‹ Les psaumes, étudiés en vue de la prédication (volume 2)Chapitre 7 sur 30 · LES VAINQUEURS · texte numérisé non relu

LES VAINQUEURS

Exilés et proscrits au milieu du monde, les enfants de Dieu y sont des vainqueurs. A leur chef, il fut dit : domine au milieu même de tes ennemis'' : cette parole n'a plus été retirée : elle règne sur tous les événements de

1 Psal. XCill. — 2 Psal. LXI. — 3 Psal. LXXXII. — * Psal. CIX.

l'histoire, elle rampiit toutes les annales des peuples, elle multiplie ses merveilles, elle restera à jamais comme le monument le plus magnifique, de la puissance du Dieu qui triomphe par la faiblesse, et ressuscite dans la mort.

Parcourons rapidement dans les textes du Psalmiste, les différents triomphes des enfants de Dieu. Quelles sont les victoires de ces éternels vaincus ? D'abord par une merveille que la puissance divine sait seule produire, la victoire commence au milieu même du combat, en plein cœur du champ de bataille, quand les yeux tournés sur le juste ils n'aperçoivent plus en lui que blessures, défaillances, sang et poussière. Le juste est déjà vainqueur dans sa souffrance, au sein de ses persécuteurs. Et c'est le temps du silence de Dieu, quand Dieu laisse le monde circonvenir ses justes et se ruer furieusement sur eux. Puis bientôt , ce mystérieux silence se rompt, un voile se déchire, Dieu se lève, prend en main la cause de ses justes et les venge des brutalités et des astuces de leurs ennemis. Dans la première de ces deux victoires. Dieu triomphe par ses enfants; dans la seconde, il agit directement lui-même et fait éprouver aux méchants qui persécutent ses enfants les effets de sa terrible puissance.

I. — Bossuet pose ainsi la question. Si les justes n'habitaient pas au milieu du monde, exposés à ses pièges et à ses coups de main, la force manquerait à leurs vertus et l'éclat à leur triomphe, ils perdraient la plupart des occasions où se signale la valeur et où se conquièrent les couronnes. « Certes, s'il n'y avait point eu de méchants, combien de vertus seraient étouffées? Que

deviendrait le zèle de convertir les âmes, dont les saints ont été transportés ? Où seraient tant d'exhortations véhémentes ? Où cette béatitude de ceux qui souffrent pour la justice? où le triomphe du martyre? Qui aurait mis la main sur la personne de Notre-Ssigneur s'il n'y avait eu que des justes? Mais quel serait le désordre des choses humaines, si parmi cette prodigieuse multitude de méchants il n'y avait du moins quelques justes qui, par leurs avertissements et par leurs exemples, réprimassent la licence effrénée et retinssent du moins les choses dans quelque modération? C'est pourquoi le Sauveur Jésus parlant au petit nombre de gens de bien qu'il avait par sa grâce assemblés près de sa Personne, les appelle « le sel de la terre, > vos estis sal terrœ, voulant dire, à mon avis, que s'il n'eût répandu quelques personnes vertueuses de çà et de là dans le monde, comme une espèce de sel salutaire, les hommes auraient été entièrement corrompus, au lieu qu'il reste peut-être quelque petite trace de vertu ' . » Ainsi les Enfants de Dieu, durant le temps qu'ils luttent contre le monde sans que Dieu se montre encore pour les venger, remportent une double victoire : la première qu'ils gagnent pour eux-mêmes ; la seconde dont ils font bénéficier leurs propres persécuteurs.

1. Quand Dieu crée son juste, et, pour lui assurer la couronne, le jette dans l'épreuve, il le place sur deux théâtres, en face de deux différentes luttes : la lutte du mal et la lutte du bien ; du mal à fuir, du bien à pratiquer ; fuis le mal, fais le bien, puis viens habiter le ciel pour l'éternité -, tel est dans le Psalmiste tout le résumé

» DossucL S:rm. — = Psal. XXXVI.

des destinées do Thomme dans le temps et l'éternité. L'homme placé en face du mal l'évite héroïquement; ])lacé en face du bien, il s'y affermit et en remplit sans défaillance les généreux préceptes : voilà la lutte. Cette lutte terminée et la victoire acquise, «le bon soldat » du Christ est reçu, pour jouir d'un repos sans fin et d'une gloire sans limites, dans les hauteurs des cieux : inhabita m sseculum sxcuU •*. Or ce que nous avons à montrer ici d'après le Psalmiste, c'est que cette double lutte se livre pour le juste au milieu des perversités du monde dans d'admirables conditions de puissance et de facilité.

