nf veulent désormais que des vérités diminuées ^ Quoi ! ur: enfer éternel ! Quoi ! un Pape infaillible ! Quoi ! une Eglise qui ose bien revendiquer pour elle seule le monopole absolu de la vérité et du salut ! Il faut tout expliquer à ces âmes, et nos explications ne triomphent plus de leurs défiances et de leurs pusillanimités : defecit sanclus et diminutx sunt vci'iUttes.QMe s'est-il passé pour ces âmes, et comment en sont- elles venues des générosités magnanimes de la foi aux trahisons ou du moins aux compromis et aux murmures de la défiance? Hélas ! le long des fleuves de Babylone nous nous étions assis et nous pleurions : nos harpes restaient suspendues aux saules du rivage'-. T(À est le commencement delà perte des âmes au milieu du monde : puis ce mystère d'iniquité se continue, Rabylone vient à ces âmes déjà abattues et défaillantes, Babylone parle, comme parlait Satan au paradis de l'Eden. Et ceux qui nous avaient

imperas ut credam. Ille dicturus est : die mihi, canta mihi, redde mihi rationem. Astutus est, dolore qiiœrlt : non quœrit quid discat, sed quid reprehendat. » (Sanct Augustin. Expianat. in Psal. CXXXVI.) 1 Psal. XL — 2 Psal. CXXXVI.

amènes captifs nous disaient : chantcz-nons donc de vos cantiques de Sion^. On cause religion dans le monde. Ces discussions sans lumière, ni discrétion, ni bonne foi, furent, peut-être à toutes les époques l'écueil de beaucoup d'âmes faibles : jamais le mal ne se fit désastreux comme de nos jours. La question religieuse est actuellement le fond et le dernier mot de toutes les questions. Que l'on cause politique, morale, philosophie, que l'on agite les problèmes sociaux ou les problèmes scientifiques, à l'instant le dogme révélé, le mystère catholique, Jésus-Christ, l'Eglise, la papauté, le sacerdoce, toutes les vérités les plus délicates et les plus intimes de la foi, ce qui ne se cause ou plutôt ne se chante que dans le sanctuaire de l'âme, sous l'œil de Dieu et le souffle de son Esprit, tout cet ensemble de célestes et divines choses est livré en pâture aux lèvres irrévérencieuses et ignorantes du premier venu. Entre les frivolités de la politesse et les lazzis du bel esprit, on traitera de no? dogmes, on réformera notre Credû séculaire, on tranchera sans appel la question des mystères, on tracera sa route à l'Église e.% l'on dira son fait à la Papauté ! Dans la presse quotidienne, l'imberbe surgi l'on ne sait d'où, entre un frivole

* « Quid respondemus ? Respondeo illi et dico : 0 homo, quomodo non vis tibi imperem ut credas ? Plenus es ma lis cupidit.itibus. Sibonam dicam istam Jérusalem, non eam capis; oportet ut exinaniaris quo plenus es, ut possis impleri quo inanis es. Ergo noli facile huic aliquid dicere. Lignum est salicis,lignum est stérile. Noli percutere organum ut sonet, suspende potius. Sed ille dicturusest : dicmihi, canta mihi, redde mihi rationeni. Novi quis dicat, non bono animo audis, non sic puisas ut tibi dignum sU apcriri. nie te implevit qui me captivum ducit Quid

premier- Paris et un feuilleton impudique, effeuillera dans des mains indignes les fleurs de nos plus célestes vérités, et posera un pied sali jusque dans l'enceinte la plus réservée et la plus redoutable de nos révélations divines. Les cantiques de Sion sont chantés sur la place publique par des saltimbanques et des histrions ! Oh ! qu'on nous pardonne la vivacité de notre langage, jailli tout brûlant de 1 indignation de notre cœur. Mais n'estce pas une intolérable chose qu'au milieu des facéties d'un journal compae parmi les inanités d'une conversation mondaine, des docteurs sans doctrine, des voix sans autorité, des juges sans mandat, ni bonne foi, ni respect, ni science, donnent sur les plus vénérables et les plus saintes choses leurs téméraires et frivoles appréciations ? Que les plus ignorants dans les matières de la religion soient les plus audacieux à nier et à contredire, si bien qu'il semble que la plus haute science, la science religieuse, est la seule sur laquelle on puisse disserter d'autant plus qu'on la possède moins? Sans doute les âmes chrétiennes qyi écoutent ces péroreurs légers, devraient les couvrir du mépris que mérite trop bien leur témérité : mais, hélas ! d'ordinaire il n'en est rien, soit politesse, soit complaisance, soit respect humain,

