T. III
moi je me revêtais (Vun sac, f humiliais mon âme dans le jeûne, je répandais ma prière sur mon sein, je les traitais comme des frères, je me 0^'isais de douleur pour eux comme un fils pleurant sa mère. Mais quand j^ai chancelé, eux se sont réjouis; ils se sont réunis en foule, ils m'ont frappé à r improviste, ils n'ont cessé de me déchirera Lutte merveilleuse! duel sublime entre la perversité d'une part, la patience et la douceur de l'autre ! Rien de plus divin ne se voit sur la terre, et l'éternité ne couronne pas de plus étonnants vainqueurs.
Quand les méchants ne procureraient aux justes qu'une telle palme, encore faudrait-il bénir la Providence qui nous laisse exposés à leurs coups; mais que dire des merveilles de zèle que la vue des pécheurs suscite dans l'âme des saints ? Quel apostolat la détresse des âmes a fait naître dans l'Eglise ! quels dévouements la cause des pauvres met en éveil ! quels héroïsmes de charité le désir de les arracher à l'abîme et de les donner à Dieu enfante dans des milliers de fidèles ! quel spectacle ! comment le décrire ? comment en embrasser du regnrd la vaste immensité? Un cri s'échappe de toute l'Eglise, d'un bout à l'autre des âges chrétiens : Le zèle de la maison de Dieu nous dévore'^; la défaillance s'empare de nous quand nous voyons les pécheurs, ô mon Dieu, abandonner votre loi. Oh ! quelles magnanimes tristesses, quelles indicibles tortures ravagent l'âme des saints, quand ils contemplent l'outrage (ic Dieu dans la prévarication et la perte des pécheurs ! Écoutez l'un d'eux exhaler son inconsolable douleur : « Une tristesse immense a envahi mon âme, j'ai au cœur une blessure toujours ouverte. Je voudrais être
1 Psal. XXXIV. — 2 Psal. LXVIII.
anathème pour mes frères ! » Aussi, comme le chantait le Psalmiste clans son cantique, le zèle les dcvore, une activité prodigieuse emporte l'Église entière dans ce grand œuvre de la conversion des pécheurs. A vrai dire, tout dans le christianisme est coordonné pour ce travail du sauvetage universel des âmes. Embrassant d"un coup d'œil le cours entier des siècles, nous composant de toute l'histoire humaine une seule scène, assistons à un sublime et divin spectacle. Le genre humain pèche : à l'instant il est envahi par la mort, pcr peccatum mors inlravit \ mort de la chair, mort mille fois plus désastreuse de l'âme. C'est un vaste incendie dont les gigantesques flammes enveloppent l'humanité entière d'un bout à l'autre des temps ; c'est un immense naufrage, au milieu d'un océan devenu furieux, au sein d'une nuit obscure, quand tout se remplit du bruit sinistre des flots, du cri des victimes, des clameurs triomphales de l'enfer. Oh ! quelle horreur de voir ainsi des hommes infortunés périr au milieu des flots du péché et de la malédiction ! Mais d'autre part quel beau, quel noble, quel divin spectacle offre l'immense et universel travail de sauvetage organisé du ciel à la terre pour sauver les victimes ! L'Eglise entière s'y emploie, c'est l'objet uni- (lue sur la terre de ses vœux, de ses supplications, da ses labeurs, de ses souffrances, de ses fatigues, de l'etïusion de tout son sang. Plus les flots du mal envahissent le monde, plus la tempête devient furieuse, plus l'Église se multiplie pour délivrer les âmes. Il fait noir : la lumière s'éteint, la foi chancelle, la négation ténébreuse menace d'étoutfer la vérité chrétienne : des millions de martyrs se lèvent, parlent, aflirmeut, appuient de
i Rom.
leur inébranlable témoignage et signent de leur fang le Credo. Mais les hérétiques pullulent, ils altèrent la pureté de la foi, ils corrompent la doctrine et « adultèrent la parole de Dieu \ » les âmes devenues ignorantes ou abusées retomberont dans l'abime dont la révélation venait de les faire sortir : voici venir au secours de cette nouvelle détresse l'étincclante multitude des Confesseurs et des Docteurs; ils instruisent, ils prêchent, ils dissipent les ombres, illuminent les âmes et les fixent invariablement dans la foi. Quels orages cependant suscitent dans les âmes les passions soulevées ! quels flots envahissants ! quelles irrésistibles tempêtes ! qui sauvera les âmes de ce nouveau péril ? Bolitudes écartées, cloîtres silencieux, asiles bénis de la mortification et de la vertu, ouvrez-vous aux âmes que le monde va entraîner et faire périr. Sanctifiez ces âmes, purifiez-les, rendez-les étincelantes, afin « qu'elles brillent dans la nuit obscure commes des astres » bienfaisants et protecteurs. Telle est l'immense, l'innombrable multitude des saints anachorètes, des chastes vierges, des religieux à la bure grossière, des pénitents aux chairs ensanglantées. Que font-ils ? à quelle œuvre se consacre leur angélique vie? A l'œuvre unique qui absorbe toutes les puissances et tous les siècles de l'Église : l'apostolat des âmes, le salut des pécheurs.