En face du juste les pécheurs étalent le vice sans retenue ni pudeur. Le vice, dit le Psalmiste avec une singulière énergie, 5utn^e de leur embonpoint ~; le vice heureux, triomphant, superbe, le vice avec toutes ses fascinations, ses séductions, ses entraînements, ses oppressions formidables, intercepte leur chemin, leur coupe la route et s'impose à leur regard, à leur cœur, à leurs sens. Quelle lutte ! J'ai vu la paix des pécheurs, jusqu'à leur mort ils ne connaissent point l'infortune, ils n'ont, aucune part aux misères de tous; ils se ceignent de l'orgueil comme d'un collier; ils se couvrent de la violence comme d'un manteau, Viniquitè suinte de leur embonpoint, les pensées du cœur en débordent; ils sont railleurs, médisants, remplis d'arrogance, leur bouche défie les cieux, leur langue parcourt la terre '^, ils sont loués, fêtés, reçus partout avec une crainte respectueuse et d'humbles égards, l'iniquité est en bénédiction. Il parle au juste : « Mais où donc est ton Dieu? » ubi est Deus eoram ? Ah! quand le juste doit répondre que son Dieu est pauvre,

» Psal. XXXVI. - 2 Psal. LXXiî. — s Psal. LXXII.

déshonoré, honni, dans les supplices, sur une croix; quand il entend l'éclat de rire moqueur, quand il contemple, à côté de sa vie crucifiée, l'heureuse vie du pécheur et qu'il rapproche de ses plaisirs quotidiens les quotidiennes, austérités de la vie chrétienne, oh .'alors le cœur se trouble, la volonté défaut, les sens frémissent, les pieds chancellent^ la démarche devient glissante^ Venvle envahit l'âme au spectacle du bonheur des impies \ c'est l'heure terrible du combat. Dieu veut que sans faiblir, ses enfants contemplent du haut de leur calvaire les splendeurs et les suavités d'un monde oiî tous les appellent, et vers lequel leur propre concupiscence les attire avec une désespérante énergie. Plus forts que leurs premiers ancêtres, k ils verront que le fruit doit être délicieux à manger, puisqu'il est si beau à voir et d'un si suave aspect ; » mais jamais leur main ne se lèvera pour le cueillir. Magnanimes comme l'Homme- Dicu sur la montagne de la tentation, « ils contempleront tous les royaumes de ce monde avec toute leur splendeur, » ils entendront la voix tentatrice : « si tu tombes à mes pieds et m'adores, tous ces biens sont à toi 2; » et jamais dans leur cœur ne montera la volonté de la trahison. Quand le monde criera : qu'ils descendent donc de leur croix ! eux garderont leur calvaire, ils entendront les bruits de fête et continueront lour gémissement, leurs cris d'angoisse et de douleur. « Le monde se réjouira, mais eux seront dans les larmes ; » larmes bienheureuses que les anges recueillent et qui deviendront les pierres précieuses d'un diadème éternel, coronam de lapide pretioso. Telle est la première péripétie et le premier succès du juste dans sa lutte contre

i Psal. LXXII. - s Malth.