ergo respondemus ? Babylonîa te portât, Babylonia te continet, Babylonia le nulrit, Babylonia de te loquitur : non nosti capere nisi quod fulget ad tempus, aeterna meditari ignoras, non capis quod interrogas. Quomodo canlabimus canticum Domini in terra aliéna? Vere fratres sic est. Incipite velle praedicare veritatem quantulamcumque nostis, etvidete quam necesse sit ut taies paliamini irrisores et exactores veritatis, plenos falsitatis. Respondetc illis exigentibus a vobis qiue capere non possunt, et dicite ex fiducia cantici vestri; quomodo cantabimus canticum Domini: in terra aliéna, i> (S. Augustin. Explanat. in Psalm. C XXX VI).)

soit défaillance, l'on écoute, l'on sourit, l'on trouve qu'il y a du vrai, l'on approuve, l'on est presque convaincu, La gradation marquée par saint Bernard suit sa marche fatale. Ce langage semble d'abord insupportable à entendre, primum importabile videlntur ; puis il choque de moins en moins, non adeo grave; puis il ne paraît presque plus condamnable, et levé senties; puis enfin l'âme déchristianisée n'en sent plus du tout l'injustice ni le danger, paulo post nec senties '. Reste un dernier pas à faire dons cette voie qui mène aux abîmes, bientôt, après avoir chanté aux incrédulités du monde les can^ tiques de Sion^ on mêle aux chants de Sion les incrédulités du monde : on n'a plus qu'une foi altérée et méconnaissable, mélangée de sophismes, de doutes, d'erreurs, de négations inconscientes, on est catholique sans catholicisme, croyant sans croyance, chrétien sans Jésus-Christ. Le monde veut plus encore : il ne lui suffit pas d'ébranler une âme, il la veut renverser de fond en comble, détruire en elle, jusqu'aux fondements, tout l'édifice chrétien : ils disent : détruises tout en elle jusqii'aux fondements ^ ! Cette clameur a dix-huit siècles de date : elle poursuit chaque âme chrétienne en particulier, elle poursuit l'Eglise entière ^. Pour le monde c'est un premier triomphe d'enchaîner et de bâillonner l'Église, de la jeter aux catacombes, de lui enlever l'air

1 Sanct. Bernard., dû Considérât. — ^ Psal. CXXXVl. — 3 « Quantas enim persecutiones passa est Ecclesia ? Quomodo dlcebant filii Edom, id est, carnales liomiaes, subditi diabolo et ano'elis ejus, colentes lapides et ligna, sequentes concupiscentiam carnis : exlinguile christianos ! tolllLe christianos, nec unus remaneat, evertite usque ad fundamentum ? Nonne dicta suât hœc ? » (S. AiigusLia. ExpUinat, «3 '^'■'Um. 6^.\XlTy.;

et la lumière, de la })rodLiire au prétoire, de la désigner aux huées de la foule, de lâcher sur elle toutes les haines et toutes les fureurs : c'est beaucoup qu'elle apparaisse sanglante et exténuée, couverte de hideux crachats et d'ignominieuses meurtrissures ; mais enfin comme elle reste vénérable sous sa pourpre de dérision et sa couronne d'épines : il la faut, comme dernière ressource, traîner au Calvaire et anéantir : toile ! toile ! crucifige ! Alors les ruses se démasquent, les feintes douceurs font place aux clameurs furieuses : après avoir demandé les cantiques de Sion, on réclame le gibet, l'ignominie, la destruction et la mort ; dicunt : exinanite ! exinanite ! usque ad fundamentum in ca ' . L'histoire de l'Église à travers les âges n'est guère que l'histoire de ce sinistre cri. L'histoire de notre époque, et tout particulièrement de l'heure présente, est l'histoire des efforts furibonds du monde pour dévaster les âmes et anéantir en elles tout ce que le christianisme y a si magnifiquement construit : exinanite! exinanite! Deux fondements soutiennent tout l'édifice chrétien des âmes : la foi et la vertu. C'est contre eux que la pioche révolutionnaire frappe avec fureur. Journaux, brochures, théâtres, publications savantes, littérature légère, plumes élégantes pour les salons, plumes ordurières pour la foule, tout est mis en œuvre pour dé' truire la foi et la morale. L'intelligence est enlacée dans mille objections et mille sophismes, le cœur est mis en face de toutes les séductions. Jamais le travail de l'enfer ne fut plus actif ni le péril des âmes plus extrême, ni la clameur meurtrière plus vibrante et plus universelle : détruisez, dclruiscz tout jusqu'aux fondements '^l