Ainsi par son contact avec les pécheurs, à ce poste de vigilance et de salut où Dieu la place, la famille chrétienne sera la gloire et la sécurité du monde. Mais, à tant sauver les âmes ne court-elle elle-même aucun danger? Est-on impunément un héros? La faiblesse humaine peut-elle entendre les acclamations de
1 II Corinth.
la louange, peut-elle voir grandir sa domination avec ses victoires et ses exploits sans se sentir mordue de l'orgueil? Quand Paul, le conquérant des âmes, aura ieté son cri triomplial : « Dieu nous pousse et nous fait vaincre en tous lieux < » ; « Par la puissance des miracles, des prodiges, par la vertu de l'Esprit-Saint, de Jérusalem à l'Illyrie, et dans les lieux d'alentour, j'ai tout rempli de l'Evangile du Christ 2 ; » quand Paul revient vainqueur, traînant après lui la multitude de ses captifs, Paul, encore hôte de l'exil et fils de la commune déchéance, n'est-il pas exposé, « après avoir prêché les autres, à être lui-même réprouvé ? » Oui, certes ! L'apôtre tremble et Dieu intervient. « De peur qu'il ne s'élève d'orgueil, il lui est donné un aiguillon qui perce sa chair, ange de Satan qui le soufliette au visage 3. » Quel est cet aiguillon ignominieux? quels sont ces soufflets de Satan qui doivent, selon la volonté divine, rappeler l'Apôtre trop triomphant aux hontes sanglantes du calvaire? « Ce que cela signifie, le voici : Dieu ne voulut pas que le christianisme se propageât sans obstacles, ce qui nous eût rendus lâches et sans vigilance; il permit que des ennemis se ruassent furieusement sur nous et qu'ainsi l'orgueil nous devînt impossible. Comprenez donc que cet ange de Satan, c'est Alexandre, Hymenée, Philète, tous les ennemis, tous les persécuteurs, tous les furieux qui faisaient la guerre à l'Apôtre, le jetaient dans les fers, le couvraient de coups et de blessures, le traînaient à tous les gibets ''. » 0 mon Dieu, qu'il m'est bon que vous m'ayez humilié ^ ! C'est le cri de reconnaissance que le clergé catholique
1 II Corintli. — 2 Rom. — s H Corinth. — ■ Bossucl, Scnn. — « Psal. CXVIII.
baigné de larmes, souvent de sang, fait entendre du milieu de ses continuelles persécutions : Qu'it m'est bon d'avoir été humilié, foulé aux pieds par des vainqueurs insolents, traîné à la barre d'une presse inique, flétri devant l'opinion, condamné par tout le monde ! Oui, tout cela m'a été bon. Et pourquoi ? Ah ! c'est que telle est la hauteur et la gloire du clergé, telle est la sublimité de sa mission, la vénération, les louanges, la royauté que cette mission entraîne avec elle, que si le ciel était pur, la vie sans lutte, l'Eglise sans ennemis, si « l'ange de Satan n'était pas " toujours « là pour infliger l'ignominie de ses soufflets, » l'homme, fùt-il ravi au troisième ciel, ne résisterait pas à l'enivrement d'une semblable domination, dont aucune autorité sur la terre, aucune royauté, aucun empire ne donnent l'idée. D'aillonrs l'humiliation du sacerdoce est sa lumière. Sans elle il ne saurait pas où il exerce son ministère, et le monde ne lui serait pas révélé. Ah! vraiment j'ai été humilié outre mesure ! et fai dit dans mon angoisse: « Tout homme est menteur ' ! » C'est là connaître le monde, et, par l'effet de cette lumière, ne se plus appuyer que sur Dieu. C'est, selon le mot du Psalmiste, être humilié dans la vérité. Tel est donc le ferme et immuable dessein de Dieu : il entourera ses enfants d'un monde où ils seront continuellement humiliés : Ils ont humilié ton peuple, ô mon Dieu! Ils ne l'ont humilié que par l'expresse permission de Dieu, et cette permission Dieu la leur accorde dans l'intérêt et pour la gloire des siens. L'humiliation passée, le sacerdoce rayonne d'un nouvel éclat, et ce redoublement de splendeur, trouvant des cœurs prêts et des vertus épurées dans le
» Psal. CXY.
creuset des souffrances, n'amène plus qu'une joie sans mélange comme sans danger. 0 mon Dieu, nous avons été réjouis pour les jours où vous nous avez humiliés '.
Une autre vertu encore s'épanouit dans la persécution, c'est la vertu de prudence. Dans une trop longue paix quand « il n'y a plus en Israël aucun Satan, » aucun adversaire, la vigilance détend ses ressorts, la sentinelle est moins clairvoyante, les remparts sont moins bien gardés, et qui dira vers quels dangers, sur le bord de quels abîmes une sécurité folle peut conduire des âmes somnolentes et amollies ? Mais, quand des adversaires nous circonviennent de toutes parts, quand des armées campent devant nous, quand d'habiles et malicieux ennemis nous épient pour nous surprendre, dressent des pièges mortels sous chacun de nos pas : oh ! alors notre œil s'ouvre, notre vigilance scrute chacune de nos démarches, une prudence consommée préside à tous nos conseils. J'ai dit: je prendrai garde à tontes mes voies afin de ne point pécher dans mes paroles. J'ai placé devant mes lèvres de vigilantes sentinelles, au temps où le pécheur était en face de moi'^. Nous avons l'expérience de la méchanceté du monde ; nous savons combien il est prêt toujours à épier nos démarches, à recueillir nos paroles, à profiter de nos plus légères fautes et de nos plus pardonnables inadvertances : de là nous viennent la sagesse, la maturité, le don de prudence et de conseil ; c'est à cause de la continuelle présence de nos ennemis que nous sentons le besoin d'une direction plus sage et d'une plus irréprochable vie. 0 Dieu, conduisez-moi dans les sentiers de la justice ; à cause de mes ennemis dirigez tous mes pas sous vos ycux^.