Lm CTTFANTS nK DTTîU 175

le mal : il résiste à ses séductions enchanteresses conime il ses oppressions tyranniques. Écoutons-le lui-même, dans les Psaumes, s'en expliquer, h'huile parfumée dit pécheur ne oindra pas ma tête, ses douceurs et ses suavités décevantes, sa vie molle, ses mœurs efféminées, ses plaisirs faciles ne m'arracheront pas aux vivifiantes aspérités de la vie sainte. Je verrai le monde sans me laisser émouvoir par ce spectacle; j'habiterai le monde tout en y restant un hôte et un étranger : oleum peccatoris non impinguet caput meum '. C'est là dans le juste une seconde énergie et une nouvelle victoire ; nonseulement il résiste dans son cœur aux séductions des vices qne ses yeux contemplent, mais il se sépare entièrement de leur contact pernicieux. Des apostats qui trahissent Dieu pour le monde, le Psalmiste fait cette remarque, que peu à peu ils glissent vers l'iniquité. D'abord on la fréquente, de temps en temps on se rend dans ses assemblées, on va au conseil des méchants, puis bientôt, familiarisé aveo les maximes du monde et ayant appris de lui les voies du mal, on se fixe sur le chemin des pécheurs ; enfin vieilli et endurci dans le vice, on le pratique ouvertement, on s'en vante, on l'enseigne : voilà ces malheureux assis, immobiles, fixés dans la chaire de dérision ou de blasphème ^. Telle est la séduction ; à côté d'elle l'enfant de Dieu donne l'héroïque exemple de la séparation absolue. Sa devise, au sein des lâches compromis d'une société en décadence, reste toujours l'énergique devise du grand Apôtre : « Quel compromis possible entre le Christ et Bélial ? Il se sépare. Retirez-vous de moi, vous tous qui commettez le mal ^\ C'est là le grand spec-

i Psal. CXL. —2 Psal. I. - s Psal. VI.

tucle donne au ciel et à la terre ; l'homme resté pur au sein de la jcontagion commune, l'homme demeuré croyant au milieu de l'universelle apostasie. C'est là pour Dieu le plus j^lorieux triomphe, c'est là pour l'homme le titre le plus assure du salut. Juge-moi^ Seigneur. Je marche dans l'innocence, f espère en Dieu, rien ne m' ébranlera. Seigneur, éprouve-moi, sonde mes reins, scrute mon cœur, ta miséricorde est devant mes yeux, ta vérité est l'objet de toutes mes complaisances; je ne m'assieds pas dans les assemblées de la vanité, je ne mets pas le pied chez les hypocrites, j'ai en horreur les réunions des pervers, je ne demeure pas avec les méchants. Je purifie mes mains dans l'innocence, j'entoure ton autel, ô mon dieu! Seigneur, j'aime ta maison, le lieu oib ta splendeur réside ; ne confonds pas mon âme avec ihîme des pervers, ni ma vie avec celle de ces hommes de sang '. Comment le juste reste-t-il ainsi inébranlable dans son éloignement des pécheurs? Où puise-t-il le courage des continuels sacrifices que lui coûte son isolement ? Le Psalmiste emploie pour nous l'apprendre un mot étrange : Le juste hait implacablement les pécheurs. 7/5 sont devenus mes ennemis et je les hais d'une haine parfaite. Le juste a placé dans son cœur des indignations généreuses, la \ uc du mal l'irrite, le dessèche, fait subir à son àme un indicible martyre de malaise, d'amertume, de secrJte et douloureuse irritation. Je me suis desséché voyant la 2Jci,ix des pécheurs 2. J'ai vu ceux qui prévariquaient et je me desséchais ^. Voir Dieu outragé, les âmes blessées et expirantes sous les traits de la méchanceté et les coups mortels du scandale, contempler ce que Saint Jean Chrysostome appelle « le carnage des âmes, » fait raon-

» Psal. YI. — 2 Psal. XXV. — 3 Psal. LXXII.

Lîî« êafantr de dteu 177

ter au cœur ces colères saintes que jettent au monde des voix accusatrices et d'implacables malédictions : vx mvndo a scandalis, « mall:ieur au monde pour ses scandales ! » Briilè par mon zèle, je me dcssccliais, voyant comment mes ennemis oubliaient votre loi, ô mon Dieu ' ! Et qu'on ne s'étonne pas d'entendre ici parlei* de haine dans une religion fondée tout entière sur l'amour. Qu'est cette haine, dont le Psalmiste nous fait entendre l'expression énergique ? Qu'est-elle, sinon un amour brûlant et désespéré ? N'est-ce pas le Maître qui

a dit : « Quiconque ne hait pas son père, sa mère »?