» Psal. CXXXVI. - 2 Psaî. GXXXVI.

Quelle cppcrancc de salut reste aux captifs de Bahylone ? Comment les âmes chrétiennes au milieu du monde se sauvent-elles de son impiété et de sa corruption ? Achevons notre Psaume.

Saint Augustin fait d'abord cette remarque, que les captifs ne sont pas fixés dans Babylone, mais campes hors de ses murailles, le long des fleuves. Habiter Babylone, résider dans ses murs, assister à ses festins, s'enivrer à ses joies, posséder son or et se vêtir de ses pourpres, c'est, non plus s'exposer au danger, mais y avoir déjà péri ^ Quand l'âme vit de la vie du monde, et que, heureuse et fixée, elle possède ses biens, pratique ses maximes et se remplit de son esprit, l'âme est mauvaise : elle tombe sous le coup des malédictions divines : « Malheur au monde pour ses scandales ! » « malheur à vous qui riez!.... » Quand Babylone périra, ses malheureux périront avec elle. Comment échapper aux malédictions qui l'attendent, aux désastres qui lui sont réservés ? ■< Mes petits enfants, n'aimez pas le monde ni ce qui est dans le monde. » Sortez du monde, de son esprit, de ses goûts, de ses maximes, de ses fêtes, de ses satiétés malsaines, de ses mortels enivrements, « sortez hors du camp, portant l'opprobre du Christ; » « préférez à tous les trésors de l'Egypte l'ignominie de Jésus-Christ. » Trop infortunés déjà d'habiter les rives de ses fleuves, d'avoir devant les yeux le spec-

1 « Multum interest inter médium Babylonis el exteriora Babylonis. Sunt qui non sunt in medio ejus, id est, non tanta concupiscentiasseculi et delectalionibus obruunlur. Qui vero, ul aperte dixerim et breviter, multum mali sunt, in medio Babylonis sunt, et ligna sunt sterilia tanquam salici^s Babylonis'. b (S. Augustin, Explaiiat. in Psahn. CXXXVI.)

LES EîyFANÏS DE DIEU 129

tacle de ses vanités, mais protégés au moins par quelque éloigneraent et quelque solitude du scandale de la dissolution des pécheurs, « asseyez-vous sur les rives des fleuves de Babylone, et pleurez. »

« Pleurez. » Dans les larmes sont les premières espérances et les premiers germes de la conversion et du salut ^. Ils s^en allaient, dit un Psaume, tout, baignés de larmes en jetant leurs semences, mais au retour ils reviendront comblés de joie avec la charge de leurs épis. Si les captifs de Baljylone s'offraient à nous couronnés de roses, oints de parfums, brillants d'allégresse, tout espoir de retour serait perdu pour eux, Babylone ensevelirait leurs joies folles et leur serait un tombeau maudit. Tant que la vie de Babylone est riante, tant que ses fêtes enivrent et ses biens rassasient, tant que l'âme au sein du monde traverse une vie de prospérité et de plaisirs, elle n'a que faire de Dieu, Dieu n'est pas devant son regard, rien ne lui manque, les tumultes quotidiens étouffent toutes les voix de sa conscience, les feuilles de roses lui cachent l'abîme, le rassasiement des biens terrestres dissimule pour un instant le vide affreux que laissent, en se retirant. Dieu, la grâce, l'avenir, l'éternité. Il faudra la douleur pour arracher ces âmes infortunées des fascinations de la vie mondaine. Le rire insensé les expose aux foudres de la malédiction divine : Vœ vobis qui ridetis-lles larmes les ramè-