1 Psal. LXXXIX. — 2 Psal. XXXVIII. — 3 Psal. V.
A cette vigilance se joint une autre vertu excellente, celle que l'Écriture appelle « le commencement de la sagesse, » la vertu de crainte. Sans ennemis, sans assauts terribles, san^dangcrs imminents, que l'homme serait vite présomptueux ! Combien vite il se persuade qu'il est sage, habile, fort, tout-puissant par lui-môme, par ses propres ressources, sans d'autre secours que celui de son bras ! Le cri de Lucifer ne fut-il pas un cri de présomption orgueilleuse? Après Lucifer, quand tout nous est propice et que rien ne nous réduit à notre néant, nous poussons la même clameur insolente ; Non movebor in œternum ! Que fera Dieu ? Il amoncellera les nuages, il dira et Vesprii de la tempête se tiendra prêt, les flots se lèveront en furie, la barque horriblement secouée, se verra toute prête à s'y engloutir, toute notre science sera dévorée, toute notre force se desséchera, nous chancellerons comme Vhomme ivre ',nous crierons à Dieu le cri de notre détresse, cri salutaire sans lequel Dieu ne nous délivrerait pas : Salva nos, perimus ! « Sauvez-nous, Seigneur, nous périssons! » Seigneur mon Dieu, fai mis en vous mon espoir, sauvez-moi de mes persécuteurs et délivrez-moi, que le lion ne ravisse pas mon âme, personne ne me pourrait racheter, personne ne me pourrait sauver 2. 0 mon Dieu, que mes ennemis ne se rient pas de moi, que ceux qui me haïssent sans cause ne me considèrent jamais d'un œil assouvi. Jamais ils ne parlent le langage de la paix ; jamais que perfidies contre les paisibles enfants de la terre. Ils dilatent leur bouche, ils crient contre moi. <( Allons ! allons ! nos yeux contemplent sa ruine.» Vous le voyez, ô mon Dieu, ne gardez plus le silence, ô Adonaï, ne vous éloignez pas
1 Psal. CVI. — 2 Psal. VII.
de moi, réveillez-vous, sortes de votre sommeil, ô Dieu, pour me juger, pour défendre ma cause; jugez-moi, Sei' (jncur, selon votre justice, qu'ils ne se réjouissent pas àmon sujet; qu'ils ne disent pas dans leur cœur : « Triomphe! nous Pavons dévoré ' ! » L'âme chrétienne est frappée de trois sentiments de crainte au milieu des péclieurs ses ennemis. Hélas ! tout d'abord elle ne se sent pas innocente ; elle sait qu'elle a trop souvent pactisé avec l'ennemi ; elle s'écrie dans son angoisse : 0 mon Dieu, pardonnez les fautes que m'ont fait commettre les étrangers^ ! Puis elle redoute l'envahissement du monde en elle, elle connaît son astuce profonde, sa mielleuse et insinuante finesse, l'habileté avec laquelle il s'introduit dans un cœur innocent et inexpérimenté pour le corrompre bientôt et le défleurir. Seigneur, signalez vos miséricordes en sauvant vos fils qui espèrent des mains des pécheurs qui résistent à votre droite, gardez-moi comme la prunelle de l'œil, cachez-moi sous fomhre de vos ^iles au regard des méchants qui me poursuivent, des ennemis qui m' environnent pour me faire mourir. Ils circonviennent mes démarches, leurs yeux sont ouverts; ils épient pour me renverser dans la poussière ^. Enfin l'âme, prise des terreurs du jugement, songeant à ce terrible jour où le Juge suprême viendra faire le discernement des justes et des pécheurs, placer à sa droite les brebis, les boucs à sa gauche, jour formidable, heure désespérée, où « l'un sera pris, l'autre laissé, l'âme pousse son troisième cri d'angoisse et élève sa supplication dernière : 0 Dieu, jugez-moi, séparez ma cause de celle du peuple prévaricateur, sauvez-moi de l'homme inique et trompeur^ !
1 Psal. XXXIV. — 2 Psar. L. — 3 Psal, XVI. — * Psal. XLTI.
iMîfin rimbitnde de la lutte, toute une vi» do frnerres et d'hostilités, nous communique, avec la vigilance, une merveilleuse adresse et une invincible force : Béni soit le Seigneur, mon Dieu, qui me dresse au combat et enseigne à ma main à tenir Vêpée '. Admirable Eglise catholique! Quand tout la menace, quand d'innombrables nuées d'ennemis Tassaillent, quand les secours humains se sont éloignés, quand elle est seule, sans défense, sans armes, sans protecticn,elle engage une impossible lutte, et c'est dans cette lutte même qu'e//e place son espoir. Rien ne l'étonné, rien ne l'effraye, ni ne la fait fléchir. Elle sait le combat, elle a la science de la lutte, elle est sûre de la victoire. Elle résiste, elle repousse, elle fait fuir des ennemis qui se croj^aient victorieux et s'établit sur leur ruine : -4 Domino faclum est istud et est mirabile in oculis nostris.