le même Maître et le même Docteur qui exhalait ailleurs les plus délicats parfums de l'amour : « aimez jusqu'à vos ennemis »? Comment haïr, quand il faut aimer ? Comment haïr des proches, quand il faut aimer jusqu'à des ennemis ? E,eprenons une expression du Psalmiste, le mystère s'éclaircira. C'est d'une haine PARFAITE que je les ai hais. Il y a donc une haine sainte, irréprochable, parfaite ; une haine commandée, voulue de Dieu, et qui entre comme élément essentiel dans notre sanctification, si bien que sans hair nul no peut sauver son âme, ni se garantir de la commune per. versité. Que haïssons-nous ? Une seule chose au monde: le mal, le mal qui blesse Dieu, qui tue notre iime, dévaste sans espoir toutes nos espérances, souille notre vie, et allume les flammes de notre éternelle expiation. Ce mal nous le haïssons partout, sans nulle distinction d'intérêts, d'agréments, de plaisirs, de fortunes, de personnes ; nous le haïssons en nous comme dans les autres. Notre œil est-il devenu mec/m;! f, notre œil ou notre main droite nous scandalisent-ils, à l'instant,

» P3al. ÏÏXVIir.

sans hésitation ni fausse complaisance, une haîne paf" faite jaillit de notre âme, et prononce des arrêts implacables : « si votre œil droit ou votre main droite vous scandalisent, arrachez-les et jetez-les loin de vous ^1) Voilà la haine dont nous poursuivons le monde. Elle naît de l'amour, elle est fille du zèle, elle s'échappe d'un cœur avide de se dévouer. Quel cœur de mère ne connaît ces haines ? Quel dévouement n'en a subi les magnanimes martyres ? Qui, en haïssant de toute son âme, aimait plus que saint Paul ? Qui prononça avec plus de véhémence les malédictions de la haine, que le Dieu qui par amour mourut pour sauver le monde? Et, en renversant la question, qu'est-ce qu.y, à l'heure présente, éloigne le plus de nous la rénovation et le salut ? Qu'est-ce qui perd les âmes et achève de dissoudreau milieu de nous l'antique société chrétienne? Nous ne savons plus haïr. Le mal ne nous irrite plus, « nous avons fait un pacte avec la mort, » l'erreur qui souille l'intelligence, le vice qui dégrade le cœur, le scandale qui ravage les familles, nous trouvent complaisants et adoucis. Triste siècle dont le trait distinctif est de pactiser avec le mal, d'accueillir d'un même aimable sourire l'erreur et la vérité, le bien et le mal, le vrai et le faux, la réalité et le mensonge ! Qui de nous sait encore s'arracher fœil et se couper la main ? Qui connaît le programme chrétien tracé par un Apôtre : « Quiconque vient à vous et ne vous apporte pas la vérité, ne le recevez pas chez vous, ne lui donnez même pas votre salut. Lui donner ce salut, c'est communiquer à ses œuvres perverses »? Quelle énergie donnent pour le bien ces répulsions magnanimes ! Le monde appellera

1 Vid. S, Gregor. pap. flomil. XXXVIfm Evangel.

cela grossièreté et sauvagerie : Gardons nos allures indépendantes, notre hai7ie et notre liberté. Qui ne sait pas Jiaï)\ ne sait pas combattre ; qui ne combat plus, a cessé de mériter la victoire, n'est plus apte qu'aux chaînes et n'a plus d'avenir que l'ignominieuse vie des vaincus. Pourquoi le Seigneur n'extermine-t-il point rimpie ? Hommes de sang, relirez-vous de moi ! Et ceux aussi, ô mon Dieu, qui parjurent votre nom. Ceux qui vous haïssent, Seigneur, je les hais ! Je sèche d'indignation et de colère contre ceux qui sont vos ennemis. Cest cVune haine parfaite que je les hais : ce sont là mes

ennemis

S'éloigner du mal, par la résistance, la séparation, la haine, c'est la première partie de l'œuvre du juste :

1 Psal. CXXXVIII. — Il est bon de connaître où nous a menés cette lâche condescendance pour l'erreur et le mal, et jusqu'à quelles monstruosités l'incrédulité moderne pousse la manie des réhabilitations. Qu'on lise sans frémir si on en a la triste puissance. « De tous les êtres autrefois maudits que la tolérance do notre siècle a relevés de leur anathème, Satan est, sans contredit, celui qui a le plus gagné au progrès des lumières et de l'universelle civilisation. Le moyen âge, qui n'entendait rien à la

tolérance, le lit à plaisir méchant, laid, torturé Un siècle

aussi fécond que le nôtre en réhabilitations de toutes sortes, ne pouvait manquer de raisons pour excuser un révolutionnaire malheureux que le besoin d'action jeta dans les entreprises hasardeuses.». Si nous sommes devenus indulgents pour Satan, c'est que Satan a dépouillé une partie de sa méchanceté, et n'est plus ce génie funeste, objet de tant de haines et de terreur. Le mal est évidemment de nos jours moins fort qu'il n'était autrefois. Nous hésitons à prononcer des arrêts exclusifs, de plus, d'envelopper dans notre condamnation quelque atome de beauté.» {fournal des Débats, 25 avril 1S55.)