1 « Vidisli quonam modo reddit fortes afïlictio ? Quomodo compunctos?Quoinodo mentem conterit ? Flebant enim et legem oljservabant, et qui, cum prophetae lacrymarentur, ridebaut, ludilicabautur et subclamabant : hi nunc netnirie adraonente, ad lacrymas convertebantur et flebant.» (S. Glirysostum. EiposU. in Psalin. CAXXVI.) — 2 Matth.

nerontaux bénédictions vivifiantes d'une autre parole: bcati qui lurent ^; « bienheureux ceux qui pleurent! » 0 bienlieureuses larmes qui sont une voile à des yeux trop avides des spectacles du monde ! Austérité bienheureuse qui fait trêve avec les joies dissolues, les frivolités éternelles, les dissipations et les tumultes où rùme se perd et s'engouffre comme en de mortels tourbillons. La douleur nous chasse de force du milieu de Babylone. Qu'y ferions-nous avec notre cœur oppressé et nos yeux rougis ? On ne veut plus nous y voir, on ne nous y soulïre plus, et nous-mêmes nous sommes blessés de ses joies insultantes autant que de ses rebuts dénaturés. Alors nous sortons, tristes, solitaires, découragés. Nous regardons d'un œil morne le courant des fleuves : ainsi s'écoulèrent nos joies, ainsi passa notre fortune. 0 fleuves de Babylone! insensés qui jettent dans tes eaux fugitives leurs aspirations et leurs espérances ! Le long des fleuves de Babylone nous nous étions assis, et au souvenir de Sion nous versio7is des larmes'^.

Au souvenir de Sion. Pas de douleur sainte, pas de larmes fécondes, si le souvenir de Sion ne s'y vient mêler. Les larmes stériles sont celles que la douleur fait verser sans que la religion, ni les console, ni les consacre. Pleurer «< les larmes de Babylone, » selon le mot de suint Augustin, souffrir des maux que l'idée divine, le souvenir de ses promesses, l'attente de ses miséricordieuses délivrances ne vivifient pas, c'est pleurer sans espérance, c'est souffrir sans profit. Hélas ! c'est pis encore, c'est plus dangereux, plus impie, plus pervers : c'est souffrir le blasphème à la bouche, le désespoir dans le cœur ; c'est achever de méconnaître

1 Malth. — 2 Pâal. CXXXVI.

LES ENFANTS DE DIEU 13l

Dieu, c'est maudire son âme, c'est désespérer de l'existence, et finalement se précipiter dans l'abîme d'où l'on ne revient plus. Les âmes qui trouvent dans la douleur présente le chemin de leur béatitude éternelle, sont celles qui, sorties de Babylone, délivrées de ses douleurs sans espoir comme de ses joies insensées, pleurent au souvenir de Sion, se souviennent « de leur Père qui est dans les cieux, » qui, au milieu de leur long oubli et lie leurs égarements dénaturés, est toujours resté leur « Père, » et toujours resté « dans les cieux; » qui les y attend, qui les y appelle, qui ne leur a fermé les joies de Babylone et ouvert les tristesses de l'exil, que pour les convertir et les sauver. Ces âmes disent : « j'irai à mon Père, ibo ad Patrem. Assises encore et pleurant le long des fleuves de Babylone, dans le lointain d'une vie sans religion et sans Dieu, elles s'élancent déjà, par la pensée et le désir, jusqu'à « Sion, » jusqu'à la vie chrétienne, jusqu'à la foi qui illumine, l'espérance qui fortifie et console, l'amour qui nous fait tout retrouver quand nous avons tout perdu K Leur douleur est une douleur pleine de force, de vie et de bénédiction, la douleur baignée des larmes saintes dont le Sauveur disait : « Bienheureux ceux qui pleurent parce qu'ils seront consolés. »

Que les progrès sont rapides d'une âme que Dieu jiousse dans la voie du retour et du salut! Tout à riieure elle ne faisait, sous l'influence de ses larmes, que