2. Telle est la première victoire que remportent pour leur propre compte les Enfants de Dieu. Ils en gagnent une seconde pour le salut des pécheurs ; et c'est là encore le secret motif pour lequel Dieu les laisse dominer au milieu même de leurs ennemis -. L'Église s'impose au milieu du monde, monument indestructible, édifice gigantesque, devant lequel tous, de gré ou de force, doivent continuellement passer. On peut persécuter cette Eglise, on peut opprimer ces catholiques, mais il faut les voir, il faut entendre leur parole, il faut assister au divin spectacle de leur vie, il faut contempler leurs vertus surhumaines, il faut apprendre d'eux « les puissances du siècle à venir, » les châtiments éternels du mal, les éternelles récompenses du bien. Pecca-
1 Psal. XVII. — s Psal. CIX.
torvidchit^, «le pécheur verra. » C'est là sur lui le dessein d'une suprême miséricorde : le forcer à regarder et à voir. Libre à lui de « grincer des dents >» comme de se convertir à Dieu et de se rendre, mais il verra^ il lui est providentieliement devenu impossible de ne point voir. Et si « voir » l'Eglise, le christianisme, la famille catholique, les vertus, les vérités, tout ce qui compose le fait de la Révélation, fut dans tous les temps une nécessité providentielle, à quelle époque cette nécessité fut-elle plus indéclinable et plus absolue? Quand Jésus-Christ et l'Eglise furent-ils plus en vue? quand devint-il plus que de nos jours impossible de ne les point voir ? La question religieuse fait seule le fond de toutes les questions. Deux camps immenses sont en face l'un de l'autre, la guerre est acharnée, jamais la bataille ne cesse. Or, que veut-on ? Une seule chose, ou anéantir ou vivifier la religion du Christ; ou tuer le catholicisme, ou lui donner une vie et un trône de plus en plus puissants et glorifiés. Rien ne manque donc aux âmes abusées et ennemies. L'Eglise fait partout retentir les suavités et les splendeurs de sa vérité divine. En face d'elle l'erreur se livre à de tels excès, elle s'est faite si extravagante, si haineuse, si sanguinaire, elle est si manifestement marquée au « signe de la bête, » elle a si bien revêtu les traits de Satan « qui dès l'origine fut homicide, » elle grince si hideusement des dents, ses colères sont si homicides, ses fureurs si bestiales, ses projets si horribles, et en même temps sa puissance est si brisée, ses triomphes si impossibles, ses trames si constamment rompues, qu'il faut être frappé d'un inexplicable aveuglement pour ne pas voir
1 Psal. CXL
OÙ est le bien et où est le mal, où est l'erreur, où est la vérité, où est Dieu et où est l'enfer. Oui, Dieu avec sa vérité et sa vertu s'est rendu visible comme il ne l'a jamais été. Et quand la divinité de l'Église frapperait moins les regards, la hideuse difformité de ses ennemis suffirait à éclairer les âmes et les préserver de toute méprise et de toute erreur. Aussi nulle part le Psalmiste ne dit-il que les pécheurs ne voient point. Il affirme le contraire. Même avant l'illumination terrible du dernier jour, le pécheur verra '. Qu'est-ce que voit le pécheur? Il voit l'Eglise sainte, divine, immuable, indestructible, éternelle ; il voit les justes, il voit la vérité catholique, il voit la vertu, il sait où est Dieu, il sait comment l'on sauve son âme : s'il s'irrite, s'il grince des dents, s'il sèche de colère -, s'il rend inutiles le divin spectacle et les célestes influences devant lesquels Dieu l'a placé, il périt par sa propre faute, et malgré les plus admirables ressources de sanctification et de &alut.
Mais gardons-nous de croire que partout et toujours ce spectacle reste sans vertu et ces influences demeurent stériles. Combien d'âmes qu'illumine et sauve le contact des catholiques fervents ! Saint Paul avait devant les yeux ces triomphes pacifiques de la vertu quand il écrivait : « Conduisez-vous comme des enfants de lumière. Or les fruits de cette lumière, ce sont toutes sortes d'actes de bonté, de justice, de vérité ; c'est l'âme qui en tout consulte le bon plaisir de Dieu. Ne participez pas aux œuvres de ténèbres, mais bien plutôt reprochez-les à ceux qui les font. Ce que font les pécheurs en secret, est honteux même à dire. Mais