pratiquer le bien est la seconde. Or la vie tourmentée cl persécutéedu juste au milieu du mondv^, est aussi favorable à celle-ci qu'elle le fut à celle-là. Le monde mauvais et persécuteur est, pour les enfants de Dieu, le champ de bataille le plus admirablement choisi. C'est là que se dérouleront aux regards du ciel et de la terre les plus brillants exploits ; là que se cueilleront les plus divines couronnes. Un ancien avait trouvé cette grande idée, « que le plus beau spectacle que puisse donner la terre est celui du juste aux prises avec l'adversité. » La raison et le sentiment humains ne montent pas plus haut ; il faut les ailes chrétiennes pour s'élever à un autre sommet et plus abrupte et plus inaccessible mille fois : la lutte, non plus [contre l'adversité, mais celle contre son propre cœur bouillonnant de colère et ivre de vengeance, la lutte contre la perversité et les outrages d'un ennemi. Qui dira cette lutte ? qui en racontera les péripéties sanglantes, les indomptables fureurs ? Qui s'interposera entre notre cœur et nous ? Qui maîtrisera nos colères ? Qui vaincra le monstre ? Dieu sans doute, et c'est la lutte où sa puissance aime à se jouer. Il rassemble autour de nous une multitude d'insulteurs ; dans cette odieuse bande il choisit une âme plus noire, d'une perversité plus lâche, il en fait un traître qui se jouera de notre confiance, qui marchera sur notre cœur et le foulera sous des pieds immondes. Puis, quand un calvaire s'offrira à gravir, quand une croix s'y fera voir, quand sur cette croix les fureurs de nos ennemis, leurs entreprises criminelles et victorieuses nous auront cloués, et que notre âme ne sera plus qu'une plaie saignante , alors , sous l'action d'une puissance plus haute que la terre, nous pousserons une clameur douce et puissante que le ciel seul aura pu

former : Pater, dimitte ! « Père, pardonnez-leur ! » Ah! ce cri n'eût il retenti qu'une fois dans tout le cours des siècles, cet acte divin par excellence ne se fût-il accomjjli qu'une fois et par un seul juste, nous comprendrions déjà trop pourquoi Dieu laisse des méchants sur la terre et pourquoi il mêle ses justes dans leurs rangs. C'est là l'occasion de la plus merveilleuse des victoires, c'est là que se déploient plus que partout ailleurs les ressources divines de la sainteté. Comptons, si nous le pouvons, toutes les forces de l'âme, les illuminations de la foi, les énergies du cœur, les héroïsmes de la volonté qui entrent dans la composition du Pater, dimitte. Analysons, SI notre œil a cette puissance, les prodiges que la grâce doit accumuler dans une âme pour en obtenir un seul acte de pardon. Quelle humilité ! quelle patience ! quelle douceur ! quel amour ! Ne nous étonnons pas que, revenant de ce grand combat, ce juste élève aux yeux de Dieu ce seul trophée comme l'espérance et la garantie de toutes ses couronnes. Seigneur, souvenezvous de David et de toute sa douceur ^. Et qu'a donc fait de si grand cette douceur, qu'il en faille remplir la mémoire d'un Dieu? Oh ! répond l'héroïne, c'est que, résistant seule à mes innombrables ennemis , aux passions ameutées et frémissantes, aux plus effroyables entraînements de la colère, je n'ai jamais rendu le mal pour le mal. Que fait le Juste quand la perversité et la cruelle malignité du monde lui multiplient les meurtrissures de la flagellation, lui tressent des épines en couronne, et lui élèvent sans pitié une croix ? 0 mon Dieu, ils m^ont rendu le mal pour le bien; ils m'ont poussé à bout ; et cependant alors qu'ils étaient affligés,

1 Psal. CXXXI.

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