1 « Oportet ut fleas reeordando Sioa. Multi enim lient flelu liabylouico, quia gaudent luoris et tient damnis, utrumque da lîabylonia er>t. Flere debes sed reeordando Sion. Si reeordando Sion lies, et quando libi secundum Babylonliim bene estopoi'tel ut Ueas. (S. Augustin. Ej-j-d'ijud. in Psaliiu CXXXVl.)

se souvenir de Sion, maintenant elle y a?pire avec d'indicibles ardeurs. Il est une première vérité (|u'clle a comprise et qui a inauguré sa conversion : elle a compris qu'on ne chantait pns les cantiques du Seifjneur sur la terre étrangère *, qu' « entre le Christ et Bélial aucun accord n'est possible, » qu' « on ne peut servir deux maîtres, » que vivre à Babylone, y rire ses rires et s'y enivrer à ses joies, c'est mettre entre soi et Dieu une infranchissable barrière : elle a quitté Babylone, elle s'est retirée à l'écart. Là, dans la solitude, loin des pestilentielles influences du mal, les suaves souvenirs, les chastes pensées viennent h elle comme les parfums d'an printemps trop tôt fini. Ses premières joies saintes, son innocence d'autrefois, les fêtes du sanctuaire, les délices de la piété, tout ce qui couronna d'allégresse et d'honneur ses premiers ans s'impose à elle et lui cause des tressaillements inconnus. Si je t'oubliais, ô Jérusalem, que ma droite oublie elle-même son mouvement ! que ma langue s'attache à mon palais si je ne me ressouvenais pas de toi, si je ne faisais pas de Jérusalem le premier objet de mes joies -!

Fille de Babylone, malheureuse, béni soit celui qui te rendra tous les maux que tu m'as faits ^ ! Indignation magnanime de l'âme convertie, qui, regardant son abjection et sa misère, tourne sur Babylone, cause unique de ses infortunes, des regards de douleur, de colère et de mépris. C'est le prodigue qui regarde, tremblant d'indignation, l'inhospitalière région où le vice l'a mené, les haillons qui le couvrent, les pourceaux qu'il garde, les glands qu'on lui refuse, et dont il n'a plus môme le droit de se nourrir! Oh! qu'alors il

1 Psal. CXXXVI. — 2 l'sai. CXXXVI. — » Psal. CXXXVI.

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maudit une terre ennemie et réclame le sol paternel ! Qu'il rend avec un noble et grand cœur, aux maîtres qui l'ont avili et le torturent, le mépris dont ils accablent sa misère et son dénùment ! Fille de Babylone, malheureuse, béni soil celui qui le rendra les maux que tu m'as faits ' !

Béni soit qui prendra tes enfants et les brisera sur la pierre! Quels sont-ils, ces « enfants de Babylone ? » Ce sont nos vices, nos péchés commis, nos habitudes perverses contractées, nos inclinations rendues furieuses, notre concupiscence devenue irrésistible, tristes fruits de notre séjour sur la terre ennemie, enfants maudits de Babylone où nous avons trop longtemps habité. Et que faut-il faire maintenant ? Détruire cette postérité honteuse et abominable, saisir ces enfants du mal, et les briser sans pitié sur la pierre. Sur quelle pierre? « La Pierre, dit l'Apôtre, c'est le Christ. » Magnifique commentaire de saint Augustin ! C'est contre le Christ que se sont brisées et anéanties toutes les iniquités du monde. Lui seul est la « Pierre » contre laquelle les « fils de Babylone » sont écrasés. Un Prophète annonça de cette pierre : « Voici que je pose une

Ijierre en Sion tous ceux qui se heurteront à elle

seront brisés : tous ceux sur qui elle tombera seront écrasés -. »

1 Psal. CXXXVL — 2 « Qui sunt parvuli Babyloniae ? Nascentes maie cupidilates. Sunt enim qui cum veteri cupidilale rixantur. Quando nascitur cupiditas antequain robur faciat adversuin te mala consuetudo, cum parvula est. Ke enim cupiditas ncquam pravœ consuetudinis robur accipiat, cura parvula est, elide illam. Sed tune ne clisa non moriatnr, ad petiara elide. « Petra autem crat Cluislus. » (S. Augusliii. ExpUmal. in Psal. CXXXVL)

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