1 Psal. CXI. — 2 Psal. CXI.
tout ce que nous leur reprochons, nous le mettons en lumière, et tous ceux que nous éclairons ainsi deviennent lumière comme nous ' . » En ces quelques lignes, le plus grand fruit que les méchants retirent de la vue et du contact des bons nous est révélé par l'Apôtre. LePsalmiste aperçoit et décrit le même miséricordieux phénomène : Quand ils voient tout cela, ils demeurent frappés d'admiration, puis ils sont dans l'anxiété et le ti'ouble, puis la frayeur les saisit. C'est alors comme les douleurs de l'enfantement, et Dieu brise dans une temple violente les vaisseaux de Tliarsis 2. Saint Thomas d'Acjuin lit dans ces v<^.rsets du Psaume XLVII toute la suite et, pour ainsi parler, tout le drame de la conversion d'un pécheur placé en face du spectacle de la vertu. Depuis longtemps toutes les vérités chrétiennes sont pour lui des chimères, nos dogmes sont des inventions humaines, nos mystères des hallucinations d'un mysticisme absurde, rien de ce qui compose l'ordre surnaturel n'a plus de réalité pour lui. Tout à coup, sans qu'il se- puisse soustraire, il se trouve face à face avec un objet qu'il ne peut ni fuir, ni expliquer, ni nier, qui est plus haut que la terre, qui appartient à un monde supérieur qu'il ne connaît pas, mais dont l'existence se révèle. Devant le spectacle de nos vertus chrétiennes, il est saisi d'une admiration qui le subjugue et qu'il ne peut plus cacher : Vidcntes sic, commoti sunt^. La société païenne, malgré sa corruption profonde et le parti pris de ses haines, ne put retenir un cri d'étonnement et d'admiration à la vue des dévouements, de la charité, de la force invincible, de la magnanimité toute surhumaine des nouveaux venus. La tourbe populaire pou-
1 Enhes. V. — 2 Psal. XLVII. — s Psai. XLVII.
10't LES ENFANTS DE DIEU
v^ait crier : « Les chrétiens aux lions ! » Les esprits sérieux et les cœurs droits réi)ondaient aux férocités de la foule : « Quels hommes sont les chrétiens ! » Telle fut à travers tous les siècles, telle est encore la puissance du spe':'tacle que donne la vertu catholique. Voici, comme nous l'insinuions plus haut, comment s'ébranle une âme incrédule, si d'ailleurs elle est sérieuse et de bonne foi. La vertu chrétienne lui apparaît, imprimée sur le noble front d'un ami, personnifiée délicieusement dans une jeune enfant, une épouse, une mère. Cette vertu est admirable, elle a un reflet céleste, visiblement elle n'appartient pas à ce monde où régnent tous les égoïsmes, et où les vices ont tout envahi. D'où viennent donc ces anges ? qui les fait naître ? que disent-ils d'euxmêmes ? que révèlent-ils de leur céleste existence ? Ils naissent de l'eau baptismale, ils grandissent et ils vivent des sacrements, de la prière, d'un commerce surnaturel avec Dieu, ils croient, ils espèrent, ils aiment, ils ont une autre patrie, ils y aspirent, ils s'y rendent, ils ont des terreurs mystérieuses, ils poussent des plaintes que leur arrachent les épouvantements de l'avenir, ils professent la croyance inébranlable en un jugement et en des châtiments d'outre-tombe. Qui ne voit l'invincible force de cette vivante argumentation ? Impossible de nier la divine supériorité de ces angéliques créatures. Impossible d'invoquer le fanatisme pour expliquer leurs vertus : ils les pratiquent avec une conviction sereine, sans tumulte, sans saillies violentes : ils sont l'opposé même du fanatisme. Impossible de séparer ces vertus de la croyance qui seule les fait germer, et des ressources surnaturelles qui les développent, les entretiennent et les font mûrir. Impossible d'en nier la réalité, impossible de les expliquer sans le
christianisme. Conclusion victorieuse ! Donc le christianisme est une divine et inébranlable réalité. La conversion fait un pas. Ayant vu cela, ils restent dans l'admiration * ; à l'admiration succèdent « l'émotion > et « le trouble » : conturbati sunt, commoti sunt. lis se voient tout à coup jetés dans ce surnaturel dont ils niaient l'existence et jusqu'à la possibilité. Le surnaturel est là, devant eux, devenu visible, palpable dans les affirmations, les vertus surhumaines, les qualités et les excellences divines des êtres qui les entourent, qu'ils aiment et dans lesquels ils ont foi. Mais si Jésus-Christ est une réalité divine, son Incarnation, sa Rédemption un fait indéniable, si son Église est réellement sur la terre la dépositaire des vérités et des pouvoirs de Dieu, si la prédication catholique est bien l'expression infaillible des plus augustes réalités, si ce qu'elle prêche c'est ce qui est, comment échapper aux formidables problèmes de l'avenir? Comment passer devant une âme immortelle, une chair qui renaîtra de sa cendre, un tribunal dressé au seuil éternel, une gloire sans fin pour les bons, un supplice sans mesure et sans terme pour les contempteurs et les rieurs de Dieu, comment voir se dresser tous ces dogmes et apparaître toutes ces visions, sans en scruter la formidable essence ? Une salutaire terreur gagne l'âme, l'incrédule qui si longtemps s'échappa avec un bon mot de ces conclusions si graves, en sent aujourd'hui, sous l'action de la grâce divine, la poignante étreinte : la terreur s'est emparée [Veux -. Que faut-il encore ? que reste-t-il à conquérir dans cette âme déjà convaincue? Il reste à abattre les résistances suprêmes de la volonté. L'homme, selon
» Psal. XL VII. - 2 Psal. XL VII.
l'expression vulgaire, « brûlera ses vaisseaux,» il devra renoncer à ces navigations lointaines sur l'océan tumultueux de ses cupidités et de ses plaisirs, et se fixer au sol immuable de la vérité et de la vertu : Dieu donc achèvera son ouvrage, il brisera à son souffle véhément les vaisseaux de Tharsis ', et l'homme, son heureux captif, ne pourra plus désormais courir les coupables et ruineuses aventures de son ancien océan 2.
Telle est donc la conduite admirablement miséricordieuse et sage de Dieu sur les justes et sur les pécheurs ; par le m.élange des uns avec les autres, en môme temps qu'il exerce et purifie les premiers, il con*
1 Psal. XLVII. — ' « Aliquando persecuti sunt Ecclesiam, postea eam firmavepunt. Hic describit eorum probitatem, ubi septem fuerunt. Primum visio, id est, cognitio fidei ; unde dicit ipsi vidcntes, id est, cognoscentes per fidem miracula quae Christus et Apostoli faciebant. Secundum est admiratio in his quœ videntur, quia sunt supra sensuni et rationom humanam. Tertium est conturbatio pro peccatis. Propter secundum : aclmirali sunt : Propter tertium conlurbati sunt. Quartum est commotio. Aliquando quis conturbatur de peccato eLlabiturin desperationem, vel persistit in malo, sed isti commoti sunt ad pœnitentiam. Quintum est quia ha^c commotio débet esse cum timoré Dei, ut non attribuât sibi quod per se moveatur ad bonum, sed Dec, et dicit : tremor apprehendit eos. Ilic dolor et Iremor est fructuosus, unde dicit : ibi doiores ut parlurientis, qui convertuntur in gaudium propter spem prolis et fructus. Et hoc est sextum. Septimum est : in spiritu veliemcnti contcres naves Tharsis, id est, mare universaiilcr, et sic conteres naves mariî. Per naves quce ad negotiandum vadunl, signatur cupiditas, et hoc est abundantia rcrum mundi. Et sicut naves fluctuant i.i mari, ita divites fluctuant in rébus mundi. Sed quando convoi'titur homo ad pœnitentiam, tune naves, id est, cupiditates huju3 mundi conterentur. » (Div. Thom. Exmsit. in Psalm. XLVll.)
vertit los pcconds, ou, s'ils résistent et s'obstrnmt. ?a justice remplaçant sa bonté, il en fait des monuments et des exemples de sa trop légitime vengeance. Il voulait ne remporter sur eux qu'une victoire toute de miséricorde et d'amour, ils l'obligent à un triomphe qui les dévaste et les anéantit. Il les voulait dans le ciel, ils le forcent à les repousser loin de sa gloire dans les horreurs de l'expiation. Saint Paul a connu les formidables profondeurs de ces conseils divins. < Si Dieu veut manifester les terreurs de son indignation et faire apparaître sa puissance, il commence par supporter avec une ineffable patience ces vases de colère, aptes à la perdition, puis il brise ces vases rebelles, il châtie les pêcheurs, dans le dessein de montrer les trésors de gloire qu'il réserve aux vases de miséricorde qu'il se dispose à glorifier'. » Et le juste se réjouira quand il verra venir la vengeance; il lavera ses mains dans le sang dupécheur. Et rhomme alors dira : oui, vraiment, il y a pour le juste une récompense ; oui, vraiment, il y a sur la terre un dieu qui juge leur cause '^•, un Dieu qui venge à la fin ses enfants de l'oppression des pécheurs.
II. — Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés ^ ! Ce moment du réveil de Dieu peut se faire attendre ; les jours peuvent nous sembler des siècles durant l'attente douloureuse de la délivrance; mais ce réveil est assuré, l'heure vient infailliblement où Dieu, après avoir attendu les pécheurs à la pénitence, les brise ensuite sans pitié et venge sur eux les souffrances de ses enfants. Oh ! que les pécheurs sont vite renversés ! Ils
« Rom. — * Psal. — » Psal. LXVII,
périssent, ils disparaissent soudain K Attendez le Seigneur', gardez ses voies, alors il vous rendra maître de la terre et vous contemplerez la ruine des pervers. Tai vu l'impie, je l'ai vu dans sa gloire, exalté comme les cèdres du Liban. J'ai passé : il n'était plus ; je l'ai cherché : la place qu'il occupait, je ne la pus reconnaître^. Ne vous indignez pas, au sujet des méchants, ne soyez pas jaloux de ceux qu'p font le mal. En un moment ils seront moissonnés^ ils sécheront comme Vherbe verte. Modérez votre impatience, calmez vos transports, que le désespoir ne vous pousse pas, vous aussi, au mal ; encore un peu, et l'impie ne sera plus, vous chercherez sa place et vous ne la trouverez point. Les humbles posséderont la terre, ils goûteront V abondance de la paix. Le méchant conspire contre le juste, il grince des dents contre lui. Mais le Seigneur rit de ses desseins parce qu'il voit approcher son jour. Les méchants ont tiré le glaive, ils ont bandé l'arc pour renverser le pauvre et l'indigent, pour immoler ceux dont la vie est pure. Mais le fer entrera dans leur cœur, leur arc sera rompu. Les bras des pécheurs seront brisés pendant que Dieu soutiendra les justes -K
Et comment douterions-nous un instant de la défaite des pécheurs et de la victoire des bons? C'est Dieu qui 5e lève, c'est Dieu qui marche contre ses ennemis armé de toute sa force et de toute sa justice. Nous sommes forts contre nos ennemis de toute la puissance de Dieu. Et qui nous assure que Dieu même, pour nous venger, marchera au combat? Trois garanties infaillibles nous sont données. Dans la persécution qui nous écrase, Dieu est directement en cause, c'est lui qu'on méprise, c'est lui qu'on brave, c'est lui qu'on outrage dans ses
1 Psal. LXXII. — 2 Psal. XXXYI. —3 Psal. XXXVI.
Enfants. Aussi comme il sent l'injure ! comme il se redresse de toute la hauteur de sa Majesté méprisée ! A cause de mes pauvres qu'on opprime et qui gémissent^ maintenant je me lève, dit le Seigneur* ! Le Seigneur se lève pour venger sa cause dans celle de ses enfants. Règne de Dieu méprisé, amour de Dieu exaspéré et poussé à bout, menaces de Dieu outrageusement mises en oubli et tournées en dérision : voilà les trois éléments du crime des pécheurs et les infaillibles garanties de leur écrasement et de leur ruine. Seigneur, votre œuvre ils Vont détruite, vos lois ils les méprisent, votre autorité ils en rient, vos menaces ils en font le sujet de leurs négations impies et de leurs interrogations insolentes : Qui est noire maître? et : Dieu où donc est-il? Dieu souffrira-t-il longtemps ces rebelles ? Non certes ! nunc exurgam, dicit Dominus, « maintenant je me lève ! >> dit le Seigneur ; je me lève pour combattre, pour vaincre, pour régner. « Nous nous trompons, si nous croyons pouvoir subsister longtemps dans cet état misérable. Il est vrai que jusqu'ici la miséricorde divine a suspendu la vengeance et arrêté le dernier coup de la main de Dieu; mais nous n'aurons pas toujours un secours semblable. Car enfin, comme dit notre grand prophète, le règne de Dieu approche ; sous le règne de Dieu, si saint, si puissant, si juste, il est impossible que l'iniquité demeure longtemps impunie. « Le Seigneur a régné, dit le Roi-Prophète; eue la terre s'en réjouisse, que les îles les plus éloignées en triomphent d'aise. » dominus regnavit, exultct terra, lœtenlur insulx multrc 2. Voilà un règne de douceur et de paix. Mais, ô Dieu, qu'entends-je dans
iPsal,XL — \Pbal. XGVI.
un autre Psaume ? « Le Seigneur a régné, dit le môme Prophète, que les peuples frémissent et s'en courroucent, et que la terre en soit ébranlée jusqu'aux fondements, » Dominus rcgnavit, ivascantur populi, qui scdet super chenibim, nioveatur /erra '. Voilà ce règne terrible, ce règne de fer et de rigueur qu'un autre prophète décrit en ces mots : In manu forti et in bracchio exteuto et in furore cffuso regnaho super vos, « je régnerai sur vous, dit le Seigneur, en vous frappant d'une main puissante, et en épuisant sur vous toute ma colère. » Dieu ne règne sur les hommes qu'en ces deux manières : il règne sur les pécheurs convertis parce qu'ils se soumettent à lui volontairement ; il règne sur les pécheurs condamnés parce qu'il se les assujettit malgré eux. Là est un règne de paix et de grâce, ici un règne de rigueur et de justice. Pécheur, vous bravez jusqu'à la bonté qui vous attire, jusqu'à la patience qui vous attend, vous vivez maître absolu de vos volontés, indépendant de Dieu sans rien ménager de votre part, sans rien souffrir de la sienne, et il ne règne sur vous ni par votre obéissance volontaire, ni par votre sujétion forcée. C'est un état violent, je vous le dis, chrétiens, encore une fois, il ne peut subsister longtemps. Dieu est pressé de régner sur vous.... Tout retardement l'importune, tant il est pressé de régner sur vous. S'il ne règne par sa bonté, bientôt et plus tôt que vous ne pensez, il voudra régner par sa justice'^. » Tel est le premier motif qui rend infaillible l'écrasement et la ruine des pécheurs ; ils veulent échapper au règne de Dieu : ce règne les atteint et les brise. Mais si Dieu est si jaloux de venger la majesté de son
» Psal. XCYIII. — ^Bûssuel, Serm.
règne, combien son amour mépris j le fait -il plus implacable encore contre les pécheurs. 0 Seigneur, ils vous ont irrité ', plus encore ils vous ont exaspéré, ils ont, par l'obstination de leur perversité, poussé à bout votre mansuétude, votre cœur n'en peut plus, il faut qu'il se décharge à tout prix, pourquoi l'impie a-t-il irrité le Seigneur'^, fermé toutes les voies de l'amour, rendu impossibles les effusions paternelles? A force de pardonner, Dieu envient à un point où il ne peut plus pardonner et où il faut que sa colère se décharge. Avec le pervers Dieu sepervertit; désormais il n'aime plus, il n'accueille plus, il repou.sse,il hait, i/ a ces hommes en abomination. Pourquoi te glorifier clans ta perversité, homme puissant dans le crime, quand la bonté de Dieu ne cesse de travailler pour toi ? Durant tout le jour ta langue ourdit de perfuies trames, comme un fer aiguisé elle porte des coups perfides, « Tu méprises donc les trésors de la bonté, de la patience, de la longanimité divines? » Le Sei' gneur te détruira''^, ses coups seront désespérés et terribles parce qu'ils seront portés par un amour exas- ])éré et poussé à bout. « L'amour rebuté, l'amour dédaigné, l'amour outragé par le plus injurieux mépris, l'amour épuisé par l'excès même de son abondance, fait tarir la source des grâces et ouvre celle des vengeances. Rien de plus furieux qu'un amour méprisé et outragé. Dieu a suivi, en nous bénissant, sa nature bienfaisante, mais nous l'avons contristé, nous avons affligé son Saint-Esprit, nous avons changé la joie de bien faire on une joie de punir; et il est bien juste qu'il répare la tris* tcsseque nous avons causée à l'Esprit de grâce, par une joie efUcace, par un triomphe de son cœur, par un zèle
i Psal. M. — 2 Psal. X. - s Psal. LI.
de sa justice à punir nos ingratitudes '. » Ils n'ont pas voulu la bcnédiction, elle se retirera d'eux: ils ont aimé la malédiction, elle leur viendra-; Dieu, comme tout amour repoussé, deviendra sans pitié pour les misérables qui se sont joués de son cœur.
D'ailleurs qu'a-t-il donc à faire pour se venger de ses ennemis? Ne suffit-il pas qu'il s'éloigne et les laisse au désir de leurs cœurs ? Lui retiré, que reste-t-il à ces coupables et à ces ingrats que leur misère native, leur impuissance, leur néant? Oli! si mon peuple m'avait écoulé 3/ Est-ce que l'Amour Incarné n'est pas venu dans le monde? N'a-t-il pas voulu « rassembler tous les hommes sous ses ailes ?» Ne leur criait-il pas dans l'ardeur de sa dilection : Oh! si vous connaissiez le don de Dieu ! et encore : J'ai soif! soif de votre reconnais- .sance et de votre amour, î;en^5 tous à moi! Et quand obstinément on le repousse, quand nos incrédules et nos oppresseurs deviennent pour Dieu ce que dit le Psa!miste : des pervers déviant dés le sein de leur mère, des ouvriers d'iniquité qui s'égarent dès le berceau, des vipères sourdes qui se bouchent les oreilles pour n'entendre pas la voix de l'enchanteur et du magicien qui les veut charmer'' ; quand tout a échoué des efforts et des ressources de la divine enchanteresse, de la grâce, que fait Dieu ? Son châtiment unique et effroyable est de se retirer. « Vous me chercherez et vous ne me trouverez plus. » Que fait Dieu pour ébranler et renverser un pouvoir rebelle, une nation impie, un persécuteur haineux, un gouvernement qui tyrannise l'Eglise ? Dieu se retire et laisse l'homme sans conseil et sans force, en proie à ses
» Bossuet, Sermons. — ^ Psal. CVIII. — » Vsal. LXXX. — * Psal. LYII.
faiblesses, à ses ténèbres, aux entraînements de ses passions. Seigneur, châlicz-les de leurs crimes. Comment? Seigneur, laissez-les aux inventions de leur perversité ' . Ainsi fait Dieu, il se retire d'eux et les laisse. Ils n'ont pas écouté ma voix et je les ai laissés aller selon le désir de leur cœur. Ils iront où les poussent leurs folles et téméraires inventions. Et où iront-ils, où aboutiront-ils, les malheureux "?Ce«j;f/ia s'éloignent de vous, ô Dieu, ceux-là périront. Q\ie devient-on quand Dien se détourne? 0 Jéhovali, si tu détournes ton visage, toute la création est dans le trouble, si tu relires ton esprit, tous les êtres défaillent, tous retournent à leur poussière. Que de fois nos ennemis et nos persécuteurs se sont écriés dans la joie de leur cruel triomphe: » Allons! allons ! nous les avons dévorés! Mais eux-mêmes où sont-ils? Que sont-ils devenus ? 0 Dieu, au moment même de leur exaltation vous les avez jetés bas. Comment sont-ils devenus ruine et désolation ? Comment si vite ont-ils été anéantis 2?
«Ne craignez donc pas, petit troupeau! » Ne tremblez pas quand vous verrez l'homme devenir opulent, quand la gloire de sa maison s'étendra partout ; car il mourra, et il n'emportera pas son opulence, sa gloire ne descendra pas dans la tombe avec lui^. Dans la tombe! Et que restet-il dans la tombe du plus redouté tyran, du riche le plus fastueux, du potentat le plus invincible ? Il reste un peu de pourriture, « un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue. » 0 Dieu, de vos ennemis vous n'avez plus fait qu'un peu de fumier : facti sunt uù stercus terrse^ 1
1 Psal, XXVII. — 2 p.al. LXXII. - 3 Psal. LXXII. — » Psal. LXXII.